La contrebasse est un instrument grave de la famille des instruments à cordes. Avant l'octobasse, la contrebasse est le plus grand (entre et ) et l'un des plus graves instruments de cette famille. À la différence des autres instruments de la famille (violon, alto, violoncelle), qui s'accordent en quintes, elle s'accorde aujourd’hui en quartes (du grave vers l'aigu : mi -1, la-1, ré1 et sol1 en notation française ou E1, A1, D2, G2 en notation anglo-saxonne), essentiellement pour des raisons de facilité de doigté.
Elle peut se jouer en frottant les cordes avec l'archet (arco) ou en les pinçant avec les doigts (pizzicato). La contrebasse est très utilisée en musique classique au sein des orchestres symphoniques, en musique contemporaine et dans la musique électronique en tant que contrebasse synthétique. En jazz, elle fait partie de la section rythmique. La contrebasse est également utilisée dans les autres styles comme le blues, le bluegrass, le rock 'n' roll, le rockabilly, le psychobilly, le jazz rap et le tango.
Histoire de la contrebasse Jusqu’à une époque récente, l’appartenance de la contrebasse à la famille des violes ou à celle du violon était un sujet de débat, débat qui trouvait son origine dans des considérations organologiques, musicologiques et même étymologiques erronées, remontant au . Les recherches qu’a menées Paul Brun, contrebassiste à l’Orchestre national de Lille, qui font aujourd’hui autorité dans le monde entier, ne laissent plus guère de place au doute : c’est bien à la famille du violon qu’appartient la contrebasse, même si un certain nombre de violes de gambe contre-basses, transformées par suppression des frettes et modification du chevillier (pour passer de six cordes à cinq ou quatre), et qui sont parvenues jusqu'à nous, ont pendant longtemps contribué à accréditer la thèse inverse.
L'apparition de la contrebasse remonterait à 1620, succédant au violone et à la contrebasse de viole, mais elle ne fut introduite dans l'orchestre qu'au milieu du . Elle est utilisée dans un orchestre français pour la première fois en 1706 par Marin Marais dans la scène de la tempête de son opéra AlcyoneJérôme de La Gorce, « Alcyone », in . Initialement, elle doublait les parties des violoncelles à l'octave inférieure, puis elle s'émancipa, et les contrebasses obtinrent progressivement dans les orchestres leurs propres partitions dans la période romantique.
Archets vignette|redresse|Archet à la française. gauche|vignette|redresse|Archet à l'allemande. Il existe deux types d'archet pour la contrebasse. L'archet français est semblable aux archets des autres instruments de la famille du violon (violon, alto et violoncelle) et se tient de la même façon : l'instrumentiste place le bout du pouce dans le creux du talon et le bout des autres doigts sur la baguette. L'archet allemand est moins long, et il est tenu d'une façon différente, rappelant l'archet de la basse de viole : le musicien place le pouce sur la baguette et ses autres doigts empoignent le talon. L'archet allemand est beaucoup plus ancien que l'archet français, peu utilisé avant les , avant son adoption par le virtuose italien Giovanni Bottesini. La plupart des archets sont taillés et fabriqués dans un bois du Brésil, le pernambouc. La couleur varie du marron clair au noir.
Certains archets peuvent être fait en carbone.
Cordes vignette|gauche|redresse|Cordes en boyau. vignette|redresse|Cordes en métal. Avant le milieu du , les cordes de contrebasse étaient généralement faites de boyau, mais depuis ce temps, les cordes en métal ont largement remplacé les cordes en boyau, car elles tiennent mieux l'accord, et sont moins fragiles que ces dernières. De nos jours, l'usage des cordes en boyau est principalement restreint aux contrebassistes actifs dans les domaines de la musique baroque, du rockabilly, du blues traditionnel, du bluegrass et du jazz traditionnel.
La transition du boyau au métal a aussi influencé l'évolution de la technique de l'instrument, car les cordes en métal peuvent être plus proches de la touche que les cordes en boyau, ce qui les rend plus faciles à jouer. De plus, elles peuvent être jouées dans des positions plus hautes sur les cordes graves, sans sacrifice au niveau de la sonorité. La méthode classique de contrebasse du de Franz Simandl n'utilise pas la corde de mi grave dans les positions les plus hautes, car avec les cordes en boyau à une grande distance de la touche, le son n'était pas clair dans ces positions aiguës. Cependant, avec les cordes en métal modernes, les contrebassistes peuvent jouer avec un son clair dans les positions aiguës sur les cordes graves de mi et de la.
L'instrument C'est Cherubini, directeur du Conservatoire de Paris, qui imposa en 1832 l'accord en quartes en usage dans les pays germaniques. Jusque-là, l'accord qui avait généralement prévalu en France pour la contrebasse était l'accord en quintes.
Les essences de bois utilisées pour la construction des contrebasses sont variables, mais on retrouve généralement de l'épicéa pour la table, de l'érable, de l'ébène pour la touche. Certains contreplaqués sont parfois utilisés, généralement pour les instruments d'étude. On trouve aussi des contrebasses en fibre de carbone notamment celles développées par un luthier français depuis plus de 30 ans sous la marque CoSi.
Elle possède généralement quatre cordes accordées en quartes (mi -1, la-1, ré1 et sol1, du grave vers l'aigu). On peut trouver parfois une cinquième corde de do-1 (école française), accordée une tierce sous le mi -1 (soit une octave plus bas que la note la plus grave du violoncelle) ; ou encore un do 2 à la quarte supérieure de la corde de sol 1 (accord utilisé quelquefois dans le jazz). La tessiture de la contrebasse atteint alors , du do au do 4. D'autres écoles préfèrent accorder cette en si, pour des raisons de facilité des positions. Certains orchestres symphoniques rendent obligatoire l'usage de la contrebasse à . En effet, seule celle-ci permet d'avoir le registre le plus grave du (appelé ainsi par référence aux flûtes d'orgue produisant ce registre), indispensable pour jouer certaines partitions telles qu'elles sont écrites, sans avoir à transposer.
