La réalité est l'ensemble des phénomènes considérés comme existant effectivement. Elle correspond à ce qui est physique, concret, par opposition à ce qui est imaginé, rêvé ou fictifLarousse encyclopédique en deux volumes - 1994-2003 . Si l'usage du mot est initialement philosophique, particulièrement dans sa branche ontologique, il a intégré le langage courant et donné lieu à des usages spécifiques, notamment en science.

Définitions : étymologies et histoire du mot Le Dictionnaire Larousse donne de « réalité » (du latin médiéval realitas, du latin classique realis, de res, « chose ») les définitions suivantes : ; ; ; .

En philosophie, le Lalande définit la « réalité » comme A : le ; B : André Lalande, .. Au sens B, Leibniz est cité :

Étymologies et équivalences selon les langues

Le terme français réalité, tout comme ses équivalents anglais (), allemand (), suédois (), italien () ou espagnols () dérive d'un mot forgé au par le philosophe scolastique Duns Scot : la realitas.

Le Lalande donne de « réalité » les équivalences suivantes : en allemand → Realität, Wirklichkeit ; en anglais → reality et souvent (sens A) comme pour « réel », actual, actualness ; en italien → realità.

Étymologiquement, le nom féminin « réalité » en français, d'abord reellité (vers 1290), puis realté () et réalité (vers 1550), est emprunté, à la suite de réel, au latin médiéval realitas, -atis, dérivé de realis pour « réel »Alain Rey (dir.), « Réel, elle » in Le Robert. Dictionnaire historique de la langue française, (1992), Dictionnaires Le Robert, 2000, tome 3, .. Realitas correspond à « bien, propriété » (vers 1120) et, dans l'usage scolastique, le terme désigne le de quelque chose ou de quelqu'un (Duns Scot, vers 1300). En suivant le même développement en philosophie que l'adjectif « réel », il désigne ensuite en théologie , tandis qu'en art (1762), il précède . Le Dictionnaire historique de la langue française signale également l'élaboration en psychanalyse freudienne du concept de « principe de réalité » (1923), contemporain de « principe de plaisir » et d'« épreuve de réalité » (1922).

En allemand, à côté du mot Realität formé sur real dérivé du latin res (chose), le nom Wirklichkeit (réalité) est formé sur l'adjectif wirklich qui signifie aujourd'hui : , mais aussi , et en tant qu'adverbe Heinrich Mattutat, Weis / Mattutat. Wörterbuch der französischen und deutschen Sprache II. Deutsch-Französisch, Stuttgart, Klett Verlag, 1967 . Der grosse Duden. Etymologie (vol. 7), Bibliographisches Institut Mannheim, Dudenverlag, 1963, « wirken » → « Wirklichkeit », « Werk » .. Wirklich est formé à partir du verbe wirken (aujourd'hui : produire, fabriquer, travailler, avoir comme résultat, agir, produire de l'effet…), dérivation du substantif Werk (aujourd'hui : travail, ouvrage, œuvre…). Étymologiquement, Werk et wirken sont apparentés avec le grec ergon (comme pour le mot Énergie) : « travail » . Ergon se rattache à une racine indoeuropéenne *werg-, « agir », qu'on retrouve dans les langues germaniques (anglais to work, allemand werken)Alain Rey (dir.), « Énergie » in Le Robert. Dictionnaire historique de la langue française, (1992), Dictionnaires Le Robert, 2000, tome 1, ..

Selon le Vocabulaire européen des philosophies, si le néologisme realitas ne pose pas de problème de traduction dans différentes langues, l'équivalence qu'il pose entre réalité, formalité, quiddité, et possibilité interne implique que le vocabulaire de l'ontologie soit redistribué jusqu'après Kant : on peut ainsi retrouver une identité entre la réalité et le caractère quidditatif (la Sachheit) mais aussi entre réalité et factualité voire actualité (dans le registre de l'effectivité, la Wirklichkeit en allemand). On retrouve, malgré tout et avec une amplitude diverse, dans toutes les langues européennes l’ambiguïté entre existence et essence.

