thumb|right|300px|Cornwallis se rend à Rochambeau entre les troupes françaises arborant un drapeau blanc et américaines, à la bataille de Yorktown en 1781.

Le drapeau du royaume de France a été un des symboles de la France sous la Monarchie. Il n'y avait pas avant la Révolution française de drapeau remplissant en droit et en fait toutes les fonctions du drapeau tricolore, en particulier de représenter à la place du roi la personnalité morale du pays ou de l'État dans son entier. Il n'y avait pas de drapeau sur les bâtiments publics, mais les armoiries de la puissance de tutelle : royale, ducale, comtale, épiscopale selon le cas.

Toutefois, la bannière étant la forme portative des armoiries dont elle reprend les couleurs et les signes, de nombreux drapeaux étaient utilisés dans l'armée et la marine à la place du blason, soit pour symboliser la personnalité morale des régiments ou des navires, soit pour indiquer l'autorité qui les commande. Il en allait de même des livrées et des uniformes.

Néanmoins, le blanc, considéré comme la couleur royale et française par excellence, eut un rôle symbolique de plus en plus important à partir de la guerre de Cent Ans, et une cornette blanche finit par être considérée officieusement comme symbole du roi et de l'État.Archives nationales, D¹, : à Rochefort, le , « Mémoire sur les pavillons, cornette et flammes servans à marquer la dignité ou le commandement de ceux quy ont l'honneur de monter sur les vaisseaux de sa Majesté ».. Le drapeau tricolore, adopté sous la Révolution et l'Empire, fut abandonné sous la Restauration et remplacé par un drapeau blanc, portant le plus souvent des armoiries. Il fut lui-même aboli en 1830, et le drapeau tricolore fut repris définitivement.

Les drapeaux royaux avant la Révolution

« Drapeau » est un terme du qui sous l'Ancien Régime était réservé aux emblèmes de l'infanterie française et étrangère au service du roi.. Avant la Révolution, la France se caractérisait par l'existence de plusieurs drapeaux et pavillons. Le drapeau d'azur à fleurs de lys d'or représentait traditionnellement la France.

En 1328, les armoiries de la maison de Valois étaient bleues avec des fleurs de lys dorées bordées de rouge. À partir de cette époque, les rois de France étaient représentés dans les vignettes et les manuscrits vêtus d'une robe rouge sous un manteau bleu orné de fleurs de lys dorées. a modifié le dessin, passant d'une dispersion de fleurs de lys sur toute la surface à un groupe de trois vers 1376 ; ces deux blasons sont connus en terminologie héraldique sous les noms de France Ancienne et France Moderne, respectivement.thumb|203x203px|Carte du majorquain Angelino Dulcert.La carte du majorquain Angelino Dulcert représenta ainsi en 1339 le royaume de France par une bannière presque carrée d'azur fleurdelisée d'or, de même que l'Atlas catalan de Charles VMonique de la Roncière, Michel Mollat du Jourdin, Les Portulans. Cartes maritimes du , Fribourg (Suisse), 1984, .. Ces étendards aux armes de France furent utilisés dans l'armée royale et ils flotteront sur les galères et vaisseaux normaux du roi.. De même, l'oriflamme de Saint-Denis était un symbole vexillologique de la royauté française. Peu à peu, toutefois, le blanc prit une importance croissante dans la symbolique royale et nationale et cela eut un impact dans le domaine vexillologique.

L'apparition du blanc à la fin du Moyen Âge Au , deux peintures montrent des étendards blancs au sommet du mât d'un navire royal et d'un château où est réfugiée la famille royale..

Lors de la bataille du Mons-en-Pévèle, le , les Français, à la demande de Philippe IV, prirent l'écharpe blancheGuillaume Guiard, La branche des royaux lignages, éd. J.A. Buchon, Paris, 1828, t. 2, vers 11052-11068.Chronique artésienne, 1295-1304, éd. Funk-Brentano, Paris, 1899, p. 84..

