L'Union de défense économique (UDE) est un parti politique suisse, de droite, basé à Genève, actif entre 1923 et 1932. Durant sa période d'activité, il représente une force politique importante à l'échelle cantonale et en particulier dans les communes urbaines, qui noue des alliances avec tous les partis du centre et de droite.
Contexte d'émergence et fondation C'est dans le contexte de la crise économique de 1921, marquée par une importante hausse des prixCassis 1976, p. 21., et de la crise des finances publiques, qu'apparaît à Genève la Ligue contre l'étatisme et pour la réduction du coût de la vieCassis 1976, p. 26., dont les membres proviennent de l'aile droite du Parti démocratique (ancêtre du Parti libéral). L'apparition de cette dernière est suivie de la fondation, en 1922 à Berne, de la Ligue suisse contre l’étatisme et pour la liberté commerciale.
En 1923, acteurs politiques et économiques genevois s'inquiètent de la dette de l’État genevoisCassis 1976, p. 30., le service de la dette absorbant à lui tout seul 24% des dépenses publiquesHadrien Buclin, Imposition de la fortune et résistances fiscales dans le canton de Genève à l'issue de la Première Guerre Mondiale dans La fiscalité directe des cantons suisses, Supplément de la revue suisse d'histoire, Société suisse d'histoire, 2022, p. 99.. En juillet, les banques refusent le renouvellement des prêts à court terme consentis à l’État, amenant temporairement l’État à cesser tout paiementJoseph 1975, p. 5..
La section genevoise de la ligue, dirigé par Alfred NicoleCassis 1976, p. 135., crée alors une commission des finances publiques pour rechercher et proposer des solutionsCassis 1976, p. 33.. Devant le refus du Conseil d'État de prendre en compte les demandes de cette commission, la section genevoise de la ligue décide le de constituer une liste électorale en vue des élections de Cassis 1976, p. 56.. Durant l’été, le nom « Union de défense économique » est choisiCassis 1976, p. 55. et un parti politique est constitué, tandis que le paraît le premier numéro de son journal Le Citoyen.
Doctrine et programme Entre 1923 et 1928, le programme de l'UDE est centré sur la lutte contre « l'étatisme »Cassis 1976, p. 65.. À partir de 1928, le budget du canton de Genève étant à l'équilibreJoseph 1975, p. 8., le parti se cherche de nouveaux combats et choisit de lutter contre le socialismeCassis 1976, p. 98..
Finances publiques et fiscalité La priorité de l'UDE est l'assainissement des finances publiquesCassis 1976, p. 63. et la réduction de la dette de l’État. Pour ce faire, le parti propose de réduire le nombre de fonctionnaires, de magistrats et de députés, de supprimer les doublons administratifs, et de limiter le nombre de conseillers d’État de sept à cinqCassis 1976, p. 70.. Le parti propose aussi de réduire l'imposition sur le commerce, l'industrie et l'agriculture, de supprimer l'impôt sur l'héritage, de réduire l'imposition des veufs ou veuvesCassis 1976, p.150., de s'opposer à une fiscalité élevée pour la classe moyenne, de s'opposer à tout nouvel impôt fédéralCassis 1976, p. 152. et de favoriser la constitution d'une épargne par les ouvriersCassis 1976, p. 151.. L'UDE s'oppose aussi aux « abus du protectionnisme ».
Institutions politiques et citoyenneté L'UDE est opposée à la centralisation fédérale de nouvelles compétences cantonales, mais favorable à un État fédéral fortCassis 1976, p. 74.. Elle souhaite rendre le vote obligatoireCassis 1976, p. 72., instaurer le suffrage familialCassis 1976, p. 149., et restreindre l'éligibilité aux Suisses de naissance ou aux naturalisés nés en Suisse et y ayant séjourné au moins dix ansCassis 1976, p. 73.. Par ailleurs, elle prône la fusion des communes suburbaines de Genève (Eaux-Vives, Plainpalais, Petit-Saconnex et Ville de Genève). Enfin, elle est favorable à la création d'une assurance-vieillesse fondée sur un partenariat avec le privé (l'AVS ne sera créée qu'en 1948)Cassis 1976, p. 64..
