L'histoire d'Éphèse (en ; en ; en ; en hittite : (Apaša)) est celle de l'une des plus anciennes et plus importantes cités grecques d'Asie Mineure, la première de l'Ionie.

Bien que ses vestiges soient situés à près de sept kilomètres à l'intérieur des terres, près des villes de Selçuk et Kuşadası dans l'Ouest de l'actuelle Turquie, Éphèse était dans l'Antiquité, et encore à l'époque byzantine, l'un des ports les plus actifs de la mer Égée, situé près de l'embouchure du grand fleuve anatolien Caÿstre.

L’Artémision, le grand sanctuaire dédié à Artémis, la déesse tutélaire de la cité, qui comptait parmi les Sept Merveilles du monde et auquel Éphèse devait une grande part de sa renommée, était ainsi à l'origine situé sur le rivage.

C'est l'œuvre combinée des sédiments charriés par le Caÿstre, des changements climatiques, et peut-être d'accidents sismiques ou tectoniques, qui explique le déplacement progressif de la côte vers l'Ouest, et l'ensablement subséquent des ports de la ville, prélude de leur abandon (le cas de Troie est sans doute assez comparable).

alt=Topographie historique d'Éphèse|thumb|Topographie historique d'Éphèse.

Situation géographique alt=Ensablement de l'embouchure du Caÿstre et déplacement progressif du port d'Éphèse depuis l'Antiquité jusqu'à l'époque ottomane.|thumb|Ensablement de l'embouchure du Caÿstre et déplacement du port d'Éphèse depuis l'Antiquité jusqu'à l'époque ottomane. En bleu les ports (y compris ceux qui ne sont plus en activité), en rouge et gris l'espace urbanisé (zones) et l'enceinte (trait) occupés ou abandonnés respectivement. thumb|Éphèse et les cités voisines.

Éphèse est située sur le littoral ouest de l'Asie Mineure, la Turquie actuelle, au cœur de l'Ionie, au nord est de l’île de Samos ; elle occupe le fond d’une des nombreuses baies de la côte de l'Asie Mineure, fermée au sud par le cap Trogylion ou cap Mycale, et se terminant au nord par la presqu’île d’Érythrées. Elle est située près de l'embouchure du Caÿstre, fleuve très encaissé dans une vallée encadrée par les massifs montagneux du Tmolos au nord, où il prend sa source, et du au sud. À l’intérieur des terres, la vallée du Caÿstre constitue une voie de communication naturelle. De même, différentes dépressions géologiques offrent des points de passages vers l’arrière-pays. De nombreuses routes relient Éphèse à ses voisines Magnésie du Méandre, Claros et Sardes D. H. French, « Pre – and early – Roman roads of Asia Minor. A Hellenistic Stadion-stone from Ephesus », Arkeoloji Dergisi , 1997, ..

La ville d’Éphèse est très encadrée par ce relief, à la fois contraignant et imposant, ses environs sont donc très accidentés, et s'ordonnent autour de trois collines : la principale est le mont Panayır Dağ, l'antique Peion, encore appelé Cheiletôn par les Byzantins. D'autres noms sont encore attestés dans la littérature antique et médiévale., et qui figure sur certains types monétaires éphésiens, une colline massive dominée par trois sommets dont les altitudes culminent entre 105 et . Elle peut absorber sans dommage les pluies les plus violentes, en raison de ses crevasses et de ses ravines, qui constituent également un atout défensif en cas de conflit. Mais ces dépressions géologiques sont un handicap et un obstacle lorsqu’il s’agit d’amener l’eau jusqu’au cœur de la cité. Une vallée étroite sépare cette colline d'une petite montagne au sud, le Bülbüldağ, l'antique Lepre Akte ou Preion, qui s'étend sur près de quatre kilomètres vers l'est et l'ouest, et culmine à environ . La dernière colline, au nord du Peion, est celle d'Ayasoluk, l'Hélibaton des Byzantins, dont le nom ancien est inconnu ; elle a une hauteur modeste, de quatre-vingt-sept mètres, et sa largeur de cinq cents mètres, fournissait un site défensif intéressant, malgré l'absence de source.

