La pyramide de Meïdoum est une pyramide égyptienne, bâtie initialement avec sept degrés, puis élargie à huit degrés, et enfin transformée pour devenir la première pyramide à faces lisses d'Égypte.
Elle est attribuée à Snéfrou, le premier roi de la , et elle se situe à Meïdoum, à l'entrée de l'oasis du Fayoum. Son nom ancien est Djed-Snéfrou (Ḏd-Snfrw, signifiant « Snéfrou est stable »). Elle porte également le nom, donné par les Arabes, de « fausse pyramide », du fait que son état actuel ne la fait plus ressembler à une vraie pyramide.
Les techniques de construction utilisées et l'agencement des différents éléments du complexe funéraire font de ce monument une transition entre ceux de la et ceux de la , à la fois archaïque et innovante. Les pyramides du roi Snéfrou, d'un volume total de (soit de plus que la pyramide de Khéops), représentent le projet le plus ambitieux de toute l'Antiquité.
Exploration du monument
La pyramide est connue depuis longtemps et a été visité par plusieurs personnes, comme les explorateurs Frederik Ludwig Norden. Les premières investigations ont été réalisées par John Shae Perring en 1837, puis par Karl Richard Lepsius en 1843. Gaston Maspero est le premier à entrer dans la pyramide en 1886 dans le cadre de la recherche des Textes des pyramides. Les premières fouilles d'envergure sont dues à William Matthew Flinders Petrie en 1892 puis en 1910. Après la publication de Ludwig Borchardt en 1928 qu'il réalisa après avoir passé quelques jours sur le site et qui expliqua le premier le fait que la pyramide a été construite en trois étapes, c'est Alan A. J. Rowe qui fouilla la pyramide en 1929-1931. Une étude architecturale approfondie a par la suite été publiée par Vito Maragioglio et Celeste Rinaldi en 1964, dans le cadre d'une étude générale de l'ensemble des pyramides de l'Ancien Empire. Une dernière fouille d'envergure a été effectuée par Ali el-Khouli et son équipe dans les années 1980 au niveau de la base de la pyramide. Enfin, une autre étude architecturale approfondie a été effectuée par Gilles Dormion et Jean-Yves Verd'hurt, qui découvrirent plusieurs chambres « de décharge », cachées depuis la construction des pyramides ; ils publièrent leurs résultats en 2000 et 2013.
Attribution de la pyramide
On a longtemps cru que cette pyramide avait été construite par le prédécesseur de Snéfrou, le roi Houni, le dernier souverain de la . Mais on n'avait pas d'autre argument que l'absence d'une autre tombe attribuée à Houni. Or le nom de la localité antique toute proche était Djed-Snéfrou, et seuls des textes et des inscriptions portant le nom de Snéfrou ont été trouvés sur place, aucun celui de Houni.
Une théorie émise par Ahmed Fakhry stipule que la construction a commencé sous le règne d'Houni et s'est achevée sous son successeur Snéfrou. Elle n'est pas crédible non plus, car aucune pyramide d'un souverain de l'Ancien Empire n'a été utilisée par son successeur. Si le chantier avait commencé sous Houni, il serait peu probable que Snéfrou ait dépensé autant d'énergie et de temps pour ce monument. En effet, les autres pyramides montrent que les rois n'effectuaient sur les tombes de leurs prédécesseurs que les travaux d'entretien élémentaires, pour maintenir fonctionnels les sépultures et les cultes des morts. La recherche actuelle suggère que la construction de cette pyramide a commencé au temps de Snéfrou.
Circonstances de la construction
La pyramide de Meïdoum est le premier tombeau construit par Snéfrou durant son règne. Il choisit comme emplacement un site vierge et proche de sa résidence, Djed-Snéfrou, près de l'actuelle Meïdoum. La construction a commencé par celle d'un tombeau royal régulier (E1), dans le style des pyramides à degrés (ici, sept degrés) construites jusque-là. Des innovations avaient alors déjà été faites, comme le transfert de la chambre funéraire du sous-sol vers le cœur de la pyramide.
