Historiquement, une (ou un) barbouze est un militant ou un sympathisant gaulliste chargé, en Algérie, de la lutte contre l'Organisation de l'armée secrète (OAS) par des méthodes que ne peuvent employer officiellement ni la police, ni l'armée, ni les services secrets. Les barbouzes agissent de façon semi-clandestine : , d'où leur surnom. Leur effectif n'aurait pas été supérieur à , mais certaines sources mentionnent un nombre sensiblement inférieur. Leur activité se limite à la période qui va de à et leurs actions sont circonscrites au territoire de l'Algérie. Ils sont liés au Mouvement pour la communauté, créé en 1959 par Jacques Dauer afin de soutenir la politique du Général de Gaulle en Algérie.

Par extension, ce terme désigne un agent du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (le SDECE) et tout agent secret sans distinction. Cette généralisation est notamment liée au succès du film de Georges Lautner Les Barbouzes, sorti en 1964, qui est une parodie des films d'espionnage.

Étymologie Barbouze est un mot d'argot employé au début du XXe siècle pour désigner la barbe (dérivé de ce mot avec un suffixe dépréciatif) les membres des services secrets étant réputés porteurs de fausses barbes lors des missions. Par extension, dans les années 1960, il désigne un ou .. C'est pour cette raison que, bien que les barbouzes soient des hommes dans la plupart des cas, on a toujours dit (même si aujourd'hui, l'acception masculine est autorisée).

Histoire Genèse Le , le référendum sur l'autodétermination est approuvé par plus de 75 % des votants en métropole et 69 % en Algérie.. Pour les partisans de l'Algérie française, ce référendum annonce la fin. Le mois suivant, un groupe, exilé à Madrid à la fin de l'année 1960 pour échapper au procès de la semaine des barricades, se forme autour du général Salan, de Pierre Lagaillarde et de Jean-Jacques Susini et crée l'Organisation Armée Secrète (OAS). En avril, à la suite de l'échec du putsch des généraux, une partie des militaires insurgés déserte et rejoint la lutte clandestine dans les rangs de l'OAS, avec de nombreux civils. L'Organisation lance en Algérie et en métropole une campagne d'attentats et d'assassinats contre l'État et les personnalités favorables à l'indépendance de l'Algérie.

L'armée et les services de police sont engagés contre l'OAS. Toutefois, la difficulté organique des services spéciaux, la DST, la Sécurité militaire et surtout le SDECE, à jouer un rôle efficace dans la lutte contre l'OAS en Algérie se double d'une réticence marquée de leurs membres, dont bon nombre ont combattu le FLN ou ont des sympathies pour l'Algérie française. Le gouvernement ne peut donc venir à bout de l'OAS avec des méthodes classiques. Selon André Passeron, ..

Ce nom est consacré par le journaliste Lucien Bodard qui a surpris une conversation privée entre Michel Hacq directeur de la police judiciaire, le député Robert Abdesselam et Jacques Dauer. Dauer et Hacq font part à Abdesselam de la création de réseaux destinés à lutter contre les activistes de l'OAS. Il s'agit de groupes autonomes, sans sujétion à l'égard des autorités, agissant par leurs propres moyens et ne dépendant que des instances les plus hautes. Ils agissent largement en dehors de l'armée et de la police et l'identité de leurs membres ne sera pas divulguée. Bodard publie son article dans France-Soir le sous le titre : Carte blanche aux « barbouzes » pour liquider I'OAS. Bodard emprunte ce mot aux livres d'espionnage écrits par Dominique Ponchardier (alias Antoine Dominique) dans lesquels les membres des services secrets s'appellent ainsi car ils sont réputés porteurs de fausses barbes. Le terme sera abondamment repris dans la communication de l'OAS.

