Glanum est une cité antique de l'Empire romain, aujourd'hui un site archéologique situé sur le territoire de la commune de Saint-Rémy-de-Provence, dans les Bouches-du-Rhône.

De fondation celtique, Glanon (grec ancien ΓλανόνClaude Ptolémée, Livre 2, Ch. 10, 8 (, ligne 26).) subit une grande influence grecque. Elle est vouée au dieu guérisseur gaulois, Glan.. Elle connaît son apogée à l'époque du premier empereur romain, Auguste. Son développement, à l'abri des reliefs des Alpilles, a bénéficié de la présence d'une source sacrée et de la proximité de la voie Domitienne.

Le site présente plusieurs strates d'occupation, que l'on peut regrouper en trois grandes périodes : période celto-ligure, période d'influence hellénistique et période romaine.

Localisation

Glanum est une ville-sanctuaire au carrefour de deux voies antiques reliant l'Italie à l'Hispanie, l'une par les Alpes, l'autre longeant la mer. Située au sud de la ville actuelle de Saint-Rémy-de-Provence, en direction des Baux-de-Provence, la cité s'étend à l'entrée d'un défilé rocheux qui mène au mont Gaussier. À l'entrée du site, de l'autre côté de la route départementale, on aperçoit le cénotaphe des Julii (dit à tort « mausolée ») et l'arc de triomphe de Glanum, voisin de quelques mètres, ensemble traditionnellement appelé « Antiques de Saint-Rémy-de-Provence »"Les Antiques", composé du mausolée des Julii et de l'arc de triomphe qui matérialisait l'entrée de la ville de Glanum.. Leur situation au flanc des Alpilles et leur état de conservation leur ont assuré une célébrité bien antérieure à la redécouverte tardive de la ville de Glanum.

Histoire Fondation celto-ligure

Le peuple des Glaniques appartenait à la confédération des Salyens. Les plus anciennes occupations du site remontent à l'âge du bronze final (IIb-IIIa et IIIb, de 1150 à ). De cette période ont été découverts de nombreux tessons de céramique caractéristiques, dont certains portent des signes pictographiques, et des épingles en bronze, matériel attribué par erreur au premier âge du fer lors de sa découverte...

La fondation de la ville de Glanum remonte au premier âge du fer, () avec un aménagement de pente sur le mont Gaussier () au-dessus d'une source que l'on suppose avoir été très tôt un lieu de culte associé au dieu gaulois Glan et une triple déesse, qui furent appelées les Glanicae en période gallo-romaine. Les falaises des vallons escarpés des Alpilles formaient des remparts naturels, ce qui était à l'époque un atout défensif. La ville se développe considérablement au cours du après une longue stagnation de deux siècles. En effet, dès le , le rapide développement de la ville d'Arles attire les forces vives de toute la région et des Alpilles. Mais la première moitié du marque l'arrêt de l'expansion arlésienne et, peu à peu, les élites locales se disséminent de part et d'autre, ce qui va participer au fort développement de GlanumPatrice Arcelin, « Le peuplement de Alpilles durant l'âge du fer », dans Guy Barruol (dir.) et Nerte Dautier (dir.), Les Alpilles : Encyclopédie d'une montagne provençale, éd. Les Alpes de Lumière, Forcalquier, 2009, , .. Le sanctuaire est protégé par une enceinte, mais la ville s'étend plus largement en direction des Antiques pour la partie découverte, dans les vallons voisins et au-delà du sanctuaire pour les parties encore enfouies.

La ville avait une identité gauloise affirmée par les noms de ses résidents comme Vrittakos, Eporix, Litumaros et les noms des dieux locaux comme Glan et ses Glanicae déjà mentionnés, mais aussi Rosmerta et Épona. Archéologiquement aussi, le type des statuettes et des poteries retrouvés sont typiquement gauloises. Les ustensiles de cuisine montrent que les habitants faisaient essentiellement bouillir leur nourriture dans des pots, comme les autres gaulois, au lieu de les frire dans de l'huile comme les cultures méditerranéennes le faisaient à cette époque. La coutume d'exposer des têtes coupées de leurs ennemis, ce qui est le cas à Glanum, est là aussi une coutume typiquement celtique..

