La dynastie égyptienne, établie à la fin du quatrième millénaire avant notre ère, marque le début de plus de trois millénaires d'institution pharaoniqueBien que le terme pharaon, utilisé avant le Nouvel Empire soit en réalité anachronique (voir Histoire du terme pharaon#Pharaon ou la « Grande Maison »).. Son avènement est lié à la figure légendaire de MénèsMénès est le nom hellénisé de Méni, ce dernier nom est celui inscrit dans les listes royales égyptiennes du Nouvel Empire. qui serait, entre autres, le fondateur de Memphis et le premier unificateur de l'Égypte, jusqu'alors divisée en deux royaumes distincts, celui du Nord et celui du Sud.
L'unification politique de l'Égypte ayant probablement été un processus long et complexe, Memphis ayant d'ailleurs déjà été fondée avant la fin de la période prédynastique, il est impossible d'identifier Ménès à un roi de l'époque de manière certaine. Ainsi, Narmer est en général considéré comme le premier roi de la dynastie sur la base de deux empreintes de sceaux découvertes à Abydos sur lesquelles est inscrite la succession des rois de cette dynastie et plaçant Narmer systématiquement comme le premier représentantHor-Aha, successeur de Narmer, est cependant régulièrement placé comme fondateur de la dynastie, reléguant ainsi Narmer comme dernier roi de la période prédynastique ; l'une des raisons avancées est une étiquette en ivoire (aujourd'hui au Musée du Caire : JE 31773=CG 14142) découverte dans la tombe de Neith-Hotep à Nagada et sur laquelle sont inscrits le serekh d'Aha et, à l'intérieur de ce qu'il semble être un sanctuaire, les signes se lisant Nebty Men, ce qui a été interprété par certains comme l'origine du nom Méni, ce dernier ayant donné par la suite le nom hellénisé Ménès (cf. Wilkinson 1999, ).. Si, selon la tradition, la capitale de la dynastie se situait à Thinis (Tjene en égyptien), ville près de laquelle ont été effectivement enterrés les rois de la dynastie, mais le palais royal et l'administration devaient se situer à Memphis, comme le montre la vaste nécropole de l'élite découverte à Saqqarah.
Histoire
L'unification du pays
Une figure légendaire
Selon Hérodote, le roi au nom hellénisé Ménès aurait le premier unifié l'Égypte à partir des deux royaumes de Haute et de Basse-Égypte avec comme capitales respectives Nekhen et Bouto, puis il aurait fondé Memphis à la jonction entre les deux anciens royaumes. Ce nom de Ménès peut être reconnu dans le nom Méni inscrit en tant que premier roi égyptien dans certaines listes royales du Nouvel Empire, montrant que cette figure légendaire datait d'une époque bien antérieure à celle d'Hérodote. Il a été tenté, sans arriver à un consensus, de rapprocher la figure de Ménès des rois contemporains de la , en particulier avec Narmer et Aha qui sont tous deux attestés avec des hiéroglyphes formant le mot Men : une empreinte de sceau découverte à Abydos, sur laquelle le serekh de Narmer alterne avec le hiéroglyphe du plateau de jeu, se lisant men, et le complément phonétique n symbolisé par le hiéroglyphe de l'eau, une étiquette en ivoire découverte dans la tombe de Neith-Hotep à Nagada et sur laquelle sont inscrits le serekh d'Aha et, à l'intérieur de ce qu'il semble être un sanctuaire, les signes se lisant Nebty Men, la mention de Nebty pourrait en faire la plus ancienne attestation de ce titre, bien que cela ne soit pas certain.
Plusieurs interprétations ont été données à ces documents : pour le premier document, une première interprétation a simplement associé le nom Men au roi Narmer, tandis qu'une autre, loin de faire l'unanimité, faisant de cette empreinte de sceau celle d'un roi et de son fils aîné, faisant ainsi de Aha et Men une seule personne ; pour le second document, une première interprétation a simplement associé le nom Men au roi Aha, tandis qu'une autre hypothèse, faisant remarquer que l'inscription Nebty Men était située à l'intérieur d'une sorte de sanctuaire, a proposé comme interprétation que l'étiquette serait une figuration de l'enterrement de Narmer par Aha. Ces différentes interprétations ne font cependant pas consensus. Toujours est-il que, selon trois scellements découverts à Abydos, les deux premiers dans la nécropole de Den, le troisième dans la nécropole de Qâ, Narmer était une figure fondatrice pour ses successeurs de la dynastie, ces trois sceaux montrant l'ordre de succession des rois, respectivement de Narmer à Ouadji/Djet et incluant Merneith (la mère de Den) pour le premier, de Narmer à Den et incluant Merneith à nouveau pour le deuxième, et de Narmer à Qâ (sans Merneith cette fois) pour le troisième.
