Le Sapajou du Panama (Cebus imitator) est une espèce de singes capucins d'Amérique centrale. Assimilé jusqu'en 2012 à une sous-espèce du Capucin moine (Cebus capucinus), auquel il ressemble physiquement, il a été reconnu comme espèce à part entière grâce aux progrès de la génétique. Signalé à Bélize, au Costa Rica, au Honduras, au Nicaragua, et à l'Est du Panama, il vit en bandes matrilinéaires dans toutes sortes de forêts, y compris des forêts connaissant de longues périodes de sécheresse, ou des mangroves, se nourrissant majoritairement (mais pas exclusivement) de fruits.

Son comportement social a fait l'objet de multiples études par les éthologues, lesquelles ont été rattachées, à tort, à l'espèce parente Cebus capucinus. On sait ainsi que les mâles se dispersent à deux reprises dans leur existence, en compagnie d'individus apparentés, une première fois, avant leur maturité sexuelle. Il arrive également que des groupes se fissurent. Jusqu'à la fin des années 2010, les primatologues pensaient que ce singe n'utilisait qu'exceptionnellement des outils dans son milieu naturel, malgré leur intelligence et leur aptitude à la manipulation. Une étude menée en 2017, sur l'Ile Coiba, semble toutefois démontrer le contraire chez cette population insulaire.

L'espèce est considérée comme vulnérable par l'UICN depuis 2020, du fait de la destruction de son habitat, de la chasse, des dégâts qu'elle occasionne aux cultures et de sa capture en vue d'en faire des animaux de compagnie. Ce capucin apparaît comme animal de compagnie dans les séries Pirates des caraïbes et Friends. Il a également figuré sur les billets de banque du Costa Rica émis entre 2009 et 2012.

Dénomination L'UICN utilise le nom vernaculaire de Sapajou du Panama, bien qu'il se s'agisse pas d'un Sapajus mais bien d'un Cebinae. Les auteurs anglo-saxons parlent depuis 2012 de .

Le nom scientifique officiel de cette espèce est Cebus imitator, mais on le trouve parfois dans des articles sous la dénomination de Cebus capucinus imitator. Pour l'UICN et le GBIF, Cebus limitaneus est un synonyme.

Taxonomie Le Sapajou du Panama est un membre de la famille des Cébidés, une famille des singes d'Amérique qui comprend les capucins, les sapajou robustes et les singes écureuils. Jusqu'au , il est considéré comme une sous-espèce du Capucin moine (Cebus capucinus). Des études génomiques publiées en 2012 lui donne le rend d'espèce à part entière, distincte de son homologue d'Amérique du Sud.

Description Avec Cebus capucinus, le sapajou du Panama la seule espèce de capucin dont la fourrure est noire sur le corps, les jambes et la queue. La coloration noire s’étend jusqu’à l’arrière de la tête en formant un calot. Son pelage se distingue également par une coloration blanche de la tête, la gorge, les épaules et le haut des bras. Le visage est généralement rose et la quantité de fourrure blanche qui le recouvre est variable selon les classes d’âge et de sexe. La longueur corporelle d’un individu adulte se situe entre 33,5 à et sa queue mesure entre 35 et . Les femelles adultes de cette espèce présentent des touffes de poils bruns ou gris sur le front, ce qui permet de les distinguer des femelles des capucins moines.

Le dimorphisme sexuel est peu prononcé. Les femelles pèsent en moyenne alors que les mâles atteignent un poids moyen de Ford, S. M. 1994. Evolution of sexual dimorphism in body weight in platyrrhines. American Journal of Primatology 34, 221-244.. Le capucin moine se déplace sur ses quatre pattes et adopte à l'occasion la bipédie Freese, C. H. and Oppenheimer, J. R. 1981. The capuchin monkey, genus Cebus. In Coimbra-Filho A. F., Mttermeier R. A. (Eds), Ecology and Behavior of Neotropical Primates, vol 1, 331-390. Academia Brasileira de Ciências, Rio de Janeiro.. Sa main est préhensile et son pouce pseudo-opposableNapier, J. R. and Napier, P. H. 1967. A handbook of the living primates: Morphology, ecology, and behaviour of nonhuman primates. J. R. Napier and P. H. Napier (Eds), pp. 87-93. Academic Press, London..

Reproduction Comportement reproducteur Le statut reproducteur des femelles n’est pas visible : où il n’existe pas de changement de couleur ou de morphologie au moment de l’œstrus. Les comportements proceptifs sont également rares chez cette espèceManson, J. H., Perry, S. and Parish, A. R. 1997. Nonconceptive sexual behavior in bonobos and capuchins. International Journal of Primatology 18, 767-786.. Les éthologues ont cependant observé des échanges de regards et des inclinaisons de la tête réciproques ainsi que d’autres comportements tels que les « sniffing urine » ou encore les « duckface », les « pirouettes » et les « looking between legs » juste avant la copulation. Les montes sexuelles sont peu révélatrices de la hiérarchie des mâles puisque, dans cette espèce, tous les mâles semblent avoir accès aux femelles. Il n’y a pas de consort apparent bien que le mâle alpha soit le père de la majorité des jeunes.

