La cathédrale Notre-Dame de Coutances est un édifice catholique romain du de style gothique normand, siège du diocèse de Coutances et Avranches, qui se dresse sur le territoire de la commune française de Coutances, dans le département de la Manche, en région Normandie.

La cathédrale, classée au titre des monuments historiques, a pour spécificité le rhabillage de certaines parties de l'édifice roman qui l'a précédée par des éléments gothiques : sous le parement gothique de la nef et des tours de façade se dresse encore la structure romane de la cathédrale du , qui est visible lorsque l'on parcourt les parties hautes, par exemple lors des visites-conférences.

Elle possède deux flèches en façade, et une tour-lanterne. Exemple typique du gothique normand, elle se caractérise par des lignes très pures.

Elle est affectueusement surnommée par les Coutançais : « La cathédrale de fierté », comme le disait le poète local Louis Beuve dans Ma cathédrale de fierté ou La lettre à la morte. Localisation La cathédrale Notre-Dame, construite à une altitude de , domine la ville de Coutances, dans le département français de la Manche. Elle est visible depuis la mer et même, selon la légende, de La Hougue Bie à Jersey, située pourtant à plus de .

Historique Une première cathédrale Vers 430, saint Éreptiole aurait construit une église, de type basilical à l'emplacement d'un temple gallo-romain. Il a été le premier évêque de la ville de Coutances. Cette première basilique aurait été « détruite par les Normands infidèles » vers 866, selon Toustain de Billy. La fuite de l'évêque de Coutances, venu se réfugier à Rouen, laisse la ville sans cathédrale pendant une longue période. Il reste des vestiges de cette ancienne cathédrale.

La cathédrale romane vignette|gauche|Tribunes romanes de la nef conservées. L'évêque Robert (-1048) choisit de reconstruire la cathédrale. Elle sera achevée par son successeur Geoffroy de Montbray (1049-1093)F. Desoulières, Au début de l'art roman: les églises de l'onzième siècle en France, Les Éditions d'Art et d'Histoire, Paris, 1943, .. La dédicace de l'édifice dédiée à Notre Dame a lieu en 1056Selon le Gallia Christiana., en présence du duc Guillaume. La cathédrale (1036-1056) reprend le plan bénédictin adopté à Bernay avec la nef à trois élévations : arcades, tribunes et fenêtres hautes.. La nef était flanquée de deux tours octogonales, le carré de transept quant à lui était surmonté d'une tour-lanterne. Les croisillons donnaient naissance à des absidioles, tandis que le chœur ne possédait pas de déambulatoire, mais il était bordé de deux collatérauxÉlie Lambert, L'art gothique en Espagne aux , Ayer Publishing, 1971, 314 p., ]..

Au le chœur, le transept et l'ancienne tour lanterne de style roman ont été détruits, afin de laisser place à des éléments gothiques entièrement nouveaux. Cependant, des parties importantes de l'édifice roman ont été conservées, seulement dissimulées sous un parement gothique de calcaire fin : les murs de la nef et des bas-côtés, ainsi que la façade ouest et ses deux tours octogonales..

Au , un chanoine du chapitre rédigea le Livre noir de la cathédrale de Coutances.

La cathédrale gothique vignette|droite|Lithographie, par Bachelier, début . vignette|droite|Gravure publiée en 1822.

Remaniement des tours et projet de reconstruction Vers 1180, des remaniements ont lieu au-dessous des tours avec la réalisation d'un grand orgue pour les piliers des tours.

Selon Viollet-le-Duc, « soit qu'elle menaçât ruine, soit qu'elle parût insuffisante, soit enfin que le diocèse de Coutances, nouvellement réuni à la couronne de France, voulût entrer dans le grand mouvement qui faisait reconstruire toutes les cathédrales au nord de la Loire, la cathédrale de Coutances fut entièrement reconstruite »..

La reconstruction de la cathédrale s'est opérée d'ouest en est, à la suite de la nomination, en 1208, d'Hugues de Morville comme évêque de la ville.

