Le fort Boyard (prononciation : — plus rarement : ) est une fortification située sur un haut-fond formé d'un banc de sable appelé la « Longe de Boyard ». L’île artificielle se découvre à marée basse et est située entre l'île d'Aix au nord-est, l'île d'Oléron au sud-ouest, avec l'île Madame au sud-est et l'île de Ré au nord-ouest, appartenant à l'archipel charentais. La Longe de Boyard est rattachée au cadastre de la commune d'Île-d'Aixsection AK 198, section A, numéro 01. Cf. le plan cadastral, dans le département de la Charente-Maritime.

Si la construction d'un dispositif défensif sur la « Longe de Boyard » est envisagée dès le , le projet n'est concrétisé que dans le courant du . Édifié afin de protéger la rade, l'embouchure de la Charente, le port et surtout le grand arsenal de Rochefort des assauts de la Marine anglaise, il est transformé en prison quelques années à peine après son achèvement. Surnommé « fort de l'inutile » par la population locale lors de sa longue période d'abandon, l'édifice est dorénavant essentiellement connu dans le monde entier grâce au jeu télévisé du même nom, tourné sur place depuis 1990.

Le fort Boyard fait partie intégrante de l'Arsenal maritime de Rochefort qui s'étend tout au long de l'estuaire de la Charente. Depuis 1989, il appartient au département de la Charente-Maritime..

Il fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le ..

Étymologie left|thumb|Banjaert Hollandis entre l'île d'Aix et l'île d'OléronKaart van de eilanden Ré en Oleron, 1661-1662, en ligne sur europeana.. Le fort est construit sur un banc de sable nommé « longe de Boyard », situé à l'origine à de profondeur sous les plus basses eaux, qui a donné son nom au fort. Dans un premier temps, la désignation sur des cartes hollandaises du de ce banc de sable sous l'appellation Banjaert Hollandis a laissé penser à une origine néerlandaise de ce nom.. Ce terme, prononcé banyard, aurait pu se transformer pour devenir le Boyard connu aujourd'hui..

Cette origine a été réfutée par des études ultérieures qui ont conclu. que l'emprunt s'est certainement fait dans l'autre sens et que l'appellation originale viendrait du nom commun « boyart », qui désigne une partie de charpente dans une écluse de salines.. La saunerie, étant une activité historiquement installée dans la proche île d'Oléron, permettrait d'expliquer cette étymologie.

Présentation De forme oblongue, le fort est situé à de l'île d'Aix et à de l'île d'Oléron. Il mesure de long dans l'axe sur de large., pour une superficie au sol de et totale de . La cour intérieure mesure de long dans l'axe, de large et sa surface est de . Les murs d'enceinte culminent à depuis les fondations. Il est visible depuis Fouras, depuis l'île d'Oléron, depuis le pont qui relie le Sud de l'île au continent, depuis le phare de Chassiron par beau temps, à l'extrême Nord de l'île ainsi que d'une bonne partie de la côte Est de celle-ci, notamment depuis Boyardville, mais aussi depuis la ville de La Rochelle et bien sûr de la côte Ouest de l'île d'Aix, où de nombreux touristes et enfants viennent en été voir le fort de plus près.

De 1995 à 2002, dans le cadre d'animations organisées par des groupements de communes et le conseil général, appelé les « Sites en Scènes », un feu d'artifice y était tiré à la nuit tombante du haut de son couronnement supérieur, le , visible depuis toutes les plages des alentours. Ce feu d'artifice contenait des milliers de fusées et durait, en moyenne, une trentaine de minutes avec, en simultané, la (1989) du générique de l'émission (composé par Paul Koulak), diffusée en boucle sur une radio locale.

Historique Premier projet vignette|droite|Photo satellite de la NASA centrée sur l'emplacement du fort et de l'île d'Aix en haut. Le fort fut construit afin de protéger l'arsenal de Rochefort, l'un des plus prestigieux du pays. La raison exacte de la construction de ce fort, en sus des batteries de canons disponibles sur les côtes des différentes îles, est que la portée des canons de l'époque ( environ) était trop faible au regard des séparant Aix et Oléron, et qu'il restait donc une zone hors d'atteinte entre les deux îles..