Tradition scotiste Construit à partir du latin , la chose, ce concept désigne alors à la fois le principe et l’actualité d'un objet donné. Dans la tradition scotiste, la réalité d'une pierre comprend à la fois son essence (l'idée de pierre qui permet d'identifier toutes les pierres existantes) et son concret (cette pierre en particulier)Jean-François Courtine, Article réalité dans Vocabulaire européen des philosophies, ..

Un scholiaste de Duns Scot, Pierre Auriol note ainsi que .

L'acception scotiste de la réalité domine la pensée européenne jusqu'à la fin du . Publié en 1692, le d'Étienne Chauvin ne voit dans ce terme qu'une caractéristique de l’entièreté de la chose. .

Approche cartésienne

Des acceptions concurrentes ont pourtant déjà émergé plus tôt dans le siècle. Dans sa Troisième méditation, René Descartes développe le thème d'une réalité objective très éloignée de la realitas des scotistes : la réalité objective c'est tout ce qui se distingue à la fois de la fiction et de « l'être de raison ». La réalité objective de l'idée désigne ainsi ce processus mental de représentation qui attache une idée à une chose positive. Réalité comme « effectivité », sensualisme et empirisme anglais

Les sensualistes anglais radicalisent l'approche cartésienne. Chez George Berkeley la devient presque synonyme d’. Dans son Traité de la nature humaine, David Hume oppose clairement le réel au possible : appartient au réel non pas ce qui peut exister, mais ce qui existe effectivement.

Réel et / ou réalité en philosophie D'après le Vocabulaire technique et critique de la philosophie d'André Lalande, il y aurait dans l'usage des mots « réel », « réalité, André Lalande, . : Un sens se rattache à l'idée de chose (something en anglais : quelque chose) ; c'est l'actuel, le donné : . Mais « actuel » et « actualité » (termes voisins : actual; actuality en anglais ; wirklich, Wirklichkeit pris au sens propre en allemand) n'ayant plus guère en français qu'une valeur temporelle, ; Un sens se rattache également à l'idée de « chose », . Cette chose ou ce réel peut être alors conçu , et c'est même ainsi que le mot « réel » s'emploie le plus ordinairement, dit Lalande en donnant l'exemple de « l'arc-en-ciel » qui n'est pas un objet réel alors que l'air en est un (référence est faite à Identité et réalité d'Émile Meyerson). Selon lui, .

Rapport aux mondes existants écrit Eugen Fink, dans son livre Le jeu comme symbole du monde .

Le philosophe Karl Popper a proposé une approche différente de la réalité. Il a découpé le réel en trois mondesThree Worlds, conférence de Karl Popper (Métaphysique des trois mondes) : Le monde 1 des objets physiques, vivants ou non ; Le monde 2 des ressentis et des vécus, conscients et inconscients ; Le monde 3 des productions objectives de l'esprit humain (aussi bien des objets que des théories, ou des œuvres d'art). Selon cette approche, les contenus de pensée comme les rêves, les fictions, les théories font partie du réel. Le réel est donc pris dans un sens de « tout ce qui existe ». Cependant, Raynald Belay souligne dans le Dictionnaire des concepts philosophiques que « [m]ême si elle suppose conceptuellement l'identité, la permanence et l'univocité, la réalité ne peut être invoquée que sur le fond d'une différence première entre elle et ce dont on la distingue (apparence, phénomène, simulacre, rêve, illusion, idée ou idéal...), ce qui soulève une difficulté, puisque ce qui n'est pas la réalité et se confond parfois avec elle doit participer de celle-ci pour exiger cette discrimination »Raynald Belay, « Réalité », dans Michel Blay (dir.), Dictionnaire des concepts philosophiques, Paris, Larousse, coll. « In extenso », 2006, ..

Réalité et réel en psychanalyse

Réalité chez Freud

Le terme « réalité psychique » désigne chez Sigmund Freud ce qui dans le psychisme Jean Laplanche et J.-B. Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse (1967), entrée : « Réalité psychique », Paris, P.U.F., 1984 (), .. En psychanalyse, il s'agit fondamentalement du .