Les initiateurs de la lutte contre l'OAS au moyen d' et des méthodes sont les dirigeants de plusieurs mouvements gaullistes ayant participé à la campagne du référendum : Lucien Bitterlin, Yves Le Tac, André Goulay et Jacques Dauer. Ils se regroupent sous l'égide du MPC, devenu localement Mouvement pour la Coopération, dont l'objectif est de tenter un rapprochement sincère entre les deux populations d'Algérie. Les hommes du MPC lancent une campagne d'affichage sur les thèmes et . Cependant ils se trouvent rapidement confrontés à la violence de leurs adversaires de l'OAS. Dauer et Raymond Schmittlein, président du groupe UNR à l'Assemblée rencontrent Louis Joxe, ministre des Affaires algériennes et lui demandent des moyens d'action pour les gaullistes en Algérie afin de mener la lutte politique contre l'OAS. Joxe intervient auprès du Délégué général Jean Morin qui, le , accepte d'aider Bitterlin et ses amis. Les contacts sont assurés par son directeur de cabinet Louis Verger et son chef de cabinet Claude Vieillescazes. Le colonel André, alias Laurent, assure la liaison avec la Sécurité Militaire.

Approché par André Goulay, l'avocat Pierre Lemarchand, ancien résistant dans le mouvement « Défense de la France », ancien responsable du RPF gaulliste dans la Seine, met en place les modalités de lutte contre l'OAS, avec Roger Frey, ministre de l'intérieur. Le nom d'Alexandre Sanguinetti, adjoint au cabinet de Frey, est parfois cité parmi les initiateurs du mouvement ; cependant, Pierre Lemarchand explique que les sympathies de ce dernier à l'égard de l'Algérie française interdisent de l'associer à la lutte anti-OAS en Algérie.

Recrutement Lucien Bitterlin, Dominique Ponchardier, Pierre Lemarchand et André Goulay s'appuient sur le MPC pour monter les équipes d'« auxiliaires de police ». Jacques Dauer refuse d'entériner cette évolution et ne participe pas aux actions violentes des barbouzes. Lemarchand, Bitterlin et Ponchardier travaillent en coordination avec les policiers de la Mission C de Michel Hacq, directeur de la police judiciaire. Ces brigades anti-OAS se mettent en place en même temps que les barbouzes. Elles comptent au total deux cent cinquante policiers, qui travaillent indépendamment des policiers locaux. Ils sont détachés à la direction de la sûreté nationale d'Algérie, qui dépend directement de Jean Morin. Michel Hacq se rend régulièrement à Alger pour organiser l'action de la Mission C..

Devant la Commission d'enquête parlementaire sur les activités du Service d'action civique, Lucien Bitterlin distingue trois filières de recrutement : une filière locale composé de quelques Algériens, la filière des militants de l'UNR et du MPC, qui prennent un mois de congé pour venir en Algérie. des Français qui habitent en Algérie, ce qui ne manque pas de faire courir des risques à leur famille.

Pierre Lemarchand complète ce tableau par une filière d' rémunérés, parmi lesquels plusieurs Vietnamiens spécialistes en arts martiaux, recrutés par Jim Alcheik, professeur de judo de ses enfants. Ce groupe d'hommes se baptise .

Les barbouzes recrutés par Lemarchand arrivent à Alger en octobre et et s'installent dans des villas de la périphérie, avec les hommes de Bitterlin. Des armes et des explosifs leur sont transmis par la Sécurité militaire. La Délégation générale leur débloque un budget. Bitterlin cite un montant de pour le premier mois et pour les trois mois suivants. Ces sommes sont consacrées à l'achat de véhicules, la location de maisons et le salaire des équipiers : par mois pour les exécutants et pour les responsables. La Délégation et la Sécurité Militaire leur fournissent des armes et des documents officiels : laisser-passer, permis de port d'arme, etc..

Selon Pierre Lemarchand, les effectifs des barbouzes sont de . Lucien Bitterlin parle d'un maximum de , dont une centaine de cadres permanents. L'historien Jacques Delarue mentionne un recrutement par Lemarchand de seulement. Il se fonde sur le nombre de victimes (19) de l'attentat de la villa d'El Biar qui constitue fin le seul refuge des barbouzes à Alger.