Elle fut un port important dans l'Antiquité, - une description d'Éphèse faite par Pline l'Ancien indique que « la mer avait l'habitude de monter jusqu'au temple de Diane » - mais l'ensemble de la zone s'est progressivement ensablé, et la ville se trouve actuellement à près de sept kilomètres de la côte égéenne.

En effet, le Caÿstre se jetait à l'origine dans un golfe dont les rives touchaient les trois collines d'Éphèse. Pendant la période holocène, le niveau de la mer s'éleva de plus de , ce qui limita le transport des sédiments du Caystre vers le large ; ils se déposèrent dans la baie qu'ils comblèrent peu à peu. Au début du premier millénaire , le niveau de la mer était encore deux mètres sous le niveau actuel, et l'embouchure du Caystre dans le golfe d'Éphèse était alors située à plus de de son emplacement actuel, environ au nord d'Ayasoluk..

Au cours du , la côte sud du golfe d'Éphèse avait progressé vers l'extrémité nord de la vallée d'Arvalya, au nord du Bülbüldağ, pour former une petite baie proche du Panayır Dağ, devant l'endroit occupé plus tard par le théâtre. La limite nord de cette baie était constituée d'une étroite péninsule, qui pourrait être le cap Tracheia mentionné par StrabonStrabon, 14.1.3. dans sa localisation du village de Smyrna..

À l'est du cap s'ouvrait une autre baie, correspondant au port de Koressos. Ces deux baies furent comblées à la fin de l'époque hellénistique par les sédiments charriés par le Caÿstre, ainsi que par deux rivières secondaires, le Selinus et le Marnas., ce qui entraîna le rétablissement de la ville sous Lysimaque (voir infra) et le réaménagement d'un nouveau port. Le problème ne cessa ensuite de se poser tout au long de l'histoire de la ville : il en résulta une migration des infrastructures portuaires vers plusieurs sites à l'ouest, de plus en plus éloignés du noyau urbain originel. Les terrains ainsi progressivement gagnés sur la mer se distinguent par leur caractère marécageux : ils posent donc un problème de salubrité et nécessitent des travaux de drainage, sans lesquels ils ne sont pas utilisables.

La région d’Éphèse bénéficie d’un climat agréable, de type méditerranéen, qui, conjugué aux opportunités offertes par le relief, présente de nombreux avantages. Ainsi, du fait de sa fertilité sans cesse renouvelée, la large vallée du Caÿstre est un lieu idéal pour la culture des céréales, et pour l’élevage des chevaux.

De même, les nombreux plateaux qui entourent la cité se prêtent fort bien à l’élevage ovin. Enfin, les collines offrent leurs pentes douces à la culture des arbres fruitiers et des oliviers.

La Haute Antiquité De la Préhistoire à l'époque archaïque alt=Tétradrachme d'Éphèse|thumb|Tétradrachme de la cité d'Éphèse. Date : c. 380-370 AC. Nom de l'atelier/ville : Ionie, Éphèse Description avers : Abeille vue de dessus ; grènetis circulaire perlé. Description revers : Protomé de cerf à droite, agenouillé, tournant la tête à gauche ; dans le champ à gauche, un palmier.

L'occupation de la région d'Éphèse remonte au , comme l'attestent diverses découvertes archéologiques (fragments de céramique et d'obsidienne) faites au sud de la Porte de Magnésie..

Des sites du Néolithique ont été identifiés à Çukuriçi HöyükRésumé des fouilles autrichiennes de 2007, sur oeai.at. ainsi qu'à Arvalya Höyük. Le premier établissement humain important se trouvait toutefois sur les pentes nord-est de la colline d'Ayasoluk : il est daté par la présence de céramique de la fin de l'âge du bronze. Au , s'y trouvait une implantation d'époque mycénienne dont il reste une tombe, datée par la présence de céramique de l'époque Helladique récent A2, et un mur de grands blocs rectangulaires. On identifie souvent le site avec Apasa, la dernière capitale du royaume d'Arzawa, mentionnée dans les sources hittites du règne de S. Heinhold-Krahmer, Arzawa : Untersuchungen zu seiner Geschichte nach den hethitischen Quellen, Heidelberg, 1977, 93 sq. : le nom grec Ephesos serait la forme hellénisée de ce toponyme, mais cette hypothèse reste controversée.

