Gian Giorgio Trissino dit Le Trissin (né le à Vicence en Vénétie, mort le à Rome) est un écrivain et poète italien de la Renaissance.
Biographie Gian Giorgio Trissino naquit à Vicence, le : le nom de son père et de ses aïeux est quelquefois écrit Tressino ou Dressino. Paolo Beni a composé une histoireTrattato dell’origine e fatti illustri della famiglia Trissina, Padoue, 1624, in-4°. Mazzuchelli ne connaissait pas cette édition et croyait que ce livre était resté manuscrit. de cette famille ; il la montre déjà illustre, à Vicence, au . Le Trissin n’avait que sept ansQuelques biographes disent neuf ans. lorsqu’il perdit son père, dont le prénom était Gaspard, et il ne paraît pas que sa mère, Cecilia Bevilacqua, née à Vérone, ait pris un grand soin de son éducation littéraire. Il commença tard ses études : ses parents avaient craint que l’application ne compromît la santé d’un fils unique ; c’est ce qu’on litAccessisti serus ad studia litterarum, ex indulgentia parentum qui filio timebant unico in spem successionis et maximarum opum clarissimæ familiæ suscepto. dans une lettre que Parrasio lui adressa plusieurs années après. Quelques-uns même, et particulièrement Giovanni Imperiali (Mus. histor., p. 43), ont prétendu qu’à vingt-deux ans il n’avait pas encore appris la grammaire latine. Cette assertion a été contredite : Tiraboschi ne la trouve pas rigoureusement réfutée. Quoi qu’il en soit, Trissino eut pour premier maitre un prêtre de Vicence, nommé François de Gragnuola. Il étudia ensuite à Padoue, si nous en croyons Papadopoli, auteur d’une histoire de l’université de cette ville ; mais ce fait aussi a semblé douteux. On s’accorde à dire qu’il répara promptement le temps perdu ; que la littérature ancienne, grecque et latine, lui devint bientôt familière ; qu’il dévorait les livres, et que Démétrios Chalcondyle, dont il suivit les leçons à Milan, admirait la rapidité de ses progrèsDii boni ! Quam cito non modo latinam, sed etiam græcam vorasti linguam, verior helluo librorum quam M Cato ! ... Prædicantem Demetrium ... sæpe audivi neminem ex ejus auditoribus adeo brevi tantum profecisse. Parrasio, dans la même lettre.. Si Lilio Gregorio Giraldi était en même temps, comme on l’assure, l’un des auditeurs de Chalcondyle, les études du Trissin à Milan ne sont à placer qu’en 1507 : il avait alors vingt-sept ans, et il y a dans l’histoire de sa vie quelques autres faits dont les dates sont antérieures à celle-là. Il fit en effet, à l’âge de vingt-deux ans, c’est-à-dire en 1500 ou 1501, un premier voyage à Rome, y passa deux années, et de retour à Vicence, il épousa Giovanna Tiene, que Zeno et Maffei appellent par erreur Giovanna Trissina. L’époque de ce mariage n’est pas bien déterminée : plusieurs biographes indiquent l’année 1504 ; Niceron et Ginguené, 1503 ; Maffei, 1502. Nous savons du moins que Trissino eut de sa première femme deux fils, dont l’un, nommé Francesco, périt fort jeune ; nous parlerons bientôt de l’autre, que distinguait le prénom de Giulio : leur mère ne vécut que jusqu’en 1510. L’année suivante mourut Démétrios Chalcondyle, à qui Trissin fit, par reconnaissance, élever un monument avec une inscription qu’Argelati a transcrite, et qui se lit encore dans une église de MilanP. M. Demetrio Chalcondylæ atheniensi, in studiis litterarum græcar. eminentissimo, qui vixit annos LXXVII, mens. V, et obiit anno MDXI J. Georg. Trissinus, Gasp. filius, Præceptori optimo et sanctissimo, posuit.. Dès les premières années du pontificat de Léon X, Trissino revint à Rome, où son savoir, ses talents et ses mœurs lui concilièrent l’estime publique. Il avait étudié non-seulement les belles-lettres, mais aussi les sciences mathématiques et physiques, la théorie de tous les beaux-arts et spécialement de l’architecture. Déjà connu par quelques essais poétiques, il devint célèbre, en 1514 ou 1515, par sa tragédie de Sofonisba. On a dit et Voltaire a répété plusieurs fois qu’elle fut représentée en 1514, à Vicence, sur un magnifique