L’histoire de la Transylvanie comprend : la Préhistoire de la région, correspondant entre autres aux poteries rubanées ; l’Antiquité, correspondant à l’histoire de la Dacie ; l’évolution de la région pendant la période de migration des peuples et jusqu’à la fondation de la principauté de Transylvanie au ; la principauté de Transylvanie, fondée au dans la moitié sud-est de la Transylvanie actuelle, vassale du royaume de Hongrie jusqu’en 1526, indépendante et agrandie de 1526 à 1570 (pour cette période, l’historiographie hongroise l’appelle, depuis les années 1995, « royaume de Hongrie orientale »), puis vassale de l’Empire ottoman entre 1570 et 1699 et de la monarchie de Habsbourg de 1699 à 1711 ; le grand-duché puis grande-principauté de Transylvanie qui fut de 1711 à 1867 un élément constituant de la monarchie de Habsbourg puis de l’empire d'Autriche, également situé dans la moitié sud-est de la Transylvanie actuelle, et qui a été intégré au royaume de Hongrie en 1867 lors du compromis austro-hongrois ; au sein du grand-duché, la Transylvanie militaire, faisant partie des confins militaires de l’empire d'Autriche ; dans le cadre de l’Autriche-Hongrie, la Transylvanie austro-hongroise, l’un des pays de la Couronne de saint Étienne de 1867 à 1918 ; depuis 1918, la Transylvanie roumaine, puis partagée entre la Hongrie et la Roumanie devenues satellites du Troisième Reich, puis à nouveau roumaine mais communiste, avec une région autonome hongroise en son sein, dans le pays sicule, et enfin depuis 1989 roumaine en démocratie parlementaire avec une représentation de la minorité hongroise au parlement.
vignette|Le château de Bran, l’un des symboles de l’histoire transylvaine (lithographie de Ludwig Rohbock).
Étymologie Le nom de Transylvanie (en et , en et en ) apparaît au Moyen Âge. Le territoire désigné par ce nom a varié dans le temps : son cœur historique correspond à une région située au cœur de la Transylvanie actuelle, en Roumanie, mais a parfois été bien plus étendu, notamment pendant la période où elle fut un État quasi indépendant (1526-1699).
Comme la toponymie, ses diverses appellations (et leurs origines supposées) témoignent de la présence historique sur ce territoire de populations de langues romane (Roumains), finno-ougrienne (Hongrois, Sicules), ou germanique (Saxons) : en latin médiéval tel qu'en roumain actuel (forme moderne), Transsylvania, qui apparaît en 1075 dans un document hongrois rédigé en latin médiéval, sous la forme « au-delà de la forêt » ; en (au graphie Erdeuelu. = en alphabet moderne erdő elü.), mot hongrois originel servant de traduction au latin médiéval mais de façon inverse, au sens « devant la forêt » et formé de « forêt » en position de complément de nom, , en ancien hongrois et dialectal, : « ’’ ». Géza Bárczi et al., A Magyar nyelv értelmező szótára, Budapest, Akadémiai Kiadó, 1959-1962. « devant une partie ou un territoire » Károly Rédei (dir.), Uralisches etymologisches Wörterbuch, t. 1, n⁰ 1729, Budapest, Akadémiai Kiadó, 1986-1991, . András Róna-Tas & Árpád Berta, West Old Turkic : Turkic Loanwords in Hungarian. Part 2 : L-Z, Conclusions, Apparatus, Wiesbaden, Harrassowitz, 2011, . ; en roumain (en 1432 sous la forme Rupprecht Rohr, Kleines rumänisches etymologisches Wörterbuch: 1. Band: A-B, art. « Ardeal », Francfort-sur-le-Main, Haag + Herchen, 1999, .), forme traditionnelle encore usitée par les Roumains d'aujourd'hui, venant, de l'avis de la majorité des linguistes, du hongrois sous sa forme ancienne ., ou venant, selon les protochronistes, soit du celtique (cf. gaulois *arduo-Gaulois *arduo- et indo-européen commun *(w)r̥Hdʰwo- = « haut, dressé, droit » : .) avec le sens « paysSelon Ion Maiorescu citant , si l'on en croit , ardal avait en celtique le sens de « pays » (țară en roumain), or les Celtes Scordiques étaient présents en Transylvanie parmi les Daces.. », soit de l’indo-européen *h₂erHdʰ- au sens de « hauteur. » ou de « forêt » comme pour la en Angleterre et la forêt belge d’Ardenne ; en « sept places fortifiées ». Celles-ci sont : Kronstadt, Schäßburg, Mediasch, Hermannstadt, Mühlbach, Bistritz et Klausenburg.
