La tranchée des baïonnettes est un monument commémoratif de la bataille de Verdun en 1916, situé sur le ban communal de Douaumont-Vaux (Meuse).
Il constitue l'un des mythes de la Première Guerre mondiale, avec le de PéricardVoir Régiment d'infanterie.
Le site est classé monument historique en 1922 et reconnu en tant que haut-lieu de la mémoire nationale en Arrêté du portant définition et fixant la liste des hauts lieux de la mémoire nationale du ministère de la défense (NOR : DEFD1407040A) - consulter le Journal officiel . Le , il fait partie des 139 sites mémoriels et funéraires de la Première Guerre mondiale inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO lors de la du Comité du patrimoine mondial..
Historique
Le , vers une heure, le 137e régiment d'infanterie de Fontenay-le-Comte (Vendée), composé majoritairement de Vendéens, fut transféré de la citadelle de Verdun pour relever les troupes présentes à Thiaumont avec la mission de tenir la position Panneau d'information visible sur le site du monument commémoratif . Ces deux bataillons déployés sur le versant nord du ravin de la Dame subirent le feu nourri de l'artillerie allemande et les assauts de l'ennemi jusqu'à la fin du mois de juillet voir 137e_régiment_d'infanterie#1916. Toutefois l'épisode de la tranchée des baïonnettes se déroula précisément le .
Arrivé sur place dans la nuit du 9 au , le lieutenant-colonel Gauthier, commandant le , maintint son ordre de tenir la position, jugée essentielle à l'organisation du front, en dépit d'une situation peu favorable. En effet, d'une part, le régiment fut positionné à contre-pente du ravin de la Dame et dominé par l'ennemi, d'autre part, la liaison avec l'artillerie était défectueuse, et, enfin, les deux bataillons de l'aile droite du dispositif étaient à découvert sur plus de cinq cents mètres. Par ailleurs, des renseignements obtenus de prisonniers sur le regroupement de pièces d'artillerie ennemies firent craindre une attaque imminente.
À l'aube du , le premier bataillon du commandant Denef et le troisième bataillon du commandant Dreux aménagèrent à la hâte leurs positions dans une succession de trous d'obus entre le boyau Le Nan et l'Ouest de la tranchée Genet. La mission du ne fut pas modifiée. Le , durant dix heures, les positions françaises furent soumises au pilonnage intensif et permanent de l'artillerie allemande. selon le témoignage du soldat Pierre Pénisson.
Le , à partir de six heures, les troupes allemandes, soutenues par leur artillerie lancèrent sans succès plusieurs attaques, avant de pouvoir prendre les positions françaises à revers et assaillir les deux bataillons. Ce jour-là, une soixantaine d'hommes, à court de munitions et de vivres, se résolurent à se rendreTémoignage du lieutenant Lucien Polimann datant du début des années 1930 et cité par Ouest-France dans un article paru le et consacré à la tranchée des baïonnettes.. Ils alignèrent leurs fusils à la verticale en un dernier hommage à leurs compagnons d'armes tombés dans la tranchée.
Les jours suivants, l'intensité des combats baissa. Le perdit , et du rang durant ces combats.
Monument commémoratif vignette|gauche|Inauguration de la tranchée par le président Alexandre Millerand (). vignette|redresse|Carte postale - Tranchée des baïonnettes.
Dès , l'abbé Louis Ratier, brancardier du en 1916, se rendit sur la crête de Thiaumont et aperçut des canons de fusils sortant de terre qui pouvaient marquer la présence de dépouilles de soldats enterrés à la hâte dans l'attente d'une sépulture décente Voir l'article consacrée à la légende sur le site du ministère de la Défense . Le commandant du régiment fit alors aménager un petit monument commémoratif surmonté d'une croix, qui, isolé dans le paysage dévasté par les combats, attirait l'attention des nombreux visiteurs. L'un d'entre eux, George T. Rand, un banquier américain, offrit cinq cent mille francs pour faire ériger un monument dédié aux héros de Verdun. Son édification se fit rapidement.
Des fouilles entreprises en par le service des sépultures de guerre et d'état civil de la région militaire, mirent au jour vingt-et-un corps, tous allongés et désarmés. Seuls quatorze d'entre eux purent être identifiés. Ils reposent désormais au cimetière de Fleury-devant-Douaumont. Les sept inconnus furent inhumés sur place Voir l'article consacré à la tranchée des baïonnettes sur le site gouvernemental Chemins de mémoire .
Le monument commémoratif fut conçu par André Ventre, architecte des Monuments historiques. L'accès à l'ouvrage se fait par une entrée massive ornée d'un portail en fer forgé réalisé par le ferronnier d'art Edgar Brandt Voir le site officiel de la mission histoire du département de la Meuse . Passé le portail, un escalier étroit, symbolisant les sillons empruntés par les soldats montant au front sur le lieu même des faits de , mène à une croix de pierre. Une dalle de béton repose sur des colonnes. Elle couvre l'emplacement de la tranchée des baïonnettes et les croix des sept soldats inconnus qui y reposent. Des fusils dont les baïonnettes sont brisées sont plantés à proximité des croix.