Un processus long et complexe
Si la question de l'identification de Ménès à Narmer ou Aha peut être symboliquement important, ce n'est toutefois pas le point le plus important. L'histoire de cette unification est en effet bien plus complexe et a dû s'étaler sur plusieurs générations. On peut noter tout d'abord qu'Iry-Hor et Ka, deux des derniers rois prédynastiques de Haute-Égypte et probables prédécesseurs immédiats de Narmer, sont attestés au Ouadi ‘Ameyra, dans le Sinaï, avec en plus la plus ancienne mention de Memphis dans l'inscription d'Iry-Hor, prouvant l'antériorité de la fondation de la capitale par rapport à la . Par ailleurs, la situation géographique des inscriptions montrent que ces deux rois du Sud devaient contrôler une partie du Nord du pays, leur permettant ainsi d'accéder à la péninsule du Sinaï.
Ce qui est certain, c'est qu'existaient trois importants proto-royaumes sur territoire égyptien : ils se situaient au cœur de la Haute-Égypte, avec comme capitale respective Thinis, Noubet (site moderne de Nagada) et Nekhen, le proto-royaume de Noubet semblant s'effacer par la suite au profit de l'un des deux autres. Il semble par la suite que Thinis prit l'avantage sur Nekhen puis, petit à petit, sur l'ensemble du pays ainsi qu'en Basse-NubieUn proto-royaume en Basse-Nubie avec pour capitale Qustul semble avoir émergé plus ou moins parallèlement aux trois proto-royaume de Haute-Égypte et a disparu lors de l'unification égyptienne. La culture A, indigène, semble disparaître vers cette période, où par ailleurs deux raids militaires égyptiens ont été commémorés par deux inscriptions rupestres au Gebel Sheikh Souleiman, montrant ainsi le début de la domination égyptienne sur ce territoire, domination qui continuera au cours de la (cf. Wilkinson 1999, )., par des moyens inconnus, mais ayant probablement inclus des moyens militaires. Si l'élite du royaume choisit les nécropoles memphites, et particulièrement Saqqarah-Nord, comme lieux d'inhumation, montrant probablement que Memphis était devenue la capitale du royaume, peut-être dès le règne d'Iry-Hor, Thinis resta une ville importante car c'est près de celle-ci, dans la nécropole d'Oumm el-Qa'ab à Abydos, que les rois de la dynastie choisirent de se faire enterrer. La période qu'inaugure la dynastie est qualifiée d'ailleurs de thinite car c'est là, selon la tradition égyptienne tardive qu'a reporté Manéthon dans ses écrits, qu'était située la capitale à l'époque.
Concernant le moment exact de l'unification, il est possible que ce soit Narmer qui en soit l'auteur, en ayant peut-être annexé un dernier territoire qui échappait au contrôle des rois de Thinis, territoire qui était peut-être situé dans le Delta occidental, ce qui sera retenu dans le reste de l'histoire égyptienne par la place qu'a Bouto (à l'origine deux cités nommées Pé and Dep et séparées par le bras du Nil au bord duquel elles étaient situées) en tant que capitale de la Basse-Égypte, en opposition à Nekhen capitale de la Haute-Égypte, qu'on peut retrouver par exemple dans les Âmes de Pé et de Nekhen. Cependant, cela ne reste qu'une hypothèse, car, comme mentionné précédemment, il semble que ce soit Thinis qui ait pris l'avantage sur Nekhen pour la Haute-Égypte. Cette dernière annexion, réalisée par les armes, aurait été représentée sur la fameuse palette de Narmer, découverte à Nekhen en 1898, représente Narmer portant les insignes des Haute et Basse-Égypte. S'il y a eu pendant longtemps débat pour savoir si elle commémore un événement historique ou si elle est purement symbolique, une « étiquette-année », découverte à Abydos en 1993, datant de Narmer et décrivant semble-il le même événement que la palette, attesterait qu'il s'agit bien d'un événement historique, bien que certains égyptologues émettent encore des doutes.
Les évènements politiques sous les rois de la
Narmer est attesté sur de nombreux sites du pays, de Nekhen au sud jusqu'au Delta, incluant la ville de Bouto dans le Delta occidental. Le roi est également attesté dans les régions entourant la Vallée, soit dans le désert oriental, plus précisément au site du Ouadi Qash, dans le désert occidental, plus précisément dans l'oasis de Kharga et dans le Gebel Tjaouti près de Coptos, ainsi que peut-être au Nag-el-Hamdoulab près d'Éléphantine, même si l'identification n'est pas certaine du fait de l'absence de nom dans le serekh, et dans le Sinaï, plus précisément au Ouadi 'Ameyra. Ces différentes attestations montrent que le roi est présent dans toute l'Égypte et au-delà, montrant que l'Égypte est unifiée sous son règne. Un autre point à noter est que Narmer est fortement présent en Canaan, dans la continuité de ses prédécesseurs, où une colonisation de fait d'une partie du sud du territoire a lieu, peut-être pour contrôler plus efficacement les routes commerciales dans une région alors peu structurée politiquement. Après son règne, le roi se fit enterrer dans le cimetière d'Oumm el-Qa'ab près d'Abydos, à côté de ses probables prédécesseurs immédiats Iry-Hor et Ka.