Le gouverneur général du Canada (en anglais : ) est le représentant du roi du Canada. En tant que représentant du monarque, il occupe également la position de commandant en chef des Forces armées canadiennes. Le gouverneur général est également selon la loi constitutionnelle de 1867, chargé, au nom du roi, d'administrer le gouvernement fédéral canadien.

L'actuelle titulaire de la fonction est Louise Arbour, gouverneure générale depuis le .

Nomination Le roi du Canada nomme le gouverneur général sur avis du premier ministre du Canada. De 1867 à 1952, chaque gouverneur général était natif du Royaume-Uni et membre de l'aristocratie britannique. Le dernier gouverneur général d'origine britannique fut Harold Alexander, Alexander de Tunis, qui fut en poste de 1946 à 1952. Depuis le mandat de Vincent Massey, gouverneur général entre 1952 et 1959, le poste a été occupé uniquement par des Canadiens. De plus, par tradition, celui-ci est tenu alternativement par des Canadiens anglais et des Canadiens français. Depuis 1967, le premier ministre ne communique au souverain qu'un seul nom lorsqu'il recommande une personne pour la fonction. Auparavant, une liste de plusieurs noms était fournie, laissant au monarque le soin de choisir. En général, le souverain est tenu par la Constitution de toujours suivre l'avis de ses premiers ministres, tant et aussi longtemps que ceux-ci gardent la confiance de la Chambre des communes et agissent de manière constitutionnelle.

Bien qu'impartiaux durant leur mandat, les gouverneurs généraux ont souvent été d’anciennes personnalités politiques. Depuis 1952, des personnes ayant déjà occupé les postes de diplomate, membre du Cabinet ou président de la Chambre des communes ont été nommées. Adrienne Clarkson, gouverneure générale de 1999 à 2005, était auparavant auteure et journaliste de télévision ; elle fut la première gouverneure générale dans l’histoire canadienne à ne pas avoir de passé politique ou militaire. Elle fut également la deuxième femme et la première personne d’origine asiatique à occuper ce poste. La première femme gouverneure générale du Canada fut Jeanne Sauvé, dont le mandat s'est exercé de 1984 à 1990.

Il est de tradition que la personne désignée reste en poste pour un minimum de cinq ans, mais en réalité, ce poste est occupé selon « le bon vouloir de Sa Majesté », et le premier ministre canadien peut demander au roi de prolonger le mandat. Ainsi, le mandat d’Adrienne Clarkson fut prolongé d’un an par la reine sur l’avis du premier ministre Paul Martin, car celui-ci croyait préférable de garder un gouverneur général expérimenté en poste tant qu’un gouvernement minoritaire était à la tête du pays. Par le passé, les mandats d’autres gouverneurs généraux tels ceux de Georges Vanier et Roland Michener ont eux aussi été prolongés.

Vacance de la fonction Dans l'éventualité où le gouverneur général décèderait, démissionnerait ou serait à l'étranger pour une période de plus d'un mois, il revient au juge en chef du Canada d'agir en tant qu’administrateur du Canada et d'exercer ainsi tous les pouvoirs du gouverneur général. Les seules personnes à avoir endossé cette responsabilité à la suite du décès d’un gouverneur général furent les juges en chef Lyman Poore Duff, succédant à Lord Tweedsmuir en 1940, et Robert Taschereau, succédant à Georges Vanier en 1967. De plus, à la suite de la démission de Roméo LeBlanc en 1999, le juge en chef Antonio Lamer exerça l'intérim. En 2005, Beverley McLachlin, juge en chef du Canada, a remplacé Adrienne Clarkson qui a dû être hospitalisée afin de se faire poser un stimulateur cardiaqueAdrienne Clarkson hospitalisée. Le , la gouverneure générale Julie Payette démissionne à la suite de la publication d'un rapport validant des accusations de harcèlement moral sur ses employés« La gouverneure générale Julie Payette démissionne », Radio-Canada, publié et consulté le 21 janvier 2021.. Richard Wagner en tant que juge en chef du Canada, et conformément à la Constitution, assure l'intérim.