Organisation du monde du travail À partir de 1928, les finances publiques allant mieux, l’UDE ajoute à son programme la mise en place d’une organisation corporatiste du monde professionnelCassis 1976, p. 97-98.. Cette organisation corporatiste se traduirait par la création d'une chambre professionnelle, d'un conseil professionnel et d'un tribunal professionnel Cassis 1976, p. 103., composés de délégués élus parmi les syndicats ouvriers, les syndicats des techniciens et les syndicats patronaux. Ces trois organes seraient chargés de l'organisation du monde du travail. En outre, l'UDE est favorable à la mise en place : d'allocations familiales (elles n'existent pas à Genève avant 1945), d'une assurance-chômage (généralisée seulement en 1976), d'une assurance-maladie (généralisée en 1996), d'une assurance accident, d'une assurance décèsCassis 1976, p. 153. et du sursalaire familial dans le cadre de l’organisation professionnelle corporatisteCassis 1976, p. 104-105.. Par ailleurs, les représentants du monde professionnel devraient tous être organisés, au niveau fédéral, au sein d'un Conseil économique consultatif qui participerait à coordonner les activités économiques avec les autorités politiquesCassis 1976, p. 154..
Technocratisme En matière de gouvernance des affaires publiques, l'UDE souhaite faire davantage appel à des expertsCassis 1976, p. 69..
Politique sociétale Le parti souhaite défendre la famille et l'autorité parentale sur l'enfant contre une influence excessive de l'État dans son éducation. Il souhaite en outre appliquer plus strictement la législation sur le divorce, protéger les enfants et adolescents contre « l'immoralité » (notamment les jeux de hasard, certains spectacles, affiches ou livres), et mettre en place des mesures pour lutter contre l'alcoolisme.
Organisation du parti
Organes du parti L'UDE est structurée en cinq organes : le comité directeur, le comité général, l'assemblée généraleCassis 1976, p. 75., le secrétariat et les commissionsCassis 1976, p. 76.. Le comité directeur est chargé de la direction du parti. Le comité général comporte les députés de l'UDE et un nombre égal de membres du parti non députés. C'est le comité général qui nomme le comité directeur et siège dans les commissions du parti. L'assemblée générale se compose des membres et des sympathisants.
En 1925 l'UDE tente, avec peu de succès, de fonder une section de jeunesseCassis 1976, p. 77.. Puis en 1927, elle tente avec peu de succès également, de créer des sections communales et de quartier. Le plus grand sponsor du parti est Martin NaefCassis 1976, p. 80.. Dans ses membres, l'UDE n'a pas seulement des personnes physiques, mais aussi des associations professionnelles, telles que l'Union Commerciale Genevoise, l'Union des Associations Patronales Genevoises ou l'Union des Industries en Métallurgie du Canton de GenèveCassis 1976, p. 138..
Communication du parti L'UDE possède un journal nommé Le Citoyen. À l'origine, il est lancé pour les élections cantonales de 1923Cassis 1976, p. 78., mais dès le il reparaît sur une base hebdomadaireCassis 1976, p. 79.. Le rédacteur en chef en est Julien Lescaze jusqu'en 1931, après cette date c'est Max-Marc Thomas qui le remplaceCassis 1976, p. 133.. Deux autres journaux temporaires seront lancés par le parti, notamment L'Éclair, dont paraîtront douze numéros avant les élections cantonales de 1927.
En 1930, lors des élections cantonales, l'UDE réalise un film de propagande pour lancer sa campagne électorale et illustrer ses réalisations et la politique qu'elle désire mener dans le futurJoseph 1975, p. 30..
Résultats électoraux
Élections fédérales
Conseil national
1925 : l'UDE présente une liste commune avec le PD et le Parti indépendant chrétien-social (ICS) appelée Entente nationale ; ils obtiennent 4 sièges sur 9Cassis 1976, p. 91. et l'UDE Paul Logoz est éluCassis 1976, p. 142., mais pas les deux autres candidats de l'UDE, Martin Naef et Albert PictetCassis 1976, p. 131.. 1928 : l’UDE Paul Logoz est réélu ; après sa démission en 1930 il sera remplacé par David Reclavier. 1931 : en recueillant seulement 5% du vote des électeurs, aucun des candidats présentés par l'UDE n'est éluJoseph 1975, p. 45..
