Les médersas d'Asie centrale ou madrassas d'Asie centrale sont des établissements d'enseignement qui sont à l'origine de l'apparition d'un type particulier d'édifices architecturaux en Asie centrale à la fin du , début du .
En Asie centrale, l'enseignement supérieur était organisé au sein des médersas. Les plus célèbres d'entre elles se trouvaient en Ouzbékistan, dans les villes de Boukhara, Samarcande, Khiva, Kokand, Tachkent. vignette|240px|Cinq pays situés à l'Est de la Mer Caspienne se rattachent traditionnellement à l'Asie centrale : Turkménistan, Ouzbékistan, Kazakhstan, Kirghizie, Tadjikistan, thumb|240px|Asie centrale selon l'UNESCO. La structure planifiée et spatiale des médersas d'Asie centrale, utilisée durant plusieurs siècles, est restée uniforme de manière persistante. Elles forment des structures monumentales au plan serré rectangulaire avec une cour intérieure, vers laquelle donnent les accès aux pièces qui l'entourent et les arches des iwans, au nombre de deux ou de quatre. La façade principale est généralement signalée par un portail précédé d'un vestibule, sur le côté duquel s'élèvent deux salles en forme de coupoles : l'une est la mosquée d'hiver et l'autre est soit un auditoire, soit un mausolée. L'architecture des médersas ne s'écarte de ces schémas que par des détails. Mais il reste que les schémas peuvent être aussi variés que ceux des périptères grecs et se traduire dans une variété de production architecturale aux dimensions, aux proportions aux détails différents.
Les médersas d'Asie centrale comprennent toutes, outre des auditoires (darskhana) et des mosquées, des logements pour les étudiants et les enseignants, des salles d'étude et de prière reliées au foyer commun. Beaucoup d'entre elles possédaient une bibliothèque (kitabkhana) et un espace réservé à cet effet. Les travaux qui s'y déroulaient étaient organisés dans le respect des règles de gestion des ouvrages (enregistrement, délivrance de billets pour la réception de livres, restauration). Des meubles particuliers étaient attribués à ces bibliothèques, de même que des immeubles qui constituaient un waqf provenant de donations à perpétuité.
En Asie centrale, à la différence d'autres pays de civilisation islamique, il n'était pas créé d'hôpitaux dans le complexe de la médersa. Les hôpitaux et les pharmacies ont été édifiés souvent à côté des médersas, formant une école de médecine avec une clinique. Parfois les fonctions de l'hôpital, de la pharmacie et de la médersa étaient rassemblées dans un même bâtiment. Selon l'historien Khondemir (1475-1534), les bâtiments d'hôpitaux ressemblaient par leur structure à ceux des médersas.
Histoire L'historien Vassili Barthold (1869-1930) a été le premier à penser que les médersas sont apparues dans la partie orientale du monde islamiste en suivant le modèle des monastères bouddhistes. Cette idée a été soutenue par Ernst Herzfeld (1879-1948), qui a lié les constructions des premières médersas à l'activité du ministre seldjoukide Nizam al-Mulk (1018-1092) et les a datées par conséquent du . D. Brandenbourg considérait comme Ernst Herzfeld, que la diffusion de la médersa comme type particulier de bâtiments s'est produite à l'époque de la domination des Seldjoukides, mais que les médersas étaient déjà construites sous les Samanides () à Samarcande, en Ferghana, à Tachkent et à Hérat, et sous les Ghaznévides () à GhazniJean-Paul Roux, Histoire de l'Iran et des Iraniens, Fayard, .. Richard Nelson Frye considérait que la ville de Boukhara était leur premier lieu d'apparition, puisque c'était selon lui, la ville dans laquelle se trouvait une des plus anciennes médersas connue sous ce nom.
Il existe une autre théorie selon laquelle le prototype de la médersa était un château du début du Moyen-Âge situé en Asie centrale et disposant de quatre entrées et d'une salle couverte d'un dôme au milieu du complexe. Avec le temps les entrées se sont transformées en iwans et la salle couverte a été remplacée par une cour. Comme le notent les experts, les médersas d'Asie centrale provenaient de traditions locales musulmanes et cela a garanti la stabilité de leurs conceptions architecturales. On trouve parmi les partisans de cette dernière théorie André Godard, Galina Pougatchenkova et .
