Agathe ou Agatha est l'épouse du prince anglo-saxon Édouard l'Exilé (mort en 1057) et la mère de la reine Marguerite d'Écosse. Ses origines sont obscures et font l'objet de plusieurs théories. Les deux plus populaires font d'elle la fille du margrave allemand Liudolf de Brunswick ou du grand-prince de Kiev Iaroslav le Sage.

Biographie

On ne sait rien de l’enfance d’Agathe, et les spéculations à ce sujet sont inextricablement liées au problème de l’identité de son père. La naissance de ses enfants étant généralement placée dans les années 1040-1050, sa propre date de naissance est probablement antérieure à 1030. Elle se rend en Angleterre avec son mari et ses enfants en 1057, mais devient veuve peu de temps après son arrivée.

Après la conquête normande de l'Angleterre, elle s’enfuit avec ses enfants en Écosse en 1067 pour se réfugier auprès de , qui épouse quelques années plus tard sa fille Marguerite. Siméon de Durham indique qu'elle est encore vivante en 1070 dans son Historia regum ; il s'agit de sa dernière mention dans les sources.

Descendance

vignette|Édouard l'Exilé, son père et ses enfants dans un manuscrit généalogique du (BL Royal MS 14 B V).

Agathe et Édouard ont trois enfants : Marguerite (vers 1045 – 1093), épouse du roi d'Écosse ; Christine (morte après 1093), entrée dans les ordres ; Edgar Ætheling (vers 1051 – vers 1126).

L’onomastique des descendants d'Agathe a été mise à contribution pour élucider ses origines. Son prénom est rare en Europe occidentale à cette époque. Ceux de ses enfants et petits-enfants proviennent en bonne partie du fonds onomastique anglo-saxon, ce qui est logique puisque son mari appartient à la maison de Wessex, mais certains sont plus atypiques et pourraient trahir des origines orientales : le sien, ceux de ses filles Christine et Marguerite, et ceux de ses petits-enfants Alexandre, David et Marie.

Origines

Les sources médiévales

vignette|redresse|L'empereur dans une miniature du milieu du (Bibliothèque universitaire de Brême MS b. 21, fol. 3v).

De nombreuses sources médiévales évoquent les origines d’Agathe, mais elles sont souvent imprécises et contradictoires, voire manifestement fausses. La plus ancienne source existante, la Chronique anglo-saxonne, la présente comme apparentée à un « empereur Henri ». Cette information est reprise dans le de Jean de Worcester et les tableaux généalogiques liés (parfois évoqués séparément sous le nom de ), ainsi que par Siméon de Durham et Ælred de Rievaulx. Ce dernier la décrit plus précisément comme la fille du frère de cet empereur Henri. Les l'identifient à l'empereur (1017-1056), mais il pourrait également s'agir de son prédécesseur indirect (973-1024).

Des sources plus tardives et douteuses, comme la Chronique de Melrose, font d’Agathe la fille d’Henri, tandis que Matthieu Paris la décrit comme sœur de l’empereur (soror Henrici imperatoris Romani). Dans son Estoire des Engleis, Geoffroy Gaimar affirme qu’elle est la fille du roi et de la reine de Hongrie, mais il situe son mariage à une date où Édouard se trouvait apparemment encore à Kiev. Orderic Vital est d'accord avec Gaimar et indique que c'est le roi Salomon (1052-1087) qui est son père, bien qu'il soit contemporain des enfants d'Agathe. Guillaume de Malmesbury affirme qu'Agathe est la sœur d'une reine de Hongrie, rejoint en cela par Aubry de Trois-Fontaines. Ælred affirme plus vaguement que sa fille Marguerite est de sang royal anglais et hongrois.

Enfin, Roger de Hoveden et l'auteur anonyme des Leges Edwardi Confessoris indiquent qu’Édouard se marie avec une femme de rang noble durant son séjour à la cour du roi « Malesclodus » de Kiev. Les précisent que la mère de Marguerite est de sang royal russe.

Les théories allemandes et hongroise

vignette|redresse|Le roi de Hongrie sur un manteau de sacre de 1031.

Même si plusieurs sources affirment qu'Agathe est la fille ou la sœur d'un empereur Henri, il semble peu probable que les chroniqueurs allemands puissent ignorer l'existence d'une telle personne. L'identité exacte de cet empereur n'est précisé que par Jean de Worcester, qui voit en lui . Pourtant, les premières reconstitutions de l'ascendance d'Agathe ont favorisé un lien avec son prédécesseur indirect . Les historiens du Georgio Pray (1764, Annales Regum Hungariae), Peter Frederik Suhm (1777, Geschichte Dänmarks, Norwegen und Holsteins) et Istvan Katona (1779, Historia Critica Regum Hungariae) s'accordent à faire d'elle la fille de l'évêque d'Augsbourg Brunon, frère d', dont aucune descendance n'est connue par ailleurs. Daniel Cornides (1778, Regum Hungariae) s'efforce quant à lui d'accorder les mentions d'ascendance allemande et hongroise en faisant d'Agathe une fille de Gisèle de Bavière, sœur de l'empereur et épouse du roi de Hongrie . Cette solution reste populaire chez les historiens jusqu'au et continue à être défendue au début du . Malgré sa popularité, cette théorie n'explique pas pourquoi la mort d'Étienne entraîne une crise de succession en Hongrie, ou du moins pourquoi la famille d'Agathe n'y joue aucun rôle. Les enfants d'Agathe auraient pu prétendre au trône hongrois. Du reste, les sources hongroises laissent entendre que le roi Étienne survit à tous ses enfants. La chronologie est également problématique : une Agathe apparentée à serait beaucoup plus âgée que son mari et peut-être trop vieille pour pouvoir donner naissance à son fils Edgar.

