Lifta (; ) était un village palestinien situé aux alentours de Jérusalem, existant jusqu’à la fin de la Palestine mandataire. Ses habitants ont été expulsés par des milices paramilitaires sionistes pendant la guerre de 1948 en Palestine.
À l’époque ottomane, le village avait 400 habitants, tous musulmans. En 1834, une bataille a lieu durant la révolte de Palestine. Lors du recensement britannique de 1922, 1451 habitants sont enregistrés, tous musulmans. Avant 1948, le village avait des vergers, des moulins à huile, un pressoir à vin, une clinique moderne, deux cafés, deux charpentiers, des salons de coiffure, un boucher et une mosquée. Selon les statistiques de Village de 1945, la population est estimée à 2250 habitants, dont 20 chrétiens. Quelques Juifs y habitaient, et un ancien habitant juif décrit les relations entre sa famille et la majorité arabe comme excellentes.
Pendant la guerre de 1948, un massacre a lieu le , quand une milice paramilitaire juive attaque un café à la mitrailleuse et à la grenade. La maison du moukhtar est incendiée par les sionistes et 20 maisons démolies détruites. Lifta est le premier village palestinien expulsé des 38 du sous-district de Jérusalem, et un des 500 de toute la Palestine à connaître ce sortet le village repeuplé par des immigrants juifs. En , Israël déclare Lifta (Mei Neftoach) réserve naturelle nationale. Le village est surnommé le Palestinian ‘Pompeii’ in Jerusalem could face demolition.
Géographie vignette|250px|Source de Lifta.
Le village est situé sur le versant ouest et nord-ouest d’une colline escarpée dominant l’oued Salman (Wadi Salman). Les rues du village suivaient la courbe de la colline. La route entre Jérusalem et Jaffa passait immédiatement au sud du village ; quelques chemins reliaient Lifta aux villages voisins. L’oued Shami était utilisé pour irriguer les cultures. Lifta se trouvait à seulement à 5 kilomètres à l’ouest de Jérusalem. À la fin de la période du mandat britannique, le village s’agrandit vers le sud-est, les dernières maisons de Lifta rejoignant celles du quartier ouest de Jérusalem, Rumaymah ou , ainsi que vers le sud et le sud-ouest, le long de la route Jaffa-Jérusalem. Le territoire de Lifta se trouve au nord et au nord-ouest de Jérusalem. Le village était situé à une altitude d’environ 675 m« Welcome To Lifta - لفتا (ליפתא) », Palestine Remembered, consulté le 6 mai 2025..
Histoire vignette|250px|Carte de Lifta, avec Jérusalem à gauche dans les années 1870.
Antiquité
Une source permanente est vue comme le site primitif du village. Parmi les découvertes archéologiques autour de la source se trouvent une grotte utilisée comme tombeau, des fragments de poterie du bronze moyen II et de l’âge du fer II.
D’autres restes archéologiques de l’âge du fer II ont été découverts au villageLifta and the Regime of Forgetting: Memory Work and Conservation, Daphna Golan, Zvika Orr, Sami Ershied, Jerusalem Quarterly, 2013, volume 54, 69-81.Lifta Documentation and Initial Survey (in Hebrew), 2013, Israeli Antiquities Authority].Lifta, Archaeological Annex to Development plan, 2003 Israeli Antiquities Authority.
Identification biblique Le site est considéré par certains comme identique à celui du village biblique de Mei Neftoach (), peuplé anciennement. Nephtoah (en hébreu ancien נפתח, littéralement la source du détroit) est mentionné dans la bible hébraïque à la frontière entre les tribus israélites de Juda et de Benjamin et qu’il était le point le plus au nord de la tribu de JudaNephtoah Bible Dictionary. D’autres universitaires considèrent cette identification comme plausible mais non certaine. Kitchener et Conder jugent cette identification insatisfaisante, et préfèrent identifier Lifta avec Eleph, de la tribu de Benjamin (cité dans le livre de Josué 18:28)Conder and Kitchener, 1881, SWP III, p. 18, 47.
