thumb|Dépose d'une plaque « Adolf Hitler Straße » (« rue Adolf-Hitler » à Trèves) avec l'aide d'un policier allemand (brassard Polizei/police) et sous la surveillance d'un soldat américain. thumb|Une croix gammée détruite par explosifs au Reichsparteitagsgelände de Nuremberg le 25 avril 1945.
La dénazification (en allemand, Entnazifizierung) est un processus dirigé par les Alliés à la sortie de la Seconde Guerre mondiale et destiné à éradiquer le nazisme dans les institutions et la vie publique allemandes. Il avait aussi pour objectif de permettre la reconstruction d'une vie politique allemande démocratique, que ce soit sur une base capitaliste en Allemagne de l'Ouest ou sur une base communiste en Allemagne de l'Est. Ainsi, il faut voir dans ce processus deux volets : un volet punitif et un volet préventif.
Origine Proclamée à Londres en , renforcée par l'accord de Potsdam en op. cit. Echternkampf (2015) , la dénazification désigne une « épuration » de la société, de la culture, de la presse, de l'économie, du pouvoir judiciaire et de la politique allemandes et autrichiennes de toute influence nazie. Après la Seconde Guerre mondiale, une grande partie de l'Europe, surtout l'Allemagne, était en ruines. Ceci était particulièrement vrai pour l'administration de l'État. Les Alliés ont entrepris une politique de démocratisation, de démilitarisation, de décartellisation (rapidement arrêtée à l'est à cause de l'influence communiste, car créant du chômage) et de dénazification.
Il était notamment prévu dans les zones d'occupations occidentales des questionnaires auxquels chaque Allemand ayant détenu une petite fonction civile ou militaire devait répondre. Les réponses furent fréquemment peu sincères, frauduleuses ou fantaisistes, traduisant des stratégies de dissimulation ou de disculpation. Le romancier Ernst von Salomon publia à ce sujet en 1951 un texte célèbre intitulé (Le Questionnaire).
À partir du , le Conseil de contrôle allié siégeant à Berlin adopta la Loi du Conseil de contrôle allié portant abrogation du droit nazi, première d'un grand nombre de directives de dénazification qui seront appliquées plus ou moins scrupuleusement selon les zones d'occupation (les Soviétiques étant les plus radicaux). Ces directives allaient permettre de désigner certains groupes de personnes sur lesquelles une enquête judiciaire devait être entamée. Le corps professoral fut profondément et rapidement renouvelé, ainsi que la majeure partie des professions juridiques, journalistiques et sportives.
La « loi d'élimination du national-socialisme et du militarisme » du définit dans son article 4 les niveaux de responsabilité : (principaux coupables), (charges importantes), (charges mineures), (suivistes), (libérés, les procès en dénazification pouvant déclarer les prévenus , « non concernés » par cette loi).
Le , sous l'influence du juriste , une loi de « reconnaissance des unions libres des [personnes] persécutées [pour raisons] raciales et politiques » est promulguée afin de mettre un terme aux errements de la politique raciale du Reich nazi en termes de mariages.
Des réalités diversifiées Cependant, derrière l'apparente univocité du terme« La précision n'était pas la qualité dominante du protocole de la Conférence de Potsdam qui fixait les directives pour l'administration provisoire de l'Allemagne et sa mise hors d'état de nuire. Le manque d'accord des signataires saute aux yeux. », , la dénazification connut des déploiements différents selon les zones d'occupation :
Le conseil de contrôle allié n'édicte la directive 24 qu'en , et dès lors la dénazification se déroule différemment dans chaque zone d'occupation. suspects sont détenus dans les trois zones d'occupation occidentales, dont sont libérés au premier . Sont ainsi détenus jusqu'en 1947 : en zone britannique personnes (dont sont libérées, soit 53 %) en zone américaine (dont libérées, soit 46 %) en zone française (dont libérées, soit 42 %) en zone soviétique (dont libérées, soit 12 %).
