L'économie de l'Argentine se caractérise par de nombreuses richesses naturelles, une main-d'œuvre très qualifiée, ainsi qu'une agriculture orientée vers l'exportation, un tissu industriel diversifié et une distribution des revenus assez inégale selon le coefficient de Gini.

En dépit de ses atouts naturels importants, le pays est confronté sur la durée à une inflation importante, une incapacité des différents gouvernements à créer une monnaie stable et conséquemment une fuite des capitaux en période de crise.

Les comptes de l’État sont plombés par une administration pléthorique et par le poids des nationalisations, État qui doit gérer les conséquences à long terme de la crise économique argentine de 1998-2002. Depuis les gouvernements ont des difficultés récurrentes à financer leurs budgets, avec le départ de certains investisseurs industriels étrangers, une nette diminution de la confiance des créanciers privés et de longs contentieux avec des fonds vautour américains.

L'Argentine est le seul pays au monde à avoir régressé du statut d'économie développée à celui d'une économie en développement.. Ce déclin est essentiellement attribuable aux réformes économiques du Péronisme menées au cours de la seconde moitié du : mise en place d'une politique protectionniste qui entérine les exportations et excédents commerciaux argentins, explosion de la dépense publique et du poids de l'Etat dans l'économie qui résultent en un accroissement de la dette publique et une montée de l'inflation, nationalisation des secteurs clés de l'économie (énergie, transport, télécom) aboutissant à la création de monopoles étatiques inefficients, ou encore populisme économique via des programmes d'aides sociales générant de la corruption. Au , la politique économique du kirchnérisme (présidences de Nestor Kirchner (2003-2007) et Cristina Kirchner (2007-2015)) s'inscrit dans la droite ligne du populisme péroniste qui a conduit le pays au chaos économique. Le bilan économique du kirchnerisme est tout aussi comparable au bilan du péronisme : dégradation du niveau de vie, déficits publics chroniques, inflation hors de contrôle, corruption et pauvreté généralisées...

Histoire économique de l'indépendance aux années 1950

Les Provinces-Unies du Río de la Plata, ancien nom de la République argentine sont indépendantes depuis le . Le Royaume-Uni aura la mainmise sur l'économie jusqu'à la fin des années 1860.

Entre 1880 et les années 1920, l'arrivée massive d'immigrants européens et de capitaux étrangers génère un essor économique remarquable, mais l'Argentine reste très vulnérable aux aléas des marchés mondiaux. En 1913, à son apogée économique, l'Argentine était l'un des pays les plus riches du monde. Son PIB par habitant le positionnait au douzième rang mondial, juste devant la FranceVoir page 23 in Remaking the Argentine Economy, Felipe de la Balze, Council on Foreign Relations, 1995 : « Wealthiest Countries between 1870-1989 (Dollars in 1989 Purchasing power) 1913: 1/ Australia (4845), 2/États-Unis (4307), 3/ Canada (4004), 4/ Great Britain (3605), 5/ Switzerland (3584), 6/ Belgium (3415), 7/ Denmark (3311), 8/ New Zeland (3119), 9/ Holland (3055), 10/ Germany (2819), 11/Austria (2758), 12/ Argentina (2739), 13/ France (2691) » -Voir aussi le document Argentina's Crises.

En 1891, la Fédération des travailleurs tient son premier congrès ; de tendance social-démocrate, elle mène aussi bien la lutte revendicative ponctuelle (la journée de huit heures), que la lutte révolutionnaire d'ensemble (l'abolition de la propriété privée). L'année 1911 est celle des grandes grèves maritimes et ferroviaires ainsi que les années 1916-1917, mais la grève générale de 1919, à partir de l'initiative des ouvriers des usines métallurgiques, est réprimée très brutalement par l'armée au cours de la semaine tragique (des centaines d'ouvriers sont tués).

Grande puissance sud-américaine, approvisionnant le monde en céréales, en laine et en viande (descendants du bétail apporté par la seconde vague des conquistadores, les bovins n'ont fait que se multiplier sur les gigantesques pâturages de la Pampa humide), elle avait vocation à suivre la voie canadienne et australienne et rejoindre le camp des pays « gagnants ». Toutefois, elle est affectée dans les années 1930, la dite « Décennie infâme » en raison de la corruption des gouvernements militaires qui prennent le pouvoir par un putsch en 1930, par la baisse mondiale des prix agricoles causée par la Grande Dépression. Les régimes autoritaires créèrent alors les Juntas Reguladoras de Granos y de Carnes visant à compenser les pertes des exploitations agricoles. En 1935, après le pacte Roca-Runciman de 1933, qui transforme, selon les mots du député Lisandro de la Torre, l'Argentine « en partie intégrante de l'Empire britannique », la majorité du capital de l'industrie est entre les mains d'entreprises américaines et britanniques, tandis que le pays de la pampa devient le principal fournisseur de viande du Royaume-Uni, au prix d'une domination néo-coloniale sur le pays (dénoncée par le groupe de jeunes radicaux FORJA) et de la suprématie des intérêts de l'oligarchie de grands propriétaires terriens (les latifundiaires) au détriment de l'industrialisation équilibrée du pays.

Des années 1950 au coup d'État de 1976 Péronisme et politique sociale Le régime du général Juan Perón met en œuvre une politique sociale, soutenant les intérêts des classes ouvrières, et une politique économique dirigiste caractérisée par des nationalisations des entreprises et une certaine forme d'État providence. L'Argentine développe durant cette période la plus importante classe moyenne du continent américain.

