Fernand de Magellan (en portugais Fernão de Magalhães, en castillan Fernando de MagallanesSon nom apparaît sous différentes formes avant que les cartographes ne le latinisent en Magellanus, d'où Magellan.), né vers 1480 probablement à PortoLe seul document du indiquant un lieu de naissance est le manuscrit de Fernando de Oliveira daté de 1560 environ. Celui-ci écrit que Magellan est (cité dans ) ; un faisceau d'indices convergents et deux autres sources manuscrites inédites, récemment révélées (J. M. Garcia, Fernão de Magalhães, Herói, traidor ou mito: a história do primeiro homem a abraçar o Mundo, ed. Manuscrito, 2019, ) permettent d'accorder désormais une grande crédibilité à cette hypothèse. En revanche, l'indication d'une naissance à Sabrosa est une fable forgée au à partir de documents dont quatre historiens portugais dans les années 1921-1939 ont largement démontré la nature falsifiée, et qui de plus n'indiquaient aucun lieu de naissance… Cette erreur a été répétée tant de fois depuis un siècle et demi, y compris par des historiens réputés sérieux, qu'elle semble gravée dans le marbre (voir le résumé des démonstrations dans ). et mort le sur l'île de Mactan (actuelles Philippines), est un navigateur et explorateur portugais de l'époque des grandes découvertes, passé au service de la couronne de Castille, avec le projet d'atteindre les Indes orientales, notamment les îles Moluques en Indonésie, en naviguant vers l'ouest, ce qui était le projet inabouti de Christophe Colomb en 1492 ; Magellan espère donc trouver un passage de l'océan Atlantique à l'océan oriental auquel il donnera le nom d'océan Pacifique.
Parti de Séville en 1519, il longe la côte d'Amérique du Sud, rencontre un peuple inconnu qu'il nomme Patagons puis, guidé par des pêcheurs indigènes fuégiens, franchit, très au sud des terres connues, le passage qui portera le nom de détroit de Magellan. Il traverse l'océan Pacifique dans sa plus grande largeur et atteint les îles Philippines où, s'impliquant directement dans un conflit entre chefs indigènes, il est tué au combat en .
Son escadre, réduite à deux navires, atteint ensuite les Moluques, seul endroit au monde où pousse le giroflier, et, après avoir chargé une cargaison, se sépare : son lieutenant Juan Sebastián Elcano ramène son navire à Séville en passant par le cap de Bonne-Espérance, c'est-à-dire en traversant la zone attribuée au Portugal par le traité de Tordesillas (1493), ce qui implique de ne jamais faire escale : il réalise ainsi la première circumnavigation de l'histoire, mais au prix de nombreux morts. L'autre navire, repartant vers le détroit de Magellan, tombe aux mains des Portugais faute de trouver des alizés favorables.
Magellan a souvent été considéré comme le premier homme à avoir accompli le tour du monde, bien qu'il n'en ait parcouru que la moitié. En fait cet honneur reviendrait à Enrique, un esclave malais que Magellan avait acheté en 1511 à Mallaca lors d'un précédent voyage, qu'il avait amené en Europe et qu'il avait embarqué avec lui pour son grand voyage. Elcano et les autres survivants de l'expédition furent les premiers Européens à accomplir le tour du monde.
Ce voyage est connu par le récit de l'Italien Antonio Pigafetta, un des membres de l'expédition, publié à partir de 1526, et par d'autres documents d'époque.
Contexte La science géographique au début du Contrairement à certaines idées reçues, la sphéricité de la Terre était admise dans les milieux savants de l'Europe du Moyen Âge, notamment par les gens d'ÉglisePeter van der Krogt, « Le mythe de la terre plate » dans Edward H. Dahl et Jean-François Gauvin, La Découverte du monde : une histoire des globes terrestres et célestes, Privat, 2001.William Randles, De la terre plate au globe terrestre. Une mutation épistémologique rapide 1480-1520, Armand Colin, 1980..
