vignette|redresse=1.4|Carte des monarchies dans le monde en 2021.

La monarchie (du grec mono « seul », arkhe « pouvoir » : « pouvoir d'un seul ») est un régime politique où l'unité du pouvoir est symbolisée par une seule personne, appelée « monarque » et n'est pas nécessairement une royauté. Elle peut être héréditaire ou élective (comme les rois gaulois ou encore les doges dans la république de Venise). Selon la définition de Montesquieu, une monarchie se définit par le gouvernement absolu d'un seul, mais ce pouvoir est limité par des lois.

Types de monarchies selon le régime politique

Monarchie constitutionnelle La monarchie est dite constitutionnelle lorsque les pouvoirs du monarque sont définis et encadrés par une Constitution écrite qui fixe les règles fondamentales de l’État et organise la séparation des pouvoirs. Le Roi y conserve un rôle politique et institutionnel effectif : il règne et gouverne, c’est-à-dire qu’il exerce, directement ou concurremment avec d’autres organes de l’État, des compétences réelles en matière de gouvernement, conformément aux dispositions constitutionnelles. (exemples: Maroc, Jordanie, Thaïlande, Monaco)

Il est souvent admis, lorsque l'État est menacé par une guerre étrangère ou civile, qu'une loi martiale lui donne provisoirement tous les pouvoirs : la monarchie devient alors, au sens antique, une dictature (comme l'exerçaient les consuls ou les généraux romains en cas de graves problèmes).

Monarchie parlementaire La monarchie est dite « parlementaire » lorsque le chef du gouvernement, nommé par le monarque selon les règles constitutionnelles, est politiquement responsable devant le Parlement. Dans ce type de régime, le monarque conserve sa qualité de chef de l’État, mais son rôle dans la conduite effective de la politique nationale est limité. Il règne sans gouverner : il incarne l’État, assure la continuité des institutions et exerce principalement des fonctions de représentation, d’arbitrage et de garantie du fonctionnement régulier des pouvoirs publics, tandis que le gouvernement, responsable devant le Parlement, assure la direction effective de la politique de la nation. (exemples : Japon, Royaume-Uni, Espagne, Belgique, Suède, Norvège).

Monarchie absolue La monarchie est absolue lorsque le monarque détient tous les pouvoirs. Certains parlent alors de régime despotique. Toutefois, le monarque est généralement limité dans les faits par un ensemble de traditions et de coutumes, plus ou moins codifiées, comme les lois fondamentales du royaume de France, tandis qu'un despote ou un tyran n'est limité par aucun pouvoir supérieur.

C'est ainsi que s'est vu refuser par le Parlement de Paris l'enregistrement du traité d'Utrecht sur la partie où le roi renonçait au trône de France pour son petit-fils Philippe (qui devient roi d'Espagne) et sa descendance. Le Parlement de Paris a rappelé au « Roi-Soleil » que personne, même lui, ne peut disposer de la dévolution de la couronne qui se fait indépendamment de lui selon un ordre prévu par les lois fondamentales du royaume (loi salique de primogéniture masculine pour la France).

Le monarque absolu, à la différence du monarque constitutionnel, représente au sens propre du mot la « monarchie » en ce sens que tout le pouvoir repose sur un seul être : le roi ou la reine, qui regroupe les trois pouvoirs de l'État (législatif, exécutif et judiciaire). S'il dirige le royaume lui-même avec ses ministres et « en ses conseils », il rend la justice par le biais de tribunaux et de cours (c'est la justice « distributive », chaque sentence étant écrite « de par le roi » ou « de par la reine ») et édicte tous les textes législatifs que l'assemblée des trois ordres (clergé, noblesse et tiers état) préconise quand le roi les regroupe lors des états généraux. Mais à bien regarder, cela perdure encore aujourd'hui puisqu'une loi ne peut être applicable qu'une fois que le décret d'application a été signé par le pouvoir exécutif.