Histoire vignette|Portrait de Charles Jacques Huault de Montmagny, premier gouverneur général de Nouvelle-France de 1636 à 1648. La colonisation française de l’Amérique du Nord a commencé dans les années 1580 (le territoire fut découvert par Jacques Cartier en 1534), mais la vaste colonie de la Nouvelle-France (composée du Canada, de la Louisiane et de l’Acadie) a seulement grandi pendant le début et le milieu du . L’explorateur Samuel de Champlain devint la première personne officiellement nommée au poste de gouverneur de la Nouvelle-France. À l’origine, la Nouvelle-France était administrée par la Compagnie des Cent-Associés ; en 1663, cependant, le roi Louis XIV a pris le contrôle de la colonie. Après 1663, la personne à la tête de l’administration française en Nouvelle-France était connue en tant que « gouverneur général » ; le premier à occuper cette fonction fut Charles Jacques Huault de Montmagny.

La France perdit la majorité de ses territoires nord-américains, Canada inclus, au profit du Royaume-Uni de Grande-Bretagne au cours de la guerre de Sept Ans (1756-1763), perte confirmée par le traité de Paris. La proclamation royale de 1763 a changé le nom du Canada en « Province of Quebec » et le poste de gouverneur de Québec fut créé par la même occasion. Le lieutenant-général Sir Jeffrey Amherst a gouverné la province durant les dernières années de la guerre de Sept Ans, mais le premier civil à occuper cette fonction fut James Murray (nommé en 1764). Les provinces de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick restèrent séparées, chacune avec son propre gouverneur. Dans les années 1780, le gouvernement britannique dirigé par le premier ministre William Pitt a accepté l’idée que les provinces de Québec, de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick ne devraient partager qu'un seul gouverneur-en-chef (plus tard appelé gouverneur général). La première personne à occuper ce poste fut Lord Dorchester (nommé en 1786). Le gouverneur général, ou gouverneur-en-chef, ne gouvernait cependant que la province du Bas-Canada ; le Haut-Canada, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse étaient en fait gérés par leurs lieutenants-gouverneurs respectifs. En 1840, le Haut et le Bas-Canada furent réunis pour créer la Province du Canada, qui est restée sous l’autorité directe du gouverneur général.

Le rôle du gouverneur général a énormément évolué au lendemain des rébellions de 1837. En effet, une dizaine d'années après ces rébellions, le gouvernement britannique a consenti à accorder aux provinces canadiennes le statut de gouvernement responsable. Cela eut pour effet de rendre le gouverneur général et les lieutenants-gouverneurs des gouverneurs de nom seulement, l’autorité étant en fait détenue par les législatures démocratiquement élues et les premiers ministres provinciaux. Cette répartition des rôles a perduré après l’établissement du dominion du Canada en 1867 : le gouverneur général et les lieutenants-gouverneurs sont demeurés les représentants symboliques de la Couronne et du gouvernement britanniques, alors que le pouvoir réel était dans les mains du premier ministre du Canada et de ses homologues provinciaux.

La fonction de gouverneur général a connu de grands changements durant la fin des années 1920 et au début de la décennie suivante, au lendemain de l'affaire King-Byng. En 1926, le premier ministre libéral William Lyon Mackenzie King a demandé au gouverneur général Lord Byng de Vimy de dissoudre le Parlement ; celui-ci, cependant, a utilisé son pouvoir de réserve pour refuser cette requête, arguant du fait que des élections générales avaient été tenues seulement quelques mois plus tôt. King a donc remis sa démission, et Lord Byng a nommé Arthur Meighen pour le remplacer à la tête du gouvernement. En une semaine cependant, le gouvernement conservateur de Meighen perdit un vote de non-confiance à la Chambre des communes, forçant le gouverneur général à dissoudre le Parlement et à déclencher les élections. Mackenzie King fut élu avec une majorité claire et revint avec la ferme intention de redéfinir le rôle du gouverneur général.

thumb|left|200px|Le duc du Devonshire, gouverneur général du Canada de 1916 à 1921Crédit : Dupras & Colas / Library and Archives Canada / C-001013.. Jusque dans les années 1970, les gouverneurs généraux portaient l’uniforme de cour, un habit ressemblant à l’uniforme militaire, comme le montre cette photo.

