La étape du Tour de France 1952 s'est déroulée le entre les villes de Rennes, qui accueille le Tour pour la sixième fois, et Le Mans, première fois ville-étape du Tour de son histoire. Le parcours traverse les départements d'Ille-et-Vilaine, de la Mayenne et de la Sarthe sur une route principalement plane et longue de . Il passe notamment par les villes de Vitré, Laval, Sablé-sur-Sarthe et La Flèche.

C'est la deuxième étape des vingt-trois prévues de cette du Tour de France, dont Fausto Coppi a pris le départ en tant qu'immense favori, en l'absence d'Hugo Koblet, vainqueur de l'édition précédente, et de Louison Bobet, champion de France en titre. Au départ de l'étape, le classement général est mené par le Belge Rik Van Steenbergen, maillot jaune après avoir remporté la première étape.

La victoire est disputée au sprint entre les quatre membres d'une échappée sur le circuit des du Mans et remportée par le Belge André Rosseel de l'équipe de Belgique, devant l'Espagnol Bernardo Ruiz, de l'équipe d'Espagne, et le Français Pierre Molinéris, de l'équipe régionale Sud-Est. Rik Van Steenbergen, de l'équipe de Belgique, reste maillot jaune.

L'étape, plus courte que la distance moyenne des étapes de Tour de France de l'époque, est disputée à un rythme élevé avec un grand nombre de tentatives d'échappée. Comme lors de la première étape, l'équipe de France tente d'attaquer avec ses leaders, suivis de près par Fausto Coppi. L'échappée principale compte jusqu'à quatre minutes d'avance sur le peloton, si bien que Pierre Pardoën, au général, est virtuellement maillot jaune pendant un temps, mais l'équipe de Belgique confirme sa domination en ce début de Tour, en ramenant Van Steenbergen sur la tête de la course et en jouant la victoire avec Alex Close et André Rosseel, qui remporte finalement l'étape. Le rythme rapide provoque par ailleurs quatre abandons, dont trois hors délais.

Le contrôle de la course par l'équipe de Belgique permet à celle-ci de conserver le maillot jaune, de remporter une nouvelle victoire d'étape et de remporter une deuxième fois le classement par équipes de l'étape. Pierre Molinéris remporte pour sa part le prix de la combativité.

Profil de l'étape Le parcours de cette étape est inédit puisque le Tour de France ne s'est jamais rendu au Mans avant cette édition. Il emprunte les routes nationales sur la quasi-totalité de l'étape (en-dehors des traversées de ville et sur la dernière partie) : la RN 12 (la « route de Paris ») entre Rennes et Le Mans jusqu'à Laval, l'ancienne RN 159 entre Laval et La Flèche et la RN 23 jusqu'à Arnage, là où le peloton bifurque pour se rendre sur le circuit des 24 heures. Le profil est principalement plat (particulièrement dans la deuxième partie) et aucune réelle difficulté n'est recensée. Enfin, la distance de l'étape est plus courte que les moyennes connues des éditions précédentes du Tour de France..

La première partie commence à la sortie de Rennes, à l'entrée de la route nationale jusqu'à Laval et présente quelques petites côtes ( de dénivelé cumulés sur ). La deuxième partie entre Laval et La Flèche est une longue ligne droite de , quasiment plate à l'exception d'une côte au à l'approche de la Flèche ( de dénivelé cumulés sur ). La dernière partie est également une longue ligne droite (avec quelques petits reliefs au ) jusqu'au début de l'agglomération du Mans, à Arnage, où le peloton prend la route du circuit ( de dénivelé cumulés sur ).. De l'entrée du circuit aux tribunes de la ligne d'arrivée, sur , la route du circuit est coupée en deux sur le milieu pour permettre aux coureurs de l'emprunter deux fois, une première fois après être rentré sur le circuit et une deuxième fois après avoir parcouru une moitié de tour du circuit, débouchant sur l'arrivée de l'étape..

