vignette|Les langues slaves en Europe aujourd'hui.
Les Slaves sont un groupe ethnolinguistique indo-européen, qui parle les différentes langues slaves du groupe linguistique balto-slave, plus large. Ils sont originaires d'Europe orientale et s'étendent de l'Europe centrale, orientale et méridionale, au nord et à l'est jusqu'au nord-est de l'Europe, en Asie du Nord (Sibérie) et en Asie centrale (notamment le Kazakhstan et le Turkménistan), ainsi qu'historiquement en Europe occidentale (particulièrement en Allemagne de l'Est) et en Asie occidentale (y compris l'Anatolie). À partir du début du , ils s'étendent pour habiter la plupart des pays d'Europe centrale, orientale et du sud-est. En raison de l'immigration, il existe aujourd'hui une importante diaspora slave en Amérique du Nord, notamment aux États-Unis et au Canada..
Les Slaves sont le plus grand groupe ethnolinguistique en Europe.. Les Slaves d'aujourd'hui sont classés en Slaves orientaux (principalement Biélorusses, Russes, Ruthènes et Ukrainiens), Slaves occidentaux (principalement Cachoubes, Moraves, Polonais, Silésiens, Slovaques, Sorabes et Tchèques) et Slaves du sud (principalement Bosniaques, Bulgares, Croates, Gorans, Macédoniens, Monténégrins, Serbes et Slovènes)...
Les Slaves sont des immigrés médiévaux dans la péninsule balkanique, faisant en partie leur chemin à la faveur des zones dépeuplées par la peste de Justinien ayant décimé les peuples originels et autochtones des Balkans.
Les Slaves peuvent être groupés par religion. La majorité d'entre eux pratique le christianisme orthodoxe. Les Slaves orthodoxes comprennent les Biélorusses, les Bulgares, les Macédoniens, les Monténégrins, les Russes, les Rusyns, les Serbes et les Ukrainiens, et sont définis par les coutumes orthodoxes et l'écriture cyrillique, ainsi que par leur lien culturel avec l'Empire byzantin (Monténégrins et Serbes utilisent également l'écriture latine, en termes égaux). La deuxième religion chrétienne la plus répandue est le catholicisme romain. Les Slaves catholiques comprennent les Croates, les Cachoubes, les Moraves, les Polonais, les Silésiens, les Slovaques, les Slovènes, les Sorabes et les Tchèques, et sont définis par leur influence et leur héritage latins et leur lien avec l'Europe occidentale. Il existe également d'importantes minorités protestantes et luthériennes, en particulier parmi les Slaves occidentaux, tels que les hussites historiques de Bohême (Tchéquie).
La deuxième religion en importance parmi les Slaves, après le christianisme, est l'islam. Les Slaves musulmans comprennent les Bosniaques, les Pomaks (musulmans bulgares), les Gorani, les Torbèches (musulmans macédoniens) et d'autres musulmans de l'ex-Yougoslavie. Les nations slaves modernes et les groupes ethniques sont très divers sur les plans génétique et culturel, et leurs relations vont de la solidarité ethnique à l'hostilité mutuelle.
vignette|Langues balto-slaves à l'Âge du Bronze.
Groupes linguistiques
Le proto-slave, langue supposée ancestrale de toutes les langues slaves, est un descendant du proto-indo-européen, via un stade intermédiaire dit balto-slave, au cours duquel il a développé de nombreux isoglosses lexicaux et morphophonologiques communs avec les langues baltes. Dans le cadre de l’hypothèse kourgane, « les Indo-Européens restés dans la steppe après les migrations seraient devenus locuteurs du balto-slave »..
Le proto-slave est défini comme le dernier stade de développement linguistique précédant la fragmentation géographique des langues slaves historiques. Cette langue était relativement uniforme, et l’absence de dialectes identifiables suggère l’existence d’un urheimat slave relativement restreint sur le plan géographique.. Toutefois, d’un point de vue historique et archéologique, l’existence d’un peuple proto-slave homogène est jugée peu probable..