Christian Guyonvarc'h estime que la source sacrée, dont l’étymologie peut se rapprocher de glan « pur », est une homologue archéologique et continentale de la fontaine de santé créée par le dieu médecin Diancecht et ses trois enfants mentionnés dans les textes mythologiques irlandais...

Influence grecque

Dans les derniers temps de l'indépendance, des constructions de type véritablement grec, directement inspirées de Marseille, sont édifiées : maisons à péristyle, temple, puits à dromos… L'imitation est telle que l'on trouve également un bouleutérion et un prytanée. L'ensemble, encore bien préservé de nos jours, a fait supposer une colonisation d'une partie de la ville par des Massaliotes.

En , le peuple de Glanum et les autres Salyens se dressent contre les Grecs, qui ne sont pas très nombreux. Les Grecs, sur le point de perdre, font appel aux Romains qui écrasent les Salyens à Entremont. Beaucoup des monuments anciens furent détruits à ce moment-là.

La ville redevient prospère grâce à sa frappe de pièces en argent, sa localisation sur la via Domitia et sa source réputée thérapeutique. Ceci dure jusqu'en , date à laquelle la ville se révolte à nouveau, mais contre les Romains cette fois-ci. La révolte fut écrasée par le consul Caprarius et la ville fut à nouveau détruite.. Tous les monuments d'importance furent remplacés par des structures plus modestes.

Période romaine

Après la défaite des Salyens face aux Romains, la ville, désormais appelée Glanum, s'intègre dans un Empire romain en constructionR. Haeussler, « Beyond 'polis Religion' and sacerdotes publici in Southern Gaul » dans J.H. Richardson, F. Santangelo, Priests and State in the Roman World, Stuttgart, 2011, 402..

La ville intègre peu à peu des éléments essentiels de l'urbanisme romain : un réseau important d'adduction en eau avec des canalisations en plomb, ainsi qu'un vaste réseau d'assainissement par des égouts. On y érigea des temples en l'honneur de l'empereur et de la famille impériale, des thermes, une basilique, une curie, un forum.

Les notables locaux purent accéder à la citoyenneté romaine grâce à la concession du droit latin dans les dernières décennies avant notre èreChapitre VI. Les statuts des personnes et des communautés, François Jacques, Dans Rome et l'intégration de l'Empire (-), Tome 1 (2010), pages 209 à 289.. La ville est ainsi la capitale d'une civitas, petite circonscription territoriale jouissant d'une autonomie face à l'Empire. Ce statut de capitale prend fin vers 200, lorsque la civitas de Glanum est rattachée à une de ses voisines, probablement celle d'AvignonBrigitte Beaujard, « Les cités de la Gaule méridionale du au s. », Gallia, 63, 2006, CNRS éditions, ..

Le cénotaphe des Julii, appelé communément mais improprement « Mausolée », se trouve à côté de l'arc de triomphe et exprime l'importance de la romanisation d'une partie de l'élite locale à l'époque augustéenne. On peut y lire sur sa face nord l'inscription SEX.M.L.IVLIEI.C.F.PARENTIBVS.SVEIS : « Sextus, Marcus et Lucius Julius, fils de Caius, à leurs ancêtres ». Sur trois côtés du socle sont représentés des scènes de la bataille de Zéla (47 av. J-C.) et sur la quatrième la chasse au sanglier et le deuil de Méléagre. La source continua à jouer un rôle important dans les cultes de la cité. Des vétérans des légions y venaient faire soigner leurs blessures. Agrippa lui-même y vint pour faire soigner sa jambe, et en remerciement fit construire un petit temple corinthien dédié à la bonne santé, dit « temple de Valetudo ». Toutefois les dieux le plus souvent attestés à Glanum sont Hercule et Sylvain, ce dernier très probablement une interpretatio (adaptation, métamorphose, romanisation) du dieu celte SucellosGlanum, Nîmes, Arles et sa région, sur pearltrees.com..