Gestation La gestation dure entre 157 et 167 jours. Les femelles donnent naissance pour la première fois vers l’âge de 7 ans et l’intervalle moyen entre deux naissances est de 26,4 moisFedigan, L.M. and Rose, L.M. 1995. Interbirth interval variation in three sympatric species of neotropical monkey. American Journal of Primatology 37, 9-24.. Les mâles deviennent potentiellement reproducteurs vers l’âge de 6 ans, bien que de nombreux auteurs considèrent la maturité sexuelle à plus de 7 ans chez cette espèce. De plus Jack et Fedigan soulignent que 10 années peuvent être nécessaires pour que les mâles atteignent leur maturité physique.

Natalité Il n’existe pas de saisonnalité des naissances chez le capucin moine mais, il existe cependant un pic de natalité pendant la saison sèche.

Longévité Le record actuel de longévité en captivité est de presque 54 annéesHakeem, A., Sandoval, R. G., Jones, M. and Allman, J. 1996. Brain and life span in primates. In Handbook of the Psychology of Aging (Fourth Edition), ed. J. E. Birren and K. W. Schaie, pp. 78-104. San Diego: Academic Press.. Cependant, la durée de vie moyenne, en captivité, dans de bonnes conditions est de 44 ans. Des études génomiques publiée en 2021, menées par une équipe anglo-canadienne, attribuent cette longévité à des facteurs génétiques.

Les données de longévité sur les capucins en milieu naturel sont rares ou inexistantes mais les auteurs s’accordent pour affirmer (à l’instar de nombreuses espèces de vertébrés) que la durée de vie, dans la nature, est inférieure à celle observée en captivitéFragaszy, D. Visalberghi, E. and Fedigan, L. M. 2004. The Complete Capuchin. Cambridge University Press, Cambridge.

Habitat La répartition de Cebus imitator est étagée du niveau de la mer jusqu’à 1 800 mètres d’altitude. Le sapajou du Panama occupe pratiquement tous les types de forêt néotropicale d'Amérique . Il se trouve dans les forêts tropicales humides et sèches, les forêts inondées, les forêts de mangrove, ainsi que dans les forêts sèches à feuilles caduques où la saison sèche dure 5 à 6 mois par an. Une étude de 2021 a décelé, chez ces individus des forêts sèches, des gènes liés à la résilience contre l'hypertension, l'insuffisance rénale et la fonte musculaire : il s'agirait d'une adaptation de ces populations aux pénuries saisonnières d'eau et de nourriture.

Distribution géographique alt=carte de l'Amérique du Sud et de l'Amérique centrale présentant la répartition entre les deux espèces du complexe C. capucinus et C. imitator.|vignette|En bleu : Cebus imitator, en rouge, l'espèce Cebus capucinus. Sa distribution géographique s’étend au Honduras et à Belize en passant le Costa Rica ainsi que le Nicaragua, jusqu'à la rive Nord du canal de Panama. Il existe également sur les îles de Coiba et de Jicaron, au large de Panama.

Socioécologie du sapajou du Panama

Utilisation de l’espace

Exploitation du domaine vital Un groupe de sapajou du Panama occupe un domaine vital d’ environ. L.M. Rose a décrit que des groupes plus importants, avec un plus grand nombre de mâles adultes, occupent des territoires plus vastes que des groupes de plus petite taille. Oppenheimer et Buckley qualifient l'espèce de , alors que Mitchell les considère comme plus xénophobes que territoriaux dans le sens où ils interagissent de manière agressive quel que soit le lieu et le moment de la rencontre avec d’autres groupes, plutôt que de défendre activement leur territoire. L’espèce Cebus imitator occupe son domaine vital de manière relativement homogène. Les groupes se déplacent d’un site de nourriture à un autre sans se focaliser sur un arbre particulier et ne restent jamais très longtemps au même endroit. Cependant, pendant la saison sèche, ils sont plus fréquemment observés fourrageant près des points d’eau qui deviennent un facteur déterminant l’occupation de leur territoire. Dès que les pluies reviennent, ils agrandissent très rapidement leur espace vital et accroissent la longueur de leurs déplacements.

Distribution spatiale des individus au niveau du groupe La position d’un individu au sein de son groupe social peut influencer son succès de fourragement aussi bien que sa vulnérabilité aux prédateurs. La meilleure position pour le fourragement est l’avant du groupe alors que la position la plus sûre pour échapper à la prédation est le centre du groupe. Hall et Fedigan ont montré qu’en accord avec ces contraintes, les individus dominants se positionnent la plupart du temps à l’avant-centre du groupe, les enfants et les juvéniles sont plus au centre du groupe alors que les subordonnés se trouvent souvent à la périphérie du groupe. D’autre part, les individus semblent adapter leur dispersion en fonction de la taille et de la qualité du site exploité. Les capucins moines ont en effet tendance à fourrager seuls dans les petits arbres mais se répartissent en sous-groupes dans des arbres de taille moyenne et ne forment plus qu’un groupe dans des arbres de grande taille.

Cartes mentales et mémoire spatiale Réputée pour son intelligence, cette espèce est capable de cartographier mentalement l’emplacement de leurs sources de nourriture, ainsi que le moment des disponibilités de ces ressources. Garber et Paciulli ont mis en évidence qu’ils se servent plus de leur perception spatiale (carte mentale) que de la perception visuelle ou olfactive directe, pour rechercher de la nourriture. Cependant, ils peuvent associer certains indices visuels à des ressources et semblent discriminer différentes quantités de nourriture. De plus, ils possèdent des capacités d’apprentissage rapides et très flexibles. Ces auteurs ont ainsi montré que ce singe, à l’instar d’autres espèces de primates et particulièrement des grands singes, utilisent majoritairement des informations spatiales globales dans le contexte de recherche alimentaire.

Utilisation du temps