Les premières actions Le , les hommes de Dauer et Bitterlin lancent une campagne d'affichage à Alger et Orléansville ; parallèlement, le MPC publie des communiqués incitant les Européens à se démarquer de l'OAS, dont les activistes commencent à prendre à partie les colleurs d'affiche du MPC. À partir du , les barbouzes commettent leurs premiers attentats contre des bars fréquentés par des hommes de l'OAS. Ces plastiquages font des dégâts mais pas de victime.

Le , France-Soir révèle la présence des barbouzes à Alger et la nature de leurs opérations. De nouvelles recrues arrivent le . L'OAS parle des barbouzes comme de .

Le , une attaque est menée par les Commando Delta de l'OAS contre une villa située rue Séverine, dans le quartier La Redoute, qui abrite une équipe de barbouzes sous l'autorité de Lucien Bitterlin et André Goulay. À eures du matin, les commandos Delta ouvrent le feu sur un véhicule sortant du garage et dans lequel se trouvent Bitterlin et Goulay. Les occupants sont touchés. Goulay, assez sérieusement blessé et Bitterlin, plus légèrement, sont secourus par des voisins. Ils sont transférés à l'Hôpital militaire Maillot. Le surlendemain, un commando de l'OAS fait irruption et mitraille les hommes en faction avant de prendre la fuite. André Goulay est rapatrié en métropole.

Affrontements avec l'OAS et renseignement Le MPC se structure sur les quatre secteurs où il dispose de militants actifs : Alger (dont le responsable est Jean Dubuquoy), Oran (dirigé depuis Strasbourg par Gaston Pernot), Orléansville (Guy Gits) et Aïn Taya (Marcel Hongrois). Les barbouzes développent un réseau de renseignement par l'intermédiaire notamment de Jacques Despinoy, alias le colonel Foyer. Directeur dans un service de formation de la jeunesse, il dispose de nombreux informateurs en Algérie. Robert Lavier, alias Boissière, animateur du mouvement Défense de la République française est également un agent très actif dans ce domaine. Le cheikh Zékiri apporte le concours de jeunes arabes nationalistes se disant désireux d'aider la France. Les hommes de Bitterlin communiquent à la Mission C et à la Sécurité Militaire les listes de suspects transmis par leurs informateurs, ce qui amène à de nombreuses arrestations.

Le FLN prend contact avec Lucien Bitterlin et lui demande des armes pour s'associer aux actions contre l'OAS. Bitterlin refuse mais obtient néanmoins du FLN une liste de membres de l'OAS qu'il transmet à Michel Hacq. D'autres informations suivent, permettant notamment la découverte d'un dépôt d'armes et la reconstitution de l'organigramme de l'OAS d'Alger. C'est Marcel Hongrois, responsable du MPC d'Aïn Taya, qui a été contacté par Ben Youcef, responsable local du FLN. Il a obtenu qu'aucun attentat ne serait commis dans le secteur par le FLN contre les Européens ou les forces de l’ordre du secteur Aïn-Taya Maison-Blanche et que le FLN fournirait à Hongrois les renseignements en sa possession concernant l'OAS.. Pour sceller cet accord, Hongrois a remis à Ben Youcef son fusil Mauser. Il lui sera reproché par la suite d'avoir .

Les autorités de la Délégation générale apprécient le travail de renseignement mais déplorent le manque de discrétion des barbouzes, qui se heurtent fréquemment à l'hostilité de la population européenne. Le , Jacques Dauer demande à Bitterlin de suspendre les activités politiques du MPC. Celui-ci refuse. Ses équipes continuent leurs actions d'affichage et de distribution de tracts en faveur de l'autodétermination et de la coopération. Ils posent également des charges de plastic dans des lieux publics réputés pour être des points de ralliement de sympathisants de l'OAS, ainsi qu'au domicile des responsables de l'OAS de la banlieue est d'Alger.