Dans les colonnes de L’Équipe, l'organisateur déclare que les conditions du parcours sont propices aux échappées en raison de la courte distance de l'étape (ce qui augmente les chances pour elles d'aller au bout). Si le peloton et des reliefs bretons, il prédit que le Tour, , pourrait approcher les de moyenne sur cette étape. +Détail du parcours de la étape. Département Lieu km Département Lieu kmIlle-et-VilaineRennes0MayenneSaint-Loup-du-Dorat102Cesson-Sévigné2Bouessay105Noyal-sur-Vilaine9SartheSablé-sur-Sarthe111Châteaubourg19Louailles119Saint-Melaine21Crosmières128Saint-Jean-sur-Vilaine23Verron (La Flèche)133Vitré34La Flèche137Cerisais (Mondevert)45Clermont-Créans142MayenneLa Gravelle51Le Point-du-Jour (Saint-Jean-de-la-Motte)147La Chapelle-du-Chène (Loiron-Ruillé)57Cérans-Foulletourte155Saint-Berthevin64Guécelard162Laval69Arnage169Forcé75Le Mans (circuit des 24 heures)181Mesley-du-Maine90

Contexte au départ de l'étape

Au lendemain de la première étape qui s'est déroulée entre Brest et Rennes, quelques enseignements ont pu être tirés par les journalistes qui suivent le Tour, quant aux forces en présence et à la forme des différents coureurs et des équipes en ce début d'épreuve.

Le maillot jaune Van Steenbergen dispose d'une avance confortable sur les favoris

Van Steenbergen (Belgique) aborde la étape avec une avance confortable sur les favoris présumés du Tour (Ockers, Coppi, Géminiani, Robic, Bartali) arrivés pour la plupart dans le peloton et qui accusent un retard de (avec bonifications) au général. Par ailleurs, il est entouré au classement général, par deux de ses coéquipiers qui occupent les et (respectivement Blomme et Vanderstockt).

Le Français Pardoën (Nord-Est / Centre) est en revanche le coureur le plus menaçant au général puisqu'il ne compte qu'une minute de retard. Or, bien qu'inconnu par le grand public au départ du Tour., il a démontré lors de l'étape de la veille des qualités de rouleur qui peuvent lui permettre, selon les observateurs, d'attaquer le maillot jaune lors de cette deuxième étape.. Son directeur d'équipe évoque d'ailleurs la suite de cette manière : Pour autant, Van Steenbergen déclare avoir l'intention de défendre son maillot aussi longtemps qu'il le pourra...

L'équipe de Belgique a fait forte impression alt=Portrait en noir et blanc d'un homme en tenue de cycliste qui est en train de boire une bouteille d'eau, entouré de nombreuses personnes.|vignette|Van Steenbergen célèbre sa victoire à Rennes. L'équipe de Belgique a dominé la première étape du Tour avec une victoire d'étape, le maillot jaune, quatre coureurs dans le Top 10 et la tête du classement général par équipes (le Challenge Martini).

Pour autant, Sylvère Maes, le directeur technique, maintient sa position initiale : . Van Steenbergen sera épaulé par Close, De Hertog, Decock et Rosseel tandis que Blomme disposera du reste de l'équipe. Par ailleurs, Maes ajoute attendre le passage par les Alpes pour savoir si Neyt, Close et Vanderstockt peuvent s'y imposer..

Les équipes de France et d'Italie se neutralisent La de l'équipe de France ayant pour objectif de prendre du temps à Coppi dès le début du Tour s'est opposée à la de l'équipe d'Italie qui a presque systématiquement contré les tentatives d'échappées... Seul Lauredi a réussi à prendre du temps au champion italien avec une sortie en fin d'étape.. Jusqu'à neuf coureurs de l'équipe de France ont participé simultanément aux échappées de la veille., mais la présence de Coppi et la remontée de Bartali ont abouti à ce que l'équipe de Belgique et Van Steenbergen tirent les bénéfices de cette étape. La neutralisation a d'ailleurs provoqué de la frustration chez les coureurs des deux équipes, côté français pour le maigre bénéfice des efforts du jour, et côté italien chez Coppi, qui déplore l’énergie trop importante dépensée pour contrôler la course au regard de ce qui attend les coureurs du Tour pour la suite..

