Irène Joliot-Curie , née le à Paris et morte le à Paris , est une chimiste, physicienne et femme politique française. Elle est la fille de Pierre et Marie Curie et a obtenu le prix Nobel de chimie en 1935 pour la découverte de la radioactivité induite et de la radioactivité artificielle, conjointement avec son époux, Frédéric Joliot-Curie. Elle a aussi été une des trois premières femmes membre d'un gouvernement français, en devenant sous-secrétaire d'État à la Recherche scientifique, sous le Front populaire en 1936Gouvernement Blum I, jusqu'au ..
En 1945, elle est l'un des six commissaires du nouveau Commissariat à l'énergie atomique (CEA) créé par de Gaulle et le Gouvernement provisoire de la République française. Elle meurt à Paris le d'une leucémie aiguë liée à son exposition au polonium et aux rayons X, la même maladie qui avait emporté sa mère.
Biographie Famille, formation et vie privée
gauche|vignette|Pierre, Irène et Marie Curie vers 1902. Irène Curie naît dans le de Paris le Archives de l'état civil de Paris en ligne, acte de naissance , avec mention marginale du décès. Autre mention : mariage en 1926 avec Jean Frédéric Joliot (consulté le ). Elle est la fille de Pierre et Marie Curie. Le naît une seconde fille : Denise-Ève. Le , Pierre Curie meurt d'un accident de la circulation. Marie Curie, réticente aux méthodes appliquées dans l'enseignement public, organise pour ses filles et les enfants de ses amis universitaires une coopérative d'enseignement. Irène et les enfants de Jean Perrin, d'Édouard Chavannes, de Paul Langevin, etc., reçoivent donc un enseignement original, donné par ces universitaires, alliant une éducation de l'esprit pragmatique (des expériences, des visites, des spectacles, etc.) à une éducation du corps (gymnastique). Elle aime faire de courts voyages à vélo, qu'elle relate dans ses correspondances avec sa mère. La jeune Irène complète ensuite son cursus par quelques cours pris au collège Sévigné et se révèle très bonne élève en sciences et en mathématiques ; elle obtient son baccalauréat en Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, fonds Joliot-Curie, cote NAF 28161, déposé au musée Curie..
À 17 ans, la guerre venue, Irène souhaite se rendre utile.. Marie Curie accepte alors que sa fille l'accompagne sur le front, pour pratiquer des radiographies des blessés de guerre à l'aide de voitures équipées à cet effet, surnommées a posteriori dans l'ouvrage d'Ève Curie sur sa mère., les « petites Curie ».. Parallèlement, elle passe un diplôme d'infirmière en .. Malgré les appréhensions initiales des médecins militaires qu'elle forme, Irène les informe de l'emplacement précis des projectiles (balles, éclats d'obus) et sauve ainsi de nombreux blessésVoir les Lettres d'Irène Curie à sa mère Marie, de 1914 à 1916 dans .
À partir de 1917, elle reprend ses études supérieures de mathématiques, de physique et de chimie, tout en étant chargée de former les infirmières à la radiologie au laboratoire Curie de l'Institut du radium. pour l'hôpital Edith Cavell créé par Nicole Girard-Mangin et Antoine Béclère.
Dès 1918, tout en achevant ses licences de physique et de mathématiques, elle entre comme préparatrice de sa mère au laboratoire Curie de l'Institut du radium. En 1920, munie de ses licences de physique et de mathématiques, Irène devient assistante de sa mère. Elle commence alors une thèse de doctorat sur les rayons alpha du polonium qu'elle soutient en 1925.. En 1926, elle épouse Frédéric Joliot entré à l'Institut du radium à la fin de 1924. Ils ont deux enfants : Hélène née en 1927 et Pierre né en 1932. vignette|Frédéric et Irène Joliot-Curie dans les années 1940. Irène Curie continue après son mariage à pratiquer la randonnée en montagne l'été. Très sportifs l'un et l'autre, Frédéric et Irène s'adonnent à de nombreuses activités. À Paris, par exemple, en 1937, Frédéric Joliot va pratiquer le judo au Jiu-Jitsu Club de France, dont Jigorō Kanō est le président d'honneur ; il en est le secrétaire général. Ils pratiquent aussi des activités sportives pendant leurs vacances et ce jusqu'à leur décès : tennis, natation, voile, randonnée, ski (en fréquentant les pistes de Savoie et de Haute-Savoie alors toutes nouvelles).