Types de monarchies selon le titre du souverain vignette|Couronne impériale (Russie)

Espace occidental Empire Royaume Principauté Grand-duché Duché Despotat (époque byzantine) Papauté Landgraviat Margraviat

Espace arabo-musulman Califat Émirat Sultanat Imamat Royaume (comme de nos jours en Jordanie ou au Maroc)

Autres régimes politiques Régime présidentiel Dictature Tyrannie

Monarchie de droit divin et monarchie élective vignette|alt=Gravure d'un homme en armure regardant à sa droite. Il porte un sceptre|Moulay Ismail. Illustration de John Windus tirée de Reise nach Mequinetz, der Residentz des heutigen Käysers von Fetz und Marocco, Hanovre 1726.

Dans la monarchie de droit divin, le pouvoir est légitimé par un lien spirituel qu'entretiendrait le tenant du pouvoir avec la ou les divinités.

Monarchie de droit divin Chez les anciens Germains, le pouvoir royal était d'essence divine à travers le rattachement de la dynastie régnante à Woden ou Wotan (Odin). Le royaume de France était également une monarchie de droit divin.

Actuellement, il existe encore de nombreuses monarchies de droit divin dont le Royaume-Uni, où le roi est également chef de l’Église anglicane.

Au Maroc, encore actuellement, la dynastie alaouite est dite descendante du prophète de l'islam Mahomet ce qui lui octroie une certaine « noblesse religieuse » et une certaine légitimité dans un pays majoritairement musulman. Par ailleurs, la dynastie est passée du titre du sultan au titre de roi au cours du .

Monarchie élective Dans la République polono-lituanienneTadeusz Wyrwa, « Monarchie élective et démocratie nobiliaire en Pologne au », Revue historique de Droit français et étranger, , 1977, Paris, ; Daniel Beauvois, La Pologne : histoire, société, culture, La Martinière, 2004, 522 p. . et dans le Saint-Empire romain germanique, et encore actuellement en Malaisie, au Vatican, en Eswatini, dans les Émirats arabes unis, le chef d'État est un monarque désigné par ses pairs au cours d'une élection ou par consensus.

Le roi et l'Église au Moyen Âge À ce lien païen, se substitua à l'époque chrétienne la vision du roi comme un intermédiaire entre Dieu et ses sujets, entre le ciel et la terre. Se fondant sur une lecture de la Patristique (saint Augustin dans la Cité de Dieu), la monarchie trouvait sa justification dans le fait que, de la même manière qu'un seul régnait dans les cieux, il était juste qu'un seul ne régnât sur terre.

Mais cette justification, associée à une confusion relative entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel se heurta de nombreuses fois aux prétentions du pape de Rome au pouvoir politique : notamment sous les pontificats de et de (1073-1085). Ce dernier, en particulier, développa la doctrine de la théocratie pontificale qui portait directement atteinte à l'étendue du pouvoir royal.

Pour les souverains pontifes, en effet, le pouvoir temporel devait demeurer soumis au pouvoir spirituel. Il est évident que les rois ne l'entendaient pas de cette manière. Outre l'excommunication, les papes bénéficiaient contre eux d'une arme juridique : une série de faux, forgés par la chancellerie pontificale, et dont le plus connu est la fausse donation de Constantin leur servaient à appuyer leurs prétentions au pouvoir temporel.

Les affrontements entre les rois trop indépendants et les pontifes romains, affrontements qui concernèrent surtout les souverains du Saint-Empire romain germanique, se multiplièrent sous les papes et : ce sont ces derniers qui s'approchèrent le plus de la « théocratie pontificale » au .

Roi de France thumb|left| en 1661 par Charles Le Brun. À 23 ans, il décide de prendre réellement le pouvoir en devenant monarque absolu.