En 1939, Jozsef Herzog avance l'idée que Agathe puisse être la fille d'un demi-frère de l'empereur . La mère de ce dernier, Gisèle de Souabe, a en effet contracté deux mariages avant d'épouser , le père d'Henri. Agathe serait donc la petite-fille du comte de Brunswick (vers 975 – vers 1010) ou du duc de Souabe (vers 984 – 1015). Pour Herzog, la chronologie suggère qu'elle est plutôt la fille du second.

Cette théorie est relancée en 1962 par le généalogiste hongrois , qui procède à une nouvelle analyse de la chronologie des mariages et grossesses de Gisèle pour conclure qu'Agathe est la fille du margrave de Frise Liudolf, le fils de Bruno de Brunswick. Sa théorie rencontre un grand succès durant les années qui suivent. Même après l'apparition de la théorie russe, elle continue à être défendue par une partie des spécialistes.

La théorie russe

vignette|Une fresque du à la cathédrale Sainte-Sophie de Kiev représentant les filles de .

En 1996, le généalogiste québécois René Jetté propose une solution du côté de la Rus' de Kiev. Il souligne le fait que Guillaume de Malmesbury et plusieurs chroniques postérieures affirment clairement qu'Agathe est la sœur d'une reine de Hongrie. Le peu que l'on sait de la biographie d'Édouard l'Exilé suggère qu'il se montre fidèle au roi hongrois , le suivant durant son exil à Kiev. Celui-ci a pour femme Anastasie, l'une des filles du grand-prince de Kiev Iaroslav le Sage et de la princesse suédoise Ingigerd Olofsdottir. Pour Jetté, la femme d'Édouard serait donc une autre fille de Iaroslav. Cette théorie permet de clarifier les affirmations apparemment incongrues de Geoffroy Gaimar et Roger de Hoveden selon qui Édouard aurait épousé une femme de la noblesse locale durant son séjour à Kiev, ou avait pour beau-père un souverain russe. Agathe aurait ainsi épousé un prince en exil à Kiev, tout comme Anastasie et leur autre sœur Élisabeth, femme du prince norvégien exilé Harald Hardrada.

Eduard Hlawitschka considère lui aussi que le père d'Agathe est Iaroslav de Kiev. Il note que le chroniqueur allemand Adam de Brême, généralement bien informé sur les affaires d'Europe du Nord, indique qu'Édouard s'est trouvé en exil en Russie. Il souligne également que l'auteur anonyme des , proche des enfants d'Agathe, rapporte qu'Édouard séjourne chez les Rus' et y épouse une femme appartenant à la noblesse locale.

L'onomastique semble soutenir la théorie de Jetté et Hlawitschka. Agathe est un nom grec qui apparaît dans les dynasties médiévales avec la dynastie macédonienne de l'Empire byzantin avant de devenir l'un des prénoms féminins les plus courants chez les Riourikides, la famille de IaroslavА.Ф. Литвина, Ф.Б. Успенский. Выбор имени у русских князей в X-XVI вв.: Династическая история сквозь призму антропонимики. Moscow: Indrik, 2006 , p. 463.. Agathe pourrait faire partie des membres de cette famille ayant adopté un nom grec après le mariage de , le père de Iaroslav, avec la princesse byzantine Anna Porphyrogénète.

Les prénoms des filles d'Agathe, Marguerite et Christine, sont actuellement associés à la Suède, bien qu'ils ne soient pas mentionnés en lien avec ce pays avant le . Ils pourraient cependant constituer un indice en faveur de la théorie kiévienne, puisque la femme de Iaroslav, Ingigerd, est une princesse suédoise. Il est possible que son prénom d'origine ait été MargueriteФ.Б. Успенский. Скандинавы-Варяги-Русь: Историко-филологические очерки. Moscow, 2002, pp. 60-61.. Le prénom du fils de Marguerite, David, évoque celui de David de Hongrie, fils cadet d’ et d’Anastasia de Kiev. En outre, le premier saint ruthène est un frère de Iaroslav nommé Gleb et dont le prénom chrétien était David. L'autre fils de Marguerite, Alexandre, porte un nom qui évoque des traditions occidentales et orientales. La biographie d’Alexandre le Grand est un récit populaire à Kiev au , et c'est aussi un prénom fréquent dans la tradition orthodoxe d'influence grecque.

Les arguments onomastiques en faveur de la théorie kiévienne ont été critiqués par John Carmi Parsons. Il pointe des exemples de groupes d'individus allemands aux noms apparemment orientaux, dont une autre Agathe, et propose des causes alternatives à ces choix de prénoms, comme les mariages de l'empereur et celui supposé de avec des princesses byzantines.

En 2003, William Humphreys réexamine les deux grands types de théories, qu'il appelle « salique » et « slave ». Il estime que la question consiste à savoir qui de Jean de Worcester (point de départ de la théorie salique) et Guillaume de Malmesbury (point de départ de la théorie slave) rapporte la tradition la plus ancienne, et donc celle qui a le plus de chances d'être correcte, au sujet des origines d'Agathe. Il propose une autre théorie : qu'elle soit une princesse byzantine, la sœur de la femme de , le fils de Iaroslav. Au fil de la transmission, une confusion serait survenue concernant l'empire auquel la famille d'Agathe se rattachait. Un an plus tard, Humphreys revient sur le sujet et rallie la théorie slave qui fait d'Agathe la fille de Iaroslav, dont il fait d'ailleurs le fils de la princesse byzantine Anne Porphyrogénète (et non de Rogneda).

Autres théories

La théorie bulgare

vignette|Les sarcophages du tsar bulgare Samuel, de son fils Gabriel Radomir et de son neveu Ivan Vladislav.