Périodes romaine et byzantine
Les Romains et les Byzantins l’appellent NephthoHeritage conservation in Israel: Lifta.
Croisades
Aucune information n’est disponible pour la période islamique. À l’époque des Croisades, les Européens appellent le village Clepsta. Les restes d’une cour de maison de l’époque des Croisades ont été retrouvées au centre du villagePringle, 1997, 66..
Période ottomane
vignette|Une jeune fille de Lifta, vers 1919-1920 (photo de Silas et Anna Weaver Hertzler). En 1596, Lifta était un village de la nahié (sous-district) de Jérusalem de la liwa' de Jérusalem, et avait une population de 72 ménages musulmans, soit environ 396 habitants. Tous les revenus fiscaux allaient à une fondation religieuse, ou waqfHütteroth and Abdulfattah, 1977, 115. Cité par Khalidi, 1992, 301..
En 1834, une bataille a lieu durant la révolte de Palestine. Ibrahim Pacha conduit son armée qui défait les rebelles, menés par le cheikh , un notable important qui habitait le village. La famille de Kassim al-Ahmad restait puissante et dominait la région au sud-ouest de Naplouse de leurs villages fortifiés de Deir Istiya et Beit WazanKhalidi, 1992, 301.. En 1838, le bibliste Edward Robinson cite Lifta comme village musulman, situé dans la zone Beni Malik, à l’ouest de JérusalemRobinson and Smith, 1841, volume 3, Appendix 2, 123.Robinson, Smith, 1841, volume 2, 140..
En 1863, Victor Guérin décrit Lifta, entouré de jardins de citronniers, orangers, figuiers, grenadiers et abricotiersGuérin, 1868, 252-256.. Une liste de village ottomane de 1870 indique 117 maisons et 395 hommesSocin, 1879, 157.Hartmann, 1883, 118, compte aussi 117 maisons..
Le rapport du fonds d’exploration de la Palestine de 1883 décrit un village sur le côté d’une colline avec, au sud, une source et des tombeaux taillés dans la pierreConder et Kitchener, 1883, III:18. Cité par Khalidi, 1992, 301..
En 1896, la population est estimée à 966 habitantsSchick, 1896, 126..
En 1907, l’historien allemand Gustav Rothstein est invité à Lifta par son professeur d’arabe, Elias Nasrallah Haddad. Il écrit un article de 20 pages décrivant les cérémonies de mariage et les fêtes religieuses à LiftaRothstein, 1914, 102 -123..
Période du mandat britannique thumb|left|Carte de Lifta dans les années 1940. thumb|Lifta en 1945. vignette|Salle de classe de Lifta avec l’instituteur Mohammad Rabi' au milieu, 1947.
En 1917, Lifta se rend aux forces britanniques en agitant le drapeau blanc et symboliquement, les clés du villageGilbert, 1936, 157-68..
Dans le recensement de 1922, Lifta a 1451 habitants, tous musulmansBarron, 1923, Table VII, sous-district de Jérusalem, 14. augmentant à 1893 au recensement de 1931 (les habitants de Lifta étant alors comptés avec l’, ou orphelinat syrien) ; parmi eux, 1844 musulmans, 35 juifs et 14 chrétiens, avec 410 maisonsMills, 1932, 41..
Pendant les émeutes de 1929, selon une source israélienne, quelques villageois de Lifta participaient aux bandes qui ont attaqué et pillé les communautés juives des alentours.
Dans les statistiques des villages de 1945, la population de Lifta était de 2250 habitants, dont 2230 musulmans et 20 chrétiensGouvernement de Palestine, Department of Statistics, 1945, 25 ; la superficie totale était de 8743 dunamsGouvernement de Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, 57., dont 3248 dunams consacrés aux céréalesGouvernement de Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, 103. et 324 construitsGouvernement de Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, 153..
