(vieux perse : Kūruš), dit Cyrus le Grand, est un roi perse, régnant d'environ à Il est le fondateur de l'Empire perse achéménide.

Son règne est marqué par des conquêtes d'une ampleur sans précédent : après avoir soumis les Mèdes, il a placé sous sa domination le royaume de Lydie et les cités grecques d'Ionie, puis l'Empire néo-babylonien (comprenant alors la Mésopotamie, la Syrie, les cités phéniciennes et la Judée). Il trouva la mort au cours d'une campagne militaire contre les Massagètes. Son règne marque un tournant dans l'histoire du monde antique, puisqu'il signe la fin de l'ère des grands royaumes mésopotamiens et une nouvelle étape dans la construction d'empires multinationaux, son empire lui survivant deux siècles.

Cyrus est rapidement devenu une figure majeure dans le monde antique. Les Grecs le connaissent comme un grand conquérant et un modèle de roi sage, magnanime envers les vaincus. La Bible hébraïque l'a également érigé en modèle, lui attribuant la décision de laisser les Juifs retourner en Judée pour reconstruire le temple de Jérusalem. De ce fait, son souvenir s'est préservé par ces deux canaux dans la tradition européenne. En Iran, il est considéré comme une figure fondatrice de premier ordre dans l'histoire nationale.

Origines

Le contexte politique et culturel dans lequel naît Cyrus reste mal connu. Le sud-ouest iranien est en plein bouleversement à la fin du et au début du Selon ce que rapporte le cylindre de Cyrus, il descend de la lignée des rois d'Anshan (ou Anzan), mot qui désigne un pays et une ville situés dans le Fars (l'actuel site de Tell e-Malyan) à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest de Persépolis. Selon Hérodote, Cyrus est né dans une famille du clan Achéménide, lui-même partie de la tribu perse des Pasargades, dont il serait la lignée la plus éminente. L'archéologie indique que les élites du Fars de cette période sont dans un milieu culturel mixte, mêlant des éléments Iraniens, arrivés dans la région quelques siècles plus tôt, aux populations locales ayant un ancrage très ancien dans la région, les Élamites, et c'est de ce mélange que seraient nés les Perses amenés à constituer l'empire achéménide. La place de l'élément élamite dans les origines de l'empire a donc été réévaluée par la recherche récente. Anshan est d'ailleurs une ancienne capitale élamite, prospère au Les trouvailles archéologiques et artistiques, ainsi que des tablettes datées approximativement de cette période provenant de Suse, située plus loin vers l'ouest, confirment que le paysage culturel de la région à cette période est « élamo-perse », tout en étant marqué par l'influence de la Mésopotamie voisine, les Assyriens ayant conduit plusieurs expéditions à Suse et en pays élamite, et les Babyloniens ayant été à plusieurs reprises alliés de rois élamites contre ces mêmes Assyriens. La puissance de l'Élam ayant périclité sous les coups assyriens, le sud-ouest iranien s'est divisé en plusieurs royaumes, dirigés par des sortes de « seigneurs de la guerre » selon D. Potts, aux noms élamites ou iraniens, mentionnés par des sources éparses qui rendent difficile leur datation exacte. Des tombes au riche matériel funéraire indiquent que l'élite locale est prospère et dispose d'objets témoignant de relations avec des régions extérieures. Concernant les ancêtres de Cyrus qui s'inscrivent manifestement dans ce contexte, les sources sont maigres. Dans son Cylindre, Cyrus mentionne ses aïeux Teispès (ou Seispès), et . est connu par un sceau encore employé durant l'époque de , dont l'inscription l'identifie comme « roi d'Anzan » et « fils de Seispès », et dont le style artistique est « élamo-perse » selon les mots de P. Amiet. En revanche aucune trace de construction de cette période n'a été identifiée sur le site d'Anshan.. De ce fait certains se sont montrés sceptiques sur la question des liens entre Cyrus et Anshan et l'Élam : le titre de « roi d'Anzan » serait repris au regard de son prestige antique, plutôt qu'en raison de liens entre la dynastie perse et cette ville et la tradition élamite ; ..