Dès la fin de la construction de l'arsenal (1666), la nécessité d'une protection est évoquée : on envisage la longe de Boyard comme base pour la construction, mais après les différents relevés, Vauban présentant le projet explique à , en ironisant :

Ce premier projet en restera donc là.

Résurgence du projet et premiers travaux des assises du fort (1801-1809) vignette|gauche|upright|La face Sud-Est en partie et la tour de vigie. Il faut ensuite attendre le tout début du pour que la question redevienne d'actualité.

En 1801, profitant d'une courte trêve dans la guerre qui oppose la France au Royaume-Uni depuis neuf ans déjà, Bonaparte, , examine et approuve un nouveau projet qui ambitionne l'édification d'un fort de sur 40.

Ce fort s'appuie sur les principes de la « fortification perpendiculaire » théorisée par Montalembert, dont il est un des rares représentants. À l'inverse de la fortification bastionnée, ce fort est en effet conçu pour opposer frontalement à l'ennemi des canons puissants disposés en casemates pratiquées dans l'épaisseur des murs percés de ..

Les travaux commencent dès 1803, avec la construction d'un camp de base sur l'île d'Oléron, ateliers, zones de stockage des matériaux : le futur village de Boyardville.

Quant aux travaux en mer à proprement parler, ils commencent en 1804 : le , on pose un premier bloc de rocher de surmonté d'une balise en fer et entouré de blocs rocheux pour l'assise des fondations, prélevés à l'explosif sur l'île d'Aix, à la pointe de Coudepont, côté Nord/Est, et transportés sur le chantier par gabares. Les travaux se poursuivent dans les mois qui suivent, mais sont alors ralentis dans leur progression par la modestie des moyens mis en œuvre : les ouvriers et les navires manquent et ils sont si lourdement chargés que l'un d'eux coule lors d'un transport, avec six hommes à bord. Quant à la protection du chantier, elle n'est assurée que par un seul navire de guerre, le brick Polaski, ce qui impose de tout arrêter en , lorsqu'une escadre anglaise pointe le nez dans le Pertuis d'Antioche. L'hiver venu, malgré cela, près de de roches ont été déversés sur le site.

Les moyens vont être renforcés l'année suivante et à la fin de celle-ci, d'enrochements seront déjà en place. On construit un premier mur de couronnement afin d'en tester la résistance aux vagues ; mais le test se révèle négatif, les tempêtes de l'hiver 1805/1806 renversent ou déplacent les blocs d'un poids insuffisant.

Encore de rochers sont apportés en 1806, la plate-forme est désormais visible à marée basse et on construit une première assise avec des blocs de , malheureusement emportés par les tempêtes de l'hiver 1806/1807.

La logistique est renforcée une nouvelle fois, en 1807 : on est alors à ( d'équipage) et, au moins, . Pour l'assise dont la construction est une deuxième fois recommencée, les blocs s'étant enfoncés dans le sable, on emploie cette fois des blocs de , des joints à la chaux hydraulique et de « forts crampons de fer » sur le pourtour de l'ouvrage. Mais, la masse de rochers est alors si lourde () qu'elle s'enfonce de nouveau de plus d'un mètre, augmentant ainsi le volume total d'enrochements nécessaire. Durant l'hiver 1807/1808, les tempêtes infligent de nouveaux dégâts à l'assise. De plus, les coûts estimés étant largement dépassés, les crédits sont suspendus. Les salaires des ouvriers n'arrivant plus sur le chantier, certains se mutinent.

Napoléon, venu sur place en , révise le projet à la baisse et les travaux reprennent en 1809. Le , les marins d'une frégate anglaise qui approche le site, mitraillant les ouvriers, s'aperçoivent que le fort n'est pas défendu. S'ensuit alors la « bataille des brûlots », du 11 au 15, au Sud de l'île d'Aix et devant l'estuaire de La Charente (fleuve), conduisant à la suspension des travaux sur la longe de Boyard.