Élaboration de la nef et du transept La nef est construite dans la première décennie du et reprend la structure romane qui est rhabillée. La construction du transept est supposée commencer vers 1208 et non pas après l'incendie de 1218. Vers 1225, le transept semble être en cours d'achèvement comme le pense A. Mussat.

Construction de six chapelles Philippe Auguste donne à la cathédrale quatre prébendes pour la construction de six chapelles, vraisemblablement en 1209.

Construction du chœur et du déambulateur La construction du chœur est sujette à controverse. A. Mussat et Élie Lambert estiment sa construction vers 1220. Élie Lambert considère qu'elle a servi de modèle à la construction de la cathédrale de Burgos, commencée en 1221. Branner suppose sa construction entre 1230 et 1240, tandis que Bony et Lefèvre-Pontalis la situent entre 1220 et 1255. J. Herschman établit pour sa part un compromis avec la construction du déambulatoire extérieur et le mur du déambulatoire intérieur entre 1220 et 1235, puis vers 1240, l'élévation principale et les voûtes du déambulatoire intérieur.

En 1223, Hugues de Morville qui sera évêque de Coutances de 1208 à 1238, fonde dans la cathédrale deux chapelles : saint Georges et saint Thomas BecketMaylis Baylé, « Coutances : cathédrale Notre-Dame » dans L’architecture normande au Moyen Âge, tome 2 : les étapes de la création, Éditions Charles Corlet/Presses Universitaires de Caen, 2001, et 2-85480-950-5), .. Le chœur semble être terminé en 1238 quand est enterré Hugues de Morville.

Construction des porches sud et nord-ouest Les porches sud et nord-ouest de la cathédrale semblent être construits après 1228. Car il est relevé que des maçons du cloître du Mont-Saint-Michel, achevé en 1228, y ont participé.

Construction de chapelles malgré les dommages des guerres Vers 1270, des chapelles sont créées entre les contreforts de la nef. Celles du côté sud sont attribuées à l'évêque Robert d'Harcourt (1291-1315). Les travaux sont achevés par l'évêque Jean d'Essay (1251-1274)Élie Lambert, 1971, ..

Au , la chapelle axiale est reconstruite. Le siège de la ville en par Geoffroy d'Harcourt entraîne des dégâts sur la cathédrale. Sylvestre de La Cervelle, évêque de Coutances de 1371 à 1386, et cousin de Du Guesclin, relève les murs et les colonnes détruites. Il réalise à cette occasion six des chapelles des bas-côtés de la nef, orne les galeries du triforium de quadrilobes, couronne la façade d'un diadème de roses et achève l'abside d'une grande chapelle.

L'édifice est à nouveau endommagé après le débarquement d' en 1417, à Touques.

Guerres de Religion En , des protestants forcent les portes de la cathédrale afin d'y prêcher.. En , lors des guerres de Religion, la cathédrale est pillée par les huguenots.. Le , François de Bricqueville (1535-1574), sire de Colombières, quitte Saint-Lô, dont-il est maître, avec une forte troupe et envahit Coutances et sa cathédrale. Les hosties, reliques et images sont brûlées et de nombreuses statues détruites à coups de marteau, notamment celles qui ornaient la chapelle Saint-François. L'évêque Arthur de Cossé-Brissac est promené par les rues juché à l'envers sur un âne, coiffé d'une et abreuvé d'outrages..

Considérations architecturales Généralités La nef, comme le chœur (vers 1220-1235) sont de style normand : les chapiteaux à tailloir circulaire évidé, les arcs élancés et leur modénature accentuée sont des signes évidents de la résistance au style gothique français et a contrario de la fidélité aux traditions architecturales normandes. Le style régional apparaît aussi sur la façade de la cathédrale, qui offre des lignes verticales vertigineuses par l'absence d'embellissement intermédiaire des colonnes.

Pour faire face à l'afflux des pèlerins, la cathédrale fut agrandie à plusieurs reprises. L'une de ses particularités est son double déambulatoire obtenu par la suppression des cloisons de séparation des chapelles rayonnantes. Son architecture est semblable à ce qui peut être trouvé à Hambye.