Espérant apparemment bénéficier d'un long règne, le monarque opéra un premier changement après quelques années (E2). La pyramide fut agrandie et passa de sept à huit degrés. Mais une fois achevé, le bâtiment fut abandonné en tant que tombeau. Après le déménagement de sa résidence royale, Snéfrou entama la construction d'une nouvelle pyramide à Dahchour, généralement considérée comme étant la pyramide rhomboïdale de Dahchour-Sud. Le rôle que prit la pyramide de Meïdoum reste alors inconnue.
Alors que Snéfrou engageait le chantier d'une deuxième pyramide à Dahchour, généralement considérée comme étant la pyramide rouge, une nouvelle modification de l'édifice de Meïdoum (E3) se fit sur une période, dont les dates retrouvées, de lecture incertaine, sont encadrées entre l'année du +x recensement et l'année après le du règne de Snéfrou. La pyramide à huit degrés fut alors transformée en pyramide à faces lisses, comme la pyramide rouge. Rainer Stadelmann explique que le bâtiment représentait désormais le royaume des dieux, constituant un lieu de culte royal, et devait donc être une copie du tombeau royal réel.
Le maître d'œuvre de la pyramide de Meïdoum était le vizir et fils du roi, Néfermaât, qui portait le titre de « chef de tous les travaux de construction royaux ». Son mastaba (M16) est situé à quelques centaines de mètres au nord de la pyramide.
Complexe funéraire
vignette|gauche|Plan du complexe funéraire de Meïdoum.
La pyramide était entourée d'un mur d'enceinte rectangulaire, haut de deux mètres, long de deux-cent-trente-six dans le sens nord-sud et large de deux-cent-dix-huit dans le sens est-ouest. Il n'en reste presque rien. Il comprenait plusieurs éléments, sans doute caractéristiques de la construction des pyramides ultérieures et de leurs complexes. Le sol de la cour était en argile sèche.
Temple funéraire
Le temple original, construit à la fin de la deuxième phase de construction (E2), a disparu durant la troisième (E3). Il était probablement situé à l'est, puisque le côté nord était occupé par l'entrée haute de la pyramide. Comme la pyramide n'avait plus la vocation d'un tombeau, seul un petit temple en forme de chapelle fut construit au lieu d'un vaste temple. Pour la première fois, le temple funéraire était placé à l'est, une innovation qui sera reprise dans toutes les pyramides ultérieures.
Le temple a une structure très simple. Il se compose de deux pièces menant à une petite cour ouverte qui donne directement sur la pyramide. Là se trouvent un autel et deux grandes stèles, vierges de toute inscription. La longueur du temple est de et sa largeur de 9 mètres. Les dalles originales du plafond sont intactes et toujours en place. Les magasins et les fausses portes, toujours présents dans les grands temples funéraires, sont ici absents. Ce temple est le mieux préservé des temples de l'Ancien Empire, ayant été longtemps caché par la ceinture des débris de la pyramide.
Pyramide satellite
vignette|Deux vues en coupe de la pyramide satellite.
Du côté sud, les restes très endommagés d'une petite pyramide satellite ont été trouvés par Flinders Petrie. C'est le plus ancien exemple connu d'une pyramide cultuelle. Elle remplace la tombe sud des pyramides à degrés précédentes. La superstructure et une partie de l'infrastructure sont détruites. Vito Maragioglio et Celeste Rinaldi expliquent qu'il s'agissait probablement d'une pyramide à degrés, longue de à sa base et comprenant trois ou quatre degrés. Comme dans la pyramide principale, la maçonnerie était disposée en couches inclinées vers le centre. Son intérieur était similaire à celui de la pyramide principale : un couloir incliné menant du côté nord à la chambre principale. Les fouilles conduites dans cette zone ont mis au jour un fragment de stèle de calcaire sur laquelle Horus est représenté. Les découvertes récentes ne semblent pas confirmer que la pyramide satellite avait été convertie en une véritable pyramide.
