L'offensive rebelle de 2024 en Syrie est une offensive militaire victorieuse lancée le , au cours de la guerre civile syrienne. Menée principalement par une coalition de groupes de l'opposition syrienne, appelée commandement des opérations militaires et dominée par Hayat Tahrir al-Cham (HTC), ainsi que par l'armée nationale syrienne (ANS), contre les forces gouvernementales de l'armée arabe syrienne, elle est nommée opération Dissuasion de l'agression par la première.

Elle est lancée en réponse aux bombardements accrus de la campagne à l'ouest d'Alep par l'armée syrienne.. C'est la première fois que les forces de l'opposition mènent une attaque à grande échelle depuis le cessez-le-feu d'Idleb, en , qui avait suivi l'offensive de Maarat al-Nouman et SaraqebLuc Mathieu, Syrie : la rébellion anti-Assad à l’assaut dans le Nord-Ouest, Libération, 28 novembre 2024..

En quelques jours, l'offensive, lancée au nord-ouest, puis élargie au sud, provoque l'effondrement du gouvernement syrien dans une grande partie du pays. L'armée syrienne est chassée d'Alep le , puis de Hama le , de Deir ez-Zor, Soueïda, Deraa, Qouneitra et Hassaké le , et de Homs le . Le au matin, après treize ans de guerre civile, Damas tombe, ne laissant que l'arrière-pays alaouite encore fidèle au régime, celui-ci est conquis dans la journée.

Contexte Depuis le cessez-le-feu instauré à Idlib en à la suite de l'offensive de Maarat al-Nouman et Saraqeb, les affrontements de grande envergure entre les forces de l'opposition et celles du régime dans le nord-ouest de la Syrie ont cessé. Toutefois, à partir de , des infiltrations sporadiques et des attaques ciblées se multiplient.

Le , alors que l'armée syrienne se rapproche dangereusement de son bastion d'Idlib, le chef de Hayat Tahrir al-Cham, Abou Mohammed al-Joulani, déclare : .

Le , Hayat Tahrir al-Cham organise un , destiné à crédibiliser ses capacités militaires et administratives auprès du reste de l'opposition syrienne. Durant cette conférence, le chef de Hayat Tahrir al-Cham, Abou Mohammed al-Joulani, déclare : .

En , une mobilisation d'envergure est observée dans les campagnes de l'ouest du gouvernorat d'Alep, impliquant à la fois Hayat Tahrir al-Cham et les forces gouvernementales. HTC semble avoir intensifié ses préparatifs en vue d'une offensive majeure contre les positions du régime dans la ville d'Alep. Par ailleurs, le , les forces gouvernementales mènent une attaque sur la ville d'Ariha, contrôlée par l'opposition, tuant ou blessant . L'objectif de l'offensive affiché par les rebelles est de mettre fin aux bombardements sur les civils d'Idlib, en détruisant des pièces d'artillerie et en attaquant des bases iraniennes et syriennes. Le , un accord de cessez-le-feu conclu entre Israël et le Hezbollah après plus de deux mois de guerre, mais ce dernier, allié clé du régime Assad, est extrêmement affaibli. La rébellion syrienne y voit une fenêtre d'opportunité pour lancer une offensive préparée de longue date.

Prélude Selon le chercheur Cagatay Cebe, cette offensive était planifiée depuis plus de quatre ans, lorsqu'une offensive du régime sur Maarat al-Nouman et Saraqeb inflige un revers cuisant à la rébellion, même si l'armée syrienne échoue à s'emparer d'Idlib. Coupée du monde extérieur et craignant pour sa survie, la rébellion commence à renforcer ses capacités miliaires et entame peu à peu un processus de restructuration, passant notamment par le recrutement de combattants étrangers incorporés au commandement militaire. Cette restructuration stratégique s'inspire d'observations et d'analyses inspirées d'autres théâtres de guerre à l'étranger comme la seconde guerre du Haut-Karabagh en 2020 et l'invasion russe de l'Ukraine depuis 2022. L'Ukraine, adversaire de la Russie comme la rébellion syrienne, envoie à Idlib des conseillers et des ingénieurs pour partager leur expérience de la guerre et aider à la construction d'usines de drones. Enfin, le groupe HTC réussit à faire la paix avec les groupes rebelles syriens rivaux et à les associer à son projet d'offensive.