Antiquité tardive et haut Moyen Âge

La période de prospérité de la ville s'arrête avec sa mise à sac lors des invasions barbares qui parcourent la Gaule pendant la seconde moitié du . Saccagée par les envahisseurs germaniques aux alentours de 270, la ville est alors abandonnée, et ses pierres seront utilisées pour construire ce qui deviendra la ville de Saint-Rémy-de-Provence. Les vestiges de Glanum disparurent progressivement sous les alluvions s'écoulant des Alpilles voisines.

Archéologie

Elle fut redécouverte par les archéologues au . Les fouilles débutèrent en 1921, sous la conduite de Jules Formigé et de Pierre de Brun, puis d'Henri Rolland de 1941 à 1969. Depuis, les archéologues ne sont plus sur place en permanence, mais reviennent de temps à autre pour de nouvelles recherches. Les dernières fouilles étaient préparatoires à la restitution du forum, achevée en 2008.

Le « mausolée » et l'arc de triomphe, restés en place et debout depuis l'Antiquité, forment un ensemble monumental unique, connu comme « Les Antiques ». Le lieu a été visité par le roi Charles IX, qui en a fait nettoyer et entretenir les abords. Des fouilles ont été réalisées autour des monuments dès les , révélant des sculptures et des monnaies, puis au par le marquis de Lagoy aux Vallons-de-Notre-Dame.

Les premières fouilles scientifiques débutent en 1921, dirigées par l'architecte des monuments historiques Jules Formigé. De 1921 à 1941, l'archéologue Pierre de Brun travaille sur le site, découvrant les thermes, la basilique et les maisons de la partie nord de la ville. Ensuite, de 1928 à 1933, Henri Rolland (1887-1970) travaille sur le sanctuaire de l'âge du fer, au sud. Puis, de 1942 à 1969, Henri Rolland reprend les travaux et fouille la zone du forum et du sanctuaire. Les objets qu'il a découverts sont aujourd'hui exposés à l'hôtel de Sade à Saint-Rémy-de-Provence. De nouveaux travaux de fouilles et d'exploration ont été menés depuis 1982, consacrés principalement à la préservation du site et à l'exploration au-dessous de lieux déjà fouillés lors de campagnes antérieures.

Les Antiques : mausolée des Julii

Le mausolée de Glanum est un monument gallo-romain, un cénotaphe érigé entre 30 et , élevé à la mémoire d'un membre de la famille locale des Julii, qui aurait reçu de Jules César la citoyenneté romaine pour son service dans l'armée romaine, à la suite de la conquête de la Gaule.

Partie supérieure

Un petit temple rond couronne le monument. Il abrite les statues du défunt et probablement de son fils, vêtus de la toge, emblème de la citoyenneté romaine.

Partie basse

Les faces de la base carrée du cénotaphe sont ornées de scènes historiques et mythologiques.

Au sud, une scène inspirée par la guerre mythique entre les Grecs et les Amazones, où l'on voit un guerrier prendre des trophées d'un adversaire mort.

Au nord est représentée la légende de la chasse du sanglier de Calydon, menée par Méléagre, avec Castor et Pollux représentés en cavaliers.

À l'est figure une scène de bataille de la guerre de Troie et le combat pour récupérer le corps de Patrocle.

La face ouest montre une bataille sans référence mythologique claire, avec un cavalier en mauvaise posture au sein d’une mêlée, protégé par le bouclier du personnage central. On interprète ce groupe comme la famille du défunt recevant son attestation de citoyenneté romaine. Dans cette interprétation, la bataille illustrerait une action d’éclat du défunt, au centre du bas-relief, combattant dans l’armée romaine et gagnant par cet exploit la récompense de la citoyenneté romaine.

Les Antiques : arc municipal de Glanum

L'arc municipal se trouvait implanté à l'extérieur de la porte nord de la ville. Construit vers la fin du règne d'Auguste au côté du mausolée des Julii, qui lui est antérieur de quelques décennies, il constituait avec lui le symbole visible de la puissance et de l'autorité romaines. La partie supérieure de l'arc, qui devait comprendre une inscription dédicatoire, est manquante.

Les sculptures décorant l'arc illustrent à la fois la civilisation de Rome et le destin funeste de ses ennemis.