Cet article contient les faits essentiels concernant l'histoire de la Grèce de la préhistoire à nos jours.
Il ne s'agit pas seulement de l'histoire du territoire de la Grèce actuelle, mais d'un ensemble de territoires où la civilisation grecque a régné au cours de ses épisodes successifs : la Grèce de l'époque mycénienne, la Grèce des cités classiques (Athènes, Sparte), la Grèce hellénistique de l'empire d’Alexandre le Grand (de la Macédoine à l'Afghanistan et à l'Égypte), la Grèce de l’Empire romain, puis de l'Empire byzantin, prolongement de l'Empire romain d'Orient, la Grèce sous domination ottomane, puis, après l'indépendance proclamée en 1821, le royaume de Grèce, et l'actuelle République hellénique, la troisième, qui date de 1974.
Les historiens disposent pour écrire l'histoire de cette civilisation de sources écrites et archéologiques abondantes depuis l'Antiquité : les premiers écrits en grec datent de l'époque mycénienne.
En 2024, la Grèce, pays de l'Europe du Sud-Est ou des Balkans, sur un territoire de , abrite une population d'environ de Grecques et Grecs, parlant très majoritairement le grec. La diaspora grecque concernerait près de six millions de personnes, principalement aux États-Unis (1 à 3 millions de Gréco-Américains), mais aussi au Canada, au Chili, à Chypre, au Royaume-Uni, en Afrique du Sud, Russie, Ukraine, Albanie, Allemagne, Australie...
Préhistoire
Quelques sites paléolithiques sont aujourd'hui connus en Grèce. Les traces de présence humaine les plus anciennes remontent à 700 000 BP dans la péninsule chalcidique, où un crâne de pré-néandertalien a été découvert à Petrálona (Πετράλωνα) Kokkoros, P. and A. Kanelis. 1960. « Découverte d'un crâne d'homme paléolithique dans la péninsule chalcidique. » Anthropologie 362 : pp. 534-537. Par ailleurs, des traces plus récentes, datant de 40 000 av. J.-C. ont été retrouvées. Trois grottes de la vallée du Louros furent occupées durant le Paléolithique. Un crâne d'homme de Néandertal fut découvert dans les environs de ThessaloniqueR. Barber, Greece, p. 13..
Dès le , des sites, annonçant une « révolution néolithique » déjà bien engagée en Orient, révèlent l'apparition de bergers et d'agriculteurs cultivant notamment la vigne et l'olivier.
Protohistoire La tradition grecque a gardé le souvenir fondateur de migrations successives. Les Grecs ont pu ainsi se reconnaître, par exemple, parmi les Achéens évoqués par Homère.
Aussi, avec l'arrivée depuis les régions septentrionales de guerriers indo-européens, aux IIIe et IIe millénaire , se développe une société plus complexe, plus hiérarchisée. L'usage du métal se répand, et l'on découvre également de nouvelles techniques de navigation et d'agriculture. Les indo-européens importent enfin leur langue et l'habitude de fortifier les villages.
Civilisation helladique
Civilisation cycladique thumb|left|Tête cycladique. Culture des Cyclades
L'archéologue grec Chrístos Tsoúntas a suggéré à la fin du , après avoir rapproché diverses découvertes sur de nombreuses îles, que les Cyclades auraient été englobées dans une unité culturelle au : la civilisation cycladiqueGuide Bleu. Îles grecques., p. 202., remontant à l'âge du bronze. Elle est célèbre pour ses idoles de marbre, retrouvées jusqu'au Portugal et à l'embouchure du Danube, ce qui prouve son dynamisme.
Elle est un peu plus ancienne que la civilisation minoenne de Crète. Les débuts de la civilisation minoenne furent influencés par la civilisation cycladique : des statuettes cycladiques furent importées en Crète et les artisans locaux imitèrent les techniques cycladiques, les sites d'Aghia Photia et d'Archanes en ont apporté les preuves archéologiquesFitton, 18.. De même, le cimetière d'Aghios Kosmas en Attique a révélé des tombes de type cycladique contenant des objets cycladiques pouvant indiquer soit la présence d'une colonie cycladique, soit une forte proportion de la population d'origine cycladique, en tout cas une influence cycladique certaineFitton, 19.
