Le RafaleLe constructeur Renault est propriétaire du nom « Rafale » depuis l'apparition de l'avion Caudron C.460 en 1934. Il a autorisé Dassault à l'utiliser pour baptiser son avion de combat de Dassault Aviation est un avion de combat multirôle développé conjointement pour la Marine nationale et l'Armée de l'air françaises. Livré à partir du , il est entré en service en 2002 dans la Marine nationale... et en 2007 dans l'Armée de l'air. Il équipe également par la suite les forces aériennes égyptiennes, qataries, indiennes, grecques et croates et indonésienne, a été commandé par les Émirats arabes unis, la Serbie, et fait l'objet de négociations pour un achat par l'Ukraine. Fin 2025 Dassault Aviation totalise 533 commandes de Rafale depuis le début du programme, dont 299 pour l'exportation et 234 pour l'armée française.
Contexte
À la fin des années 1970, les Forces armées françaises expriment le besoin d'un nouvel avion de combat polyvalent qu'il est envisagé de développer avec l'Allemagne de l'Ouest, le Royaume-Uni, l'Espagne et l'Italie. Les divergences de besoins, notamment la capacité d'opérer depuis un porte-avions, désolidarisent la France de ses partenaires en 1985.
Le démonstrateur Rafale A vole le et le programme est lancé le : le monoplace vole le , la version marine M, le de la même année, et le biplace B, le . Le coût total du programme est de d'euros.
L'avion est à aile delta et plans-canards, à commandes de vol électriques et utilise des éléments de furtivité passifs et actifs. ; il est équipé d'un radar à balayage électronique RBE2 et de deux moteurs Snecma M88. Pour la supériorité aérienne, il utilise des missiles air-air et un canon. En bombardement tactique, il utilise des bombes guidées laser, des missiles de croisière, des missiles antinavires et, en bombardement stratégique, un missile nucléaire ASMP-A.
La France avait prévu initialement de commander , dont 58 pour sa marine. Au , 243 avions ont été commandés, dont 48 pour la marine et 24 revendus d'occasion.
Les contrats à l'export du Rafale à partir de 2015 ont fait fortement progresser les exportations militaires françaises, dont le principal bénéficiaire est Dassault Aviation, puis Thales, Safran, MBDA, qui fournit les missiles des Rafale, et les cinq cents autres entreprises qui travaillent sur le projet Rafale..
Premier client à l'export, l'Égypte fait l'acquisition de en , puis de supplémentaires en pour un total cumulé de d'euros..
Le , le Qatar commande dans un premier temps , puis portera en 2017 son total à 36 pour un prix total de d'euros..
Bien que le , l'Inde annonce son intention d'acheter , la commande ne se concrétise que le pour d'euros..
Fin 2020, dans le cadre de tensions croissantes en mer Méditerranée, la Grèce se décide à commander (dont 12 d'occasion) et un ensemble de munitions, puis également six supplémentaires en 2022 pour un montant total de trois milliards d'euros.
En , la Croatie annonce acquérir, pour approximativement un milliard d'euros, d'occasion.
Le , Dassault Aviation annonce la vente de au standard F4 aux Émirats arabes unis, pour un total de d’euros pour un ensemble qui inclut également des munitions et des hélicoptères Caracal d'Airbus.
L'Indonésie annonce en l'achat de pour une somme supérieure à d'euros. Les contrats successifs à l'export ont donc engrangé au total un chiffre d'affaires de d'euros.
Le Rafale a réalisé des missions de bombardement durant la guerre d'Afghanistan (2001-2021), lors de l'opération Serval au Mali et lors de l'opération Chammal contre l'État islamique en Irak et en Syrie, ainsi que des missions d'interdiction et de bombardement au cours de l'intervention militaire de 2011 en Libye.