Préhistoire Les sites archéologiques préhistoriques de Transylvanie appartiennent aux cultures du , de Starčevo, de Vinča et de Halstatt, montrant des échanges commerciaux multiples et à longue distance : l'or transylvain des Carpates occidentales roumaines a été retrouvé jusqu'en Crète, tandis que de l'obsidienne méditerranéenne est présente en Transylvanie. thumb|Bracelet en or avec têtes de taureaux provenant de Transylvanie (Âge du Bronze).
Antiquité thumb|Médaille frappée par les Romains à l’occasion de la fondation de la province de Dacie. La région était, dans l’Antiquité, le centre politique du royaume des Daces, les Thraces du nord, avec comme capitale Sarmizégetuse. En 106, elle est conquise par l’empereur romain Trajan (Marcus Ulpius Nerva Traianus) et devient la province de Dacia Felix, avec pour capitale Sarmiségetuse Trajane. Cette province romaine ne correspondait que partiellement aux limites de la future Transylvanie du Moyen Âge. Ce sont essentiellement l’or et le sel gemme des Carpates qui motivèrent la conquête romaine.
Après le départ des Romains en 271, la région entre dans une longue période de « diète documentaire » pour les historiens, car les sources écrites se raréfient comme partout en Europe. Néanmoins, une présence chrétienne est bien attestée à partir du , tandis que toponymie et linguistique montrent une longue cohabitation de populations d’origines diverses.
Antiquité tardive et haut Moyen Âge thumb|Les pays traditionnels transylvains (hongrois szeg ou főld, roumain țări : ceux fondés par des roumains sont dits « valachies » pour les distinguer des « sklavinies » slaves). Principauté de Transylvanie en rose, voïvodat de Marmatie en bleu, région de Satu Mare en vert, régions de Sălaj, Bihor et Zărand en jaune, Banat en violet. thumb|Carte hongroise du illustrant la « Gesta Hungarorum ».Sources. :
La « diète documentaire » concernant les années 271-1100 est appelée « siècles obscurs » par les historiens hongrois et allemands, et « âge pastoral » par les historiens roumains. L’archéologie montre que le pays était peuplé et que le christianisme y était présent, mais quelles langues y parlait-on ? La toponymie laisse penser que différentes ethnies y ont cohabité entre le . S’y succédèrent des Huns (confédération à dominante turcophone), des Gépides (germanophones), des Avars (autre confédération turcophone), des Slaves (slavonophones), des Bulgares (confédération à composantes iranienne et turque), des Iasses (Alains iranophones)… Un exemple connu pour l’archéologie du temps des grandes migrations est constitué par les tombes gépides d'Apahida. Quant aux populations romanisées autochtones, Eutrope écrit qu’elles se sont repliées au sud du Danube et c’est la thèse adoptée par l’historiographie hongroise moderne ; les historiens roumains en revanche affirment que ces populations ont au moins partiellement persisté, et se basent sur la toponymie des montagnes et la linguistique (si l’aroumain a évolué au contact direct de la langue grecque, le roumain pour sa part a reçu ses mots grecs par l’intermédiaire bulgare, ce qui montre qu’il a évolué au nord du Danube).