5025 condamnations sont prononcées dans les zones occidentales, dont 806 condamnations à mort.
D'autres historiens relèvent eux aussi la disparité de traitement selon la zone d'occupation :
La description que Rovan donne de l'administration du secteur français est également très critique : Après le , la responsabilité de la dénazification en zone américaine est confiée aux autorités allemandes, qui mettent en place des chambres d'épuration composées de juges intérimaires.. Après la fondation de la République fédérale d'Allemagne, le Bundestag met officiellement fin à la dénazification par le vote de la loi du .. Dans la zone soviétique en revanche les camps d'internement restent jusqu'en administrés par les Soviétiques. Les conditions de vie y sont très difficiles, et y décèdent, selon les autorités soviétiques, plus de selon d'autres sources.
Destin des ex-membres du NSDAP Le procès de Nuremberg (-) déclare criminelles quatre organisations nazies : le NSDAP, la SS, le SD et la Gestapo. Cela implique que le simple fait d'en avoir fait partie est un crime.. En ce qui concerne le NSDAP, seul le corps de chefs nazis est déclaré criminel, à savoir : le Führer, la Reichsleitung, les Gauleiter et leurs principaux collaborateurs, les Kreisleiter et leurs collaborateurs, les Ortsgruppenleiter, les Zellenleiter et les Blockleiter. Les simples membres ne sont pas inquiétés s'ils se sont bornés à avoir une carte du NSDAP, 321.
Dans l'immédiat après-guerre, beaucoup de nazis, et en particulier de SS, furent ainsi détenus dans des camps de prisonniers ou/et exécutés, soit par la Résistance, soit après procès. Une partie, cependant, échappa à toute condamnation. Si dès 1943, les Alliés avaient mis en place la Commission des crimes de guerre des Nations unies (UNWCC) chargée de dresser une liste des criminels de guerre nazis, celle-ci, ainsi que d'autres organismes nationaux, durent faire face à d'importants problèmes pratiques d'organisation, en particulier après 1947 et le déclenchement officiel de la guerre froide. L'échec du CROWCASS (Registre central des criminels de guerre et des suspects pour la sécurité), créé en , est symptomatique de ce changement de priorité politique. De leur côté, certains d'entre eux s'organisaient, par exemple dans l'association d'entraide des ex-membres de la Waffen SS, la Hilfsgemeinschaft auf Gegenseitigkeit der ehemaligen Angehörigen der Waffen-SS créée en 1951 et dissoute en 1992.
Les nazis qui échappèrent à la justice dans l'immédiat après-guerre peuvent ainsi être classés en plusieurs catégories : ceux qui se sont suicidés ; ceux qui ont été condamnés à mort mais ont réussi à ne pas être exécutés d'une manière ou d'une autre ; ceux qui n'ont pas fait l'objet de procès ni de condamnation, pour une raison ou une autre (non-inscrit au CROWCASS, non arrêté, etc.) : ceux-ci ont pu parfois continuer à vivre dans leur pays, soit sous la même identité, soit sous une fausse identité, étant parfois employés par les services de renseignements de l'Ouest comme de l'Est (par exemple, Horst Kopkow, qui travailla pour le MI5 ; le chef du contre-espionnage Wilhelm Höttl, qui travailla pour le Counter Intelligence Corps (CIC) américain ; nombre de membres de l'Organisation Gehlen, ancêtre du BND allemand, etc.). D'autres, comme le SS letton Viktors Arājs, chef du tristement célèbre Sonderkommando Arājs, fut mystérieusement libéré par les Britanniques en 1949, pour n'être condamné à perpétuité qu'en 1979. Walter Rauff, un des inventeurs de la chambre à gaz mobile qui a tué des milliers de handicapés mentaux et de juifs, fut employé par les services secrets d'Israël et de la RFA et protégé contre les poursuites en justiceGuerres et Histoire , décembre 2011. d'autres, parmi ceux-ci, se sont enfuis, en s'appuyant parfois sur des réseaux d'exfiltration des criminels de guerre. Ces réseaux ont fait l'objet d'une intense spéculation historique depuis la publication du roman ODESSA par Frederick Forsyth, en 1972, qui tenait la plupart de ses sources du chasseur de nazis controversé Simon Wiesenthal. Au-delà d'ODESSA, l'un des réseaux avérés fut celui de l'évêque catholique Alois Hudal, qui était proche du prêtre croate Draganović. Ces deux prêtres firent beaucoup pour aider des fugitifs, dont Adolf Eichmann ou Klaus Barbie, à s'enfuir, souvent pour l'Amérique latine (en premier lieu l'Argentine).