Les équipes régionales ont animé la étape

À plusieurs reprises lors de la étape, des coureurs de toutes les équipes régionales (sauf celle de l'Afrique du Nord) ont attaqué pour placer des hommes dans les échappées... Parmi elles, les équipes de Paris et Nord-Est / Centre se sont particulièrement distinguées.. Les « Parisiens », pour leur part, ont été actifs dans de nombreuses échappées et trois d'entre eux sont parvenus à se classer dans le Top 15, décrochant ainsi la place du classement général par équipes.. De l'autre côté, l'équipe de Nord-Est / Centre s'est illustrée avec la performance de Pardoën, coureur novice et inconnu du peloton qui a terminé de la étape en se maintenant dans l'échappée victorieuse aux côtes des deux Belges (Van Steenbergen et Blomme).. Révélation de la étape et lauréat du prix du meilleur combatif, il est du classement général à du maillot jaune, et est donc le premier coureur au classement à ne pas faire partie de l'équipe de Belgique. Avec notamment son coéquipier Cieleska, classé de l'étape, ils offrent la deuxième place au classement général par équipe et la prime de la meilleure équipe régionale.

Déroulement de la course

Résumé de l'étape

Départ rapide de Rennes et premières tentatives d’échappée Au matin du , les cyclistes ont un programme précis à suivre avant le départ de la course : : signatures et ravitaillement au Champ-de-Mars à Rennes ; : appel des coureurs ; : départ du défilé par la rue d'Isly, boulevard de la Liberté, avenue de la Gare, pont sur la Vilaine, avenue Aristide-Briand, boulevard de Strasbourg ; : départ de l'étape à l'entrée sur la RN 12.

La météo prévue est ensoleillée et très chaude, le vent est léger mais contraire.

Les 121 coureurs quittent Rennes à très vive allure et dès la sortie de la ville, la première tentative de fuite est initiée par Meunier (Nord-Est / Centre) et Carle (Paris), sans résultat.. Trois coéquipiers de l'équipe de France tentent également de former une échappée, mais elle est contrée dès l'instant par les Belges et les Italiens. Dans les premiers kilomètres de courses, d'autres tentatives suivent, mais le peloton contrôlé notamment par les Belges est maintenu dans le rythme.. Le premier écart sérieux est réalisé par Diederich qui parvient à s'éloigner seul (au ). Il passe à Saint-Jean-de-Vilaine avec d'avance... Ayant initialement l'idée qu'il serait rejoint par d'autres et constatant qu'il demeure seul, il se relève progressivement, tandis que le peloton et notamment les hommes du maillot jaune continuent de rouler fort. Il est rejoint avant Vitré (). vignette|alt=Photo en noir et blanc d'un peloton cycliste se dirigeant vers l'entrée d'une ville avec un château en arrière-plan.|Entrée du peloton dans Vitré. Formation de la première échappée concrète à Vitré À l'entrée de Vitré (), un trio composé de Lajoie, Pardoën (Nord-Est / Centre) et Close (Belgique) parvient à s'échapper.., suivi dans leur démarche un peu plus tard par treize coureurs, dont Lapébie qui emmène ses coéquipiers Robic et Géminiani (France), les Italiens Crippa, Baroni et Coppi (Italie), les Belges Decock, Van Kerckhove, Rosseel (Belgique), Roks (Hollande) et quelques coureurs régionaux, Kebaïli (Afrique du Nord), Malléjac (Ouest / Sud-Ouest) et Rotta (Sud-Est).. Les treize chasseurs rejoignent le trio de tête (au ) et comptent alors d'avance sur le peloton. Cet écart s'accroît ensuite progressivement, avec (), (), puis ().vignette|alt=Photo en noir et blanc d'un peloton cycliste sur une route de campagne bordée de champs.|Pardoën en tête de l'échappée avant Laval est virtuellement maillot jaune pendant une partie de l'étape.Au , Quentin (France), Llorca (Sud-Est) et Cieleska (Nord-Est / Centre) s'échappent également du peloton, mais ce dernier ne tarde pas à avoir un ennui mécanique et doit laisser partir les deux autres hommes. À Laval (), les deux coureurs comptent de retard sur le groupe de tête mené par Pardoën (qui est à ce moment virtuellement maillot jaune) et d'avance sur le peloton.

L'équipe de Belgique menée par Van Steenbergen contre-attaque