Conseil des États
1925 : participation à une liste commune avec le PD et les ICS. 1928 : liste commune entre l'UDE, le PD, l'ICS et le Parti radical (PR) ; l’UDE Martin Naef est élu.
Élections cantonales
Grand Conseil
1923 : 24 députésCassis 1976, p. 61.. 1927 : 21 députés. 1930 : 15 députésCassis 1976, p. 141.. A noter que les députés UDE déposeront 16 projets loi entre 1924 et 1932(Cassis 1976, p. 146.).
Conseil d’État
1924 : liste commune avec le PD et l'ICS ; l'UDE Guillaume Pictet, leur candidat communCassis 1976, p. 90., est élu, mais pas les deux autres candidats de l'UDE, Edmond Turrettini et Théodore Aubert. 1926 : élection complémentaire pour remplacer Guillaume Pictet (décédé en fonction le Cassis 1976, p. 132.) ; Edmond Turrettini est élu. 1927 : liste commune avec le PD et l'ICS ; les deux candidats de l’UDE, Martin Naef et Edmond Turretini, sont élusCassis 1976, p. 93-94.. 1930 : alliance avec le PR et le PD ; les deux candidats de l’UDE, Martin Naef et Edmond Turrettini, sont réélusCassis 1976, p. 114.. Martin Naef démissionne en 1931 (pour cause de maladieJoseph 1975, p. 44.). 1931 : élection complémentaire pour remplacer Alexandre Moriaud (démissionnaire) ; l'UDE présente Albert Picot.
Élections municipales
Conseil municipal
1927 : dans les communes suburbaines : 19 conseillersCassis 1976, p. 94.. 1931 : en Ville de Genève : 7 conseillers.
Conseil administratif
1927 : Genève : John Albaret et Alphonse Ballansat sont élus. 1927 : Plainpalais : Louis Casaï est élu. 1931 : Ville de Genève : liste commune de l'UDE, du PR, du PD et de l'ICS ; l’UDE John Albaret est rééluCassis 1976, p. 115..
Perte d'influence et fusion En 1931, l'UDE est électoralement affaibli et plusieurs de ses membres partent rejoindre le Parti démocratiqueJoseph 1975, p. 91.. Elle est alors approchée par ce dernier dans le but d'une fusion, soutenue par l'aile gauche de l'UDEJoseph 1975, p. 92., mais le projet échoueCassis 1976, p. 122.. C'est pourquoi, en 1932, elle crée en secret une commission, présidée par William DroinJoseph 1975, p. 95., chargée de négocier, cette fois-ci avec l'Ordre politique national (OPN), un nouveau projet de fusion, soutenu par son aile droite, sous les auspices du journaliste Jean SeitzCassis 1976, p. 124..
Le , l'assemblée générale de l'UDE approuve la fusion avec l'OPN, et, le , dissout le partiCassis 1976, p. 126.. C'est ainsi que naît l'Union nationale (U.N.), dont Le Citoyen devient le journal. La première direction de l'U.N., comporte 7 membres de l'UDE, et notamment William Droin, Auguste Dupont-Lachenal, Bernard Naef, Jean Poncet-Adami, ainsi que 7 membres de l'OPN, dont Oltramare, tandis que la première députation élue de l'U.N. en 1933 comporte une majorité d'anciens de l'UDEJoseph 1975, p. 229..
Si le positionnement politique originel de l'U.N., issu de la fusion, est davantage modéré que celui qu'elle adoptera au fil des années suivantes, au sein de l'U.N., les anciens notables de l'UDE, devenus l'aile modérée du parti, y perdront toutefois progressivement de leur influence. Ainsi, dès 1933, la direction de l'U.N. ne compte plus aucun ancien membre de l'UDE, bien que trois d'entre eux disposent encore d'un droit d'assister aux séances avec voix consultativeJoseph 1975, p. 97.. En , les deux derniers anciens leaders de l'UDE, John Albaret et Edmond Turrerrini, finissent par quitter l'U.N.Joseph 1975, p. 98..
Bibliographie
Cassis Youssef, L'Union de Défense Économique, Presses universitaires romandes, Genève, 1976. Joseph Roger, L'Union nationale, École des sciences sociales et politiques de l'Université de Lausanne & Éditions de la Baconnière, Boudry, 1975.
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