Parmi ces fugitifs nazis, on peut citer, parmi les plus connus, Josef Mengele (mort en 1979), Barbie (qui travailla pour la dictature bolivienne avant d'être rattrapé par la justice française), Eichmann (jugé à Jerusalem), Alois Brunner, Aribert Heim (recherché jusqu'à sa mort en 1992 au Caire (Égypte).), le commandant de Treblinka Franz Stangl, l'aviateur letton Herberts Cukurs (exécuté par le Mossad), le botaniste SS Heinz Brücher (devenu professeur en Argentine), etc. Seule une partie de ces fugitifs ont été rattrapés par la justice.
Enfin, une partie, certes marginale, des anciens nazis, réussit à dissimuler son passé et à obtenir des postes politiques plus ou moins importants après la guerre. Ceci a souvent suscité des scandales et leur démission quand leur fonction pendant le nazisme fut révélée. On peut ainsi citer : Kurt Georg Kiesinger, membre du NSDAP depuis 1933, qui travaillait au service de propagande de l'Office des Affaires étrangères, chargé de faire le lien avec le Ministère du Reich à l'Éducation du peuple et à la Propagande, et qui fut Chancelier fédéral de la RFA de 1966 à 1969. Heinz Reinefarth, lieutenant-général (Gruppenführer) de la Waffen-SS et chef des SS et de la police (Höherer der SS und Polizeiführer) en Pologne, officier nazi important donc, qui échappa toutefois à toute inculpation et devint maire de Westerland (1951-64) et député du Bloc des réfugiés au Landtag de Schleswig-Holstein à partir de 1958. l'ex-Gruppenführer Wilhelm Harster, officiel important du ministère bavarois de l'Intérieur, qui dut démissionner après avoir pris la défense du criminel de guerre , jugé à Vienne en 1965, puis fut lui-même à nouveau jugé et condamné en 1967.
Kurt Waldheim, secrétaire général des Nations unies et président fédéral de l'Autriche de 1986 à 1992, est sans doute l'ex-nazi ayant eu les fonctions les plus importantes après-guerre. Waldheim, qui avait été inscrit comme suspect sur la liste de l'UNWCSKurt Waldheim, Former U.N. Chief, Is Dead at 88, New York Times, 15 juin 2007, était membre de la SA et fut Oberleutnant de la Wehrmacht sur le front de l'Est, et on s'intéressa beaucoup à son rôle lors de la bataille de Kozara (Bosnie), dans la d'infanterie dirigée par le général . Bien que l'unité militaire dont il fit partie se fût rendue coupable d'exactions nombreuses, aucune preuve ne l'impliquant directement dans des crimes de guerre n'a pu cependant être fournie. Le département de la Justice des États-Unis refusa toutefois en 1987 de le laisser entrer sur le territoire national, en affirmant qu'il avait pris part à la déportation, au mauvais traitement et à l'exécution de civils et de soldats alliés durant la guerre.
Le cas d'Hanns Martin Schleyer, Untersturmführer-SS puis représentant du patronat allemand est à part, dans la mesure où il fut assassiné par la RAF en 1977.
En Allemagne de l'Est