On distingue traditionnellement trois grandes périodes (équivalentes à celles qui divisent l'Helladique sur le continent et le Minoen en Crète)Guide Bleu. Îles grecques., p. 203. : le Cycladique ancien I (CA I) (3200 - 2800) dit aussi Culture Grotta-Pelos ; le Cycladique ancien II (CA II) (2800 - 2300) dit aussi Culture Kéros-Syros, souvent considérée comme l'apogée de la civilisation cycladique ; le Cycladique ancien III (CA III) (2300 - 2000) dit aussi Culture Phylakopi.
Civilisation minoenne thumb|Fresque à Knossos.
La civilisation minoenne se développe en Crète de 2700 à 1200 av. J.-C. Tirant son nom du nom du roi légendaire Minos, elle a été révélée par l'archéologue anglais Arthur John Evans au début du .
Civilisation mycénienne
La civilisation mycénienne est une civilisation préhellénique de l’Helladique récent (fin de l'Âge du bronze). Elle tire son nom de la ville de Mycènes, située dans le Péloponnèse. Cette civilisation avait pour écriture le linéaire B.
Au se développe la civilisation mycénienne, caractérisée par des fortifications de grande taille entourant des cités situées en hauteur telles Mycènes ou Tirynthe et dont il reste encore aujourd'hui de nombreux vestiges. Selon la tradition (cf. guerre de Troie), ces guerriers seraient responsables de la destruction de Troie. Cette puissance maritime, que l'on retrouve de la Sicile à la Colchide, fonde des colonies, les achaies. Vers 1200 av. J.-C., la splendeur mycénienne prend fin. S'ouvre alors une période que l'historiographie a longtemps appelé les « siècles obscurs », dont il reste assez peu de traces, hormis quelques passages des récits d'Homère ou d'Hésiode.
À partir du , les hommes se regroupent en cités, qui préfigurent les cités-États (voir synœcisme). En 776 sont organisés les premiers Jeux olympiques, en l'honneur de Zeus, le roi des dieux dans la mythologie grecque. Outre les épreuves sportives, dont la tradition se perpétue aujourd'hui encore, les compétitions portent alors également sur la littérature et la musique. C'est à cette époque que la civilisation grecque recommence à rayonner au-delà des rives de la mer Égée.
Antiquité Histoire de la Grèce antique, Athènes antique
Siècles obscurs, de -1150c à -750c Invasion dorienne L'historiographie moderne appelle siècles obscurs (Dark Ages, « Âges sombres » suivant l'expression anglaise d'origine), en Grèce antique, l'époque qui va du au
Les invasions qui aboutissent à la destruction de la civilisation mycénienne marquent le début de la période. Le submycénien commence en 1200 au maximum et s'étend jusque vers 1015. Il est suivi par le proto-géométrique. Celui-ci se termine avec l'émergence d'Athènes comme foyer culturel, vers 875, caractérisée par le succès d'une nouvelle forme de céramique dite géométrique, et l'avènement de l'âge des cités.
Époque archaïque, de -750c à -500c On désigne du terme époque archaïque une des cinq époques de l'histoire grecque, définie sur la base des styles de poterie. Elle commence vers 620 et se termine en 480. L'expression est parfois utilisée dans un sens plus large pour la période qui s'étale entre 750 et 480.
Époque classique, de -510c à -320c En ce qui concerne la Grèce antique, l'époque classique correspond à la majeure partie des , c'est-à-dire depuis la chute de la tyrannie à Athènes en 510 jusqu'à la mort d'Alexandre le Grand en 323.
L'expression d'« époque classique » est une dénomination postérieure à la période chronologique à laquelle elle renvoie. Les Grecs ont eu conscience que le monde qui existait avant l'épopée d'Alexandre le Grand et la dilatation du monde grec, pouvait être considéré comme un « âge d'or ». De manière plus contemporaine, l'époque classique sert à désigner la période durant laquelle les valeurs et les institutions fondamentales du monde grec trouvèrent leur pleine expression et arrivèrent à maturité.
