Muhammad Hamidullah (en ), né le à Hyderâbâd, dans l’État de l’Andhra Pradesh dans le Sud de l’Inde, et mort le à Jacksonville en Floride, est un érudit, théologien et chercheur musulman indien.
Diplômé en droit musulman international, docteur en philosophie et docteur en lettres, il est l'auteur d'une traduction française du Coran publiée en 1959, qui, depuis, est devenue la plus répandue parmi les musulmans francophones.
Biographie Hamidullah, cadet de huit enfants — trois garçons et cinq filles —, reçoit une première formation familiale en sciences islamiquesPhilologie, arabe ancien, histoire littéraire, exégèse, etc. traditionnelles avant d’intégrer le Jamia Islamia Dar al-Ulum de Hyderâbâd, établissement d’enseignement religieuxMahmud Rifat Kademoglu, Remembering Muhammad Hamidullah, in Islam & Science, Vol. 1, 2003, extraits en ligne.
Formation Il étudie l’islam à l’institut Jamia Nizamia, l’un des plus grands instituts d’études islamiques d’Inde, qui se veut comparable à l’université al-Azhar du Caire ou de l'université Quaraouiyine de Fès au Maroc, de par la qualité des enseignements qui y sont prodigués. Il obtient un diplôme en droit musulman international Muhammad Hamidullah (1909-2002) bio by Prof. Dr A.R. Momin de l’université Osmania en Inde.
Muhammad Hamidullah est envoyé en Allemagne par l’université d’Osmania. Il arrive ainsi à Bonn à la Rheinische Friedrich-Wilhelms-Universität. Pour ses recherches, il voyage à Sanaa, La Mecque, Médine, Beyrouth, en Jordanie et au Caire et fait des recherches sur des manuscrits dans de nombreuses bibliothèques. En 1932, il obtient un doctorat en philosophieSource spécialisée : Mohammad Hamidullah. Journal : Fikr-wo-Nazar. Vol. No: 40-41. Date/année : Avril-septembre 2003. PP.: 613. Publié par : Islamic Research Institute Int. University, Islamabad (Institut International de Recherches Islamiques, Université d’Islamabad)(Le titre de la thèse en allemand : Die Neutralität im islamischen Völkerrecht (Principes de neutralité du droit islamique international)Source Collectif Hamidullah à l’université de Bonn. Et, en reconnaissance de sa maîtrise de plusieurs langues orientales, il est chargé de cours en arabe et en ourdou à l’université rhénane Friedrich Wilhelm de Bonn İslam tarihi, de Muhammad Hamidullah, Éditeur : Beyan Yayınları (Istanbul 2001, 280 pages), ; p. I. § 2.
En 1932, il se rend à Istanbul où il fait connaissances avec Şerefettin Yaltkaya, İsmail Saib Sencer, Hellmut Ritter, Osman Rescher et d’autres. Il bénéficie également des connaissances de Paul Ernst Kahle et Salim Fritz Krenkow. Entre 1933 et 1935, il suit les cours de Henri Laoust et de Louis Massignon — avec lesquels il collaborera par la suiteYouakim Moubarac (dir.), Verse et controverse, éd. Beauchesne, 1971, p. 31, extrait en ligne — ainsi que ceux de William Marçais au Collège de France. Il présente une thèse sur La diplomatie au temps du Prophète et des premiers Califes à la Sorbonne, et obtient un doctorat ès lettres en 1935 & Catalogue SUDOC, n0 055208835, SF ; thèse : état, « Muhammad Hamidullah diplomatie ».. Entre 1936 et 1945, il enseigne le droit musulman et le droit international (musulman) dans sa première université"İslam tarihi", de Muhammad Hamidullah, Éditeur : Beyan Yayinlari (Istanbul 2001, 280 pages), ; p. I. § 2.
L’exil Après l’invasion d’Hyderâbâd par l’armée indienne en 1948 lors de la première guerre indo-pakistanaise, Hamidullah s’exile en France.
Au début des années 1950, il apporte des contributions déterminantes et substantielles à l’élaboration de la Constitution du Pakistan. Dans cette même période, il est invité à enseigner en Turquie, et y enseigne plusieurs années dans deux universités : l’université d’Ankara et l’université Atatürk d’Erzurum où il dispense des cours sur l’histoire de l’islam (axée sur le droit et la diplomatie), dans la section « Sciences Religieuses » (en turc : Din Bilimleri Bölümü) Muhammad Hamidullah, "İslam tarihi" (éd. Beyan Yayinlari, Istanbul 2001, 280 pages, ; p.I.
