Evgueni Ivanovitch Zamiatine (), né le à Lebedian, oblast de Lipetsk en Russie et mort le dans le arrondissement de ParisActe de décès du 11 mars 1937 sur le site des archives de Paris. Zamiatine y est identifié comme ., parfois appelé en français Eugène Zamiatine ou Ievgueni Zamiatine, est un écrivain russe puis soviétique, également ingénieur naval et professeur.
Evgueni Zamiatine connaissait bien les œuvres de H. G. Wells. Son œuvre est constamment animée par une volonté hérétique qui lui a valu les foudres de la censure des gouvernements tsariste, puis communiste.
Son roman le plus connu, Nous autres (ou Nous), exprime sa déception à l'égard de la révolution d'Octobre. Ce roman de science-fiction est une « dystopie », ou contre-utopie figurant une société totalitaire organisée pour assurer le bonheur de tous, malgré les individus eux-mêmes si nécessaire. Il est souvent présenté comme la source d'inspiration du Meilleur des mondes (1932) d'Aldous Huxley, de 1984 (1949) de George Orwell et d’Un bonheur insoutenable (1970) d'Ira LevinPaskine Sagnes, Laurent Viala, « Nous autres d'Eugène Zamiatine ou la pensée critique d'un humanisme technique », in Michel Prat, Alain Sebbah, Eidôlon, : Fictions d'anticipation politique, novembre 2006, Presses universitaires de Bordeaux, 2006, 362 pages, ..
Biographie Zamiatine est né le d'un pope orthodoxe, également maître d'école, et d'une mère musicienne. Il fait ses études au lycée de Voronej, puis étudie la construction navale à l’Institut polytechnique de Saint-Pétersbourg de 1902 à 1908 et rejoint rapidement les bolcheviks.
Il participe à la révolution de 1905, pendant laquelle il rencontre Lioudmila Oussova, étudiante en médecine, avec laquelle il se marie en 1908, mais il est arrêté, puis assigné à résidence à Lebedian. Il tente de rentrer clandestinement à Saint-Pétersbourg, mais doit se réfugier en Finlande. C'est l'époque où il commence à écrire, surtout des nouvelles, d'un style résolument moderne: la première, intitulée Seul, écrite en 1907 (alors qu'il finissait ses études d'ingénieur de construction navale), fait la peinture de la conscience tourmentée d'un étudiant arrêté pour des activités politiques, et enfermé dans une cellule, qui devient un univers fantasmatique, dans lequel le jeune homme perd progressivement le sens du réel. Ses écrits et actions politiques lui valent un nouvel exil en 1911. Ces épisodes d'éloignement lui inspirent Province. À peine rentré à Saint-Pétersbourg après l'amnistie de 1913, la publication dAu diable vauvert lui vaut les foudres de la censure tsariste et un nouvel exil, en Carélie cette fois.
Muni de son diplôme d'ingénieur naval, il est en Angleterre en 1916 pour superviser la construction de navires brise-glace pour l'Empire russe.
Après la Révolution de Février, il rentre d'Angleterre en et participe avec enthousiasme au foisonnement littéraire, se réclamant du néo-réalisme. Il participe à de nombreuses revues et publie des classiques étrangers. Professeur de littérature à la « Maison des Arts » de Petrograd aux côtés de Iouri Tynianov et Korneï Tchoukovski, il inspire les « Frères Sérapion », un groupe de jeunes écrivains. Il est alors une personnalité importante de la scène littéraire soviétique.
D'abord bolchevique, Zamiatine quitte le parti en 1917. Il critique aussi les écrivains prolétariens, trop proches du pouvoir politique.
En 1920 paraît La Caverne, un recueil de nouvelles. Son œuvre majeure, le roman Nous autres, écrit en 1920-1921 et publié quatre ans plus tard en langue anglaise, lui apporte la notoriété, même s'il est interdit en URSS. Ce roman et le scandale politico-littéraire qu'il engendre occultent le reste de sa production littéraireJean-Baptiste Godon, préface à Au diable vauvert, éditions Verdier . Nous autres inspira à George Orwell le contexte de son roman 1984.
Pour éviter les problèmes de censure, Zamiatine écrit des pièces de théâtre.
Inquiété par la Guépéou à partir de 1922, son nom figure la même année sur une liste d'intellectuels que le gouvernement se prépare à expulser. Des amis étant intervenus contre son gré, il est obligé de rester en Russie. Interdit de publication en 1924, accusé d'antisoviétisme lors d'une violente campagne de presse après la parution de Nous autres à l'étrangerLuba Jurgenson, « Zamiatine », in Jean-Claude Polet (dir.), Auteurs européens du premier : De la drôle de paix à la drôle de guerre, 1923-1939, De Boeck Université, 2003, 868 pages, ., il écrit en 1931, comme Mikhaïl Boulgakov, à Staline, mais uniquement pour obtenir l'autorisation de quitter l'URSS (au contraire de son ami, qui finit par accepter un emploi au Théâtre d'art de Moscou). Requête acceptée grâce à l'appui de Maxime Gorki.
Il quitte l'URSS en 1931 et, après un passage par Berlin, s'installe à Paris en 1932. Zamiatine y écrit encore quelques nouvelles, ainsi que le scénario de l'adaptation cinématographique des Bas-fonds de Gorki par Jean Renoir. Il meurt le d'une angine de poitrine. Il est enterré dans le cimetière parisien de Thiais (). Un mois après sa mort, au cours d'une soirée commémorative, Vladimir Nabokov et Ivan Bounine lurent deux de ses nouvelles.
