Bernadette Cattanéo, née Le Loarer le à Brélévenez (Côtes-du-Nord) et morte le à La Penne-sur-Huveaune (Bouches-du-Rhône). Féministe et pacifiste, elle est élue en 1934 secrétaire générale du « Comité mondial des femmes contre la guerre et le fascisme » pour lequel elle revendiquera de membres en 1937. Syndicaliste et militante communiste française au début des années 1930, elle deviendra responsable « femmes » au sein de la CGTU, du PCF et du mouvement communiste international.
Biographie
Enfance Bernadette Le Loarer est la fille de Jean Marie Le Loarer, cheminot tué dans un accident de chemin de fer alors qu’elle n’avait que cinq ans et de Marie Ollivier, paysanne pauvre, illettrée connaissant à peine le français. Sa famille est entièrement catholique mais c'est un instituteur vieux syndicaliste anticlérical qui guidera ses lectures et l'influencera.
Elle suit une formation de couturière avant de monter sur Paris en 1919 pour y exercer un travail de rédactrice dans deux entreprises. Elle y rencontre Jean-Baptiste Cattanéo, syndicaliste qui sera comptable à la CGTU et homme de confiance du parti communiste français. Ils se marient le et auront deux enfants.
Syndicaliste, militante communiste et responsable des questions féminines Bernadette Cattanéo adhère au Parti communiste français (PCF) à la fin de 1923. Elle va devenir la principale responsable des questions féminines pour la CGTU et également pour le Parti Communiste.
Dès son entrée au Parti communiste, elle prend la parole sur les questions féminines à l’occasion des élections législatives de 1924 et des municipales de 1925. En 1924 elle est membre de la commission féminine du PCF et simultanément de la commission féminine de la CGTU dont elle devint secrétaire en 1929 (réélue en 1932 et 1933). Elle dirige la commission féminine jusqu’à date du congrès de réunification de la CGT et de la CGTU.
En 1931 elle est élue à la Commission exécutive de la CGTU, elle entre au bureau confédéral deux ans plus tard. De 1925 à 1934, elle organise et participe à de nombreuses grèves aux quatre coins de la France qu’elle énumère dans ses autobiographies de 1931 et 1937 rédigées à Moscou.
Les premiers contacts avec l’ISR et avec l’Internationale communiste vignette|Bernadette Cattanéo à Moscou en 1929.
L'action politique et syndicale de Bernadette Cattanéo dépasse dès 1928 le cadre de la France.
En mars , pour le IV congrès de l’Internationale syndicale rouge (ISR), elle fait partie de la délégation de la CGTU reçue par Staline personnellement. Staline explique le sens qu’il convient d’appliquer à la nouvelle tactique électorale « classe contre classe ».
En 1929, elle dirige la délégation de femmes de la CGTU à Moscou lors du anniversaire de la Révolution. En elle est élue au conseil central de l’ISR.
En , elle participe à la réunion de la commission française du CEIC (Comité Exécutif de l’Internationale Communiste) à Moscou. Elle y croise des personnalités importantes du Komintern comme Manouilski, Yvan Stepanov, Eugen Fried et du PCF comme André Marty, Albert Vassart, Julien Racamond, Gaston Montmousseau.
Elle y fait plusieurs propositions pour mieux mobiliser les militants et toucher plus de travailleurs. D’autres pour améliorer l’implication des femmes militantes en évitant de trop les surcharger de travail alors qu’elles doivent assumer également leurs obligations familiales, faire en sorte qu’elles soient associées aux revendications de leur mari qui paie une cotisation syndicale. Elle critique le journal « L'Humanité » pour le peu de place qu'il laisse aux femmes.
Les origines du Mouvement international féminin À partir de 1934 et jusqu’au début de la Seconde Guerre mondiale, l'activité de Bernadette Cattanéo est importante sur le plan international.
Le secrétaire de l’internationale communiste Georgi Dimitrov se tourne vers elle, pour structurer un mouvement international de femmes contre la guerre et le fascisme.