L’unité linguistique slave reste en partie visible dans les manuscrits en vieux-slave (ou vieux-slavon), qui, bien qu’ils soient basés sur le parler local slave de Thessalonique, ont pu servir de première langue littéraire commune aux Slaves.. Les trois principaux groupes linguistiques slaves sont : les Slaves orientaux : Russes (), Biélorusses () et Ukrainiens (), auxquels s'ajoutent des groupes plus petits comme les Ruthènes (), les Houtsoules et les Lipovènes (environ chacun) ; les Slaves occidentaux : Polonais (), Tchèques () et Slovaques (), auxquels s'ajoutent des groupes plus petits comme les Sorabes, les Cachoubes et les Silésiens (moins de chacun) ; les Slaves méridionaux : Slovènes (), BCMS (, politiquement divisés en Croates (), Bosniaques (), Serbes () et Monténégrins (de à selon les déclarations).), Macédoniens () et Bulgares (), auxquels s'ajoutent des groupes plus petits comme les Pomaques et les Carashovènes. vignette|Distribution géographique des langues slaves. Du point de vue linguistique, certaines langues slaves sont assez proches, mais cela ne veut pas dire que l'intercompréhension est facile. On distingue.Ethnologue, Languages of the World - Slavic. : les langues slaves orientales (russe, ukrainien et biélorusse) ; les langues slaves occidentales, avec 3 sous-groupes : les langues léchitiques (polonais et cachoube), le sorabe, le tchèque et le slovaque ; les langues slaves méridionales, avec deux sous-groupes : occidental, formé par le diasystème slave du centre-sud (croate, bosnien, serbe et monténégrin) ainsi que le slovène, oriental (bulgare et macédonien).
Les alphabets utilisés pour les langues slaves sont généralement liés à la religion prédominante des groupes ethniques concernés. Les chrétiens orthodoxes utilisent l’alphabet cyrillique, tandis que les catholiques emploient l’alphabet latin. Les Bosniaques, de tradition musulmane, utilisent également l’alphabet latin, et l’alphabet cyrillique en Serbie. Par ailleurs, certains catholiques orientaux et catholiques latins utilisent aussi l’écriture cyrillique. Le serbe et le monténégrin s’écrivent aussi bien en cyrillique qu’en latin. Il existe également un alphabet latin pour le biélorusse, appelé łacinka, ainsi qu’un pour l’ukrainien, connu sous le nom de latynka. Par le passé, les langues slaves de tradition orthodoxe ont également pu s'écrire avec l'alphabet glagolitique.
L'étude des langues slaves se nomme la slavistique.
La Slavie vignette|Carte du monde slave. « Slavie », en langues slaves Slavija (pour l'orthographe bosniaque, croate, macédonienne, serbe, bulgare et slovène) ou Slavia (pour les Slaves orientaux, slovaques et tchèques), est un néologisme général pour désigner le « monde slave ».
Il a été utilisé dans le nom de la Yougoslavie (Jugoslavija dans les langues slaves, en cyrillique Југославија, signifiant « pays des Slaves du Sud », en serbo-croate).
Le néologisme Slavia peut aussi dénommer : le centre tribal des Slaves de l'est dans la vision protochroniste ; la zone de peuplement des Wendes au Moyen Âge ; trois principautés slaves du Moyen Âge : le duché de Poméranie, celui du Mecklembourg et la principauté de Ranie ; l'objectif du panslavisme de former un État slave uni ; Bavaria Slavica, Germania Slavica : zones de la Bavière et de l'Allemagne de l'Est peuplée par les Slaves au Moyen-Âge ; Slavia friulana, une petite région montagneuse du nord-est de l'Italie, peuplée de Slovènes.
Il entre par ailleurs dans la dénomination de différents clubs de sport de plusieurs pays, slaves ou non slaves : SK Slavia Prague, deux clubs de football tchèques (masculin et féminin) ; BC Slavia Prague, basket-ball ; DHC Slavia Prague, handball féminin ; HC Slavia Prague, hockey sur glace ; RC Slavia Prague, rugby ; FK Slavia Orlová-Lutyně, club de football tchèque ; Slavia Louňovice, club de football tchèque ; HK Slávia Partizánske, club de handball féminin slovaque ; FC Slavia Mozyr, club de football biélorusse ; Stade Slavia de Sofia, Bulgarie ; PFC Slavia Sofia, football ; BC Slavia Sofia, basket-ball ; HC Slavia Sofia, hockey sur glace ; Slavia Melbourne, club australien de football.
