vignette| (1893), tableau de .
Le chemin de fer clandestin. (en anglais américain : ) est un réseau de routes, d'itinéraires et de refuges sûrs utilisé par les esclaves afro-américains fuyant vers la liberté au-delà de la ligne Mason-Dixon et jusqu’au Canada avec l'aide des abolitionnistes qui adhéraient à leur cause. .
Ce terme s'appliquait également à tous ceux qui aidaient les fugitifs : aux abolitionnistes, aux Noirs, aux Blancs, aux personnes libres ou aux esclaves. Plusieurs autres routes permettaient de se rendre au Mexique et à l'étranger. Bien que, dès la fin du jusqu'à la révolution américaine et même quelque temps après, il existât un « chemin de fer clandestin » s'étendant vers le sud en direction de la Floride, qui était alors un territoire espagnol, le réseau aujourd'hui connu sous le nom de Underground Railroad a été formé au début du et, c'est entre 1850 et 1860 qu'il est le plus performant.
D'après , au cours du , environ se seraient échappés grâce au « ».. L'Amérique du Nord britannique, où l'esclavage est interdit, est une destination courante, puisque sa longue frontière offre de nombreux points d'accès. Plus de sont supposées s'y être échappées grâce au réseau pendant la période de pointe qui a duré , bien que les chiffres du recensement américain ne fassent état que de .
Harriet Tubman a œuvré avec les Quakers pendant les années 1850 pour permettre au plus grand nombre d’esclaves de gagner la liberté. Les histoires sur les fugitifs du chemin de fer clandestin sont consignées dans une chronique intitulée « ».
Contexte Même lorsque le chemin de fer clandestin était à son apogée, moins de détenus dans les États esclavagistes réussissaient à s'échapper chaque année (un peu plus de judiciaires enregistrés pour les esclaves en fuite), une quantité beaucoup plus faible que l'accroissement naturel annuel de la population asservie. Malgré un impact économique peu important, l'existence d'un réseau informel visant à aider les esclaves en fuite produisait un impact psychologique considérable sur les propriétaires d'esclaves. Selon le premier Fugitive Slave Act de 1793, le droit de capturer des esclaves en fuite revenait aux fonctionnaires des États esclavagistes d'où ils venaient, ce qui explique que le chemin de fer clandestin prospéra.
Influencé par de fortes pressions politiques, le Compromis de 1850, adopté par le Congrès à la suite de la guerre américano-mexicaine, prévoyait une loi plus stricte. Il demandait toutefois aux fonctionnaires des États abolitionnistes à aider les chasseurs d'esclaves si des fugitifs se trouvaient dans leur juridiction, et garantissait à ces chasseurs l'immunité par rapport aux lois nationales protégeant les esclaves lorsqu'ils exerceraient leur métier dans les États libres.. De plus, les Noirs libres du nord courraient le risque d’être réduits à l'esclavage lorsque ces chasseurs les capturaient, qu'ils aient été libérés auparavant ou qu'ils n'aient jamais été esclaves.. Les esclaves soupçonnés n’ayant pas le droit de se défendre devant les tribunaux, et il leur était difficile de prouver leur statut d'homme libre. La loi corrompait de facto les juges, puisque ceux-ci étaient payés davantage () pour une décision qui forçait un noir américain soupçonné à être réduit à l'esclavage que pour une décision qui lui aurait accordé la liberté ().. Ainsi, de nombreux habitants du nord, qui auraient par ailleurs pu se contenter d'ignorer un esclavage pratiqué loin d’eux, s'irritaient face à la poursuite d’esclaves et de Noirs pratiquée de fait à l'échelle de tous les Etats-Unis, y compris chez eux. Ceci conduisit à l'un des principaux griefs de l'Union dans la guerre de Sécession..
Organisation Structure du mouvement Le réseau permettant de s'échapper n'était pas un chemin de fer, mais il portait ce nom du fait de l'utilisation de la terminologie ferroviaire dans le code. Le chemin de fer clandestin était composé de points de rencontre, de routes secrètes, de moyens de transport, de lieux d'accueil protégés, et d'assistance apportée par les sympathisants abolitionnistes.