Lorsque la contrebasse joue une pièce en soliste avec un orchestre (par exemple un concerto), elle est généralement accordée "en soliste", c'est-à-dire un ton au-dessus de l'accord orchestre, afin de lui donner un son plus brillant. Ses quatre cordes seront donc fa#-si-mi-la.
Technique instrumentale Les modes de jeu sont particulièrement diversifiés, en particulier ceux utilisant les spectres sonores, parce que ceux de la contrebasse se situant dans le spectre de la voix, ils sont plus perceptibles. (Michel CorretteMichel Corrette, Méthodes pour apprendre à jouer de la contrebasse..., Paris, 1781.). Abondamment utilisés dans les musiques contemporaines, ils sont un des éléments essentiels de l'orchestration dans ces musiquesJean-Pierre Robert Les modes de jeu de la contrebasse : un dictionnaire de sons, Paris, avec 2 CD, Éditions Musica Guild, 1995, 64..
Techniques de production du son Avec l'archet Sul tasto Sul ponticello Jettato ou ricochet Balayage Avec la main droite Slap Pizz Bartok Pizzicato Avec la main gauche Hammer-on Pull-off
Techniques étendues Distorsion Harmoniques Double stop et accords
Variantes de contrebasses gauche|vignette|redresse=0.4|Violone. droite|vignette|redresse=0.6|Octobasse. Variantes historiques Plusieurs variantes historiques de la contrebasse sont encore jouées aujourd'hui, tels que le violone, l'octobasse, ainsi que les contrebasses montées avec trois cordes.
Contrebasses électriques Il existe des contrebasses électriques (souvent désignées par le sigle EUB, soit en anglais electric upright bass), différentes des guitares basses. Les contrebasses électriques ressemblent un peu à la contrebasse, mais elles se débarrassent souvent du volume du corps servant de résonateur, et à la place, l'instrument se sert d'un micro ( en anglais) solidarisé au chevalet branché à un amplificateur. Sans la caisse volumineuse, les contrebasses électriques sont plus faciles à transporter, et il est plus facile d'accéder aux notes aiguës. Les contrebasses électriques sont souvent utilisées par les musiciens de jazz-rock ou fusion, comme Medeski, Martin et Wood, et Les Claypool.
La contrebasse dans les formations musicales Les contrebasses forment le cinquième pupitre des cordes frottées de l'orchestre symphonique.
Dans l'orchestre de chambre, la contrebasse fait partie du quintette des cordes frottées.
La contrebasse peut aussi assumer le rôle de cinquième pupitre, dans l'orchestre à plectre.
Répertoire pour contrebasse Grands concertos Concertos de Dragonetti, Bottesini, Vanhal, Dittersdorf, Koussevitzky, Mortari, Nanny.
De nombreux concertos et pièces pour violoncelle, telles les Suites pour violoncelle seul de Bach, sont transposées pour la contrebasse.
Autres pièces pour contrebasse L'Éléphant, pièce du Carnaval des animaux de Saint-Saëns : ce mouvement est comique ; le thème, lent, est tenu par la contrebasse, soutenue par des accords de piano. On note un nombre important de modulations à partir de mi bémol majeur. Ce morceau est une parodie de la Danse des sylphes d'Hector Berlioz (extrait de La Damnation de Faust), qui passe de très aérienne dans sa version originale à pachydermique dans le morceau de Saint-Saëns.
Quintettes avec contrebasse op.39 de Luigi Boccherini ; quintettes pour quatuor à cordes et contrebasse d'Antonín Dvořák et Darius Milhaud ; quintette pour hautbois, violon, viole, violoncelle et contrebasse en si mineur d'Antoine Reicha ; quintette La Truite de Franz Schubert (écrit pour piano, violon, alto, violoncelle et contrebasse) ; quintette pour hautbois, clarinette, violon, alto et contrebasse de Sergueï Prokofiev.
Les exemples précédents sont les plus célèbres parmi de chambre qui ont été répertoriéesPaul Nemeth, Base des œuvres et compositeurs de la contrebasse dans la musique de chambre, 2011..
Le répertoire contemporain est particulièrement abondant : solo, acoustique, avec électronique, ou théâtre musical.
Pièces pour contrebasse seule Néo-classique Suite, Marcel Bitsch Thème varié, Jean Françaix Sonate, de David Graham Ellis (1977) Suite dans un mode ancien, Hans Fryba (1954) Hommage à Bach, Julien-François Zbinden (1969) Kadenza pour contrebasse solo, Teppo Hauta-Aho 6 Capricci pour contrebasse solo 1982, création en 1991, Dirk D’Ase 59"1/2', John Cage (1953)
Contemporain
Bruno Giner : Kern
Contrebasse et jazz vignette|Contrebasse utilisée dans le Jazz La contrebasse est très utilisée dans le jazz. Elle est surtout utilisée en pizzicato (en pinçant les cordes) plutôt qu'avec l'archet. Elle a un rôle à la fois rythmique et harmonique. Jouer une walking-bass consiste à improviser sur la ligne de basse écrite sous forme d'accords, une note en général sur chaque temps. Cette forme de jeu est utilisée la plupart du temps, bien que parfois la contrebasse tienne le thème (Paul Chambers) ou un riff récurrent. On la trouve dans la plupart des formations, du trio piano, contrebasse, batterie, au big band.