Les médersas médiévales d'Asie centrale étaient avant tout des écoles religieuses supérieures dont les diplômes donnaient généralement accès (mais pas nécessairement) à une carrière dans des domaines spirituels. Parfois, en fonction de circonstances propres à une médersa, les sciences profanes y étaient enseignées. Mais c'était plutôt l'exception que la règle. La frontière entre sciences humaines et la théologie n'était pas bien distinctes. Mais il existe des informations concernant des établissements d'enseignements supérieurs qui enseignaient des disciplines purement laïques (khoukmiat). L'établissement d'une médersa, sa construction puis son soutien matériel était une affaire religieuse, un acte de piété. Elles étaient construites par des notables, des aristocrates, des hauts fonctionnaires ou simplement par des gens riches. Le bien-être économique de la médersa était assura par l'institution de la waqf qui consistait en des donations perpétuelles de biens leur apportant des revenus (terres, immeubles). Il existait une coutume qui consistait à enterrer dans la médersa son fondateur et c'est pourquoi la pierre tombale monumentale est importante dans l'ensemble de son complexe. Certaines médersas avaient encore d'autres fonctions comme celle de loger des étrangers qui n'étaient ni étudiants ni professeurs. Elles pouvaient aussi dans certains cas être utilisées comme des espèces de couvents, des khanqah ou comme mosquée. Ce pouvait être le cas si la médersa ne recevait plus de soutien financier extérieur pour fonctionner.
La médersa est renseignée pour la première fois dans l' de Mohammed Nerchakhy, en relation avec le grand incendie de l'année 937, qui a détruit la médersa Faradjek. On sait également qu'à l'est du Chakhristan de Boukhara, au-delà des faubourgs (rabad) de la ville, se trouvait une médersa Kellabad.
La grande diffusion du système des médersas dans la partie est du monde musulman a commencé avec le début du règne des dynasties turques Qarakhanides et Seldjoukides.
La question de savoir quelle est la médersa la plus ancienne sur le territoire de l'Asie centrale a fait l'objet de débats dans les années 1960-1970 : le complexe de Khodja Machad à Siade, dont les vestiges se dressent sur les terres de l'oblast historique de Kabadian (Tadjikistan); le complexe de type cour ouverte sur la nécropole de Chah-e-Zindeh, assimilé par le chercheur qui l'a étudié à la à Samarcande (Ouzbékistan), ou à la , à l'emplacement de laquelle a été édifiée la à Boukhara (Ouzbékistan).
Selon la charte waqf du souverain turc qarakhanide , au , ont été créés un hôpital et une médersa où était enseignée la médecine. En Asie centrale, les médersas où était enseignée la médecine étaient celles de Boukhara, Samarcande et Merv. Dans ces écoles, les jeunes étaient formés à la théorie et à la pratique médicale, passaient un examen final obligatoire puis prêtaient serment. Dans le développement du système de santé, les travaux des grands scientifiques du domaine de la médecine ont été d'une grande importance. Ainsi, le livre de Rhazès Sur les hôpitaux, les travaux d' Avicenne tels que Qanûn, Ourdjouza et d'autres ont servi à la protection de la santé publique. Grâce à la tradition des donations waqf, qui jouaient un grand rôle dans la vie des régions orientales les médersas recevaient un soutien matériel fiable.
Dans Histoire de Boukhara est mentionnée la construction de deux palais par le Qarakhanide Arslan-khan, dont l'un a été transformé ensuite en médersa.
Á propos de la superbe médersa, construite par le souverain turc Mahmoud de Ghazni à Ghazni, à propos de celle d'Arslan-khan à Boukhara datant du début du , de celle de Samarcande construite par Ahmad Sanjar, de celle de Kounia-Ourguentch et de Merv, où sont enterrés les souverains Ala ad-Din Tekish et , on ne sait rien de particulier, sinon le fait qu'elles ont existé.