Il retourne en France où il contribue à la création du premier Centre culturel islamique en 1952 et se consacre à l’encadrement de jeunes intellectuels musulmansDominique Avon, Intellectuels musulmans au confluent des sciences humaines et du dialogue interreligieux, in Un nouvel âge de la théologie ? 1965-1980. Colloque de Montpellier, juin 2007, éd. Karthala, 2009, p. 360, extrait en ligne. Il travaille au CNRS de 1954 à 1978 pour y devenir maître de conférences, tout en continuant d’enseigner à la faculté de théologie de l’université d'IstanbulYouakim Moubarac (dir.), Verse et controverse, Beauchesne, 1971, p. 31, extrait en ligne.
Proche de la branche syrienne des Frères musulmansFlorence Bergeaud-Blackler : Le Frérisme et ses réseaux, Préface Gilles Kepel, p. 90 & suiv.; 2023, éd. Odile Jacob, Tristan Waleckx, Naissance médiatique de l’intellectuel musulman en France (1989-2005), mémoire de la faculté de Sciences de l’Homme, des Territoires et de la Société de l’université Montpellier 3, an. ac. 2004-2005, en ligneAlison Pargeter, The New Frontiers of Jihad : Radical Islam in Europe, éd. University of Pennsylvania Press, 2008, p. 20, ouvrage en ligne, il fonde en 1961 — notamment avec Saïd Ramadan — le Centre islamique de GenèveLes Frères Musulmans. Politique de "rabbaniyya", les prières avant le pouvoir. Dr Saïd Ramadan, 1926-1995, site du centre islamique de Genève. En 1963, il fonde en France l’« Association des étudiants islamiques de France » (AEIF)Pierre Bréchon, Bruno Duriez et Jacques Ion, Religion et action dans l’espace public, éd. L’Harmattan, 2000, p. 70, en ligne, association au sein de laquelle il exercera un magistère moral et intellectuel sur une série de jeunes intellectuels musulmans qui ont pour particularité de rejeter aussi bien le nationalisme arabe que le socialisme arabe, parmi lesquels on trouve le Soudanais Hassan al-Tourabi ou encore l'Iranien Abolhassan Bani SadrDominique Avon, Intellectuels musulmans au confluent des sciences humaines et du dialogue interreligieux, in Un nouvel âge de la théologie ? 1965-1980. Colloque de Montpellier, juin 2007, éd. Karthala, 2009, p.360, extrait en ligne. À Paris, il participe à l'animation du Groupe d'amitié islamo-chrétienneYouakim Moubarac (dir.), Verse et controverse, éd. Beauchesne, 1971, p.31, extrait en ligne et participe, en 1978, à la création de la mosquée Adda'wa Les secrets de Sarkozy Dans la représentativité de l’islam de France, in revue Islam n°4, février 2003, article en ligne.
En 1996, pour des raisons de santé, il se rend aux États-Unis, pays dans lequel il résidera jusqu’à sa mort en 2002 à Jacksonville (Floride).
Œuvres Muhammad Hamidullah est l’auteur d’une quarantaine d’ouvragesCatalogue SUDOC : « Muhammad Hamidullah », liste des parutions scientifiques. portant principalement sur la philosophie du droit et la diplomatie musulmanesMuhammad Hamidullah, Le Prophète de l’Islam, Paris, Vrin, 1959. Introduction., ainsi que de plus de articles traduits dans une vingtaine de langues, dont nombre de publications ont eu lieu pendant qu’il travaillait au CNRS, et qu’il a personnellement rédigés dans cinq langues : l’arabe, l’ourdou, l’anglais, le français et l’allemandMuhammad Hamidullah, Hw Peygamberin savaşları, éd. Beyan. (2002) ; page I.. Parmi ces publications figure la découverte, traduction et commentaire d’un ouvrage de hadiths. Sa traduction du Coran en français parue en 1959 au Club français du livre, la première effectuée par un musulman, fit date et il fut assisté par Michel Léturmy. Cette traduction, intitulée Le Saint Coran, a été rééditée douze fois, entre 1959 et 1986Le Saint Coran, Pr. Muhammad Hamidullah. Maison d’édition d’Ennour, (1986).. Cette traduction, qui fait autorité dans le monde francophone, est pourtant vivement critiquée par Jamel Eddine Bencheikh qui met en question les compétences d’Hamidullah tant en arabe qu’en français et propose un « sottisier extrait de ce texte »<ref>in J.E. Bencheikh, Sourate d’Al-Kahf, neuf traductions du Coran, in Études Arabes Saint-Denis , 1980, pp. 1-51, cité par D. Avon, op. cit.</ref>. La traduction internationale sera révisée par la Ligue islamique mondiale avant d’être diffusée, bien qu’Hamidullah ait refusé de cautionner les changementsDominique Avon, Intellectuels musulmans au confluent des sciences humaines et du dialogue interreligieux, in Un nouvel âge de la théologie ? 1965-1980. Colloque de Montpellier, juin 2007, éd. Karthala, 2009, p.361, extrait en ligne. L’Académie française lui décerne le prix pour un ouvrage écrit en langue française par un étranger en 1959.