Les habitants traversaient le narthex de la cathédrale afin de passer d'un quartier à un autre, puisqu'à l'époque, le parvis n'existait pas encore en tant que place importante.

Plusieurs dégâts surviennent à l'édifice aux Archives nationales, travaux de restauration de la cathédrale de Coutances, cote F/19/7689. : en 1647, un clocheton de la tour sud-ouest tombe et s'écrase sur le portail latéral sud ; le , une des fillettes de la tour sud-ouest tombe sur la chapelle Sainte-Anne à la suite d'un ouragan ; un orage ébranle et fragilise la tour du chapitre le .

Dimensions vignette|220px|Plan de la cathédrale de Coutances.

Longueur extérieure Longueur intérieure Longueur de la nef Largeur de la nef, entre les piliers Largeur de la nef, d'axe en axe des piliers Largeur des bas-côtés, entre les piliers Largeur totale Longueur du transept, à l'extérieur Largeur du transept, sous la tour-lanterne Hauteur de la tour-lanterne, sous voûte Hauteur de la nef, sous clef de voûte Hauteur des flèches, dont pour les croix Hauteur de la tour-lanterne à l'extérieur Largeur du chœur Largeur totale de l'abside Flèche sud-ouest Flèche nord-ouest

Extérieur vignette|droite|La cathédrale Notre-Dame de Coutances. Gravure de Robert Bichue, 1747.

Façade occidentale La façade occidentale est encadrée par deux tours, surmontées de flèches. Les portails forment le premier niveau de la façade. La porte centrale à meneau s'enfonce dans l'épaisseur du mur sous une voussure de colonnettes. Les niches, vides des statues de la Vierge et autres sculptures, peuvent être reconstituées grâce à une gravure de Bichue en 1747.. Il possédait un tympan dédié à la Vierge et détruit à la Révolution. Le dessus du portail central entre les deux tours accueille une terrasse sur laquelle s'appuie la grande fenêtre de la nef avec sa rosace à six branches, surmontée d'une galerie encadrée de deux clochetons. La galerie des roses, dentelle de pierre réalisée par l'évêque Sylvestre de La Cervelle au , se compose de six arcades géminées supportant un diadème couronné d'une troisième galerie où butent les contreforts des tours..

Les deux tours encadrent la façade. Elles terminent les bas-côtés de la nef. Le traitement du parement de la tour nord diffère de la tour sud. Les ogives qui partent du sol jusqu'à la troisième galerie pour la tour sud sont divisées en deux étages pour la tour nord et s'appuie sur un puissant soubassement. De forme carrée, elles deviennent octogonales, chaque face ajourée d'une baie géminée. Trois des angles accueillent des fillettes ou tourelles ajourées. Le quatrième angle tourné vers l'extérieur de l'édifice accueille pour chaque tour une tourelle d'escalier flanquée de trois fillettes plus petites. Les quatre ogives libres sont surmontées chacune d'une niche à clocheton qui ouvre au milieu des flèches. Ainsi les flèches des tours sont entourées de quinze pointes. La pyramide à huit pans est recouverte d'écailles en ogive et couronnée d'un bouquet de pierre surmonté d'une croix de fer..

Le portail central est encadré par deux portails dont celui de gauche dédié à saint Lô..

Façades latérales La cathédrale a la particularité de posséder des porches latéraux nord et sud, près du massif occidental. La tour sud abrite un porche large et profond de deux travées. La porte est couronnée d'une galerie et flanquée de deux niches vides. Le tympan montre un bas-relief mutilé représentant Notre-Dame entourée des attributs des quatre Évangélistes. Ce portail a été la partie de la cathédrale la plus endommagée en 1944. Le porche de la tour nord, plus petit que son jumeau, possède un tympan représentant assise Marie, dont la tête a disparu, entourée de deux anges également décapités.

Chaque contrefort soutenant la nef est composé de deux clochetons, l'un à l'extérieur au niveau des murs gouttereaux, le deuxième à mi-chemin avant de buter sous la galerie haute du triforium ouvert par six baies gothiques..