Considérée comme la période de référence, il n'y a pas de rupture entre les différentes époques. « Époque classique » est une expression historique commode pour les historiens de ces périodes.
Époque hellénistique, de -330c à -150c thumb|Alexandre le Grand. Alexandre le Grand, Guerres des Diadoques, Koinè (grec), Art hellénistique
L’époque hellénistique (-), si l’on excepte les figures d’Alexandre le Grand et de Cléopâtre, est relativement méconnue. Elle est souvent considérée comme une période de transition, parfois même de déclin ou de décadence, entre l’éclat de l’époque classique grecque et la puissance de l’Empire romain. Cependant la splendeur des villes, telles Alexandrie, Antioche, Pergame, l’importance des échanges économiques, des métissages culturels, le rôle dominant de la langue grecque et sa diffusion vont profondément modifier le visage du Moyen-Orient antique y compris plus tard sous la domination romaine.
L’époque hellénistique a été définie par les historiens du (le terme « hellénistique » est employé pour la première fois par l’historien allemand Johann Gustav Droysen dans Geschichte des Hellenismus (1836 et 1843), à partir d’un critère linguistique et culturel à savoir l’accroissement spectaculaire des régions où l’on parle le grec ( / ) et donc du phénomène d’expansion de l’hellénisme. Cependant ce phénomène d’hellénisation des populations et de rencontre entre les anciennes civilisations orientales et grecques se poursuit y compris sous l’« Empire gréco-romain », selon l’expression de Paul Veyne. Les limites chronologiques de la période hellénistique sont donc conventionnelles et politiques : elles débutent avec les conquêtes d’Alexandre le Grand et se terminent quand le suicide du dernier grand souverain hellénistique, la reine d’Égypte , fait place à la domination romaine.
Les travaux archéologiques et historiques récents conduisent à réévaluer cette période et en particulier deux aspects caractéristiques de l’époque, l’existence et le poids des grands royaumes dirigés par des dynasties d’origine grecque ou macédonienne (Lagides, Séleucides, Antigonides, Attalides, etc.) mais aussi le rôle déterminant des centaines de cités dont l’importance, contrairement à une idée longtemps répandue, est loin de décliner.
Grèce romaine, de -146 à + 330 Grèce romaine La période de domination romaine en Grèce s'étend conventionnellement de -146 après le sac de Corinthe jusqu'à la reconstruction de Byzance par Constantin et sa proclamation en tant que seconde capitale de l'Empire romain en 330 apr. J.-C..
Grèce médiévale
L'Empire byzantin, prolongement de l'Empire romain d'Orient (395-476) En 395, à la mort de Théodose , l'Empire romain est divisé en deux : l'Empire romain d'Occident, qui disparaît en 476, et l'Empire romain d'Orient (en grec / « Empire romain », qui a été appelé au « byzantin » par Hieronymus WolfCe terme devenu courant dans l'historiographie occidentale de « byzantin » fait référence à l'ancien nom de Constantinople, « Byzance » (Byzantion, Byzantium).), qui dure jusqu'au . Le fait que les « Byzantins » se considéraient comme « romains » a laissé des traces : par exemple, le mot grec romeiotitè, qui signifie « grécité », l'adjectif (utilisé au ) « romaïque », pour nommer le grec moderne.
Un certain nombre de valeurs et de savoirs de l'Antiquité ont été conservés par les Romains d'Orient : droit écrit (le Code de Justinien et ses avatars), , absence de servage, collectivités agricoles libres, techniques agricoles élaborées (irrigation), architecture romane, aqueducs et eau courante, tout-à-l'égout et éclairage des villes, usage des bains publics, Les « bains turcs » dérivent-ils vraiment des thermes romains ?), et phares.
L'Empire romain d'Orient a aussi assuré la conservation et la transmission des textes antiques, notamment ceux de la philosophie grecque et de la médecine hippocratique, dans les universités de Constantinople, Trébizonde et Mistra. Ces savoirs ont aussi été transmis aux Arabes qui à leur tour les ont communiqués à l'Occident.