Les Namnètes, en latin NamnetesNamnetes est le nominatif pluriel d'un mot de troisième déclinaison (le génitif pluriel est donc Namnetum)., sont, au cours de l'Antiquité, un peuple celte de l'ouest de la Gaule préromaine puis romaine, dont le territoire correspond à la partie nord de l'actuel département de la Loire-Atlantique.

Mentionnés seulement au moment de la conquête de la Gaule chevelue par Jules César, ils sont cependant présents en Gaule au moins depuis le avant notre ère et constituent à l'époque romaine une des soixanteEnviron. cités des Trois GaulesGaule lyonnaise (chef-lieu : Lyon) ; Gaule aquitaine (Saintes, puis Bordeaux) ; Gaule belgique (Reims)., faisant partie de la province de Lyonnaise à partir du règne d'Auguste et de la province de Lyonnaise troisième (chef-lieu : Tours) à partir du règne de Constantin (). À l'époque romaine, leur territoire est délimité par la Loire, les territoires au sud de ce fleuve ayant été attribués par Rome à la cité des Pictons (chef-lieu : Poitiers), qui contrôle en particulier le port de Rezé (Ratiatum).

Le chef-lieu des Namnètes, appelé Condevincum en gaulois latinisé, mais aussi Portus Namnetum (« Port des Namnètes »), devient à partir du le siège d'un diocèse chrétien. La ville de Condevincum reçoit le nom des Namnètes à la fin de l'Antiquité, devenant Namnetes, puis « Nantes »<ref>Nante en gallo et poitevin, 'Naoned en breton. Cas analogue dans nombre d'autres cités : Lutetia, chef-lieu des Parisii, devient Paris ; Limonum (Pictons), Poitiers ; Dorioritum (Vénètes), Vannes ; etc.</ref>. Les autres localités de la cité des Namnètes (notamment Blain, au nord de Nantes), sont connues grâce à des traces archéologiques, dont aucune n'indique leurs noms antiques.

Peuple mineur dans la Gaule indépendanteD'autant plus qu'il est éloigné de la Gaule narbonnaise, conquise dès 120 avant notre ère. Avant la conquête, les Romains connaissent principalement les Arvernes et les Éduens. Après la conquête, nombre de cités de Gaule romaine sont plus importantes que celle des Namnètes. comme dans l'Empire romain, les Namnètes ont suscité peu d'intérêt chez les auteurs romains ou grecs. Par ailleurs, les vestiges archéologiques sont modestes, notamment à Nantes, entièrement construite sur la ville antique.

Sources concernant les Namnètes thumb|Une édition de 1783 de la Guerre des Gaules de Jules César : Première mention explicite de Namnètes

Textes littéraires Auteurs de langue latine La plus ancienne mention connue des Namnètes se trouve dans le livre de Jules César, la Guerre des Gaules, écrit vers -50III, 9. César mentionne simplement leur nom parmi ceux de différents peuples gaulois appelés à l'aide par les Vénètes en -56 : « sibi ad bellum adciscunt Lexovios, Ambiliatos, Namnetes, Menapios... » (« ils appellent à l'aide pour la guerre les Lexoviens, les Ambilatres, les Namnètes, les Ménapiens... »)Namnetes est ici un accusatif pluriel, en l'occurrence identique au nominatif..

Les Namnètes sont aussi mentionnés par Pline l’Ancien (vers 70)Histoire naturelle, IV, 32.

Auteurs de langue grecque : Namnitoi et Samnitoi Les Namnètes sont mentionnés expressément par Strabon au début du )Géographie, IV, 2 (lire en ligne) ; IV, 4 (lire en ligne)., Ptolémée au Géographie, II, 8. et Dion Cassius vers 230Histoire romaine, XXXIX, 40-43.

Strabon évoque non seulement les Namnètes (Namnitoi)...