théâtre, construit tout exprès pour elle. Ce récit n’est pas invraisemblable, quoiqu’on ait prétendu quelquefois que cette pièce n’avait été achevée qu’en 1515. D’autres disent que le pape Léon en fit donner une représentation solennelle : Voltaire s’est abstenu de rapporter ce fait, qui n’est aucunement prouvé, selon Tiraboschi et Ginguené. Dans une lettre de Rucellai au Trissin, datée du , il est dit que peut-être la Sofonisba sera jouée devant le pape, durant le séjour qu’il doit faire à Florence ; il faut noter pourtant que ces mots ne se trouvent point dans l’une des copies manuscrites de cette épître. Ce qui est avéré, c’est que Trissino eut le bonheur d’inspirer à Léon X une haute idée de ses talents et de ses lumières. Il fut chargé par ce pontife de plusieurs négociations importantes : il remplissait une mission de cette nature à Venise, depuis le mois de jusqu’au , comme on le voit par des lettres de Bembo. Envoyé pareillement auprès du roi de Danemark Christian II et de l’empereur Maximilien, avant 1519, Trissino s’acquitta si bien de ces fonctions qu’il sut mériter à la fois les bonnes grâces du pontife qui les lui confiait et celles du chef de l’empire. Celui-ci lui accorda le droit de mettre la Toison d’or dans ses armoiries et de prendre le surnom dal Vello d’oro ; c’est ainsi que sont signées deux lettres qu’il a écrites depuis au cardinal Madruzzo, évêque de Trente. Il avait aussi reçu de Maximilien la qualité de chevalier et de comte. Charles Quint, auprès duquel il a rempli de semblables missions après 1519, lui confirma ces titres et ces privilèges. Mais a-t-il été inscrit dans l’ordre des chevaliers de la Toison d’or ? On ne s’accorde pas sur ce point. Manni l’affirme dans le tome 5, p. 137, de ses observations sopra i sigilli ; mais Tiraboschi et, avant lui, Apostolo Zeno l’ont contesté : ils pensent que le surnom Vello d’oro et le titre de chevalier étaient pour le Trissin indépendants l’un de l’autre ; ils observent qu’il ne s’est jamais permis de les réunir et en concluent que la permission de s’en décorer n’a point entraîné son inscription dans cet ordre. Toutefois il avait joint à ses armes les mots grecs τό ζητούμενον ἁλωτόν (qui cherche trouve), empruntés de l’Œdipe roi de Sophocle (v. 110). Léon X étant mort en , Trissino revint à Vicence. En 1523, il prit dans sa propre famille une deuxième épouse, Bianca Trissina, dont il eut bientôt un fils, nommé Ciro, et une fille. Profitant de ses loisirs pour se livrer à ses goûts littéraires, il publia, en 1529, plusieurs écrits relatifs à l’orthographe italienne, à la grammaire, à la poétique. Cependant Clément VII, souverain pontife depuis 1523, réclama ses services et l’envoya, comme avait fait Léon, auprès du gouvernement de Venise et à la cour de Charles Quint. Au couronnement de cet empereur à Bologne, en 1530, le Trissin porta la queue de la robe du pape. Après cette cérémonie, il se hâta de regagner Vicence, d’où il continua néanmoins de faire quelques voyages à Rome. Il jouissait d’une égale considération dans ces deux villes, aussi bien qu’à Venise : partout on le comblait d’honneurs. Quoiqu’il eût perdu, en 1525, le plus intime de ses amis, Giovanni Rucellai, qui lui avait dédié le poème des Abeilles, et auquel il avait lui-même consacré un de ses livres de grammaire, il lui restait d’honorables relations avec plusieurs hommes de lettres, par exemple avec son ancien condisciple Giraldi et, selon Crescimbeni, avec le Vénitien Girolamo MolinoGirolamo Molino, noble vénitien, naquit en 1500. Il était fils de Pietro Molino et de Chiara Capello. Dès sa jeunesse, il cultiva l’amitié de plusieurs hommes célèbres, tels que le Trissin et Bembo. Il employait une partie de sa fortune à secourir d’estimables littérateurs, qu’il voyait lutter contre une extrême pénurie. Pour se mieux livrer lui-même à l’étude des lettres et des sciences, il fuyait les emplois publics qui seraient venus le chercher. Ses poésies italiennes lui avaient acquis, en 1540, quelque