Le racisme au Québec désigne les attitudes, jugements et actions discriminatoires fondés sur la race, l'ethnicité ou la nationalité qui ont été documentés au Québec (Canada). L'historiographie sur le sujet distingue généralement les périodes coloniale (sous la Nouvelle-France et le régime britannique) et contemporaine, et fait l'objet de débats portant notamment sur la distinction entre racisme, discrimination linguistique, discrimination religieuse et tensions interculturelles, qui ne recouvrent pas exactement les mêmes réalités juridiques et sociologiques.
Sur le plan historique, le racisme au Québec est associé à l'esclavage pratiqué en Nouvelle-France puis sous le régime britannique, ainsi qu'au système des pensionnats pour Autochtones, que la Commission de vérité et réconciliation a qualifié de « génocide culturel ». À l'époque contemporaine, la recherche universitaire et les institutions publiques documentent des formes de discrimination systémique : discrimination à l'embauche mesurée par « testing », profilage racial dans les interpellations policières et inégalités dans les systèmes de santé et de justice, la Commission Viens (2019) ayant conclu à une discrimination systémique envers les Autochtones dans les services publics québécois.
Plusieurs affaires et débats ont marqué l'espace public, parmi lesquels la mort de Joyce Echaquan en 2020, les controverses entourant la loi 21 et son rapport à l'islamophobie, ainsi que des situations vécues par les communautés noires et latino-américaines. La reconnaissance du caractère « systémique » du racisme demeure un clivage politique majeur, le gouvernement provincial reconnaissant l'existence d'actes racistes individuels tout en en contestant la dimension systémique.
Définition et démarcation L'usage du terme « racisme » pour désigner l'ensemble des phénomènes documentés dans le présent article fait l'objet de débats académiques. La sociologue Solange Lefebvre ainsi que les philosophes Jocelyn Maclure et Charles Taylor rappellent que la discrimination linguistique, la discrimination religieuse et le racisme entendu comme hostilité ethnique ou raciale ne se confondent pas sur le plan juridique ni conceptuel, même lorsque leurs effets se recoupent, par exemple lorsque l'origine ethnique d'une population coïncide statistiquement avec sa langue maternelle ou sa religion. Le présent article retient une acception large couvrant les phénomènes que les sciences sociales et les institutions publiques québécoises ont qualifiés de discriminations à composante raciale, ethnique ou racisée ; les débats sur le périmètre de cette qualification sont traités dans chaque section.
Histoire left|thumbnail|Jeunes femmes Slavey, fleuve Mackenzie, Territoires du Nord-Ouest.
D'après Pierre Nepveu, le racisme au Québec se manifeste historiquement dans des contextes concrets liés au travail, au logement et aux interventions policières. Aux et au début du , il s'exprime parfois sous la forme de théories ouvertement racialistes ; les formes contemporaines sont, selon Nepveu, plus subtiles et plus rarement assumées.
Dans le contexte historique canadien, l'identité des Métis a été interprétée de diverses manières par rapport à l'identité québécoise. À certaines époques, il y avait une tendance à lier l'histoire des Métis à l'identité québécoise, présentant les Métis dans le cadre de l'expérience québécoise.
Louis Riel, figure centrale de l'histoire des Métis, a souvent été représenté dans des contextes mettant en lumière les tensions entre le Canada anglophone et la communauté francophone, plutôt que de se concentrer exclusivement sur l'expérience et la culture métisses.
Le repli identitaire des Québécois francophones peut être vu comme la base d'un certain ethnocentrisme. Visant à maintenir l'homogénéité du groupe, cela signifie que les nouveaux arrivants sont confrontés à un choix binaire : s'assimiler ou être exclu. Pendant longtemps, l'immigration au Québec a été perçue comme une stratégie démographique du groupe anglo-saxon dominant pour souligner le statut minoritaire des francophones. Toujours selon Icart, le Québec moderne se distinguerait par le fait que le racisme n'y pénètre pas la vie politique au point de se cristalliser en idéologie portée par un parti ; les expressions d'intolérance et de rejet, sans être négligeables, y resteraient dispersées. S'appuyant sur la typologie de Michel Wieviorka, Icart qualifie le racisme québécois de « racisme dispersé », qui prend tantôt la forme d'un « infraracisme » diffus (de simples préjugés plus que des attitudes ouvertement racistes), tantôt celle d'expressions plus affirmées dans la vie sociale et l'espace public.
Selon Icart, les groupes ouvertement racistes ont été moins nombreux et moins organisés au Québec qu'ailleurs au Canada ; ils étaient particulièrement actifs pendant la récession de 1980-1995, et il relève la présence de certains de leurs membres au sein de formations politiques établies.
En 1960, la perception de l'identité canadienne-française a changé, et en conséquence, une identité québécoise plus définie est apparue. Durant cette période de redéfinition, certaines identités, dont celles des anglophones et des peuples autochtones, n'ont pas toujours été abordées de manière proéminente dans les discussions publiques.
Colonialisme thumb|"Commerçant de fourrures métis (indien et français)" vers 1870. Société historique du Minnesota location No. HD2.3 r7 Negative No. 10222 L'historien Marcel Trudel documente la présence d'esclavage en Nouvelle-France dès le ; l'esclavage y a touché environ , dont environ deux tiers d'autochtones (parfois désignés sous le nom de Panis) et un tiers d'Africains et leurs descendants. Sous le régime britannique, des Loyalistes arrivés à la suite de la révolution américaine amènent en outre des esclaves noirs. Marie-Joseph Angélique, esclave noire de Nouvelle-France, est condamnée à mort en 1734 pour avoir mis le feu à la maison de sa maîtresse ; l'incendie détruit alors une grande partie du quartier marchand de Montréal et de l'Hôtel-Dieu. À partir d'un important travail d'archives, l'historien Frank Mackey a documenté la condition des Noirs de Montréal et leur passage de l'esclavage à la liberté entre 1760 et 1840.
