Apelle peignant Campaspe en présence d'Alexandre est un tableau réalisé par le peintre français Jacques-Louis David vers 1813-1814La datation est incertaine : les notices du musée de Lille et la base Joconde indiquent « vers 1814 », le dessin préparatoire est daté de 1813, et certaines sources proposent une date plus tardive, vers 1819, période de l'exil de David à Bruxelles.. De format horizontal, cette huile sur bois (96,5 × 136,2 cm) est une peinture d'histoire laissée inachevée. Elle est conservée au palais des Beaux-Arts de Lille, à Lille, en France.

Sujet L'œuvre illustre un épisode rapporté par Pline l'Ancien dans son Histoire naturelle. Alexandre le Grand charge le peintre Apelle de réaliser le portrait de sa maîtresse Campaspe ; en la peignant, l'artiste tombe amoureux de son modèle. Lorsqu'il s'en aperçoit, Alexandre, plutôt que de s'en irriter, lui cède Campaspe. David choisit de représenter non pas l'acte de peindre, mais l'instant où le regard du peintre change de nature : Apelle, le bras retombé et le pinceau abandonné, cesse de considérer Campaspe comme un simple modèle pour la contempler.

Description Campaspe pose nue, une main dans ses cheveux blonds, assise au bord d'un lit ; elle baisse les yeux et détourne le visage. Apelle, vêtu, est assis devant une grande toile sur laquelle se distingue le dessin préparatoire des figures ; à ses côtés est disposée une nature morte détaillée représentant ses instruments de peintre. Peu vêtu mais coiffé d'un casque, le roi de Macédoine, se tient debout derrière l'artiste, la main tendue vers son épaule, comme pour le tirer de sa rêverie. Le fond, sombre et uni, est dépourvu de profondeur ; le tableau est resté inachevé par endroits, notamment le corps d'Alexandre et le sol sur le côté gauche.

Contexte L'œuvre intervient tardivement dans la carrière de David. Après Les Sabines (1799), les grandes compositions mythologiques s'effacent de sa production, qu'il consacre presque entièrement, sous le Consulat puis l'Empire, au portrait et à la figure de Napoléon. Le retour à un sujet purement antique fait de cette toile une exception dans son œuvre de la période. Commencée en France avant l'exil du peintre à Bruxelles en 1816, elle l'accompagne en Belgique et reste inachevée à sa mort en 1825. Selon le musée de Lille, l'anachronisme entre le récit antique et un décor contemporain relève d'un parti propre au néoclassicisme : David, chef de file du mouvement, transpose le sujet pour le rendre familier au public de son temps.

Analyse Le tableau est rattaché à l'esthétique néoclassique par la sobriété de sa palette, l'idéalisation sculpturale des corps et la composition resserrée des trois figures disposées comme sur un bas-relief. La scène peut être lue comme une opposition entre deux formes d'amour : l'amour physique incarné par Alexandre, guerrier et nu, et l'amour intellectuel du peintre pour son modèle selon un motif d'origine antique repris à la Renaissance puis à l'époque néoclassiqueCette lecture gagnerait à être appuyée par une source secondaire.et matérialisé par la présence d'une sculpture de philosophe au dessus du chevalet.

L'historien de l'art Philippe Bordes propose quant à lui, une analyse autobiographique : le traitement du fond, proche de celui des portraits de David, ainsi que l'abattement visible d'Apelle, font écho à la situation de l'artiste exilé après la chute de l'Empire. Cette hypothèse est renforcée par le Portrait de Jacques-Louis David peint à Bruxelles en 1825 par son élève Jérôme-Martin Langlois (musée du Louvre), qui figure le maître tenant en main le dessin préparatoire de cette composition. Ce portrait étant le dernier de David c'est d'une importance capitale.

Histoire de l'œuvre Restée inachevée dans l'atelier de David, la toile figure à la vente après son décès en 1826, puis en 1835, où elle est finalement vendue pour la somme dérisoire de 201 francs. Elle passe ensuite dans plusieurs collections (baron Meunier en 1874, puis Jules David-Chassagnole) avant d'être acquise par le musée de Lille en 1885, par voie de legs. Elle est restaurée en 1920.

Œuvres en rapport Le sujet d'Apelle et Campaspe a été traité par d'autres peintres, notamment Giovanni Battista Tiepolo. L'élève de David, Jérôme-Martin Langlois, reprend la composition de son maître dans Générosité d'Alexandre (Salon de 1819, musée des Augustins de Toulouse).

Notes et références Notes

Références

Liens externes

Apelle peignant Campaspe en présence d'Alexandre, site web du palais des Beaux-Arts de Lille Apelle peignant Campaspe en présence d'Alexandre, site web Musenor

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