renommée ; il mourut à Venise le 25 septembre 1569. Ses vers ont été recueillis en 1573, 1 vol. in-8°, imprimé dans cette même ville. J. M. Verdizotti a écrit une notice sur sa vie.. Ce fut vers l’an 1535 qu’il commença de contribuer au développement des talents de l’architecte Andrea Palladio, qui était né en 1518 : il fut sinon son maître, du moins son protecteur, son ami et quelquefois son guide ; il le mena plusieurs fois à Rome. On dit plus : on raconte qu’il lui enseigna les premières règles de l’architecture, qu’il lui expliqua Vitruve, qu’il lui donna le nom même de Palladio, et qu’il lui fournit les dessins du palais de la villa Cricoli ; mais ces faits et surtout les deux derniers ont été contestés. Cette maison de campagne de Cricoli appartenait au TrissinOn lit sur l’architrave : Academiæ Trissineæ lux et rus. : de là est datée l’une des deux lettres qu’il a écrites, en 1538, au duc de Ferrare, Hercule II, et qui montrent à quel point il avait gagné l’estime et la confiance de ce prince. Depuis longtemps il prospérait : les pertes qu’il avait essuyées pendant huit ans de guerre, avant 1513, étaient amplement réparées par les bienfaits des papes et des empereurs ; il en convient dans une lettre à son ancien précepteur, François de Gragnuola ; mais la fortune réservait quelques chagrins à sa vieillesse. D’abord il eut à soutenir un long et pénible procès contre des communes qui dépendaient de lui ; ensuite il lui fallut plaider avec son propre fils, ce Giulio, né du premier mariage et qui était devenu archiprêtre de la Cathédrale de Vicence. Le tendre attachement du Trissin à sa seconde femme et sa prédilection pour le fils, Ciro, qu’elle lui avait donné excitèrent la jalousie de Giulio, qui, brouillé bientôt avec la belle-mère, ne tarda point à l’être avec le père même : il réclama l’héritage de sa mère Giovanna Tiene, revendiqua la plus grande partie des biens de la famille et jusqu’à la villa Cricoli. Irrité de ces prétentions, Trissino résolut de s’éloigner du fils ingrat qui les élevait ; il quitta Vicence pour se retirer à Murano, île de la lagune de Venise, et y travailler plus tranquillement au poème de l’Italia liberata da Gotti, qu’il avait entrepris depuis 1525. Mais une autre affliction lui survint : il perdit, en 1540, sa deuxième épouse, Bianca Trissina. Ce malheur lui fit prendre la résolution de retourner à Rome, où Ciro, son jeune fils, l’accompagna. L’étude seule pouvant le consoler, il reprit dans cette ville ses travaux littéraires et s’y livra avec tant d’ardeur qu’en 1547 il publia, outre sa comédie des Simillimi ou des Ménechmes, les premiers chants de son grand poème ; les autres parurent l’année suivante. Cependant l’archiprêtre Giulio poursuivait le procès d’autant plus vivement qu’il se sentait, d’une part, menacé d’une exhérédation totale, et de l’autre, soutenu par les intrigues et le crédit de la plupart des membres de sa famille maternelle. Le Trissin se vit obligé de se transporter à Venise en 1548, et à cause de la goutte qui le tourmentait, il ne put faire ce triste voyage qu’en litière. Avant le jugement définitif, il voulut aller à Vicence et y trouva Giulio usant de l’autorisation qu’on lui avait donnée de faire saisir tous les biens en litige. Il restait au père fort peu d’espoir d’en recouvrer jamais la possession ; car le fils ne gardait plus de ménagements depuis qu’il savait qu’en effet le Trissin, annulant un premier testament, en avait signé un autre, où il léguait tous ses biens à Ciro et aux enfants de Ciro, après lesquels, s’ils venaient à manquer, la maison de Cricoli passerait à la république et les autres propriétés seraient partagées entre les procurateurs de Saint-Marc. La cause fut jugée enfin, et Trissino père dépouillé de la meilleure partie de ce qu’il avait possédé. Pour la dernière fois, il quitta Venise et Vicence, après avoir composé huit vers latins, où il se plaignait de la dureté de son fils et de l’iniquité de ses juges. Le fond de l’affaire n’est point ass