La Loi sur les Indiens de 1876, qui établit les réserves et le régime juridique fédéral applicable aux Premières Nations, est analysée par Pierre Lepage dans l'ouvrage de référence publié par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse comme un dispositif structurant les relations entre l'État canadien et les peuples autochtones sur des bases coloniales et tutélaires. Cette interprétation est également défendue dans l'historiographie canadienne récente sur les pensionnats et la juridiction fédérale. Au Québec, plusieurs organisations autochtones soutiennent que l'État canadien n'a pas reconnu de manière effective leur droit à l'autodétermination.
Le tableau ci-dessous recense, d'après Maryse Potvin, des événements et politiques liés aux relations interethniques, au racisme et à l'immigration au Québec et au Canada de 1701 à 2009.
Année(s) Politiques interethniques, racisme et immigration au Québec et au Canada 1709 La possession d'esclaves est approuvée en Nouvelle-France à la suite d'une directive de l'Intendant Raudot. Bien que le début du ait vu cette pratique sous le Code Noir (mis en œuvre par la France en 1685), elle a persisté au Québec sous le régime britannique jusqu'en 1833. 1759 La prise de Québec voit les Britanniques gouverner une population française les dépassant cinq à un. 1839 Lord Durham suggère dans son examen des affaires nord-américaines britanniques que l'augmentation de la migration britannique au Canada accélérerait le processus d'assimilation culturelle et linguistique des Canadiens français dans la majorité. 1880-5 Les règles migratoires du Canada commencent à limiter les Asiatiques (principalement les Chinois et les Japonais) en fixant des quotas, en imposant des taxes et, plus tard, en les interdisant complètement (comme on le voit avec la législation de 1908 affectant les immigrants japonais et la Loi sur l'immigration chinoise de 1923). 1939-45 Alors que la Seconde Guerre mondiale fait rage, le Canada repousse de nombreux Juifs fuyant les horreurs du nazisme. Après l'entrée du Japon dans le conflit, les Canadiens d'origine japonaise sont internés dans des camps de travail ou expulsés, et leurs biens sont saisis. 1946–61 Une arrivée notable d'immigrants d'Italie et de Grande-Bretagne au Québec. 1947 La première Loi sur la citoyenneté fédérale confère la désignation de Citoyen canadien, bien qu'elle mette toujours l'accent sur l'identité nationale basée sur l'ethnie et l'importance de la cohérence culturelle. 1956 Un système de préférence mandaté par le fédéral pour les ethnies immigrantes émerge. La priorité est donnée aux immigrants du Commonwealth et de l'Europe du Nord, suivis d'un classement d'autres régions, l'Asie et l'Afrique recevant la moindre préférence. 1962 Les politiques mises à jour abolissent le traitement préférentiel pour les candidats de Grande-Bretagne, de France ou des États-Unis, mettant plutôt l'accent sur le niveau d'éducation, les perspectives d'emploi et les qualifications professionnelles. 1967 Toutes les politiques d'immigration discriminatoires sont éradiquées. 1968 La crise de Saint-Léonard se produit lorsqu'un conseil scolaire de la banlieue de Montréal décide de remplacer les classes bilingues par un enseignement uniquement en français. Cette année marque également la création du premier ministère de l'Immigration du Québec (MIQ). 1971 Le Canada donne son aval à sa politique du multiculturalisme. 1975 Le Québec consacre la Charte des droits et libertés de la personne, plaçant les droits fondamentaux des citoyens au-dessus des autres lois. 1977 La Charte de la langue française (Loi 101) est adoptée, liant l'intégration des immigrants à la langue publique prédominante de la province. 1982 La Charte canadienne des droits et libertés est incorporée à la Constitution canadienne, le multiculturalisme étant un élément clé. 1986 La Loi fédérale sur l'équité en matière d'emploi entre en vigueur, introduisant le terme et obligeant les entreprises réglementées par le fédéral à assurer l'équité pour des groupes spécifiques, y compris les femmes, les minorités visibles et les communautés autochtones. 1988 La Loi canadienne sur le multiculturalisme est adoptée. 1990 L'Accord Gagnon-Tremblay–McDougall donne au Québec des droits exclusifs sur l'assimilation et la sélection des immigrants . De plus, le Québec adopte la Déclaration sur la politique d'immigration et d'intégration, mise à jour en 2004. Cette année voit également la crise d'Oka, un bras de fer de trois mois impliquant la nation mohawk et les gouvernements du Québec et du Canada concernant les droits fonciers. 2005 Le est approuvé par le fédéral. 2006-2008 L'ère des commence. Le 8 février 2007, la Commission Bouchard-Taylor est inaugurée et publie son rapport final le 19 mai 2008. Octobre 2008 Le Québec dévoile la politique , visant à garantir la participation de tous les citoyens à la croissance du Québec en luttant contre la discrimination sur plusieurs fronts. Septembre 2009 Le projet de loi 16, promouvant une action administrative en matière de diversité culturelle, est présenté mais rencontre immédiatement une opposition. Source : Université de Montréal
Écoles résidentielles au Québec aux
right|thumbnail|L'école indienne Qu'Appelle à Lebret, Assiniboia, Territoires du Nord-Ouest, vers 1885.