Avant 1948, le village, avec environ 2500 habitants, avait des vergers, des moulins à huile, un pressoir à vin, une clinique moderne, deux cafés, deux charpentiers, des salons de coiffure, un boucher et une mosquée. Quelques Juifs habitaient dans le village, et un ancien habitant juif a décrit la relation de sa famille avec la majorité arabe comme . La partie arabe de la population possédait 89 % des terres, les Juifs environ 8 %, le restant étant des terres publiques« Lifta — لِفْتا », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consulté le 6 mai 2025..
L’économie du village dépendait fortement des liens avec Jérusalem, dont le marché absorbait les produits agricoles des paysans de Lifta, qui profitaient des services de la ville. Dans les années 1940, la prospérité du village s’est beaucoup accrue, permettant d’améliorer le réseau routierIllan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : Fayard, 2008. . Version électronique, 98.. Deux cafés et un club étaient le centre de la vie sociale à Lifta, attirant même des clients de Jérusalem. Deux écoles se trouvaient au village, une pour les filles et une pour les garçons, l’école de filles ayant été financée collectivement par plusieurs villages.
Guerre de 1948 et expulsion
Dans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, Lifta est attribué à la zone sous contrôle international autur de JérusalemSami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949..
Dans la guerre civile de 1947-1948 Lifta, Romema et Shaykh Badr, situés stratégiquement sur la route de Jérusalem à Tel-Aviv, étaient prioritaires dans les opérations des forces juives. L’histoire officielle de la Haganah indique simplement que les habitants de Lifta ont le village [aux Israéliens]. Selon Benny Morris, quelques familles avaient quitté le village après que la décision ait été prise, un peu avant le , d’évacuer les femmes et les enfants afin d’accueillir un compagnie de militairesMorris, 2004, 119-120.. Selon Ilan Pappé, le premier accrochage se situe en décembre, quand le propriétaire d’une station-service de Romema, mais vivant à Lifta, est tué par la Haganah, sous le prétexte (fallacieux) qu’il incitait les Arabes à caillasser les véhicules des Juifs qui traversaient le village. En réplique à cet assassinat, les habitants de Lifta se mettent effectivement à jeter des pierres sur les véhicules des JuifsPappé, 97.. Selon Morris, les premiers accrochages remontent à mi-décembre, quand une milice paramilitaire arabe prend des positions pour défendre Lifta. Les patrouilles de la Haganah échangeaient quelques coups de feu avec ces miliciens, alors que l’Irgoun et le Lehi étaient bien plus agressifs. Le , le village subit un massacre. La Haganah lança une attaque à la grenade et à la mitrailleuse sur le café de Salah Eisa. Afin de faire comprendre aux habitants qu’ils devaient quitter leur village, la maison du moukhtar est incendiée, et 20 bâtiments détruitsCertains placent ce café à Lifta (Morris 2004 et Levy 21), d’autres à Romema (Krystall 1999) - deux villages voisins.. L’attaque fait sept morts (six selon d’autres sources) ; de nombreuses femmes et enfants quittent le village. Le même jour, les terroristes du Lehi attaque de son propre chef un bus arabe et tirent dedans, afin de . Après fin décembre, une grande partie des villageois prennent la fuite. Une autre opération de la Haganah a lieu le , afin d’accélérer la fuite des villageoisI. Pappé, , 99. et sur les villages voisins. Lifta subit ensuite des pénuries alimentaires, début . Un certain nombre de villageois retournèrent chez eux. En conséquence, lors de sa visite du village, Abd al-Kader al-Husseini ordonne que les femmes, les enfants et les vieillards quittent le village, les hommes devant rester. Le , le Lehi détruit 3 maisons du village. Début février, le village est abandonné par la milice. Selon Benny Morris, c’est un assaut qui est la cause de la dépopulation du villageMorris, 2004, xx, village #363. Selon Palestine Remembered, les derniers habitants à quitter le village ont été transportés par camion à Jérusalem-Est. Le , lors de son voyage à Jérusalem, David Ben Gourion visite Lifta, et exprime sa satisfaction le soir même devant le conseil du Mapaï : .