Les Bibans (en , ; en , Iwanughen) sont une chaîne de montagnes qui culmine à d'altitude dans le Nord de l'Algérie, entre la vallée de l'oued Sahel-Soummam et les hautes plaines de la Medjana dans la « Petite Kabylie » et constituant une partie de l'Atlas tellien.
En partie territoire de la tribu kabyle des Aït Abbas (Beni Abbès), elle a été marquée, entre les , par le rayonnement de la Kalâa des Beni Abbès et du royaume éponyme.
Toponymie Ce massif montagneux est le lieu d'un passage stratégique nommé en berbère (« la porte ») ; l'usage considérant souvent deux passages (un petit et un grand), le secteur est aussi nommé au pluriel (« les portes »). C'est de ces mots berbères qu'est donné le nom arabe (), puis en français les Portes de Fer, à ce passage ; ensuite, par extension dans ces deux langues, le mot arabe Bibans (« les portes ») est employé pour désigner le massif entierTassadit Yacine-Titouh, Poésie berbère et identité: Qasi Udifella, héraut des At Sidi Braham, Les Éditions de la MSH, 1990, 444 pages, 19, ..
Avant la colonisation française, ce massif montagneux avait pour nom en arabe Youcef Benoujit, La Kalaa des Béni Abbès au , Dahlab, 1997, 350 pages, 68, qui dérivait du nom berbère du massif (Iwanughen)Tassadit Yacine-Titouh, Poésie berbère et identité: Qasi Udifella, héraut des At Sidi Braham, Les Éditions de la MSH, 1990, 444 pages, 45, .. C'est encore le nom d'Ouanougha que porte la seule cédraie de ce massif, située sur le versant nord du djebel Choukchot, deuxième plus haut sommet du massif (environ ).
Les Romains appelaient la chaîne mons Ferratus (« montagne de fer »).
Géographie vignette|Vue sur les Bibans de Sour El-Ghozlane. Situation
Les Bibans sont formés de roches schisteuses et marneuses de l’Algérie centraleE.B., P. Trousset et R. Paskoff, « Biban (Les Portes) », in Encyclopédie berbère, 10 | Beni Isguen – Bouzeis En ligne, mis en ligne le mars 2013, consulté le 29 juin 2015., faisant partie de l'Atlas tellien et dominant la plaine des Beni Slimane et la dépression de l'oued Sahel-Soummam..
La chaîne comporte deux défilés très étroits et tourmentés (les Biban ou Portes) qui assurent le passage de la vallée de l’oued Sahel au bassin de l’oued Bou Sellam. Ces défilés de franchissement difficile ont été creusés dans des couches de schistes marneux redressées à la verticale, les gorges sont traversées par l’oued Chebba (Bab el-kebir) et par l’oued Bou Ktoun (Bab es-Sghir).
Le massif des Bibans s’étend du massif du Titteri à l'ouest aux Babors à l'est, au sud de la chaîne du Djurdjura, il fait jonction avec le Hodna au sud. Il s’étend sur les wilayas de : Bouira, Bordj Bou Arreridj, BéjaïaTrois sources thermales du massif des Bibans : L’appel de la nature, Le Jour d’Algérie du 31 mai 2008., Médéa, Sétif et M'Sila.
Géologie Les monts des Bibans sont à dominance calcaire, leur composition prend les aspects d’un relief karstique où se succèdent gouffres, grottes, crevasses, balcons, belvédères et rivières intérieures. Sur leurs flancs, on retrouve des sources thermales ; trois d’entre elles sont très actives, présentent un débit important, une température généralement supérieure à 60 degrés.
Principaux sommets Tableau des principaux sommets des Bibans avec leurs altitudes et leurs localisations :
NomAltitude en mètresNotes et localisationsDjebel MansouraAu sud de la ville de Mansoura (Bordj Bou Arreridj).KteufIl sépare la plaine de la Medjana du Hodna.ChoukchotSur les frontières ouest des wilayas de Bordj Bou Arreridj et de M'Sila.Djebel DiraIl domine Sour El Ghozlane (Bouira), remarquable par ces forêts et ces pâturage.GuergourHammam Guergour (Sétif).Megris (Megeres)Au nord d'El Ouricia, sud-ouest d'Amoucha (Sétif).Moutene (Tafertast)Au nord-ouest de Medjana (Bordj Bou Arreridj).AniniAu sud de la ville d'Aïn Roua (Sétif).MorissanAu nord-est de Medjana (Bordj Bou Arreridj).Chouf Aissa (Mnaguer)Il domine la plaine de Sétif.M'zitaAu nord de la ville de Mansoura (Bordj Bou Arreridj).AfrocenLe point culminant du Ouennougha.AffrounAu nord-est de Taguedit (Bouira).Tagdid (Taguedit)Au sud de Taguedit (Bouira).KetafÀ l'ouest de Taguedit (Bouira).ZamouraBordj Zemoura (Bordj Bou Arreridj).AnecharDjaafra (Bordj Bou Arreridj).Djebel BoundaÀ l'est de la Kalâa des Beni Abbès (Béjaïa).Djebel BouzidSur les frontières des wilayas de Bordj Bou Arreridj et de Bouira.Azrou n SaïdSur les frontières des wilayas de Bordj Bou Arreridj et de Bouira.Guela (Kalâa)La Kalâa des Beni Abbès (Béjaïa). Note : Ce tableau n'inclut pas tous les sommets.