Selon Hérodote, la principale puissance au nord de la Perse est celle des Mèdes, un autre peuple d'origine iranienne établi dans la région de l'actuelle Hamadan. C'est effectivement là que les sources mésopotamiennes et archéologiques situent diverses entités politiques, unifiées quand les Mèdes sont avec les Babyloniens les vainqueurs de l'empire assyrien. En revanche, elles ne confirment pas l'image d'un empire puissant et structuré évoquée par Hérodote..

Concernant la naissance de Cyrus, les auteurs grecs lui donnent bien pour père Cambyse, et pour mère Mandane, fille du roi mède Astyage. Les récits de sa naissance et de son enfance, rapportés principalement par Hérodote (voir plus bas), relèvent de la légende et ne sont pas jugés fiables pour reconstituer l'histoire des origines de Cyrus. Selon P. Briant, « les différentes versions (de l'histoire) se sont construites sur une trame moyen-orientale très ancienne, bricolée au gré de l'inspiration des conteurs populaires et des objectifs de la propagande politique. » De plus ces récits n'accordent pas d'importance à la situation des Perses avant la naissance de ce roi, le présentant comme un fondateur.

De ce fait, il reste difficile de déterminer les conditions dans lesquelles Cyrus serait parvenu à l'hégémonie dans l'ouest iranien. Selon R. Boucharlat, « la dynastie de Cyrus n'était probablement pas plus importante que les autres petits royaumes (du sud-ouest iranien), mais l'unité culturelle élamite a pu faciliter la domination de la famille de Teispès sur d'autres royaumes du Fars. Cambyse, le père de Cyrus, était considéré par le Mède Astyage comme un bon parti pour sa fille. La domination d'Anshan ou sa capacité à unir les forces d'autres royaumes aurait permis à Cyrus de lever une armée puissante dans sa confrontation avec les Mèdes vers : .. »

Constitution de l'Empire perse Guerre médo-perse Le premier fait militaire connu du règne de Cyrus est sa victoire contre les Mèdes dirigés par le roi Astyage, documentée par des sources babyloniennes, le Songe de Nabonide et la Chronique de Nabonide, et par Hérodote. Elle se déroule autour de . Les sources babyloniennes et grecques ne s'accordent pas sur la responsabilité du conflit. Si Hérodote présente la marche contre Ecbatane du fait de Cyrus, la Chronique de Nabonide indique qu'Astyage « mobilise son armée et marche contre Cyrus, roi d'Anshan, en vue de la conquête ».

Selon le récit d'Hérodote, Astyage aurait placé Harpage à la tête de l'armée mède de manière très imprudenteHérodote , : "[...]Astyage fit prendre les armes à tous les Mèdes ; et, comme si les dieux lui eussent ôté le jugement, il donna le commandement de son armée à Harpage, ne se souvenant plus de la manière dont il l'avait traité". : ce dernier n'aspirant qu'à se venger de ce souverain qui lui avait fait dévorer son propre fils, exhorte l'armée à se retourner contre Astyage lors de la première bataille, qui voit une victoire des armées perses. Mais contrairement à ce que prétend Hérodote (, 130), cette bataille ne suffit pas à emporter sa décision. Selon Ctésias (cité par Diodore, , 23), Astyage renvoie alors ses officiers, en nomme de nouveaux et prend lui-même en main la conduite de la guerre. Nicolas de Damas et Polyen (, 6-9) évoquent des combats violents en Perse et en particulier près de Pasargades. Cyrus finit par retourner la situation et remporte la victoire. Il se lance alors dans la conquête de la Médie, et Ecbatane finit par tomber. Il reçoit ensuite les hommages des peuples soumis aux Mèdes, notamment les Bactriens.