...mais une autre population qu'il situe à proximité de l'estuaire de la Loire et appelle Samnites (Samnitoi). Sur ce point, il reprend un auteur plus ancien, Posidonios (vers 135-51 avant notre ère) :

Amédée Tardieu, dans ses notes sur sa traduction de Strabon, souligne d'une part que le nom de Corbilon n'est connu que par ce passage de StrabonSur ce sujet, Amédée Tardieu renvoie à la conjecture de M. Müller : Ind. var. lect., p. 963, col. l, 42. D'une autre, il estime que la situation de cette île en face de l'embouchure de la Loire paraît une preuve décisive en faveur de la correction « Ναμνητῶν » proposée par Thomas Tyrwhitt, agréée par Johann Philipp Siebenkees et Coray. Parlant ici d'un peuple de la Bretagne, des Samnites, qu'il n'avait pas encore nommés, Strabon aurait vraisemblablement accompagné leur nom d'une indication quelconqueÀ ce propos, Amédée Tardieu renvoie à la note très intéressante de Kramer et celle qu'y a ajoutée M. Müller, lnd. var, lect., p. 964, col. 2, l. 55.

Cette « île des femmes » en rappelle quelques autres. D'abord, celle dont parle Marco Polo dans Le Devisement du monde (publié en 1298). Et aussi celle décrite par Gutierre Díez de Games dans El Victorial (essentiellement composé en 1436), qu'il situe près de Belle-Île-en-MerGutierre Díez de Games, El Victorial, chapitre XXX (lire en ligne, p. 271)..

Ptolémée parle aussi des Samnites, situés selon lui au sud des Vénètes, tandis qu'il situe les Namnètes dans une région plus à l'est. Ptolémée reprend ici un autre auteur antérieur, Artémidore.

Mentions tardives On trouve encore des références aux Namnètes après la fin de l'Empire romain d'Occident (476), à l’époque mérovingienne, notamment chez Grégoire de Tours, qui désigne Nantes par la périphrase « Namnetica urbs »Histoire des Francs, V, 33. (« la ville namnète »).

Textes officiels On a aussi quelques références textuelles non littéraires, notamment dans la Table de Peutinger : « portunamnetu », abréviation pour Portus Namnetum ; (peut-être) la Notitia dignitatum (début ) « praefectus militum superventorum MannatiasCommandant des soldats de réserve de Nantes. Mannatias est considéré comme une déformation du mot correspondant à « Nantes ».. Il faut invoquer une erreur du copiste pour rapprocher Mannatias de Namnetis » la Notitia Galliarum (début V) : « civitas Namnetum ».

Inscriptions La stèle funéraire de Worms (vers 40) La plus ancienne inscriptionCIL, XIII, 6230p. 55 à 60, qui date des années 30 de notre ère, a été trouvée à Worms en 1666 à l'occasion de travaux de réfection des remparts. Au de notre ère, Worms s'appelle Augusta Vangionum, ville de la province de Germanie inférieure (chef-lieu : Cologne).

Cette inscription se trouve sur la stèle funéraire d’un Namnète engagé comme cavalier auxiliaire dans l’armée romaine, mort entre 30 et 40L'original de la stèle se trouve au musée de Worms ; une copie se trouve au musée Dobrée à Nantes. L'inscription (majuscules) complètement développée (minuscules) énonce : ARGIOTALVS/SMERTVLITANI/Filius, NAMNIS, EQVes/ALAe INDIANAEL'adjectif Indiana fait référence au premier commandant du corps, le trévire Julius Indus./STIPendiorum X, ANNOrum/XXX, Hic Situs Est/hEREDES POSVE/RUNT, c'est-à-dire « Argiotalus, fils de Smertulitanus, Namnète, cavalier de l'aile Indienne, de solde, , se trouve ici. Ses héritiers ont mis (cette stèle en place) »p. 59..

LAla indiana est une unité relevant de la Legio XIV Gemina, basée à Mayence (Mogontiacum). On sait que cette légion est intervenue contre les Andécaves lors de la révolte de Julius Sacrovir ; il est donc possible qu'Argiotalus s'y soit engagé à ce moment, vers 20, soit à titre personnel, soit au titre de la cité des Namnètes. On sait aussi que cette légion a été transférée en Bretagne en 43Actuelle Grande-Bretagne.

Argiotalus, inhumé à Worms, est donc mort au plus tôt en 30, puisqu'il a effectué dix ansTotal insuffisant pour qu'il ait obtenu la citoyenneté romaine, celle-ci étant accordée au terme de de service militaire. de service, au plus tard en 43, avant le transfert de la légionP. 61 et 62..

La stèle de Dampierre-les-Églises (Haute-Vienne)

Une autre stèle funéraire de Namnète a été , dans la Haute-Vienne.

