L'histoire de la Banque de France commence lors de la création de la Banque de France sous le Consulat par Napoléon Bonaparte. L'institution, à l'origine privée, connaît de nombreuses évolutions réglementaires, statutaires et opérationnelles au cours des siècles. L'État resserre son contrôle sur l'institution à l'époque du Front populaire à l'instigation de Léon Blum. Elle est nationalisée à la Libération par Charles de Gaulle. Aujourd'hui indépendante du gouvernement, elle opère dans le cadre du système européen de banques centrales.
Sous la Première République
Contexte et genèse (1799-1800) gauche|vignette|Médaille du centenaire de la Banque de France par Oscar Roty. La France ne dispose pas, sous l'Ancien Régime, d'une banque centrale permanente au sens contemporain du terme. Les innovations financières de Law et la Caisse d'escompte jouent, un temps et en partie, ce rôleLe secret de la liberté des banques et de la monnaie, Philippe Nataf, Aux sources du modèle libéral français, 1997. Pendant une courte période, la France dispose d'un système de banque libre sous le Directoire et le Consulat.
Napoléon Bonaparte réfléchit à la création d'une nouvelle institution financière. Sa politique centralisatrice joue en la faveur de la création d'une banque centrale, ainsi que la recherche de financement pour les armées. Il souhaite aussi éliminer la concurrence, pour empêcher l'émission inflationniste de billets de banque et protéger la rentabilité des actions. Il y a, enfin, la volonté de pouvoir procéder à des opérations de sauvetage des caisses de l'État. Il s'agit ainsi de créer un organisme régulateur sur le marché de l'escompte et du loyer de l'argentJules Bertaut, Les Dessous de la finance, Paris, Tallandier, 1954, , et de soutenir une nouvelle monnaie, le Franc Germinal.
Cette volonté politique rencontre une volonté entrepreneuriale. Une lettre des banquiers Le Couteulx, Perregaux, Mallet et Périer, appuyés par le conseiller d'État Crétet, adressée le au ministre des Finances Gaudin, présente le projet d'une Banque de FranceCf. ..
Création (1800) La Banque de France est créée le par un arrêté des Consuls du 24 pluviôse an VIII pour ce groupe de représentants de banques privées, sur le modèle de la banque d'Angleterre.
Si la banque est juridiquement indépendante du pouvoir politique, elle (Blancheton), car ses fondateurs sont proches de Napoléon et demandent le soutien du Trésor pour réunir le capital de la banque. Si Nicolas François Mollien s'y oppose, le Premier consul accepte et s'inscrit, avec sa famille, les Beauharnais et les Murat, parmi les souscripteurs.
La Banque de France est alors une banque d'émission parmi d'autres. Le banquier Claude Périer en rédige les premiers statuts. La Banque de France se présente juridiquement sous la forme d'une société anonyme (société par actions) au capital de de francs, soit nominatives de . Les deux cent plus importants actionnaires (bientôt appelés, de manière polémique, les deux cents familles) étaient représentés par quinze régents et trois censeurs. La réunion des régents formait le conseil général qui élisait dans son sein un comité central composé de trois membres dont le président était de droit président du conseil général. Le comité central était chargé de la direction de l'ensemble des opérations de la Banque.
L'article 5 des statuts précise que la Banque de France ne doit pas favoriser l'inflation et garantir une convertibilité de ses billets avec le métal, car elle doit . La Banque doit émettre des billets payables à vue et au porteur, en contrepartie de l'escompte d'effets de commerce. Assez modeste, n’exerçant son activité qu’à Paris, elle partage alors, avec cinq autres établissementsLa Caisse d'escompte du commerce, le Comptoir commercial, la Banque territoriale, la Factorerie du commerce, la Caisse d'échange des monnaies de Rouen (d'après Louis Bergeron (1978), EHESS)., le rôle d’émettre des billets de banque.