La croix blanche devint un emblème vexillologique français au début de la guerre de Cent Ans mais on ne sait si la décision vint du roi ou de son administration. Sa première apparition daterait de 1355 quand Jean d'Armagnac demanda aux habitants de la ville et viguerie de porter une croix blanche pour marcher contre le prince de Galles, fils d'Édouard IIIDom Claude de Vic, dom Joseph Vaissette, Histoire générale de Languedoc, Paris, 1742, t. 4, p. 283 ; Toulouse, 1885, t. 9, , p. 649.. Il se pourrait que la croix blanche soit plus ancienne puisque Bertrand Du Guesclin ayant tué un chevalier anglais prit son équipement mais y enleva une croix blanche à la place de la croix rouge des Anglais. Selon Georges Minois, si l'épisode est véridique, il dut avoir lieu en 1347 ou 1348Cuvelier, Chronique de Bertrand du Guesclin, éd. E. Charrière, Paris, 1839, t. 1, vers 784-787..

Sous Charles VI, l'écurie royale fit fabriquer trois grands étendards, un bleu, un blanc, un rouge. Le blanc était orné d'un grand soleil d'or environné de plus petits soleils d'or et accompagné de pennons blancs décorés de part et d'autre d'un soleil d'or pour les gens d'armes de la bataille du roiPhilippe Contamine, L'oriflamme de Saint-Denis, p. 215.. L'inventaire de la grande écurie de Charles VI mentionne des pennons blancs semés d'écus de France et de papegaux de velours blanc semé d'écussons de FranceL. Douët d'Arcq, Choix de pièces inédites relatives au règne de Charles VI, Paris, 1864, t. 2. : inventaire de la grande écurie en 1421 a.s. ou 1422 n.s., p. 406, 272..

La croix blanche symbole des Français face à la croix et au sautoir rouges des Anglais et des Bourguignons sera magnifiée dans la Ballade du sacre de Reims, chantant la gloire de Charles VII en 1429 : « Vive la croix gente, blanche et hautaine/Du beau jardin des nobles fleurs de lisPierre Champion, « La ballade du sacre de Reims », Le Moyen Âge, Paris, t. 22, 1909, p. 370-377.. » L'étendard blanc de Jeanne d'Arc, bien que relatif à Jésus et ne portant pas les armes de France, contribua à la sacralisation du blanc dans le royaume de France..

Le blanc prit une dimension patriotique de plus en plus affirmée à la fin de la guerre de Cent Ans comme en témoignent certaines apparitions. Philippe Contamine rapporte que le , un cavalier arborant une grande écharpe blanche fut vu à Talmont, ce qui fut perçu comme un signe et suscita une grande crainte chez les Bretons, alliés d'Henri VI d'AngleterrePhilippe Contamine « Prodige et propagande. Vendredi 20 août 1451, de 7 h à 8 h du matin : le ciel de Bayonne », Observer, lire, écrire le ciel au Moyen Âge, actes du colloque d'Orléans en 1989, Paris, 1991, p. 65.. De même, Dunois, cité par Colette Beaune, rapporte qu'une croix blanche apparut dans le ciel de Bayonne, au matin du , alors que cette ville tenue par les Anglais était sur le point de se rendre aux troupes de Charles VIIColette Beaune, Naissance de la nation France, Paris, 1985, p. 195..

Le blanc pendant la Renaissance Lors des guerres d'Italie, le blanc fut à nouveau identifié au roi et au royaume de France. Charles VIII descendit en Italie avec des étendards de soie blanche chargés de l'écu de FranceSources italiennes citées par H. François Delaborde, L'Expédition de Charles VIII en Italie, Paris, 1888, p. 420.. Entrant dans Rome, pour protéger les Juifs, il leur ordonna de porter une croix blancheSources italiennes citées par H. François Delaborde, L'Expédition de Charles VIII en Italie, Paris, 1888, p. 509.. Quand Charles VIII et Louis XII entrèrent dans des villes italiennes, les populations les accueillent en criant « France » et en portant des habits blancs.. En France, la lecture des entrées royales, comme en Italie, signale que l'équipement du roi fut marqué de la couleur blanche.