Lors d'une conférence impériale tenue plus tard en 1926, le Royaume-Uni, le Canada et les autres dominions ont tous accepté la déclaration Balfour. Celle-ci reconnaissait que chaque dominion était l’égal du Royaume-Uni, et que chaque gouverneur général agirait désormais dans son dominion seulement en tant que représentant de la Couronne et non en tant qu’agent du gouvernement britannique. Ce dernier rôle devait plutôt maintenant appartenir aux hauts-commissaires, équivalents des ambassadeurs. Le principe d’égalité entre les dominions fut développé plus avant par le Statut de Westminster en 1931. On abandonna le concept d’un grand empire dont les territoires appartenaient à la couronne britannique ; chaque dominion était un royaume à part entière et le souverain devenait ainsi roi du Royaume-Uni, roi du Canada, roi d’Australie, etc. Même si le dominion du Canada était maintenant reconnu comme indépendant et l’égal du Royaume-Uni, les responsabilités de gouverneur général ont traditionnellement continué à être confiées à des Britanniques, et non à des Canadiens. L’appellation « dominion » n’est plus qu'utilisée aujourd’hui dans les documents officiels vu la constitution de 1867, car elle impliquerait que le gouvernement britannique aurait une forme d’autorité sur le Canada, ce qui n’est pas le cas. Le premier gouverneur général de nationalité canadienne, Vincent Massey, ne fut nommé qu’en 1952.

D’autres changements importants ont été apportés à cette fonction durant le mandat de Roland Michener (1967-1974). Michener a assoupli les protocoles et les formalités entourant le poste ; par exemple, l’antique coutume de s’incliner devant le gouverneur général fut abandonnée. Michener a conservé l’uniforme militaire traditionnel associé à son office, mais il fut le dernier gouverneur général à le faire. En 1971, Michener visita Trinité-et-Tobago, devenant ainsi le premier gouverneur général à faire une visite d’État dans un autre pays. Cette visite fut initialement la source de controverses, car plusieurs soutenaient que le souverain, et non le gouverneur général, était techniquement le chef de l’État canadien. Mais la controverse n’a pas duré ; il est maintenant très commun pour un gouverneur général de faire des visites d’État.

La fonction de gouverneur général a occasionnellement été un sujet de controverses au Canada. L'organisme Citoyens et citoyennes pour une république canadienne milite pour une modification du poste, en vue de ce que cet organisme voit comme une éventuelle transformation vers un système présidentiel similaire aux républiques d’Irlande ou de l’Inde, remplaçant ainsi complètement la monarchie. D’un autre côté, des organisations comme la Ligue monarchiste du Canada sont favorables au maintien du rôle de gouverneur général en tant que représentant du monarque régnant. Depuis l’échec de l’Accord du lac Meech en 1987 et de l’Accord de Charlottetown en 1992, les politiciens canadiens se sont montrés réticents à ouvrir à nouveau la discussion sur la question constitutionnelle, surtout sur un sujet aussi polarisé que la monarchie. Il y a eu peu de débats sur une éventuelle abolition de la monarchie, principalement parce que beaucoup de Canadiens considèrent que le conflit portant sur la souveraineté québécoise est plus urgent. Ainsi, le mouvement républicain au Canada n’est pas aussi fort que des mouvements similaires apparus dans d’autres royaumes du Commonwealth tels que l’Australie.