Une nouvelle suspension (1809) vignette|droite|Peinture de Louis-Philippe Crépin représentant les vaisseaux français aux prises avec les brûlots ennemis, le au soir. La bataille de l'île d'Aix, appelée « affaire des brûlots » : débute en , une escadre de onze vaisseaux de ligne français et quatre frégates est rassemblée en rade devant l'embouchure de la Charente, sous les ordres du vice-amiral Zacharie Allemand, en vue d'appareiller pour apporter des renforts aux Antilles, malgré le blocus maintenu par les Anglais. Les navires français sont mouillés à proximité de l'embouchure de la Charente, défendus par les forts de l'Île d'Aix et de Fouras et sont étroitement surveillés par une escadre anglaise sous les ordres de Lord Gambier, qui mouille un peu au Nord, dans la rade des Basques. Le au soir, profitant d'un vent et d'une marée favorable, les Anglais lancent vers les navires français une trentaine de brûlots. Certains viennent menacer dangereusement les vaisseaux français, qui abandonnent précipitamment leur site de mouillage et dans l'urgence se retrouvent drossés à la côte par le vent et la marée montante ; quatre vaisseaux et une frégate s'échouent, tandis que les autres perdent l'avantage de la protection des forts de la rade. Le lendemain, à l'aube, les Anglais en profitent pour venir canonner à petite distance les navires français immobilisés ou y mettre le feu. L'escadre française perd quatre vaisseaux et une frégate. Ainsi vont être ruinés les espoirs de renforts pour les colonies menacées aux Antilles. Finalement, en , la construction du fort Boyard, pour protéger et fermer la rade, est durablement suspendue.

La construction du fort (1841-1857) vignette|gauche|La tour de vigie, point culminant de la forteresse, restaurée en 1989. Il faut attendre le règne de Louis-Philippe et le regain des tensions entre Français et Britanniques pour que le projet reprenne : en 1841, celui-ci est redéfini à la baisse et de nouveaux crédits sont allouésLoi du 25 juin 1841 sur les travaux publics extraordinaires. Bulletin des Lois , série..

Depuis 1809, l'enrochement mis en place à l'époque s'est de nouveau enfoncé d'un mètre environ par rapport au niveau de l'océan ; en revanche, le temps écoulé lui a permis de se stabiliser et la construction de l'édifice peut donc reprendre et être menée sur des bases saines.

Une nouvelle méthode est mise en œuvre pour la construction des assises : ce ne sont plus des rochers qui sont coulés, mais des caissons de chaux, préfabriqués dans le camp de base de l'Île d'Oléron et transportés par gabares pour être mis en place à marée basse avec une grue à vapeur montée sur ponton amenée sur le chantier. Les équipes se relaient jour et nuit quand le temps le permet pour accélérer le travail et rattraper le temps perdu. Finalement, en 1848, la construction du socle s'achève, s’élevant à deux mètres au-dessus du niveau de l'océan à marée haute. La construction du fort à proprement parler commence alors l'année suivante, le génie militaire prenant la relève des entreprises ayant construit l'assise, et ces travaux prendront une dizaine d'années. Le parement des assises des murs extérieurs, de couleur noire et immergé à marée haute, est constitué de blocs de granite du Cotentin. L'ossature du fort située au-dessus est constituée de blocs de pierre taillée d'un calcaire ni gélif ni érosif, provenant des carrières de Crazannes et transporté sur la Charente et acheminés jusqu'au chantier par bateau.. 1852 : la construction du rez-de-chaussée s'achève (cote niveau + ) : citernes, magasins à poudre et à vivres, cuisines ; 1854 : fin de la construction du premier étage (cote niveau + ) : logements d'officiers et employés ; 1857 : la construction du fort s'achève avec le second étage (cote niveau + ) : idem + commandant, officiers, infirmerie, et terrasse avec son couronnement (cote niveau + ) et enfin la tour de vigie (+ ) au-dessus des plus hautes eaux.