Le développement de la culture au Moyen-Orient a été interrompu au début du par l'invasion des hordes de Gengis Khan. Ce n'est qu'au milieu du que la vie commence à reprendre dans les cendres des pays ravagés, bien qu'il ait encore fallu plusieurs décennies pour surmonter la dévastation générale.
Au début de l'ère mongole, la construction de nouveaux édifices est abandonnée. C'est seulement au milieu du que plusieurs bâtiments sont édifiés sur ordre de Gengis Khan et de son entourage. Les historiens orientaux rapportent qu'à la même époque, le gouverneur Djaghataïdes à Boukhara a fait édifier une médersa Massoudie et qu'une autre a également été construite du nom de Khanoumie. À en juger par le fait que dans chacune étudiaient en même temps jusqu'à un millier d'étudiants, les historiens concluent que les bâtiments devaient être d'une dimension importante. Les constructeurs provenaient de Boukhara et avaient conservé les traditions architecturales de la Boukhara pré-mongole. Les deux médersas ont été détruites dans la seconde moitié du .
Dans les années 1330, d'anciens types de bâtiments apparaissent dans les villes débarrassées des effets de l'invasion mongole et les traditions de la culture pré-mongole sont restaurées. Le célèbre voyageur arabe Ibn Battûta met en relief la médersa Koutloug-Timour lors de son passage par Kounia-Ourguentch.
Époque de Timour et des Timourides Du fait des campagnes mongoles, des milliers de scientifiques, de juristes, ont été tués et des centaines de médersas ont été détruites. Timour développe des efforts considérables pour rétablir l'enseignement supérieur et en particulier les écoles supérieures de jurisprudence musulmane. Il fait venir pour cela dans la capitale des juristes musulmans réputés, comme Sad ad -dini Massoud, ibi Oumara at Taftazani (1322, Taftazan, Khorassan — 1390, Samarcande) un représentant du Kalâm. Ses écrits sur la logique, la jurisprudence, la poétique, la grammaire, les mathématiques, la rhétorique, l'exégèse coranique étaient populaires en tant que supports pédagogiques . Au début du , à Samarcande, travaillait et enseignait aussi un grand juriste du nom de Chams al-Din Moukhammad B. al-Djazari.
Sous Timour, seules deux médersas ont été construites. Elles étaient toutes deux associées à des tombeaux royaux : il s'agit de celle associée au mausolée Gour Emir et de la médersa .
Dans la première médersa construite par Timour à Samarcande pour son petit-fils , étudiaient auprès de quatre professeurs. Jamal ad-din Akhmad Khorezmi y a été chargé d'enseigner le Coran. La reconstitution du plan de la montre que son tracé est plus proche des caravansérails du sud du Turkestan des - , que des médersas de Boukhara et Samarcande des -.
Sous le règne de Timour, la deuxième médersa, élevée par son épouse Bibi Khanoum est élevée en face de la mosquée principale de Samarcande. Elle n'était pas inférieure à la mosquée par sa magnificence. Les contemporains ont remarqué le luxe extraordinaire et l'échelle du bâtiment. Selon certains contemporains, la médersa dépassait avec son portail la taille du portail de la mosquée Bibi-Khanym, ce qui provoqua l'extrême colère de Timour, qui ne tolérait en rien la rivalité. L'ensemble de la médersa comprenait une tombe dynastique féminine, le mausolée Bibi Khanoum qui existe toujours aujourd'hui.
La dimension des médersas a considérablement augmenté sous Ulugh Beg et sous Chahrokh. Mais si à Hérat la vaste médersa Gauharchad-Begim (souvent confondue avec la médersa d'Husayn Bayqara) est célèbre du fait du mausolée de Goharshad des Timourides qui s'y trouve, la médersa Ulugh Beg est avant tout une maison du savoir, une sorte d'université.
À Samarcande une vingtaine de médersas ont été érigées : la , la médersa Koutb ad-din sadra, la médersa émir Firouzchaka, la médersa Émir Bouroundouka