Quelques mois avant leur offensive, les rebelles syriens lancent une cyberattaque visant des officiers syriens, utilisant une technique d'hameçonnage pour obtenir des informations confidentielles, à l'aide de messages frauduleux leur proposant des aides financières. Les données fournies par les soldats du régimes dupés permettent aux rebelles d'accéder notamment à leurs messages, leurs appels, et leurs coordonnées géographiques. Une carte interactive de leurs positions et de leurs mouvements est conçue. Des renseignements complémentaires sont obtenus par la rébellion en versant des pots-de-vin à des officiers sous-payés.

Déroulement

Offensive sur Alep

gauche|vignette|Évolution de la situtation à Alep et ses environs entre le 27 et le : Le , le commandement des opérations militaires, qui rassemble Hayat Tahrir al-Cham et le Front national de libération, annonce le lancement d'une offensive baptisée Dissuasion de l'agression contre les forces progouvernementales dans l'ouest du gouvernorat d'Alep. Cette offensive mobilise près de . L'armée turque est également présente dans la région d'Idleb, mais le président Recep Tayyip Erdoğan laisse les rebelles passer à l'offensive en raison de l'échec de ses tentatives de rapprochement avec Bachar el-Assad Syrie : après cinq ans de fronts gelés, des jihadistes lancent une offensive dans la région d'Alep, France 24, 28 novembre 2024.Laure Stephan, En Syrie, fulgurante offensive rebelle sur Alep, dans un Proche-Orient en pleine recomposition, Le Monde, 30 novembre 2024..

Au cours de la première journée, après un assaut combinant appuyé par des frappes d'artillerie précises et des cyberattaques perturbant la capacité de réaction du régime, sa principale ligne de défense s'effondre. Les rebelles prennent le contrôle d'une dizaine de villages — dont Shaikh Ali, Al-Muhandisin, Bsartun, Jobas et Kafr Battikh — ainsi que la base du régiment 46Dea*th toll update | More than 30 airstrikes and nearly 100 members kil*led during “Blocking Aggression” Operation in Aleppo, OSDH, 27 novembre 2024., auparavant tenue par les miliciens palestiniens du Liwa al-Quds et les Iraniens du Corps des gardiens de la révolution islamique. Les forces rebelles arrivent ainsi à une dizaine de kilomètres d'Alep. L'aéroport de Neirab, à l'est d'Alep, est également touché par une attaque de drones-suicides. De leurs côtés, les avions du régime syrien et les avions russes mènent plusieurs raids dans la zoneSyrie : au moins 57 morts dans des affrontements entre des djihadistes et des soldats, Le Figaro avec AFP, 27 novembre 2024.Syrie: plus d’une centaine de morts dans des affrontements entre armée et jihadistes près d'Alep, RFI avec AFP, 28 novembre 2024.. Des bombes barils sont larguées par des hélicoptères sur Kafr Battikh pour la première fois depuis 2020.

Le , les rebelles poursuivent leur progression, notamment avec la prise du village de Zerba et de la ville de Khan al-Assal. Ils arrivent alors à cinq kilomètres d'Alep et à la lisière de la ville de Saraqeb. L'autoroute M5, reliant Damas à Alep, est également coupée. À la fin de la journée, les rebelles contrôlent une quarantaine de villages et incitent les soldats syriens à faire défection. Plus de sont tuées lors des affrontements en l’espace de . Parallèlement, dans la ville d'Alep, des combattants d’élite de HTC réussissent à pénétrer dans la salle centrale des opérations et à tuer tous les commandants et officiers, ainsi qu’à détruire les tours de communication.