Tombeau de la cour
Du côté nord de la cour, les restes d'un mastaba sont probablement ceux de la tombe d'une épouse royale. Le squelette d'une femme a été retrouvé sans qu'aucun objet ne permette de l'identifier.
Chaussée
vignette|Chaussée de la pyramide.
Un élément qui apparaît pour la première fois dans ce complexe pyramidal, et qui deviendra un standard pour les pyramides suivantes, est la chaussée. Elle est taillée dans le sol rocheux, pavée d'argile et entourée de murs de calcaire. Aucun reste de toiture n'a été trouvé. Cette chaussée n'est creusée qu'à proximité immédiate de la pyramide et ne se poursuit pas plus loin dans la vallée.
Au sud de la chaussée, Petrie découvrit une seconde voie d'accès, qui menait directement du sud-est au centre du monument. Également taillée dans la roche, elle était flanquée de deux murs de brique crue. Il s'agit peut-être d'une version abandonnée de la chaussée.
Temple de la vallée
Dans les complexes pyramidaux ultérieurs, le temple de la vallée sera toujours situé dans le prolongement de la chaussée. Ici, seuls quelques restes de murs de brique crue ont été trouvés. Il pourrait s'agir d'une ébauche du temple de la vallée, mais au vu des autres éléments rudimentaires du complexe, seule une structure très simple a pu être construite ici aussi, puisque la pyramide n'avait plus de fonction funéraire. Les vestiges du mur pourraient également avoir appartenu à la ville pyramidale de Snéfrou.
Pyramide
En raison de sa méthode de construction et de son histoire, la pyramide de Meïdoum est considérée comme une transition entre les pyramides à degrés et les pyramides à faces lisses. Son aspect actuel est celui d'une tour à trois degrés émergeant d'un tas de décombres. Cette situation est sans doute due à la rupture du parement extérieur et du remplissage des degrés. La pierre de construction de la partie centrale provient de carrières situées à huit cents mètres plus au sud.
Phases de construction
vignette|gauche|Vue en coupe de la pyramide de Meïdoum et des trois phases de construction. vignette|redresse=1.1|Pyramide avec les indications des différentes phases encore visibles sur le monument actuel.
Le caractère très dégradé du bâtiment montre aujourd'hui que la pyramide a été construite en plusieurs étapes. Des éléments de toutes les phases de construction sont visibles et les techniques de construction sont reconnaissables. Ils peuvent même être datés par les graffitis que Petrie a trouvés sur certains blocs, et ils remontent au règne de Snéfrou.
Selon Peter Jánosi, la pyramide de Meïdoum représente une transition importante entre la pyramide à degrés et la véritable pyramide. En termes d'histoire de la construction, elle illustre les étapes successives de la construction. celle-ci a commencé par un monument à sept degrés, dans le style de celles de la , mais elle a ensuite été élargie et agrandie. Après le septième degré, un degré supplémentaire lui est ajouté et lui donne huit degrés.
Il semble que dans les dernières années de son règne, Snéfrou ait décidé de convertir la pyramide en une pyramide à faces lisses. L'angle d'inclinaison est de , ce qui est très proche de celui de la pyramide de Khéops. Ainsi, la pyramide une fois terminée avait un noyau du style de la et une enveloppe du style de la .
Phase 1
La pyramide d'origine (E1) fut construite selon la même méthode que les pyramides à degrés de la . Elle était constituée de couches inclinées vers l'intérieur, avec un angle d'inclinaison de en calcaire local, recouvertes à l'extérieur de pierres lisses en calcaire fin. Cette première construction, en sept degrés, avait une base d'environ de côté et elle devait atteindre une hauteur de . La différence avec les pyramides à degrés précédentes est que certaines parties de la sous-structure se trouvent maintenant à l'intérieur du corps de la pyramide, alors qu'auparavant elles étaient entièrement creusées dans le sol rocheux.
Phase 2