Les résultats des recherches archéologiques et toponymiques indiquent que depuis , les latinophones, les slavophones et les autres ont vécu étroitement mêlés sur un territoire beaucoup plus vaste que la Transylvanie, allant de l'Adriatique à la mer Noire et de l'actuelle Ukraine au centre de l'actuelle Grèce. Les données toponymiques montrent que les latinophones étaient, à la manière des Romanches, des Ladins, des Frioulans, des Istriens et des Dalmates, localement majoritaires autour de certains massifs montagneux tels que les chaînes Dinariques, le Pinde, les Balkans occidentaux, le massif du Bihor, les Carpates et le Macin. Dans les plaines entourant ces massifs, la population était majoritairement slave. Ces populations vivaient en petites communautés agro-pastorales attestées par les sources de l'époqueLes chroniqueurs byzantins Cédrène, Théophane le Confesseur, Théophylacte Simocatta et Jean Skylitzès : du au début du , la future Transylvanie est une mosaïque de « canesats » locaux slaves et roumains, appelés « Sklavinies » ou « Valachies », placés sous les dominations successives, mais plutôt nominales des Avars et des Bulgares. « Canesatus » dans les chroniques traduit le mot slave kniaz : « prince ». Ces petits duchés étaient dirigés par des « joupans », ou par des « boyards ». Outre le pastoralisme, ils tirent leurs ressources du commerce du bois, du sel et de l'or des Carpates, comme en témoignent les objets et les monnaies trouvées dans les tombes. L'habitat est dispersé, mais en cas d'invasion, les habitants mettent leurs biens à l'abri dans leurs « posadas » (mot roumain d'origine slave désignant d'étroits passages fortifiés par des palissades en bois entourant des clairières cachées au cœur des forêts), grimpent sur les hauteurs et de là, harcèlent et bombardent les envahisseurs de flèches, rochers et billes de boisThurocz: Chronica Hungarorum, 1486, in ..
De l'osmose entre romanophones et slavophones sont issus les Roumains actuels et une partie des Serbes, des Bulgares et des Hongrois actuels, tandis que les Aroumains des Balkans ont, eux, subi très peu d'influences slaves, ce qui montre que Roumains et Aroumains ne descendent pas les uns des autres mais ont, au moins depuis le , évolué séparément. L'osmose linguistique en Transylvanie est démontrée par la toponymie : par exemple, la bourgade de Săvădisla/Szent-László vient du slave Sveti Vladislav (saint Ladislas), tandis que le pays de Târnava a en roumain un nom slave et en hongrois un nom d'origine finno-ougrienne (Küküllő) (signifiant respectivement « épineux » et « prunier »). Les noms des montagnes (Pietrosu, Găina, Codru, Pleșu, Căpățâna, etc.) sont presque tous d'origine latine, comme la rivière Arieș (en hongrois Aranyos) qui tire son nom du latin Auraneus (« doré », en référence à l'orpaillage) ; les noms de beaucoup d'autres rivières sont hérités de l'antiquité. Néanmoins, les noms finno-ougriens dominent le long de ces mêmes fleuves et dans les plaines, ce qui montre que des populations magyares étaient préférentiellement implantées le long des grands cours d'eau et dans les zones de végétation ouverte. De leur côté les Valaques (comme on appelait alors les latinophones) dominaient sur les piémonts (dans les romanies populaires de Maramureș, Oaș, Crasna, Sălaj, Lăpuș, Năsăud, Gurghiu, Toplița, Vlăhița, Bihor, Zărand, Moților, Caraș, Vâlcu, Montana, Hațeg, Petroșani, Amlaș, Cibin, Făgăraș et Bârsa) où ils s'adonnaient à l'élevage extensif, surtout ovin (c'était encore le mode de vie traditionnel de la plupart des Roumains transylvains au ).
Installation des Magyars en Transylvanie