Le , les forces djihadistes et rebelles entrent dans la ville d'Alep par l'ouest et le sud-ouestSyrie: les forces jihadistes et rebelles entrent dans Alep après une offensive fulgurante, RFI avec AFP, 29 novembre 2024.. Les forces du régime n'opposent qu'une faible résistance et cinq quartiers tombent en quelques heures aux mains des assaillants. Les rebelles s'emparent également de la ville de SaraqebSyrie : les djihadistes et leurs alliés s’emparent de la ville stratégique de Saraqeb, lesoir.be, 29 novembre 2024. et de plusieurs autres localités, dont Al-Mansoura, Jab Kas et Al-Bawabiya, contrôlant ainsi une cinquantaine de village depuis le début de l'offensive. De son côté, l'aviation russe intensifie ses frappes, tandis que l'armée syrienne envoie de nombreux renforts à Alep, avec notamment des éléments de la division des forces spéciales (ex-Forces du Tigre), de la division blindée et de la milice palestinienne du Liwa al-QudsSergio Cantone, L'attaque sur la ville d'Alep ravive la guerre en Syrie après cinq ans de trêve, euronews, 29 novembre 2024..

Au cours de la nuit du 29 au , les défenses du régime s'effondrent totalementCamille Neveux, Offensive des jihadistes syriens sur Alep : «l’effondrement des positions du régime est spectaculaire», Libération, 29 novembre 2024.. Les rebelles atteignent la citadelle et la grande Mosquée d'Alep et prennent le contrôle de la moitié de la villeOffensive éclair en Syrie : la moitié d'Alep passe sous contrôle des jihadistes et de leurs alliés; France 24, 30 novembre 2024.. Au matin du , la majeure partie de la ville est en leurs mains, avec notamment la prise de nombreux bâtiments gouvernementaux, dont le gouvernorat, le siège de la police et des prisonsEn Syrie, les djihadistes et les rebelles contrôlent la « majeure partie d’Alep », Le Monde, 30 novembre 2024.. À la prison de la sécurité militaire, ils libèrent une centaine de détenus. Selon l'OSDH, un bombardement russe à l'intérieur de la ville cause la mort d'au moins 16 civilsSeize civils tués dans une frappe sur Alep, lorientlejour.com, 30 novembre 2024..

Le , en réaction à l'avancée des rebelles, les Forces démocratiques syriennes (FDS) se remobilisent dans les quartiers kurdes de Cheikh Maqsoud et d'Achrafieh, dans le nord de la ville d'Alep. Le lendemain, elles investissent différentes positions abandonnées par le régime, notamment la zone industrielle de Cheikh Najjar, la de Sfireh et Dayr Hafir. Elles entrent également dans les villes chiites de Nubl et Zahraa et à l'aéroport international d'Alep, mais les abandonnent peu après aux rebelles.

À la fin de la journée du , la ville d'Alep est abandonnée par les troupes du régime et son contrôle se retrouve partagé entre les rebelles et les Forces démocratiques syriennes, qui engagent des pourparlersSyrie : la grande ville d’Alep échappe au contrôle du régime de Bachar Al-Assad après l’offensive de groupes islamistes radicaux, Le Monde, décembre 2024..

Le , HTC investit l'école d'artillerie de campagne et de l'académie militaire, à la périphérie sud d'Alep.

Offensive de l'Armée nationale syrienne dans le gouvernorat d'Alep

Le , l'Armée nationale syrienne lance depuis la ville d'al-Bab, à l'est d'Alep. En quelques heures, elle parvient à occuper l'aéroport militaire de Kuweires et couper l'autoroute M4, qui traverse la Syrie d'ouest en est. Le , elle continue sa progression en direction des zones cédées par le régime aux Forces démocratiques syriennes comme Sfireh et . Elle prend également la ville de Khanasser et ouvre un nouveau front contre les FDS à Tall Rifaat, qui tombe au bout de quelques heuresDes forces proturques ont pris Tal Rifaat, ville stratégique tenue par les Kurdes dans le nord de la Syrie, lorientlejour.com, décembre 2024.. La base aérienne de Menagh et la ville de Kafr Naya sont également prises dans ce cadre. Le (dernier reliquat de la de l'Administration autonome du Nord et de l'Est de la Syrie) est liquidé à cette occasion, rejetant à déplacés kurdes sur les routes de l'exil. Le commandant en chef des FDS, Mazloum Abdi, indique être en relation pour permettre leur évacuation vers des zones toujours contrôlées par les FDS dans le nord-est du pays. Le , il annonce que, avec l'aide de la coalition, leur évacuation est terminée.