Œuvres
Romans et nouvelles Seul (Odin, 1908), traduit par Bernard Kreise, Marseille, Rivages, , 1990 ; rééd. Les Belles Lettres, coll. Domaine étranger, Paris, 208 p., 2024 Province (Ostrovitâne (Уездное) (1913), traduit par Catherine Cauvin, Lausanne, L'Âge d'Homme, , 1983 (précédé de Les Insulaires) (Traduction en anglais : 'A Provincial Tale' (tr. Mirra Ginsburg, in The Dragon: Fifteen Stories, 1966) Au diable vauvert (Na koulitchkakh, 1914), Lagrasse, Verdier, , 2006 (suivi de Alatyr) , dont la traduction en français par Jean-Baptiste Godon a été récompensée par le Prix Russophonie 2007. Alatyr (1915), Lagrasse, Verdier, , 2006 (précédé de Au diable vauvert) Les Insulaires (Vezdnoe, 1917), traduit par Françoise Lyssenko, Lausanne, L'Âge d'Homme, , 1983 (suivi de Province) ; nouvelle traduction par Marina Berger, Paris, Stalker, 2008 . Il s'agit d'une satire des mœurs anglaises. Le Nord (1918) Nous autres (My, 1920), (dystopie), traduit par Benjamin Cauvet-Duhamel, Paris, Gallimard, , 1979 Nous, nouvelle traduction par Hélène Henry, Arles, Actes Sud, , 2017, ; réédition, Arles, Actes Sud, , , La Caverne (Pechtchera, 1920), traduit par Marie-Chantal Masson-Beauchet, Lausanne, L'Âge d'Homme, , 1989 (suivi de Le récit du plus important) ; réédition, Paris, C. Bourgois, , 1991 ; nouvelle traduction par André Markowicz, Malakoff, Solin, 1989 ; réédition, Paris, Seuil, , 1991 ; nouvelle traduction par Sophie Benech, Paris, Éditions Interférences, 2017 Mamaï (1920) La Chambre d'enfant (1920) Le Pêcheur d'hommes, (Ловец человеков, 1921), recueil de nouvelles, traduit par Bernard Kreise, Marseille, Rivages, , 1989 ; réédition, Marseille, Rivages, , 1990 ; rééd. Les Belles Lettres, coll. Domaine étranger, Paris, 208 p., 2024 Russie (1917-1923), Paris, Solin, 1990 Le Récit du plus important (1924), traduit par Jacques Catteau, Lausanne, L'Âge d'homme, , 1971. Étrange court récit à la frontière de la science-fiction et du fantastique. L'Inondation (Navodnenie, 1929), traduit par Barbara Nasaroff, Malakoff, Solin, 1989 ; réédition, Paris, Éditions du Seuil, , 1990 ; réédition, Arles, Actes Sud, 2005 ; nouvelle traduction de Marion Roman, Paris, Éditions Sillage, 2014 . Ce court récit a donné lieu en 2018 à l'opéra en deux actes L'Inondation, musique de Francesco Filidei, livret de Joël Pommerat Une rencontre (1935) Le Fléau de Dieu (Bitch Bojii, 1937), Lausanne, L'Âge d'Homme, 1975 ; réédition, Paris, Éditions Noir sur Blanc, , 2021 Un long récit historique consacré à la jeunesse d'Attila.
Théâtre Dans les années 1920, Zamiatine écrit de nombreuses pièces de théâtre qui lui paraissent moins risquées : Les Feux de la Saint-Dominique (1923) La Société des honorables sonneurs (1925) La Puce (1925) Attila (1928), traduction française de Maxime Lamiroy, accompagnée de cinq articles rédigés par Zamiatine entre 1918 et 1931, éditions Lamiroy, , ; traduction française de Valentina Chepiga, préface et commentaire scientifique de Tatiana Victoroff, spécialiste d’œuvres de Zamiatine, Vibration éditions, , .
Opéra Zamiatine contribue au livret de l'opéra Le Nez de Dmitri Chostakovitch d'après Nicolas Gogol (créé en 1930).
Francesco Filidei a créé, en 2019, un opéra de la nouvelle L'Inondation.
Scénario Il écrit le scénario des Bas-fonds pour Jean Renoir (1936).
Adaptations Au cinéma 1927 : La Maison dans la neige (Дом в сугробах), film russe réalisé par Fridrikh Ermler, adaptation de la nouvelle La Cave de Zamiatine (1922) 1994 : L'Inondation (Navodneniye), film franco-russe réalisé par Igor Minaiev, adaptation de la nouvelle éponyme, avec Isabelle Huppert
À la télévision 1981 : Wir, téléfilm allemand réalisé par Vojtěch Jasný, d'après le roman Nous autres, avec Dieter Laser
Citations Dans Nous autres (1920),
Dans son article J'ai peur de 1921, il dit ceci :
Dans sa lettre à Staline, il déclare :
Notes et références
Annexes
Bibliographie Leonid Heller (éd.), Autour de Zamiatine, actes du colloque, université de Lausanne, . Suivi de Écrits oubliés, faculté de lettres de l'université de Lausanne, Âge d'homme, 1989, 210 pages
Articles connexes Utopie
Liens externes
Une biographie détaillée Nous Autres, Evgueni Zamiatine, 1920, texte intégral en ligne.
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