Les personnes s'organisaient souvent en petits groupes indépendants afin de garder leur action secrète, car elles connaissaient certaines « gares » de correspondance le long de la route mais ne savaient que peu de détails concernant le reste du réseau. Les esclaves en fuite allaient d'une gare à l'autre lorsqu'ils se rendaient vers le nord. Sur le chemin de fer, les « chefs de train » venaient d'horizons divers : on trouvait parmi eux des Noirs nés libres, des abolitionnistes blancs, d'anciens esclaves (qui s'étaient enfuis ou qui avaient été affranchis), et des Amérindiens. Les Églises également jouaient souvent un rôle, en particulier la Société religieuse des Amis (Quakers), le presbytérianisme, le méthodisme, l’Église congrégationaliste, le baptisme Peter Eisenstadt, The Encyclopedia of New York State, Syracuse University Press, USA, 2005, p. 1601.
Itinéraire
Pour réduire le risque d'infiltration, de nombreuses personnes associées au chemin de fer clandestin ne connaissaient que le rôle qu'elles avaient à jouer dans l'opération mais ignoraient tout du reste. Il y avait les « chefs de train » qui étaient chargés de déplacer les fugitifs de station en station. Le « chef de train » se prétendait parfois lui-même esclave afin de pouvoir accéder à une plantation. Une fois accepté dans celle-ci, il conduisait les fugitifs vers le nord.
Les esclaves voyageaient de nuit, parcourant quinze à trente kilomètres. Ils s'arrêtaient pendant la journée dans des lieux de repos isolés, des granges par exemple, qui avaient pour noms de code « stations » ou « dépôts » et étaient dirigés par des « chefs de gare ». Là ils pouvaient dormir et se restaurer, tandis qu'un message était envoyé à la prochaine station afin d'avertir le chef de gare que les fugitifs étaient en route. Il y avait aussi des hommes nommés « actionnaires » qui apportaient de l'aide en donnant de l'argent ou des fournitures. Les fugitifs utilisaient des termes bibliques parlant respectivement de « la Terre promise » pour évoquer le Canada et du « Jourdain » pour le fleuve Mississippi.
Conditions de voyage Même si les fugitifs voyageaient parfois en bateau ou en train., ils se déplaçaient généralement à pied ou en chariots par groupes de un à trois esclaves. Les itinéraires étaient souvent délibérément indirects pour semer la confusion parmi les poursuivants.
Il y avait parfois des évasions massives comme ce fut le cas lors du . Le voyage était souvent considéré comme particulièrement difficile et dangereux pour les femmes et les enfants, et pourtant bon nombre d'entre eux continuaient à s'échapper. On trouve parmi les « ravisseurs » les plus célèbres et les plus efficaces une femme nommée Harriet Tubman. vignette|upright|Harriet Tubman dans les années 1870. Pour garder le secret, les renseignements sur les itinéraires empruntés et sur les refuges étaient transmis de bouche à oreille. Dans des quotidiens du Sud, on trouvait souvent des pages remplies d'entrefilets sollicitant des renseignements sur les esclaves en fuite et offrant de considérables récompenses pour leur capture et leur retour. Les marshals fédéraux et les chasseurs de primes professionnels connus sous le nom de chasseurs d'esclaves poursuivaient les fugitifs jusqu'à la frontière canadienne..
Le risque ne se limitait pas seulement aux fugitifs. Jugés robustes, les Noirs en bonne santé, dans la force de l'âge pour travailler et se reproduire, étaient considérés et traités comme des marchandises de valeur. Il n'était pas rare que des Noirs libres soient enlevés pour être vendus comme esclaves. Les « Certificats de Liberté », des déclarations signées et notariées, attestant du statut de liberté attribué à un homme noir, pouvaient facilement être détruits, accordant ainsi peu de protection à leurs bénéficiaires.