La tradition grecque attribuait la fondation d'Éphèse à AndroclosI. v. Ephesos 501 et 501a ; voir aussi (, 2, 8) et (, 1, 3) qui est très souvent représenté sur les monnaies de l’époque impériale, à pied ou à cheval, avec un épieu, et combattant un sanglier. Une journée de fête lui est dédiée., l'un des fils de Codros, roi légendaire d'Athènes. Comme celle d'autres établissements Ioniens, la colonisation d'Éphèse remonte au . Le site était alors occupé par les Lélèges et les CariensPausanias (, 2, 8). et les colons durent se confronter au culte de la déesse mère Cybèle, culte alors dominant dans la majeure partie de l’Anatolie.

Pour se concilier les populations autochtones, les Grecs optèrent pour une politique de syncrétisme en fusionnant les cultes d’Artémis et de Cybèle R. Lesser, « The Nature of Artemis Ephesia », The McGill Journal of Classical Studies, 4 (2005-2006), 43-54 ici 44-45..

Le premier établissement fortifié se trouve à environ mètres à l’ouest de l’Artémision, au port de Koressos. Cet emplacement primitif est aujourd’hui situé sous le sol marécageux qui a remplacé la lagune originelle. Cette première agglomération semble avoir été lourdement fortifiée. Une fois la communauté établie, la cité fut gouvernée par des rois : la monarchie était alors un mode de gouvernement répandu dans le bassin méditerranéen. Entre le , la monarchie a été remplacée par une oligarchie aristocratique, qui à son tour fut remplacée par des tyrans.

alt=Statère d'électrum du |thumb|left|Statère d'électrum, Ionie, vers 600-

Vers 675, la cité tomba aux mains des Cimmériens venant de la steppe du Moyen-Orient, qui détruisirent le tout premier autel dédié à Artémis, lors de la prise de la ville. Cette destruction fut la conséquence de la résistance des Éphésiens, qui, avec la Phrygie du roi Midas, furent l'un des rares peuples à s’opposer à cette conquête.

C'est à cette époque, au milieu du , qu'apparurent les premiers monnayages publics, et taxes G. Manganaro, Epigraphica, 36 (1974, paru en 1975), : « SGDI, 4, 49 (DGE, 707) e il bimetallismo monetale di Creso » (reprend l’étude d’une lamelle d’argent trouvée en 1904 à l’Artémision).. Avec l'essor de l'activité portuaire et commerciale, des taxes portuaires furent mises en place au début du .

La cité s'enrichit alors de plus en plus et, en 570, lorsque les Samiens se dotèrent d’un temple monumental, les Éphésiens ne purent souffrir que la puissance et la splendeur de leur cité soit surpassée. Ils décidèrent donc de faire construire un temple plus grandiose encore, et, à cette fin, ils n’hésitèrent pas à faire venir des architectes de Crète.

La cité devint à cette époque un véritable foyer culturel. De nombreuses écoles y virent le jour : médecine, rhétorique, philosophie Cette profusion culturelle fit d’Éphèse un centre intellectuel et artistique de tout premier plan dans le monde méditerranéen. Ceci se traduisit par un agrandissement de la cité vers l’est, en direction de l’Artémision. Cette expansion est d'abord le fait de la construction de nombreux bâtiments publics comme le gymnase et le stade : ceux-ci étaient alors en périphérie de la cité, dont le cœur était occupé par des habitations.

alt=Vases à figures rouges représentant le roi Crésus|thumb|Le roi lydien Crésus sur le bûcher, amphore attique à figures rouges peinte par Myson, vers 500-, musée du Louvre

Vers 561, la ville passa sous le contrôle de la Lydie et de son roi Crésus, qui finança la construction des colonnes pour l'édification du temple (, 92).. Sous sa domination, les Éphésiens furent contraints d’abandonner leur implantation au Koressos pour aller s’établir dans les environs de l’Artémision. Crésus voulait peut-être ainsi affaiblir le potentiel défensif de la cité, mais ce déplacement résulte également de la nécessité vitale pour la cité, conduite à l’asphyxie par l’augmentation rapide de sa population, de trouver de nouveaux espaces pour se développer.