Ils passent leurs étés en Bretagne à l'Arcouest, face à l'île de Bréhat et près de Paimpol.. Irène y vient depuis 1912 avec sa sœur Ève Curie et sa mère Marie. Les Curie y rencontrent nombre de leurs amis universitaires parisiens (les Perrin, les Auger, les Borel, les Chavannes, les Stodel, les Gricouroff, Marcelle et Louis Lapicque et l'historien Charles Seignobos, le « Capitaine »). Cette réunion d'universitaires dans ce lieu lui confère a posteriori le surnom de Fort la Science ou Sorbonne-Plage. À l'occasion des fêtes du village, Irène collecte les chants traditionnelsOuest-France du mercredi , dernière page, avec une photo qui les montre avec Ève chez Jean Perrin en été 1930, avec Nine Choucroun, Georges Gricouroff, Charles Seignobos.. Elle a également beaucoup filmé ces temps de loisirs.
Atteinte de tuberculose, Irène Joliot-Curie doit régulièrement séjourner en sanatorium dès les années 1930.
Au début de l'Occupation, de juin à , Irène Joliot-Curie séjourne à la cité-sanitaire de Clairvivre, comme « malade hors effectif ». Bien qu'elle soit atteinte de tuberculose, ce séjour en Dordogne n'est pas dû à sa maladie, mais au repli en zone libre des scientifiques français. Elle n'entreprend pas de recherche dans la cité sanitaire. Sa priorité est de cacher aux Allemands ses travaux sur la fusion nucléaire et son matériel.
Irène Joliot-Curie obtient l'autorisation de partir se soigner plusieurs mois en Suisse. De retour à Paris, sa santé l'oblige à une activité très réduite. Devant le risque de représailles sur sa famille, Frédéric Joliot décide de mettre sa famille à l'abri. Irène Joliot-Curie passe clandestinement en Suisse avec ses enfants le ..
Irène Joliot-Curie était très liée à son cousin Maurice Curie. Tout au long de sa vie, Irène Joliot-Curie est restée en contact avec la branche polonaise de sa famille (sa mère Marie Skłodowska est devenue française par mariage avec Pierre Curie en 1895), ses tantes et cousines en particulier. Elle se rend à plusieurs reprises en Pologne et leur apporte son aide dans les moments difficiles d'après la Seconde Guerre mondiale. Elle demande à une sculptrice de Varsovie, Maria Kwietniewska, la réalisation d'un buste de Pierre et Marie Curie, qui est offert par la Pologne à l'Institut du radium à Paris en 1950, buste présent dans le jardin du Laboratoire Curie – au pied duquel le président François Hollande est venu s'incliner lors de son entrée en fonctions.
Irène Joliot-Curie meurt le d'une leucémie aiguë liée à son exposition au polonium et aux rayons X, la même maladie qui avait emporté sa mère Marie Curie, en . Des funérailles nationales sont organisées le .