Bien qu’il ait publié dans diverses languesCatalogue SUDOC : « Muhammad Hamidullah », liste non exhaustive des parutions, l’auteur est néanmoins resté peu connu du grand public. En outre, ayant vécu longtemps en dehors du monde musulman, il ne marque celui-ci que de manière marginale.
Distinctions Il reçoit en 1985 le Hilal-e-Imtiaz, la plus haute distinction civile du Pakistan. Il refuse l’honneur et demande que la somme d’argent () associée soit reversée au Centre de recherches islamiques d’Islamabad.
Éléments de pensée Au sujet du massacre des Banu Qurayza, Muhammad Hamidullah se décale nettement des récits très explicites d’Ibn Ishaq et de Tabari, largement repris par les historiens modernes. Il écrit ainsi (il n’est pas historienvoir dans cet article « Les historiens modernes face à un texte composite. »)Muhammad Hamidullah, Le Prophète de l'Islam, éd. chez El Najah, t.1, p 541 (1998). p.541 : « Mais comme nous l’assure ibn Hichamibn Hichâm (m. 456), Jawâmi'as-Sîrah, le Caire, 1956, p.689, II : 16-17.</ref>Tabari (m. 310) Ta'rîkh ar-Rusul wa'l mulûk, Leyde, 1897 (version intégrale) I, 1487.Ibn Sa'd (m. 230) Mukhassas, Le Caire, 1925, 2-I, p. 53-4., ils capitulèrent à condition que le Prophète acceptât l’arbitrage de Sa'd ibn Mu'âdhibn Hanbal (m. 241), Musnad, Le Caire, 1973, VI : 142.al-Bukhari (m. 256), as-Sahih (cité d’après Kitab et bâb) 63-12-4<ref>Halabî (m. 1044), Insân al-'uyûn fî sirât al-amîn al-ma'mun, Le Caire, 1300. II, 119., un Musulman Awsite, leur allié. Sa'd […] se rendit devant le Prophète ; il demanda d’abord aux membres de sa propre tribu s’ils acceptaient tout ce qu’il déciderait. Ils y consentirent. Ensuite il posa la même question au Prophète ; celui-ci aussi répondit affirmativement. L’arbitre décida que la loi juive du Pentateuque même (Deutéronome, XX, 10-14, en l’occurrence) serait appliquée à ces Juifs. Selon Humaid ibn Hilalcité par Samhudi, Wafâ al wafâ' fî akhbâr dâr al-Mustafâ, 2 volumes, Beyrouth, édition, (1975) p.308 ?, il décréta aussi que les maisons de ces Juifs fussent données aux musulmans d’origine mecquoise, pour qu’ils devinssent un peu plus indépendants des Ansâr ». Dans ce paragraphe, Hamidullah ne donne pas de source à l’assertion sur le Deutéronome et, de plus, il est totalement muet sur le fait que le texte d’Ibn HichâmSira p.541, f t.2 p.191., qu’il cite à l’appui de ses thèses, les contredit pourtant formellement, le jugement étant prononcé, dans ce texte, . Dans l’une des éditions de son livre sur Les Champs de Batailles au temps de Muhammad Muhammed Hamidullah, Hz Peygamberin Savaşları, édition Beyan, (Ankara, 2002) , p.127, Hamidullah souligne que Sa'd, le chef de la tribu des Aws, ne devait pas ignorer cette loi liée à la guerre de la tribu alliée par un pacte de guerre. Il s’agit donc manifestement d’un raisonnement propre d’Hamidullah, en tant que philosophe et théologien ayant beaucoup écrit sur le droit musulman et la diplomatie de l’époqueM. Hamidllah, Documents sur la diplomatie musulmane à l’époque du Prophète et des Khalifes orthodoxes / Muhammad Hamidullah ; préf. de M. Gaudefroy-Demombynes ; Paris : G.-P. Maisonneuve, 1935..