Selon les termes du de 1850, lorsque des fugitifs suspectés étaient capturés puis amenés devant un magistrat spécial connu sous le nom de commissaire, ils n'avaient pas le droit à un procès avec jury et ne pouvaient témoigner en leur propre nom. En théorie pourtant, ils n'étaient coupables d'aucun crime. Le marshal ou le chasseur d'esclaves privé avait simplement besoin de jurer sur serment pour obtenir un writ de revendication pour la restitution des biens.
Répression Le Congrès, composé essentiellement d'élus provenant du sud en raison de l'intégration des esclaves dans les décomptes de la population totale, avait adopté la Fugitive Slave Law en réponse à la solidarité publique à l'égard des fugitifs et au manque de coopération de la police, des tribunaux et des personnes vivant à l'extérieur du sud profond.
Dans certaines régions du nord, les chasseurs d'esclaves avaient besoin d'être protégés par la police pour exercer leur autorité fédérale. En dépit de leur résistance face aux lois en faveur de l'esclavage, plusieurs États étaient peu enclins à accueillir les Noirs libres. L'Indiana, dont la zone qui longeait le fleuve de l'Ohio était habitée par des sudistes, adopta un amendement constitutionnel interdisant aux Noirs de s'installer dans cet État.
Culture Terminologie Les membres du chemin de fer clandestin utilisaient souvent un jargon spécifique, basé sur la métaphore ferroviaire. Par exemple : les gens qui aidaient les esclaves à trouver le chemin de fer étaient les « agents » (ou « pasteurs ») ; les guides étaient les « chefs de train » ; les Noirs libres ou en fuite, parfois des Blancs, qui aidaient les fugitifs dans leur parcours étaient les « ravisseurs » ; les lieux secrets étaient les « stations » ; les « chefs de gare » cachaient les esclaves chez eux ; les esclaves en fuite étaient appelés les « passagers » ou « cargaison » ; les esclaves obtenaient un « ticket » ; conformément à la connaissance commune des Évangiles, les « roues continuaient de tourner » ; les bienfaiteurs financiers du chemin de fer étaient connus sous le nom d'« actionnaires ». vignette|A Ride for Liberty -- The Fugitive Slaves, tableau de Jonathan Eastman Johnson entre 1860 et 1864. L'astérisme de la Grande Casserole (dont le « bol » est dirigé en direction de l'étoile polaire) était connu sous le nom de « drinking gourd » (gourde ou louche à boire). Le chemin de fer lui-même était appelé le « train de la liberté » ou le « train du gospel », qui se dirigeait vers le « Paradis » ou « La Terre Promise », comme le Canada.
William Still., souvent appelé « le père du chemin de fer clandestin », aida des centaines d'esclaves à s'échapper (jusqu'à 60 par mois), les cachant parfois dans sa maison de Philadelphie. Il garda des récits précis, comme de courtes biographies contenant fréquemment des métaphores ferroviaires. Il entretint une correspondance avec bon nombre d'entre eux, agissant souvent comme un intermédiaire permettant aux esclaves en fuite et ceux restés à l'arrière de communiquer. Il publia ces récits en 1872 dans un livre intitulé .
Selon Still, les messages étaient souvent codés afin que seules les personnes ayant un rôle dans l'opération du chemin de fer puissent les comprendre. Par exemple, le message suivant, , indiquait que quatre adultes et deux enfants étaient dans le train allant de Harrisburg à Philadelphie. Le mot supplémentaire via indiquait lui que les « passagers » n'étaient pas dans le train habituel, mais via Reading, une ville de Pennsylvanie. Dans ce cas, on trompait les autorités dans leur tentative d'intercepter les fugitifs en les faisant se rendre à la station ferroviaire prévue, alors que Still, lui, pouvait les rencontrer à la bonne station et les guider en lieu sûr, d'où ils finissaient par s’échapper en direction du nord ou de l'Amérique du Nord britannique où l'esclavage avait été aboli dans les années 1830.
Folklore