Pour Platon et Aristote, la sphéricité de la Terre était un fait certain. Au déjà, Ératosthène en avait mesuré la circonférence avec une exactitude remarquable et le géographe Claude Ptolémée au se place dans son prolongement. Ce savoir perdure durant tout le Moyen Âge, notamment grâce aux écrits d'Isidore de Séville au , ainsi que ceux d'Aristote, la grande référence des universités médiévales.
Le Traité de la sphère de Joannes de Sacrobosco, écrit à Paris en 1224, est largement diffusé dans les cercles savants sans que l'Église y trouve à redire. Ce qui est parfois mis en doute, c'est notamment la possibilité pour des hommes de vivre aux antipodes, par exemple par saint Augustin, mais il ne conteste pas la sphéricité de la Terre. Quant à Thomas d'Aquin, il disait s'aligner sur les écritures pour ce qui concernait la foi, et sur les savants reconnus comme Aristote pour les choses de la nature, ce qui suppose selon la vision d'Aristote une Terre sphérique.
Le plus ancien globe terrestre conservé a été réalisé à Nuremberg par Martin Behaim en 1492.
Le problème concerne non pas la forme de la Terre, mais sa situation dans l'univers : au centre selon la quasi-totalité des savants. Cette théorie ne va être remise en cause qu'un peu plus tard, par Copernic (1543), puis par Galilée.
Les grandes découvertes du : la primauté du Portugal Au cours du Moyen Âge, les classes dirigeantes européennes ont développé un goût pour les épices exotiques, ce qui a favorisé, outre l'intérêt de géographes, celui d'explorateurs et de commerçants, .Stefan Zweig écrit au tout début de sa biographie de Magellan : , ..
Mais le commerce entre l'Europe et l'Asie orientale, les « Indes », passe pour la quasi-totalité entre les mains des intermédiaires musulmans, les marchands chrétiens (Vénitiens et Génois surtout) n'assurant que le transport en Méditerranée.
La volonté de trouver une voie directe vers les Indes se concrétise d'abord au Portugal, dès les années 1410, avec l'infant Henri le Navigateur, qui lance l'exploration systématique des côtes d'Afrique. En 1488, Bartolomeu Dias parvient jusqu'à la pointe la plus au sud de l'Afrique. Sur le chemin du retour, il nomme ce lieu le « cap de la Tourmente » en raison de la présence des vent violents (il est rebaptisé par la suite le « cap de Bonne-Espérance » par Jean II du Portugal pour l'espoir qu’il procure d'atteindre l'Extrême-Orient). En 1498, Vasco de Gama arrive enfin aux Indes et ouvre la voie vers l'est.
Plusieurs bulles pontificales ont entériné l'exclusivité des Portugais en Afrique au sud des îles Canaries, possession de la Castille. La reine de Castille, Isabelle, et son époux le roi Ferdinand d'Aragon, reconnaissent cette situation par le traité d’Alcáçovas (1479).
L'expansion espagnole à partir de 1492 Après avoir achevé la Reconquista (), les Rois catholiques chargent Christophe Colomb d'atteindre les Indes en traversant l'océan Atlantique. En , Colomb découvre plusieurs îles des Caraïbes, notamment Hispaniola et Cuba, qu'il identifie comme des territoires inconnus des Indes.
Ces découvertes étant revendiquées par le roi du Portugal, un compromis est signé en le sous l'égide du pape Alexandre VI : le traité de Tordesillas. Il établit un méridien divisant le monde entre une zone d'exclusivité portugaise et une zone d'exclusivité castillane. Ce méridien est situé à à l'ouest des îles du Cap-Vert (laissant notamment l'est du Brésil, encore inconnu, aux Portugais).
Après avoir colonisé Hispaniola à partir de 1493, les Espagnols entament leur expansion en Amérique : la Jamaïque (1509), Cuba (1511). En 1516, un important changement a lieu pour la couronne espagnole : la mort de Ferdinand II d'Aragon, veuf depuis 1504 d'Isabelle de Castille. Né à Gand, son petit-fils Charles de Habsbourg (1500-1558), souverain des Pays-Bas, lui succède en tant que Charles de Castille et d'Aragon. En 1519, il devient l'héritier des possessions de la maison de Habsbourg et en 1520, il est élu empereur du Saint-Empire romain germanique sous le nom de Charles Quint. Il se forme ainsi un véritable empire des Habsbourg dans toute l'Europe.