Le principe de réalité est pour Freud l'un des deux principes qui régissent le fonctionnement mental ; en tant que principe régulateur, Jean Laplanche et J.-B. Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse (1967), entrée: « Principe de réalité », Paris, P.U.F., 1984 (), . : au lieu de s'effectuer , la recherche de satisfaction emprunte des détours et ajourne dès lors son résultat . Du point de vue topique, le principe de réalité caractérise surtout le système préconscient-conscient.

Selon Jean Laplanche, .. Mais en métapsychologie, l'usage des termes Real (réel) ou Realität (réalité) s'avère spécifique, ainsi pour psychische Realität (réalité psychique), Realverlust (perte de réalité), Realbeziehung (relation au réel), Realitätsprinzip (principe de réalité). Les nouvelles traductions des OCF.P ont toutefois marqué les termes en wirklich par le terme français « effectif » en raison de la proximité étymologique, et cette distinction ayant déjà été faite, d'après Laplanche, dans les traductions de Hegel par Jean Hyppolite.

Réel chez Jacques Lacan

Selon Élisabeth Roudinesco et Michel Plon, c'est en empruntant à la fois au vocabulaire philosophique et au concept freudien de réalité psychique que Jacques Lacan introduit en 1953 le terme de « Réel » (employé comme substantif) dans sa conférence sur « Le Symbolique, l'Imaginaire et le Réel », pour désigner entièrement par le langage. Parfois désigné également comme , c'est .

D'après Pierre-Christophe Cathelineau, le réel se définit comme , il s'oppose donc à la réalité mise en ordre par le symbolique (ce que la philosophie désigne comme représentation du monde extérieur) mais peut faire retour dans celle-ci sous la forme d'hallucinations dans le cas de psychoses fondées sur la forclusion.

La réalité dans les sciences Max Planck Pour Max Planck, « la question de savoir ce qu'est une table en réalité ne présente aucun sens. Il en va de même ainsi de toutes les notions physiques. L'ensemble du monde qui nous entoure ne constitue rien d'autre que la totalité des expériences que nous en avons. Sans elles, le monde extérieur n'a aucune signification. Toute question se rapportant au monde extérieur qui ne se fonde pas en quelque manière sur une expérience, une observation, est déclarée absurde et rejetée comme telle »Max Planck, L'image du monde dans la physique contemporaine. Par conséquent, la couleur rouge est la réalité pour le voyant et n'est pas la réalité pour l'aveugle. La notion de réalité dépendant des expériences vécues, elle est donc nécessairement variable en fonction des individus.

Richard Dawkins Richard Dawkins estime qu'on peut définir la réalité comme ce qui peut rendre les coups (« reality is what can kick back »). C'est, selon lui, le seul critère qui permet de la distinguer, sans discussion possible, de l'illusion.

Cette définition particulière a pour effet de définir comme réelles : la réalité virtuelle (ce qui justifie d'ailleurs l'emploi du terme de « réalité ») ; les nombres premiers ; en effet, aucune décision arbitraire ne peut empêcher un nombre premier de l'être, ni deux personnes qui n'ont jamais communiqué ensemble et vivent sur deux continents différents de découvrir les mêmes sans jamais s'être concertés.

Cette position est voisine de celle de l'écrivain Philip K. Dick pour qui « la réalité, c'est ce qui continue à s'imposer à vous quand vous cessez d'y croire ».

La notion de réalité dans le constructivisme Selon la pensée constructiviste, qui s'oppose partiellement au réalisme, la réalité serait une expérience inévitablement relative à celui qui l'appréhende. La connaissance ne permet pas, dans cette logique, d'accéder a une perception « plus vraie » des choses ; elle serait plutôt une donnée, une réalité en soi, celle de l'expérience de ce qui est. Le constructivisme postule ainsi la réalité comme une construction de l'esprit qui resterait toujours relative à celui qui la perçoit comme une réalité.