Dans un premier temps, l'immédiat après-guerre se caractérise par une croissance de 6 % par an, ainsi qu'une nette augmentation de la production industrielle. Mais en 1952, le régime est confronté à une récession économique de grande ampleurInflación, recesión y desequilibrio externo. La crisis de 1952, el plan de estabilización de Gómez Morales y los dilemas de la economía peronista, Claudio Belini, Boletín del Instituto de Historia Argentina y Americana Dr. Emilio Ravignani, juin 2014.. Néanmoins et bien qu'aucune statistique officielle du chômage ne soit connue, il semble que la crise n'ait pas donné lieu à un chomâge de masse mais plutôt à une réduction générale du temps de travail. L’effondrement des exportations agricoles et la chute des cours des prix agricoles jouent un rôle déterminant dans cette récession : l’Argentine n’a plus les fonds nécessaires à l’importation des produits manufacturés indispensables à son industrie. Le coût de la vie a augmenté à 37 % en 1951 inversant la tendance de l'année précédente et l'inflation a grimpé à près de 49%. En 1952, le revenu moyen des ouvriers non qualifiés est de 20 % inférieur à celui de 1949. Le gouvernement péroniste doit lancer un programme d’austérité qui comprend le gel des revenus des travailleurs. La crise est rapidement maitrisée et en 1954 le PIB est de 10 % supérieur à son niveau de 1952..

Selon Samuel Gorbán, un économiste argentin, le tissu industriel garde de « graves faiblesses, fruits de l'improvisation qui caractérise le développement de l'industrie argentine », notamment pour les secteurs de l'énergie, des transports et des communications qui accusent de grands retards. Les plans quinquennaux conduisent à « une mauvaise utilisation permanente de la capacité de production ». L'inflation galopante entraîne fuite des capitaux .. Enfin, le péronisme renforce « une bureaucratie aussi pléthorique qu'inefficace » qui pèse lourdement sur le budget de l'ÉtatLes problèmes de l'économie argentine, Samuel Gorbán, Tiers-Monde, Année 1966, Volume 7, Numéro 25, .

1955-1976 Avec la « Révolution libératrice » de 1955, qui aboutit à la proscription du péronisme, les militaires dévaluent fortement la monnaie et imposent des taxes sur les exportations agricoles, allant jusqu'à 25 % de la valeur à l'export des produitsMario Rapoport, Un pasado de retenciones, Pagina/12, 18 mai 2008. Ces taxes sont maintenues par le président Arturo Frondizi, en , qui les renforce, en ce qui concerne les céréales, en . La plupart de ces mesures sont mises en œuvre par le ministre de l’Économie (-). La Sociedad Rural Argentina critique alors des mesures « discriminatoires » qui nuisent aux exploitants agricoles, au profit d'une industrialisation incohérente effectuée « à marche forcée ». Le décret du , promulgué par le gouvernement d'Arturo Illia, maintient ces taxes sur le blé, la viande et le maïs.

La récession économique et l'inflation marquent les années 1960. Avec l'avènement de la dictature dite de la « Révolution argentine », les militaires bloquent les salaires de 1967 à 1970, date à laquelle ils sont grignotés par l'inflationAlain Rouquié, « Le vote péroniste en 1973 », in Revue française de science politique, , , 1974. .. Sous le régime du général Juan Carlos Onganía, les mesures de nationalisation et de contrôle des capitaux sont révoquées, le droit de grève est supprimé et l'âge de la retraite est reculé. Dès , le ministre de l'Économie lance un plan économique, qui aboutit à une dévaluation de 40 %, et maintient des taxes sur l'exportation des produits agricoles allant de 20 à 25 %. À l'inverse, il baisse les taxes à l'importation d'environ 50 %. En , le gouvernement du général Lanusse limite les exportations de bétail afin d'assurer une meilleure alimentation de la population.

Dans le Grand Buenos Aires, le chômage passe de 4,8 % en 1970 à 7,4 % en 1972, selon des statistiques officielles qui le sous-estime pourtant largement. Dans la province de Tucuman, affectée par la monoculture sucrière et la surproduction, il atteignait 12 % en 1972, la dictature n'ayant lancé un plan de reconversion industrielle qu'après avoir fermé de force plusieurs usines.

Sous le gouvernement d'Isabel Peron, l' (Apege) est fondée en , soutenant ouvertement les préparatifs de coup d’État. L'Apege critique le Pacte social mis en œuvre par le ministre de l'Économie José Ber Gelbard, qui prévoyait le blocage simultané des prix et des salaires, ainsi que la Confederación General Económica (CGE) et la CGT, accusées de la crise économique. Par ailleurs, elle appelle à lutter contre les « menaces » des avancées syndicales. Elle organise ainsi, en octobre et , des lock-outs dans le secteur du bétail, conduisant à la hausse des prix. En , elle généralise cette tactique à tout le secteur agricole, avec en vue des objectifs explicites de déstabilisation politique, concrétisés par le coup d'Etat de mars 1976.

Du coup d'État de 1976 à la transition démocratique (1983) thumb|La prison de Caseros, construction commencée en 1960, achevée sous la dictature militaire en 1979. thumb|Répression d'une manifestation syndicale de la CGT le 7 novembre 1981.

La Junte militaire dirigée par Jorge Rafael Videla depuis s'inspire comme le régime de Pinochet des théories économiques de Milton Friedman. Le ministre de l'Économie (1976-1981) surévalue le peso, ce qui nuit aux exploitants agricoles, lesquels s'abstiennent toutefois de toute protestation. Un de ses successeurs, (-), rétablit les taxes à l'exportation des produits agricoles, antérieurement supprimées, lors de la guerre des Malouines ; les exploitants agricoles acceptent alors ces mesures dans un élan « patriotique ». En Argentine comme dans l'ensemble de l'Amérique latine, les années 1980 sont celles de la « décennie perdue ».