Au moment de sa conception, le monument devait répondre au triple objectif de conserver le souvenir des défenseurs de Verdun, d'honorer les survivants et de nourrir le patriotisme de l'après-guerre. Inauguré le par Alexandre Millerand, Président de la République, et par Hugh Wallace, ambassadeur des États-Unis. Il est aujourd'hui le plus ancien monument du champ de bataille de Verdun. En 1922, il fut classé monument historique. En , le monument devint la propriété du ministère de la Défense et fut reconnu, avec la nécropole nationale de Fleury-devant-Douaumont, comme l'un des hauts lieux de la mémoire nationale.
Controverse
Après-guerre, un tourisme mémoriel Voir sur Chemins de mémoire un article relatif à l'évolution de la mémoire. s'était développé et fit s'entrecroiser les différents récits qui ont été véhiculés par les guides. L'historiographie de l'époque, alimentée par la forte émotion suscitée dans l'opinion publique par ce haut fait d'armes des Bretons et des Vendéens du , permit de magnifier la vérité de la scène. S'apprêtant à franchir le parapet de la tranchée, ils auraient été ensevelis vivants par l'explosion d'un obus allemand. Dans l'imaginaire collectif, les canons de fusils trouvés sur place se transformèrent en pointes de baïonnettes, plus évocatrices de l'horreur des combats. La presse présenta ce lieu comme une où les .
Une violente controverse naquit rapidement opposant, d'une part, un courant dont la figure dominante est Jacques Péricard, promoteur d'une vision héroïque des faits, et d'autre part, d'anciens poilus, dont Jean Norton Cru, dénonçant une imposture. .. Ce dernier, qui a rassemblé une somme de récits de soldats de la Grande Guerre Témoins : essai d’analyse et de critique des souvenirs de combattants de 1915 à 1928, Paris, Les Étincelles, 1929., s'en prit à Il vise notamment le commandant Henri Bouvard qui , cité par Frédéric Rousseau dans Le Procès des témoins de la Grande Guerre : l'affaire Norton Cru, Paris, Seuil, 2003. .. Un ensevelissement par projection de terre paraît irréaliste pour les anciens combattants, témoignage cité par Ouest France dans un article paru le et consacré à la ta tranchée des baïonnettes., les obus disloquant davantage les tranchées qu'ils ne les comblent Jean Norton Cru, Témoins, voir ci-dessus.. À l'exemple du commandant Bouvard, pris à partie par Cru, certains tenants de la vision héroïque ont admis bien plus tard la mystification Henri Bouvard, La Gloire de Verdun, Payot, 1935 : Dans la deuxième édition, il cite le témoignage du commandant Dreux, qui commandait le bataillon voisin de celui enseveli. Il ne s'agit donc pas à proprement parler d'un témoignage de première main, mais Dreux a combattu à quelques dizaines de mètres de la tranchée des baïonnettes, le même jour, soit le 12 juin 1916..
Malgré ces témoignages et en dépit du résultat des fouilles, l'épitaphe fut inscrite à l'entrée du monument. Comme pour vouloir éloigner toute polémique des cérémonies, aucun représentant du ne fut invité le jour de l’inauguration Rapporté par Ouest France dans un article du 4 août 2014..
Une hypothèse récente voit dans le récit héroïque une aubaine pour dissimuler le nombre réel de prisonniers faits par les Allemands au sein de ce régiment qui s'était, par ailleurs, illustré sur les champs de bataille dès 1914. Infirmée par les faits, réfutée par les anciens combattants du , l'histoire de la compagnie ensevelie par un bombardement réapparaît encore régulièrement. Elle est très souvent présentée comme une vérité avant les faits eux-mêmes Voir, par exemple, le panneau d'information visible sur le site du monument ou encore le site internet du centenaire de la bataille de Verdun., confirmant la formule de Lucien Polimann : .
Symbolique La tranchée des baïonnettes est une illustration de la cicatrice vivace laissée dans la mémoire nationale française par la Grande Guerre en général et par la bataille de Verdun en particulier. Dans l'immédiat après-guerre, de tels récits glorieux, conçus par des Français de l'arrière, donnèrent une justification à la perte des soldats pour la défense de la Patrie lors de combats jugés a posteriori aussi vains que meurtriers voir Bilan de la bataille de Verdun.
Toutefois, dépassant les récits et les interprétations des faits, souvent contestables, la tranchée des baïonnettes illustre le sacrifice et le martyre des soldats français à Verdun. Elle revêt un caractère éminemment symbolique comme le résume le commandant P. Cité par Christophe Fombaron sur son site internet consacré aux Français à Verdun. Il est l'auteur de plusieurs livres sur la Grande Guerre. :
Hommage La ville de Fontenay-le-Comte nomme « rue de la Tranchée-des-Baïonnettes » l’une de ses voies.
Annexes
Bibliographie
, La Tranchée des baïonnettes : son histoire, Verdun, Les Éditions Lorraines Frémont, s.d. 32p
Articles connexes
Liste des mémoriaux et cimetières militaires de la Meuse Liste des 139 sites funéraires et mémoriaux de la Première Guerre mondiale inscrits sur la liste du Patrimoine mondial de l'Unesco
Liens externes
La tranchée des baïonnettes avec une bonne documentation
Notes et références
Catégorie:Douaumont-Vaux Baïonnettes Catégorie:Lieu de mémoire de la Première Guerre mondiale dans la Meuse Catégorie:Monument historique dans la Meuse Catégorie:Monument historique classé en 1922 Catégorie:Légende Catégorie:Édifice labellisé « Patrimoine du XXe siècle » dans la Meuse Catégorie:Haut lieu de la mémoire nationale