Autres

Les stèles funéraires trouvées à Nantes ou aux alentours ne font pas référence à la cité des Namnètes, qui est impliciteSeuls les étrangers à la cité font mention de leur cité d’origine, c'est pourquoi on connait l'origine du soldat mort à Worms..

en revanche peuvent inclure le mot Namnetis, souvent sous forme abrégéeL'abréviation et le sigle sont courants chez les Romains : cf. SPQR, INRI, IOM. , en particulier la mention « CN » pour CIVITAS NAMNETUM.

Numismatique

Les pièces de monnaie namnètes antérieures à la conquête romaine sont dépourvues de texte.

Les pièces faisant référence aux Namnètes sont tardives, notamment d’époque mérovingienne, mais il s’agit probablement à ce moment de « Nantes » et non plus des Namnètes : NTS, NAMETIU, NAMNI, NAMNETI, NAMNETISp. 70.

Alignement mégalithique du Pilier

L'alignement du Pilier, situé dans l'actuelle commune du Gâvre, à 40 km au nord de Nantes et à quelques kilomètres de la Vilaine, .

Environ ont été identifiées sur plus d’un kilomètre de long. Des travaux de dégagement des blocs et une fouille partielle du site ont eu lieu en 2008...

Le nom des Namnètes thumb|Les Namnètes, un des peuples du nord-ouest de la Gaule.

Origines

Étymologie

Morphologie On ne connaît pas la forme celtique du nom des Namnètes. Les auteurs de langue grecque écrivent, au pluriel (nominatif/génitif) : Namnitoi/Namnitôn.

En latin classique, la forme qui apparaît habituellement dans les textes est le pluriel Namnetes/Namnetum ; une forme au singulier se trouve sur la stèle de Worms : Namnis<ref group="note">Le dictionnaire latin-français Gaffiot (Hachette, 1934), ne tenant pas compte des inscriptions courantes, donne seulement les formes plurielles. On peut sans doute reconstruire une déclinaison de type dux/ducis ( déclinaison imparisyllabique) : Namnis/Namnetis au pluriel Namnetes/Namnetum. . L'adjectif correspondant est namneticus (et non pas : namnetus). C'est pourquoi la mention de la carte de Peutinger portunamnetu signifie Portus Namnetum et non pas Portus namnetus</ref>.

Une confusion entre Namnitoi et Samnitoi ? thumb|On prête à Strabon la mention des Samnitoi, les Samnites, à l'embouchure de la Loire. Cette mention peut être considérée comme une erreur d'un copiste médiéval de son œuvre, auquel cas, il faut lire Namnitoi, les Namnètes.

Chez Strabon et chez Ptolémée, il existe une scission assez curieuse entre ces deux populations. Strabon, d'une part indique la Loire comme limite entre les Pictons et les Namnètes (Namnitoi), d'autre part, parle des Samnites (Samnitoi), qu'il situe sur le littoral « à l'embouchure de la Loire ». On peut penser ici, compte tenu de la proximité des localisations, à une erreur de copisteL.-J.-M. Bizeul, "Des Nannètes aux époques celtiques et romaines", Bulletin de la société archéologique de Nantes et du département de la Loire-Inférieure, Tome I p 112, Nantes, 1859.

En ce qui concerne Ptolémée, la distorsion est plus importante : il situe les Samnites, « au-dessous des Vénètes » (sans indiquer de coordonnées géographiques) et les Namnètes, dont la capitale est Condevicnump. 28 : ou CondeouinconCf. texte traduit (avec des erreurs orthographiques) . Condevicnum pourrait être la forme latinisée d'un nom gaulois *Contigwig, qui correspond à la notion fréquente dans la toponymie gauloise de « ville du confluent » nettement plus à l'est ; la suite de peuples qu'il donne est d'ouest en est : Samnites, Andécaves, Aulerques Cénomans, Namnètes ; de même, les coordonnées de Condevicnum placent cette ville plus près de Rotomagos (Rouen) que de Ratiatum (Rezé).

Cette anomalie pourrait s'expliquer comme suit : Ptomélée, comme d'autres auteurs anciens dont Denys le Périégète, emprunte des informations au géographe Artémidore, dont la description correspond à la situation du , époque où les migrations celtes n'étaient pas achevées et où les Namnètes n'étaient peut-être pas encore arrivés près de l'estuaire de la Loirep. 24..

Histoire Période préromaine

thumb|left|Localisation des Namnètes à l'embouchure de la Loire.

Statut des Namnètes en Gaule