Elle est à cette époque également membre du Comité national du mouvement Amsterdam-Pleyel et secrétaire du comité d’entente et de coordination des organisations féminines internationales.
Dès début Henri Barbusse écrit à Eléna Stassova pour lui indiquer que le comité féminin (dont Bernadette Cattanéo est la responsable) est très intéressé à la réunion d’un congrès féminin international contre la guerre. Il lui transmet également pour avis un courrier déjà adressé à un certain nombre de personnalités féminines pour leur proposer de faire partie du comité d’initiative (promouvoir le congrès). Un premier tract en fait état des premières signatures recueillies.
Le Barbusse, dans un autre échange avec Elena Stassova, aborde la stratégie de propagande avec l’utilisation des intellectuels, les objectifs et le timing de mise en place.
Lors de la conférence nationale du PC français, en à Ivry, dans un long discours féministe et politique, elle fait le point sur le travail du comité national d’initiative qui a pour but d’organiser et de promouvoir un grand rassemblement mondial des femmes contre la guerre et le fascisme." …il y a dans ce comité des socialistes, des confédérées, des franc-maçonnes, c’est vous dire les difficultés qu’il y a à diriger un tel mouvement. ». Elle commence son discours en rappelant que c’est lors du dernier plenum de l’IC (décembre 33) que O.Kuusinen est intervenu pour demander aux partis communistes d’intensifier le travail de masse parmi les femmes. Elle aborde la principale difficulté face à l’objectif de front unique: «… des femmes de toutes tendances et de toutes opinions qui évidemment, viennent avec leur idéologie et cherchent à la faire triompher, alors que c’est la nôtre qui doit triompher si nous savons faire notre travail…». . Elle donne des exemples qui montrent que ce travail d’unité est déjà bien avancé et indique que d’importantes délégations étrangères sont attendues en provenance d’Urss, de Chine, d’Angleterre…
Elle demande au PC français toute son attention et son appui.
Secrétaire générale du Comité Mondial des Femmes contre la guerre et le fascisme Ce congrès a lieu à Paris du 4 au , Bernadette Cattanéo en préside la commission politique. Il réunit des femmes (1200 dont 600 de France) et des responsables d’organisations qui, dit-elle, étaient restées jusque-là loin l’une de l’autre.
Elle est élue lors de ce congrès et à l’unanimité secrétaire générale du « Comité Mondial des Femmes contre la guerre et le fascisme (CMF) ».
Elle déclare que le CMF est destiné à toucher toutes les couches de femmes, indépendamment de leur classe sociale, quelle que soit leur tendance politique. Outre l’objectif de lutte contre la guerre et le fascisme, il revendique la libération et l’émancipation sociale et politique de la femme, la défense de ses revendications, l’égalité des femmes et des hommes. vignette|Charte votée au premier congrès mondial des femmes contre la guerre et le fascisme, en août 1934. Deux documents fondateurs, une charte revendicative déclinant les principes fondamentaux réclamés pour les femmes ainsi qu’un manifeste, plus politique, sont votés, sous sa présidence, lors de ce congrès. Dans son autobiographie de 1937, elle revendique le fait d’avoir obtenu le vote du manifeste presque à l’unanimité.
La propagande du mouvement Bernadette Cattanéo lance en et dirige le journal de propagande du CMF : Les Femmes dans l'action mondiale. Elle y écrit de nombreux articles signés de son nom ou de son paraphe BC portant aussi bien sur la revendication de droits pour les femmes en France et à l’étranger qu’en rapport avec les évènements internationaux.
Elle pilote ensuite la création de nombreux journaux féminins similaires via les comités nationaux du CMF qui vont se créer petit à petit (espagnol «Mujeres», allemand «Die Frau», italien «La voce delle donne», belge et B.flamand «vrouwen», anglais «woman today», hollandais, yougoslave, uruguayen, argentin, australien…).