Premières années (1800-1802) gauche|vignette|L'hôtel de Massiac, place des Victoires, premier siège de la Banque de France, jusqu'à son transfert en 1811 dans l'hôtel de Toulouse. vignette|gauche|Le baron Martin Garat (1748-1830), directeur général de l'institution depuis sa création, jusqu'à la mort de l'administrateur. Le , se tient la première assemblée générale des actionnaires de la banque, qui ratifie la nomination d'un « conseil de régence » composé de 15 membres. Sont élus Jean-Frédéric Perregaux, Le Couteulx de Canteleu, Mallet aîné, Georges-Victor Demautort, Claude Perier, Perrée-Duhamel, Jacques-Florent Robillard, Joseph Hugues-Lagarde, Jacques-Rose Récamier, Jean-Pierre Germain, Carié-Bézard, Pierre-Léon Basterrèche, Jean-Auguste Sévène, Alexandre Barrillon et Georges-Antoine Ricard. Le Couteulx de Canteleu en est le premier président, remplacé quelques mois plus tard par Perregaux. Martin Garat est nommé directeur général.
Leurs fauteuils, au nombre de quinze, sont numérotés. Parmi ces quinze premiers régents, certains ne sont pas banquiers mais négociants ou disposant d'une fortune suffisanteCf. Romuald Szramkiewicz, Les Régents et censeurs de la Banque de France nommés sous le Consulat et l'Empire, coll. « Hautes études médiévales et modernes » , Genève, Droz, 1974 .. Les régents sont accompagnés de trois censeurs, dont les premiers sont Guillaume Sabatier, Bernard Journu-Auber et Jean-Michel Soehnée.
L'institution acquiert une clientèle en fusionnant avec la Caisse des comptes courants. En , la Banque de France fusionne avec la Caisse des comptes courants. La Banque est immédiatement requise par l’État pour assurer des missions de service public, parmi lesquels le recouvrement des gains de la Loterie nationale. Ainsi, dès le , le membre fondateur et régent Le Couteulx peut déjà annoncer que si . En août, le Consulat donne à la Banque de France une mission de paiement des rentes et des pensions de retraite au nom de la puissance publique.
Ainsi, si la Banque de France est théoriquement indépendante, son autonomie face au pouvoir est rapidement remise en question. En 1802, le gouvernement exige l'escompte d'obligations qui ne répondent pas aux critères habituels de l'escompte de la Banque ; elle est pourtant contrainte de céder.
Son premier siège est situé dans les anciens bureaux de la Caisse des comptes courants, à l'hôtel de Massiac.
Octroi du privilège d'émission des billets à Paris et première crise (1803) La loi du 24 germinal an XI () restreint le privilège d'émettre des billets payables au porteur et à vue (billets de banque) à la seule Banque de France, en ce qui concerne le territoire de Paris. Cela est une modification radicale du système monétaire français. Depuis sa création, trois ans plus tôt, d'autres établissements financiers pouvaient émettre des billets, à l'image de la Caisse d'escompte du commerce, le Comptoir commercial ou la Factorerie. En octroyant ce privilège, Bonaparte fait le choix d'accorder un monopole à une institution dont il a pu éprouver la stabilité et la capacité à financer sa politique depuis 1800.
En échange de ce monopole, Bonaparte fixe toutefois des obligations à la Banque. Les actionnaires voient leur poids original se réduire ; ils ne peuvent plus dissoudre l'institution par leur vote. Des restrictions sont apportées en matière d'élection des régents et censeurs. Enfin, l’État fixe un plafond au montant des dividendes qu'elle peut distribuer à ses actionnaires, et détermine qu'au-delà, les bénéfices doivent être versés à un fonds spécifique qui permet à l'institution de se porter acquéreur de titres financiers émis par l’État (rentes d’État). Le capital de la Banque de France augmente et est fixé à 45 millions de francs.
La suspension de la paix d'Amiens en 1803 provoque un brusque resserrement du crédit entre entreprises françaises. La Banque de France agit promptement pour inciter les banques à continuer de prêter.