Génétique vignette|282x282px|Carte de la répartition de l'haplogroupe R1a. Les Slaves possèdent sur le chromosome Y en majorité l'haplogroupe R1a (Y-ADN) R1a-M458, sauf les Slaves du Sud, à savoir les Serbes, qui portent 41,89 % de haplogroupe I I2-P37., les Croates et les Bosniaques qui portent en majorité l'haplogroupe I I2-P37, avec une pointe de 70 % des habitants de l'Herzégovine (peuplée de Croates, Serbes et Bosniaques), tout en ayant entre 20 et 30 % de membres portant l'haplogroupe R1a (Y-ADN) R1a-M458, 25 % pour les Serbes..
En 2025, l'étude du génome de 555 individus anciens provenant de 26 sites en Europe centrale et de l'Est, dont 359 issus de contextes slaves et 205 antérieurs aux transformations culturelles attribuées aux Slaves, met en évidence des mouvements de population à grande échelle en provenance d'Europe de l'Est entre le , remplaçant plus de 80 % du patrimoine génétique local en Allemagne de l'Est, en Pologne et en Croatie. Les données montrent aussi une forte hétérogénéité régionale ainsi qu'une absence de biais sexuel, indiquant des degrés variables d'assimilation culturelle des populations autochtones. La confrontation des données archéologiques et génétiques indique que le changement d'ascendance en Allemagne de l'Est coïncide avec une évolution de l'organisation sociale, caractérisée par une intensification des liens génétiques inter- et intra-sites et de la patrilocalité. Il est plausible que les changements de culture matérielle et de langue en Europe entre le soient liés à ces mouvements de population à grande échelle..
Une étude portant plus spécifiquement sur la population polonaise confirme ces observations et montre que la majorité des lignées chromosomiques Y polonaises modernes appartiennent à des sous-clades jeunes mais relativement importantes, communes à d'autres populations slaves. Ceci appuie fortement l'hypothèse de grandes migrations slaves anciennes, datées du milieu du premier millénaire de notre ère, et concorde avec des études antérieures démontrant que les populations modernes d'Europe centrale, orientale et du Sud-Est partagent une ascendance génétique récente très importante. Une forte corrélation entre les données chromosomiques Y et autosomiques modernes dans cette partie de l'Europe ayant déjà été observée semble indiquer que les migrations slaves anciennes n'étaient pas seulement le fait de petits groupes d'élites masculines, mais au contraire, un processus migratoire qui impliquait probablement des groupes importants, où hommes et femmes ont contribué de manière égale au résultat final.
Étymologie Trois hypothèses sont généralement retenues pour expliquer le mot « slave », bien qu'il en existe d'autres : la plus évidente et la plus simple consiste à rattacher le nom au vieux-slave slava, avec le sens de « renommée », « gloire ». Autrement dit, les Slaves se seraient eux-mêmes qualifiés de « glorieux » (comme les Celtes, le mot kelt ayant le sens de « noble ») ; une autre hypothèse part du vieux-slave slovo (« mot », « parole »), les Slaves se définissant entre eux comme ceux qui savent parler, dont le langage est compréhensible : cette hypothèse s'appuie notamment sur le fait que dans les langues slaves, le terme désignant un Allemand est dérivé d'un adjectif signifiant « non-parlant » : en ukrainien, en polonais, en bosnien, en bulgare, en croate, en serbe et en tchèque, les mots nijem, niemy, němý, nemtsi signifient « muet », et Nijemci, Niemiec, Němec signifient « Allemand » ; l'hypothèse protochroniste prétend que Slava serait le nom originel du fleuve Dniepr autour duquel les premières traces des Slaves en Europe sont accréditées.