Travaux et carrière scientifique vignette|Irène et sa mère Marie en 1925. En 1932, Irène Joliot-Curie est nommée chef de travaux du laboratoire Curie. Au décès de sa mère en , elle poursuit ses recherches à l'Institut du radium et seconde son nouveau directeur André Debierne. Elle est remplacée comme chef de travaux par Raymond Grégoire. Elle devient également membre de la Commission internationale de l'Étalon du Radium.. Irène et Frédéric Joliot-Curie travaillent tous deux au laboratoire Curie depuis 1925 (date d'arrivée de Frédéric Joliot) puis à partir de 1929, ensemble sur la radioactivité naturelle. Leur découverte en du phénomène de projection de protons par un rayonnement de nature alors inconnue. est une étape majeure vers la découverte du neutron par James Chadwick en .. Après la découverte de l'électron positif par Carl David Anderson à l'été 1932, Irène et Frédéric Joliot-Curie publient leurs recherches sur un nouveau processus d'absorption des rayons gamma par création de paires d'électrons.. Leurs résultats sur l'existence de possibles « électrons positifs de transmutation » sont contestés au conseil de physique Solvay d'. Reprenant leurs expériences, ils découvrent que ces électrons sont produits par un nouveau type de radioactivité, par émission d'électrons positifs. Ils donnent quinze jours plus tard une preuve chimique de l'existence du premier radioélément artificiel, le phosphore 30, ainsi que d'un second, l'azote 13. Marie Curie assiste à la découverte avant sa mort en . Cette découverte de la radioactivité dite artificielle leur vaut l'attribution du prix Nobel de chimie 1935 . Dès lors le patronyme Joliot-Curie s'impose. gauche|vignette|Irène et Frédéric Joliot-Curie dans leur laboratoire en 1935. Les deux scientifiques poursuivent ensuite leurs travaux pour identifier les radioéléments ou isotopes susceptibles d'être utiles à la médecine, à la géologie ou à la chimie. Irène Joliot-Curie entreprend à l'Institut du radium des recherches sur les isotopes du phosphore et radioactifs créés par bombardement de neutrons dans les éléments lourds, thorium et uranium. Les résultats qu'elle obtient avec son collaborateur Pavel Savitch en sur un radioélément artificiel de propriétés chimiques extraordinairement difficiles à distinguer de celle du lanthane. les mène très près de la découverte de la fission du noyau d'uranium. En lien avec Lise Meitner, les Allemands Hahn et Strassmann reprenant leurs propres expériences, annoncent la découverte du phénomène de fission du noyau de l'atome en .
En 1945, Irène Joliot-Curie est nommée commissaire au tout nouveau Commissariat à l'énergie atomique (CEA). Elle exerce cette mission jusqu'en , après avoir contribué à faire « diverger » (fonctionner) la première pile atomique française, ZOE (Zéro énergie, Oxyde d'uranium, Eau lourde.) le . Dans le cadre de la lutte contre l'espionnage soviétique, son mari est révoqué en parce qu'il est membre du PCF et le mandat d'Irène n'est pas renouvelé par le gouvernement en parce qu'elle partage les idéaux de son époux sans être membre du Parti communiste.
Après la Seconde Guerre mondiale, Irène Joliot-Curie reprend ses travaux de recherche. Elle s'intéresse à la technique nouvelle des émulsions nucléaires et l'utilise pour la recherche d'une possible radioactivité naturelle et publie un article sur le dosage du carbone dans les aciers.. En 1937, en remplacement de son mari nommé professeur au Collège de France, Irène Joliot-Curie est promue maître de conférences, puis professeure à la chaire de physique générale et radioactivité le à la faculté des sciences de ParisArchives nationales, cote AJ16/5741 et F17/26685. En , Irène Joliot-Curie succède à André Debierne comme directrice du laboratoire Curie de l'Institut du radium et donc à la chaire de physique générale et radioactivité précédemment occupée par sa mère. Elle exerce pendant dix ans cette direction et prépare près d'Orsay l'installation d'un nouvel Institut avec des laboratoires plus vastes pour être équipés d'accélérateurs de particules. Dans le même temps, dès la création du Commissariat à l'énergie atomique en 1946, et ce jusqu'en 1951, elle occupe un poste de commissaire à l'Énergie atomique.