En , le ministère des Armées lance le développement d'un drone de combat qui accompagnera le Rafale F5 à partir de 2033, afin de le doter de la capacité à supprimer et à détruire les défenses aériennes adverses, « pour que sa capacité de pénétration reste crédible au moins jusqu’en 2060 ». Il « bénéficiera des acquis » du drone nEUROn selon Dassault qui est chargé de le construire.
vignette|upright=1.6|Deux Rafale M sur le pont du Charles de Gaulle.
Genèse du programme Rafale Premières études (1972-1976) Dès le début des études du programme , l'Armée de l'air et d'autres services de l'État français commencent à penser aux spécifications d'un successeur qui devrait entrer en service vers la fin des . La Luftwaffe et la entament aussi le même type de réflexion.
Au milieu des , l'Armée de l'air, et dans une moindre mesure, la Marine nationale, dont les flottes paraissent dépassées en comparaison des nouveaux avions de supériorité aérienne américains (F-15, F-16, F/A-18) et soviétiques (MiG-29 et Su-27), expriment l'intention d'acquérir une nouvelle génération d'avions de combat polyvalents... Des études sont effectuées par le Centre de Prospection et d'Évaluation (CEPA) du ministère de la Défense français, auquel l'avionneur Avions Marcel Dassault-Breguet Aviation (AMD-BA, aujourd'hui Dassault Aviation) délègue l'ingénieur Bruno Revellin-Falcoz, chef du département militaire de son bureau d'études. Le motoriste Snecma lance des études de faisabilité de moteurs militaires de nouvelle génération..
Tentative de coopération européenne (1977-1979) En , l'Armée de l'air demande à la Direction des constructions aéronautiques du ministère de la Défense français de conduire une réflexion sur un « Avion de Combat Tactique » (ACT).. Le besoin exprimé est simple : un biréacteur léger capable de missions d'attaque au sol mais également de missions air-airDéclaration de Bruno Revellin-Falcoz, vice-président de Dassault 2000-2006 et directeur technique lors du développement du Rafale (Rafale Confidential, un film de Gregory Le Moigne et Galaxie Presse, 2013)..
Le ministère n'exclut pas à cette date une éventuelle construction en coopération avec d'autres pays européens, les budgets défense se faisant plus maigres et l'intégration de technologies récentes de plus en plus coûteuseHélène Masson, « Le JSF/F-35 en Europe : le prix du pragmatisme », dans Fondation pour la recherche stratégique, Annuaire Stratégique et Militaire 2004, Odile Jacob ..
Des discussions bipartites entre la France et la RFA s'engagent alors pour remplacer le Jaguar et, ultérieurement, le Mirage 2000C français et le F4F Phantom II allemand. Les Britanniques, qui songent au remplacement de leurs FG Mk1 et FGR Mk2 Phantom de défense aérienne, apprenant que cette coopération se met en place, demandent à rejoindre le projet. Des discussions tripartites commencent pour s'entendre sur des besoins communs, sur un calendrier et sur la configuration technique d'un éventuel avion de combat européen ; la France opte dès cette date pour un chasseur-bombardier polyvalent, tandis que la RFA et le Royaume-Uni demandent un intercepteur spécialisé.
En 1978, en réponse aux deux spécifications, celle de l'ACT de l'Armée de l'air, à laquelle s'est jointe une seconde pour un « Avion de Combat Marine » (ACM) de la Marine nationale, des études sont lancées pour un avion polyvalent ACX qui devrait être mis en service à partir des années 1990-2000.
L'industriel français AMD-BA obtient un premier marché d'étude le pour analyser l'incidence des technologies nouvelles sur la définition et les performances du système d'armes (ACT 92), fondé sur un avion ACT destiné à entrer en service à l'horizon 1990-1995 et destiné à l'Armée de l'air française. Le besoin opérationnel exprimé est un biréacteur léger capable d'effectuer des missions de défense aérienne et d'attaque à basse et moyenne altitudes. Un second contrat est signé le , pour un appareil destiné à la Marine nationale française, l'« Avion de Combat Marine » (ACM), capable d'effectuer les mêmes missions que l'ACT. Les études concernent la configuration de la cellule, le système d'armes et l'armement. En 1979, l'ONERA lance le projet RAPACE pour étudier l'aérodynamique transsonique tridimensionnelle aux grands angles d'incidence, la modélisation numérique en s'appuyant sur les études du projet Mirage 2000.