Les sources babyloniennes font de Cyrus un instrument de la volonté des dieux de Babylone, Marduk et Sîn : le roi babylonien Nabonide se voit ordonner par le premier de reconstruire le temple du second à Harran, mais il ne peut pas tant que les Mèdes occupent la région. Marduk suscite alors contre le roi mède son vassal Cyrus. Selon le Songe de Nabonide, une inscription figurant sur un cylindre de ce roi mis au jour à Sippar : « Cyrus, le roi d'Anshan, son second en rang, dispersa les nombreuses hordes mèdes avec sa petite armée. Il captura Astyage, le roi des Mèdes, et l'emporta captif dans son pays. (Tels furent) les mots du grand seigneur Marduk, et de Sîn, la lumière du Ciel et du Monde souterrain, dont les commandements ne peuvent être changés. » Cela pourrait indiquer que Nabonide a soutenu Cyrus contre Astyage. Selon la Chronique de Nabonide, rédigée après la conquête de Babylone par Cyrus, Astyage est capturé par ses propres troupes et livré au Perse..

Hérodote indique que Cyrus épargne Astyage, qui conserve un train de vie princier, et se pose même comme son successeur : selon Ctésias et Xénophon, il épouse sa fille Amytis.

Conquête de la Lydie

On ne connaît pas précisément les campagnes que mène Cyrus dans les années suivant sa victoire sur Astyage. Mais c'est probablement vers (l'autre option étant un conflit plus tardif, vers -) que Crésus, roi de Lydie, attaque l'Empire perse : selon Hérodote (, 46) :

L'Empire d'Astyage, fils de Cyaxare, détruit par Cyrus, fils de Cambyse et celui des Perses, qui prenait de jour en jour de nouveaux accroissements, lui firent mettre un terme à sa douleur (liée à la mort de son fils Atys). Il ne pensa plus qu'aux moyens de réprimer cette puissance avant qu'elle devînt plus formidableLes passages d'Hérodote sont issus de la traduction de Larcher, disponible en ligne..

La volonté de conquête s'ajoute à ces motifs de prudence : Hérodote explique plus loin que « Crésus partit donc avec son armée pour la Cappadoce, afin d'ajouter ce pays à ses États […] et par le désir de venger Astyage, son beau-frère » (, 73). Le Lydien s'est préparé en interrogeant l'oracle de Delphes lequel, comme à son habitude, a fourni une réponse ambiguë, lui assurant que « s'il entreprenait la guerre contre les Perses, il détruirait un grand Empire » (, 53), et lui conseillant de rechercher « l'amitié des États de la Grèce qu'il aurait reconnus pour les plus puissants » (). Aussitôt, Crésus avait noué un traité d'alliance avec Sparte.

La contre-attaque de l'armée perse ne se fait pas attendre. Lorsque Cyrus le Grand arrive en Cappadoce, il propose à Crésus de devenir satrape de Lydie, autrement dit d’accepter la domination perse, mais celui-ci refuse. Crésus est confiant, car il a noué des alliances non seulement avec Sparte mais aussi avec l'Égypte d' et Babylone — mais ce dernier n'intervient pas, peut-être parce que ce conflit entre deux de ses rivaux potentiels l'arrange. De son côté, Cyrus a demandé aux cités grecques d'Ionie de faire défection, mais sans succès (Hérodote, , 76).

Après la bataille de la Ptérie en Cappadoce, Crésus ne s'avoue pas vaincu et fait marche arrière. L'hiver venu, il démobilise son armée en espérant profiter de la saison froide pour mettre sur pied une nouvelle armée encore plus puissante. Contre toute attente, Cyrus le Grand lance son offensive en plein hiver. Après plusieurs batailles, il finit par forcer Crésus à se réfugier dans sa citadelle de Sardes. Au quatorzième jour du siège, la ville tombe, probablement en Comme pour Astyage, Cyrus laisse la vie sauve à Crésus, lui attribuant les revenus d’une ville de la côte pour maintenir son train de vie.

Une chronique babylonienne présente apparemment les mêmes événements, mais avec une fin différente pour le roi lydien : son pays est vaincu en (entre mars et mai), il est mis à mort, et les Perses installent une garnison dans son pays, ce qui signifie sa conquête. Néanmoins, pour P. Briant, ce texte ne fait pas référence à ce conflit.