De Colomb à Magellan : le projet d'atteindre les Indes par l'ouest À cette époque, le projet initial de Christophe Colomb reste inachevé. C'est Magellan qui décide de le mener à bien. Magellan est un Portugais, il a donc accès aux comptoirs portugais des Indes : il a notamment séjourné à Malacca en 1511-12. Il reçoit des lettres des Moluques de son ami Francisco Serrão, qui s’y trouve à partir de 1512. Les Moluques sont alors le producteur exclusif du clou de girofle.
Magellan est persuadé que les Moluques (« les îles aux épices ») se trouvent dans la moitié du globe qui revient à la couronne de Castille. Il pense pouvoir les atteindre en naviguant vers l'ouest et en trouvant un passage vers l'océan qui sépare l'Amérique de l'Asie. Il se met donc au service de la couronne de Castille : le roi Charles accepte son projet en 1519, de même que les Rois catholiques avaient accepté celui de Colomb en .
Après avoir atteint les Moluques, un des navires de son escadre effectuera le tour du monde, ce qui n'était en rien le projet initial. L'événement eut un retentissement considérable en Europe. Comme le souligne Pierre Chaunu .
Historiographie du voyage de Magellan vignette|Page couverture de Portraits et vies des hommes illustres, 1584.
Ce voyage est dès le l'objet de récits, commentaires et témoignages, mais les premiers travaux importants concernant Magellan datent du avec la publication en 1864 d'une biographie du navigateur par l'historien chilien Diego Barros Arana. Ses travaux amènent des auteurs européens à écrire eux aussi sur ce sujet à la fin du et au début du , jusqu'aux synthèses très importantes de José Toribio Medina en 1920 et celle du vicomte de Lagoa en 1938, date à laquelle tous les documents d'archives disponibles sont connus et publiés..
Les origines de Magellan et les détails de sa vie avant le départ pour les Moluques sont incertains.
En revanche, le voyage est dans l'ensemble bien connu grâce à plusieurs documents d'époque, en premier lieu le Journal du voyage de Magellan d'Antonio Pigafetta, un des survivants du périple. Son manuscrit est perdu, mais il en existe quatre copies (trois en français et une en italien)., la plus complète étant le manuscrit de Yale Journal du voyage de Magellan, manuscrit de Yale dans la Bibliothèque numérique mondiale.. Il existe également des lettres et des dépositions, ainsi que des récits et témoignages plus fragmentaires comme le journal de bord de Francisco Albo, le récit de Ginés de Mafra ou le carnet de bord du pilote génois. Tous ces documents ont permis aux historiens de retracer la totalité du parcours de la flotte de Magellan et d'identifier les lieux visités.
Les chroniqueurs du temps ont rendu compte de l'exploit : du côté espagnol, Maximilianus Transylvanus dès , Pierre Martyr d'Anghiera en 1530 et le chroniqueur royal Antonio de Herrera y Tordesillas en 1601 — plus tardif, mais plus fiable que ses prédécesseurs Gonzalo Fernández de Oviedo y Valdés et Francisco López de Gómara ; du côté portugais, Fernão Lopes de Castanheda (1552), Damião de Góis (1557) et João de Barros (1563).
Pedro Reinel et Jorge Reinel, cartographes portugais venus rejoindre Magellan, dessinent en 1519 une splendide carte du monde plaçant les Moluques, sur les indications du navigateur, à l’ouest du Pacifique, mais clairement dans le domaine du roi d'Espagne (cette carte, dont un fac-similé est conservé à la Bibliothèque nationale de France., est reproduite au paragraphe Traversée du Pacifique et mort de Magellan 1520-1521 ci-dessous).
Les débuts de Magellan au service du royaume de Portugal (v. 1480-1517) Origines familiales et formation Fernand de Magellan serait né vers 1480 au nord du royaume de Portugal. Plusieurs localités, telles Sabrosa, Ponte da Barca, Vila Nova de Gaia ou Porto, revendiquent de l'avoir vu naître« Fernand de Magellan (1480 env.-1521) », article de l'Encyclopædia Universalis..