Sous le Premier Empire
Première crise de liquidité (1805) En 1805, la Banque de France doit faire face à une première crise de liquidité. Le Trésor avait escompté des titres de dette publique française auprès d'une entreprise, la Compagnie des négociations réunis, dont la situation financière était fragile du fait d'emprunts toxiques qu'elle a réalisés auprès de l'Espagne ; or, cette même Compagnie se tourne vers la Banque pour faire escompter les titres de dette publique française que le Trésor lui a confiés. La Banque de France accepte de refinancer indirectement le Trésor en escomptant les titres : elle distribue des billets contre ces actifs.
Un décalage s'accroît entre le nombre de billets en circulation et la valeur détenue par la Banque de France dans son portefeuille. Cela la contraint, en , pour maintenir son équilibre financier, à réduire son activité d'escompte auprès du secteur privé de moitié. Une panique bancaire s'installe. Cette panique est d'autant plus forte que la Banque de France ne dispose pas d'assez de métaux pour couvrir ses engagements (billets) auprès de la population. En , la Banque de France dispose de 1,2 million de francs de numéraires, contre des dépôts de particuliers qui peuvent exiger la conversion de 8 millions de francs. Le Trésor est obligé de refinancer la Banque de France, et seule la bataille d'Austerlitz permet de renflouer l'institution grâce à un virement du Trésor.
Deuxième réforme du statut (1806-1808) L'épisode de la première crise de liquidité a témoigné de ce que le crédit accordé par la place financière à la Banque de France était déjà lié au crédit accordé à la puissance publique. Napoléon décide dès lors de mener une réforme de la banque centrale afin de raffermir le rôle de l’État en son sein. Il déclare devant le Conseil d'État, le : . Conscient toutefois de ce que le financement direct des déficits par la banque centrale conduirait à l'inflation et à la ruine, il assure : .
Cela amène Napoléon à mettre en place une réforme par la loi du . La banque, annonce l'exposé des motifs, est un établissement public, et doit user de son privilège dans l’intérêt commun du gouvernement, des citoyens et des actionnaires : « La propriété de la banque est à l'État et au gouvernement autant qu'aux actionnaires ». La direction des affaires de la banque est confiée à un gouverneur, assisté de deux sous-gouverneurs nommés par l'État, et non plus à un comité central d'actionnaires. C'est le gouverneur qui doit valider toute opération d'escompte. Il doit lui-même être propriétaire d'actions de la banque. En échange, le privilège de la Banque est prolongé de vingt-cinq ans, et son capital est porté de 45 à de francs. De plus, comme le souligne Blancheton, sont mises en place des revenant aux actionnaires.
La Banque de France rend plusieurs services au Trésor, parmi lesquels la gestion des comptes du Trésor.
Le premier gouverneur de la Banque de France est nommé le ; il s'agit d'Emmanuel Crétet. Il est remplacé le par François Jaubert. Cette période marque la prise de contrôle de l'institution par le régime. Napoléon décide parfois lui-même de la fixation du taux d'escompte, comme c'est le cas en , où le taux passe de 6 % à 5 % à l'issue d'une lettre envoyée au ministre des Finances, Martin Gaudin.
Deux ans plus tard, le , un décret impérial promulgue les « statuts fondamentaux » qui devaient régir jusqu'en 1936 les opérations de la banque. Cette année-là, la Banque réalise un bénéfice net de 6,5 millions de francs.
Déménagement à l'hôtel de Toulouse (1811) En 1811, la Banque de France installe son siège dans l'hôtel de Toulouse, ancien hôtel particulier du comte de Toulouse, Louis-Alexandre de Bourbon. Situé rue de la Vrillière, dans le de Paris, le bâtiment est d'une taille plus grande et marque l'affirmation de la Banque. L'accueil du public se faisant aujourd'hui au 31, alt=|vignette|221x221px|Entrée de l'hôtel de Toulouse par la rue de la Vrillière, gravure de Miss Byrne, 1829.rue Croix-des-Petits-Champs.
Premier développement du réseau (1806-1814)