Elle écrit également des articles dans le journal de l’IC La Correspondance internationale. Par exemple, à l’occasion de la journée internationale de la femme le dans lequel elle rappelle les actions les plus importantes réalisées depuis 1934. On y lit également que le journal «Die Frau» dénonce en Allemagne des dizaines de milliers de femmes mutilées par stérilisation car soupçonnées «d’hérédité malsaine». Dans le numéro d’ elle dénonce les provocations d’Hitler et annonce un nouveau grand congrès mondial pour rassembler les femmes et les mères de l’univers en précisant "il faut réaliser vite, la situation sérieuse ne permet plus de tergiverser".
Le suivi des objectifs du mouvement et son fonctionnement Dès 1935, Bernadette Cattanéo se rend tous les ans à Moscou pour faire un point complet sur l’avancée du mouvement directement auprès des instances dirigeantes du Komintern. Ses interventions sont longues, très détaillées et documentées. On trouve dans les archives «Pandor» les verbatims de certaines de ces réunions.
Elle rend compte de ses activités en présence de Yvan Stepanov et Albert Vassart en 1935, de Palmiro Togliatti et Helena Stassova en 1936, de Georgi Dimitrov, Alexandre Losovski et André Marty en 1937 et de Bonhumir Smeral en 1939.
En dehors de ses voyages en Russie (on en dénombre au moins 11 parmi lesquels elle eut des entretiens personnels avec Dimitrov), elle se rend également au moins 6 fois en Espagne pendant la guerre en 1936 et 1937 pour, comme elle l’indique dans son autobiographie de 1937, soutenir ses sœurs espagnoles.
Le CMF est présidé par Gabrielle Duchêne. Néanmoins la vraie dirigeante est Bernadette Cattanéo qui en est la vraie cheville ouvrière et qui bénéficie d’un soutien permanent des femmes soviétiques avec comme contact les premières années Helena Stassova et ensuite Maroussia Krilova à partir de 1938.
Gabrielle Duchêne du fait du rôle très important qu’elle joue depuis plusieurs années au sein la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté, comme pacifiste et féministe, permet d’attirer des femmes de tous milieux sociaux et politiques. Elle est la vitrine parfaite du mouvement. Elle rédige un éditorial présenté dans chaque première page du journal «femmes dans l’action mondiale».
Par ailleurs, il ne faut pas que le mouvement puisse donner l’impression d’être dirigé par des communistes.
La présidente du CMF peut communiquer directement avec E. Stassova ou M. Krilova mais la considération des femmes soviétiques va pendant toutes ces années d’avant conflit mondial à la secrétaire générale. Les exemples ci-dessous le montrent.
En à Moscou, lors de sa présentation au secrétariat romain du CEIC, elle évoque le comité des intellectuelles du CMF présidé à partir de par Irene Joliot Curie. Elle indique qu’elles sont utilisées comme paravent et pour influencer d’autres couches de femmes. Elle cite Gabrielle Duchêne, Helene Langevin, Lucie Prenant: «… l’impression peut être telle que le mouvement est dirigé par elles. Mais il n’en est pas ainsi. Elles travaillent mais c’est nous qui dirigeons tout cela, depuis le début c’est notre petit appareil qui a tout en mains, nous avons les fiches, les adresses, tout…».
En 1936, elle confirme «elles nous amènent beaucoup de femmes… Elles agissent en accord avec nous, elles ne font rien sans nous demander notre avis…».
En 1938, dans un courrier daté du , adressé à M.Krilova, elle explique les difficultés qu’elle a rencontrées pour l’organisation de la conférence internationale des femmes à Marseille(), difficultés liées à l’attitude de G.Duchene qui avait pris une décision sans attendre son retour comme convenu. «J’ai eu une discussion très vive avec G.D à ce sujet… Les maladresses de G.D ramenant tout à elle et à sa personne, monopolisant tout, n’ont pas toujours facilité notre tâche…»