Chez Dassault Aviation, l'adaptation du contrôle actif généralisé (CAG) et des commandes de vol électriques (CDVE) est alors acquise, ainsi que l'usage d'outils numériques pour la conception afin de réduire les cycles et les coûts de conception. Dès l'origine, Dassault choisit de développer en interne avec une petite équipe de ses outils de conception numérique, le programme DRAPO (Dessin et Réalisation d'Avion par Ordinateur), qui donnera naissance au logiciel de CFAO CATIA, qui sera utilisé tout au long du projet Rafale, de la conception du démonstrateur Rafale A à la fabrication des Rafale de série, et qui servira de vitrine commerciale au groupe Dassault, lui permettant de créer une nouvelle société, Dassault Systèmes qui en 2019 reste la seule introduction en Bourse d'une entreprise technologique française à plus d'un milliard d'euros de valorisation (licorne) depuis 1996..
Le bureau d'études de Dassault étudie avec des maquettes en soufflerie. L'aile Delta s'impose rapidement en réponse aux besoins exprimés par l'Armée de l'air et par la Marine. Comparée aux configurations classiques à poids équivalent, elle est beaucoup plus solide ; sa pénétration dans l'air est excellente et lui permet d'aller plus rapidement en supersonique haut.
Au début, Marcel Dassault a eu des sentiments réservés à propos du Rafale. Il a toujours demandé à ses ingénieurs de concevoir de petits avions, peu chers et donc exportables. Il a apporté sa touche personnelle à la conception en exerçant dès le début une pression forte sur l'équipe de projet ACX/Rafale afin qu'elle ne se laisse pas entraîner vers un gros avion comme le souhaitaient les partenaires européens.
Alors que les études françaises se poursuivent, les entreprises française AMD-BA, anglaise et allemande (MBB) évoquent dans un rapport commun la possibilité de combiner les exigences des trois pays pour la réalisation d'un unique intercepteur européen ().. En , au terme d'un colloque tenu à Bruxelles par l'UEO, un groupe nommé « Groupement européen indépendant de programme » (GEIP) est créé pour étudier les trois projets nationaux, l'« Avion de Combat Tactique » (ACT 92) de l'Armée de l'air, l'« » (AST 403) de la Royal Air Force et le « » (TKF 90) de la Luftwaffe.
Recherche d'une coopération franco-américaine (1981) En parallèle des tentatives de coopération internationale pour l'ACT 92, Marcel Dassault envisage une coopération franco-américaine avec la société Grumman pour un biréacteur propulsé par deux General Electric F404. Il écrit en à Georges Skurla, président de Grummann et lui propose de mettre sur pied un bureau d'études commun dans un des pays de la Communauté européenne. Le , Georges Skurla répond à Marcel Dassault qu'il est intéressé par cette coopération : « Notre société Grumman a toujours eu beaucoup d'estime et de respect pour votre compagnie et nous anticipons avec plaisir de travailler avec vous ». Le , Georges Skurla écrit à Marcel Dassault qu'il serait peut-être possible d'associer MBB comme troisième partenaire du projet. Le , Marcel Dassault note alors que dans ce cas, on pourrait envisager dans un premier temps de construire un avion équipé du F404 et d'une avionique américaine pour les besoins de l'OTAN et, dans une seconde étape, une seconde version équipée d'un moteur Snecma et d'une avionique française. Il explique aussi que si Grumman n'est qu'intéressé par « des tuyaux sur nos procédés de fabrication […] alors il vaut mieux abandonner ».. Finalement, cette coopération franco-américaine n'aboutit pas et la seule possibilité de coopération qui reste étudiée est celle entre AMD-BA, MBB et .
Démonstrateur pour chaque pays (1980-1983)