Faune et flore Faune Parmi les mammifères qui vivent dans la région des Bibans de Bordj Bou Arreridj : le loup africain, le chat sauvage, la genette, la gerboise, le hérisson, l’hyène rayée, le lapin de garenne, le lièvre brun, le porc-épic, le renard roux et le sanglier, en plus de pas moins de 25 espèces d’oiseaux (les plus répandues sont : la grive, la perdrix, le merle, le moineau, l’aigle, l’alouette, la bécassine, le chardonneret…).
Flore Les espèces les plus fréquentes dans la région des Bibans, au nord et au nord-ouest de Bordj Bou Arreridj sont : le chêne vert avec , le cèdre avec , l’eucalyptus avec , l’alfa et autres buissons avec . La région a une forte présence de pins d'Alep, qui s’étend sur une superficie de .
Histoire vignette|gauche|Chaîne des Bibans.
L'itinéraire de la grande « Porte », n'a été emprunté qu’à partir du , par les Ottomans qui le suivirent parce qu’il correspondait au trajet le plus court entre Alger et le Beylik de l'Est. Les tribus montagnardes qui gardaient cette voie percevaient, à chaque passage des colonnes ottomanes, un droit dont la somme était fixée d’avance.
Dans l’Antiquité et pendant le Moyen Âge les voies de communication les plus suivies entre l’Algérie centrale et l’Algérie orientale passaient beaucoup plus au sud : la principale contournait par le sud les monts du Hodna et le Zab et atteignait Sour El Ghozlane ; un autre itinéraire, reliait directement Sétif à Sour El Ghozlane longeant le versant sud des Monts du Guergour et de la chaîne des Bibans.
À l'époque de la régence d'Alger (), c'est dans les Bibans que se trouve le centre du royaume des Beni Abbès, la citadelle de la Kalaa« Ighil-Ali », in Encyclopédie berbère, 24 | Ida – Issamadanen ; En ligne, mis en ligne le 01 juin 2011, consulté le 29 juin 2015.. Les dirigeants de ce royaume quasi indépendant, les Amokrane, ou Mokrani, dominent notamment la plaine de la Medjana au sud, mais un enjeu fondamental pour eux est le contrôle des Portes de Fer.
Durant la conquête de l'Algérie par la France, un épisode crucial s'y déroule en : le franchissement des Portes de Fer par une colonne française incluant le duc d'Orléans et le gouverneur général Valée, la première à réaliser la jonction terrestre entre Alger et Constantine (conquise en ).
Ce passage se déroule sans problème, car le maréchal Valée avait, par l’entremise de Ahmed El-Mokrani – reconnu comme bachagha de la Medjana par la France –, versé aux montagnards le droit de passage pour mettre fin à l’ambition de l’Émir Abd el-Kader de contrôler l’Algérie centrale dans sa totalité. Désormais, les clauses obscures du Traité de la Tafna étaient dépassées et la guerre reprenait entre l’Émir et la France.
Populations Les monts sont habités par des populations arabisées à l'ouest et de Kabyles berbérophones au centre. Ils forment à l’est, la limite méridionale des parlers kabylesYver, G. and Despois, J., “Bībān”, Encyclopédie de l’Islam. Première publication en ligne: 2010 .
Notes et références
Articles connexes Royaume des Beni Abbès (1510-1872) Kalâa des Aït Abbas Portes de Fer (Algérie)
Catégorie:Massif de montagnes en Algérie Catégorie:Atlas (massif) Catégorie:Géographie de la Kabylie Catégorie:Wilaya de Bouira Catégorie:Wilaya de Bordj Bou Arreridj Catégorie:Wilaya de Béjaïa