Le roi de France, en raison du baptême de (roi des Francs saliens, puis roi de tous les Francs de 481 à 511) est considéré comme le premier souverain de la chrétienté. Au Moyen Âge comme jusqu'au , on considéra le roi de France comme souverain de droit divin — et on lui prêta des pouvoirs thaumaturgiques, comme le fait de guérir des écrouelles.

À partir de la deuxième moitié du , le sacre conféra au roi de France un caractère sacré, à l'instar des rois wisigoths ou du royaume d'Aragon. Fait unique parmi les monarques de la chrétienté, le roi de France était « oint » par un représentant de l'Église. L'onction du saint chrême, un mélange d'huile d'olive et de parfum dont l'usage, prescrit dans tous les sacrements de l'Église, et faisant aussi partie des éléments du sacre des évêques, contribuait à faire du roi de France le , son représentant.

Se fondant sur la signification de l'onction, un mouvement de légistes et d'évêques français fidèles à la monarchie, affirma à la suite d'un conflit contre le pape , la liberté de l'Église française sur les plans théologique et juridique, ainsi que la supériorité du roi de France à l'égard du souverain pontife en ce qui concernait le pouvoir temporel.

Monarchie absolue et monarchie constitutionnelle L'évolution de la monarchie absolue, où le monarque n'a théoriquement aucun compte à rendre à personne, vers le système de monarchie constitutionnelle, où ses pouvoirs sont encadrés par une constitution, ne s'est pas fait en une seule étape, dans le royaume d'Angleterre par exemple le point de départ en fut la Grande Charte (Magna Carta) en 1215.

Sous l'Ancien Régime en France, le monarque, de droit divin par le sacre, était défini comme « le roi en ses conseils ». Ces conseils, qui ont beaucoup évolué au fil des temps, permettaient au roi de se faire une idée des choses en écoutant les spécialistes qui s'y trouvaient ou qu'il y invitait avant de prendre ses décisions. Diverses sociétés ou assemblées influaient sur la vie du Royaume, les « corps intermédiaires », associations composées des différents éléments formant la société : parlements régionaux, États provinciaux, corps de métiers, bailliage ou échevinage, etc. Ce type d'organisation politique, avec ou sans monarque à sa tête, est dénommé corporatisme.

Le modèle de monarchie sans pouvoir est souvent qualifié de . Par exemple, le roi de Suède est le seul chef d'État et le seul monarque de l'Union européenne qui n'a pas le pouvoir de signer de traités internationauxPréambule du traité de Lisbonne.. Ce modèle est régulièrement évoqué aux Pays-Bas, en Belgique et au Royaume-Uni, trois pays où il existe un débat récurrent, quoique limité, entre partisans d'une monarchie aux pouvoirs renforcés, d'une monarchie « à la scandinave » et d'une république, la majorité des élus et de la population semblant plutôt favorables à un statu quo, même si les arguments économiques sur le coût de la monarchie ont un écho plus grand, plus particulièrement quant aux dotations des autres membres de la famille royale que le monarque et les principaux héritiers du trône.

Jusqu'à la deuxième décennie du , ce débat n'a pratiquement pas atteint l'Espagne où le roi Juan Carlos a obtenu l'appui de la population après avoir résisté au putsch militaire de 1981 qui a tenté de rétablir la dictature franquiste, et pour avoir joué un rôle clé dans le rétablissement de la démocratie après la mort de Franco, qui l'avait porté au pouvoir. La cote de popularité de la monarchie espagnole a chuté à la suite de scandales de corruption au sein de la famille royale et de l'éloignement du roi des réalités de la crise économique qui frappe l'Espagne depuis 2008Sandrine Morel, « Juan Carlos abdique pour préserver l'avenir de la monarchie espagnole », Le Monde, 3 juin 2014. Consulté le 8 juin 2014., et à la suite de l'abdication du roi en plusieurs partis de gauche ont demandé la célébration d'un référendum sur la permanence de la monarchie « IU lleva al Senado el debate del referéndum sobre la Monarquía », El País, Madrid, 3 juin 2014. Consulté le 8 juin 2014..