Une cornette royale fut portée lors de la bataille de Fornoue, le , par Charles du Mesnil-Simon, valet tranchant Louis XI et Charles VIIIPère Gabriel Daniel, Histoire de la milice française, Paris, 1721, t. 1, p. 517.. Or, on sait par Commynes que cette cornette était blanchePhilippe de Commynes, Mémoires, éd. Joseph Calemtte, Ch. G. Durville, Paris, 1925, t. 3, p. 204.. On sait aussi que le valet tranchant portait le pennon de France, de velours violet semés de fleurs de lis d'or, ce qui laisse penser que la cornette blanche s'y était substituée dès avant 1495.. Le père Anselme affirme lui que la cornette blanche apparut lors de la bataille de Pavie en 1525Père Anselme, Histoire généalogique et chronologique de la maison royale de France, Paris, 1730, t. 6, p. 415..

Cette identification du blanc et de la France transparaît, par exemple, dans un texte qu'un auteur du début de la seconde moitié du adresse à Henri II et qui, placé sous la statue équestre qu'on pensait être celle de Philippe VI dans Notre-Dame-de-ParisIl s'agissait en fait d'une statue de Philippe IV le Bel., exaltait la blancheur immaculée des étendards gauloisLe Roux de Lincy, L. M. Tisserand, Paris et ses historiens aux s. Documents et écrits originaux, Paris, 1867, p. 250 et 251.Bulletin monumental, t. 126, avril-juin 1968, p. 141-154.Isidore de Séville dans ses étymologies IX, 2, 104 affirmaient que les Gaulois tenaient leur nom de la blancheur le leur teint. Le père jésuite Georges Fournier évoquera aussi en 1643 le blanc gaulois..

Pendant les guerres de Religion, les protestants portèrent l'écharpe blanche en symbole de la pureté de leur foi, et les catholiques portaient l'écharpe rouge des Espagnols.. Henri III reprit l'écharpe blanche pour remercier les troupes de Henri de Navarre, alors protestant, de l'avoir sauvé le J. Rey, Histoire du drapeau, p. 475-476.Général Louis Susane, Histoire de l'infanterie française, Paris, t. 1, p. 167, d'après Théodore-Agrippa d'Aubigné..

Par la suite, Henri IV imposera le blanc par de multiples décisions : une ordonnance du enjoint aux fidèles du roi de porter l'écharpe blanche, et une autre du 1594 interdit de se rendre au camp du roi sans la croix blanche cousue ou l'écharpe blanche.. Cette couleur lui restera associée dans l'imaginaire collectif, notamment avec le récit romancé de la bataille d'Ivry, du , lors de laquelle il aurait lancé à ses troupes : "Ralliez-vous à mon panache blanc !".

Les drapeaux de l'infanterie française Le terme drapeau apparaît en France au , en 1578, pour les enseignes des gens à pied.. Il vient d'Italie..

Les compagnies de gens à pied créées par Charles VII et Louis XI furent d'abord appelées bandes puis régiments en 1569. Ils furent dotés de drapeaux, qui pour la plupart portaient la croix blanche. Cependant, une grande diversité de couleurs les caractérisait, et à la suite de la bataille de Fleurus le 1690. qui avait vu l'artillerie française tirer sur des régiments français, il fut décidé de donner à tous les drapeaux, étendards et guidons une écharpe blanche attachée au sommet de la hampe, sous le fer de piqueGénéral V[ançon], « La cravate des drapeaux de France », Carnet de la Sabretache, Paris, 1896, p. 102-109..

Une particularité de l'infanterie française était que chaque régiment portait deux drapeaux : le drapeau colonel, blanc à croix blanche, le drapeau d'ordonnance, de couleurs variables à croix blanche.Le drapeau colonel était celui de la garde du colonel du régiment.. La croix blanche demeurera sur les drapeaux de l'infanterie jusqu'en 1794 et les écharpes ou cravates blanches devinrent tricolores dès 1790..

Sous Louis XIII, apparut la cocarde blanche. qui cohabita néanmoins avec la cocarde noire propres à certaines unités de l'armée.

Les pavillons de la marine française 215px|vignette|Vaisseau de guerre français arborant le pavillon blanc royal en 1779.|gauche