Louis Nicolas Davoult puis Davout, duc d'Auerstaedt, prince d'Eckmühl, né le à Annoux en Bourgogne et mort le à Paris, est un général français de la Révolution et de l’Empire, élevé à la dignité de maréchal d'Empire par Napoléon en 1804.
Issu d'une famille de petite noblesse, Davout fait ses premières armes dans l'armée de l'Ancien Régime avant d'embrasser les idées révolutionnaires et de devenir dès 1791 chef de bataillon des volontaires de l'Yonne. Dès lors, son avancement est fulgurant : général de brigade en , il participe à la campagne d'Égypte sous les ordres de Napoléon Bonaparte avant d'être promu général de division en 1800. Il inaugure son nouveau commandement en prenant la tête de la cavalerie de l'armée d'Italie avec laquelle il se signale à Pozzolo. Le , Napoléon, devenu empereur, élève Davout à la dignité de maréchal d'Empire.
Davout joue un rôle majeur lors des guerres napoléoniennes, notamment à Austerlitz en 1805 et à Auerstaedt en 1806 où il met en déroute la principale armée prussienne. En récompense de cette dernière victoire, l'Empereur lui octroie, le , l'honneur d'entrer le premier dans Berlin. Davout se distingue par la suite à la bataille d'Eylau, avant d'occuper les fonctions de gouverneur général du duché de Varsovie. Commandant en chef de l'armée d'Allemagne en l'absence de l'Empereur, il participe avec brio à la campagne d'Allemagne et d'Autriche à l'issue de laquelle il reçoit le titre de prince d'Eckmühl. Employé en Russie, où il dirige le corps, puis en Allemagne après la retraite des troupes françaises, Davout s'enferme dans Hambourg et parvient à résister aux attaques des armées alliées jusqu'à la chute du régime impérial. Passif sous la Première Restauration, le maréchal se rallie pendant les Cent-Jours à Napoléon qui le nomme ministre de la Guerre. Après la défaite de Waterloo, il se retire dans ses terres de Savigny-sur-Orge.
Considéré comme le meilleur subordonné de Napoléon sur le plan tactique, Davout est le seul maréchal de l'Empire à être resté invaincu au cours de sa carrière militaire. D'un caractère difficile et exigeant envers ses officiers, il se montre particulièrement sévère sur l'entraînement et la discipline de ses troupes. Il est toutefois critiqué par l'Empereur à Sainte-Hélène qui déclare, amer : . Napoléon reconnaît cependant à Saint-Hélène que Davout est .
Jeunesse et origines familiales
Louis Nicolas Davoult, né le à Annoux en Bourgogne., est le fils de Jean François DavoultOrthographié Davout sur son acte de baptême du 7 mai 1739 aux A.D.89 Annoux : BMS ( 1700-1792 ) - 5 Mi 65/3 page 126. et d’Adélaïde Minard de Velars.Orthographié Velard sur son extrait de naissance .. Issu d’une famille de noblesse d’épée destinant traditionnellement ses enfants au service du roi., Louis Nicolas, qui s'impose au cours de sa carrière comme un spécialiste du combat d’infanterie, naît paradoxalement dans une famille tournée vers la cavalerie. Son père, comme son grand-pèreEn 1739 le grand-père est nommé : Nicolas Davout, écuyer, seigneur d'Annoux, lieutenant de cavalerie régiment de Brissac. A.D.89 Annoux : BMS ( 1700-1792 ) - 5 Mi 65/3 page 126. avant lui, est officier au régiment Royal-Champagne cavalerie, seigneur d'Annoux. Bien qu'apparenté aux d'Avout, sa famille se nommait déjà Davout selon l'extrait de baptême de son père ou Davoult selon son propre extrait de baptême..
En 1779, alors qu’il a neuf ans, son père meurt des suites d’un accident de chasse.. Davout est alors placé, en début d’année 1780, au collège bénédictin d'Auxerre jusqu’à ce que ses aptitudes lui permettent, à la fin de l’été 1785, de faire partie des quelques cadets gentilshommes désignés pour l'École militaire supérieure de Paris.. Il intègre l’école militaire le ., pour y rester trois ans.. Le jeune Napoléon Bonaparte, également pensionnaire de cet établissement, la quitte un mois plus tôt.
À sa sortie en , la France est en ébullition : la Révolution en gestation glisse inexorablement des salons vers la rue. Louis Nicolas, qui rejoint le régiment de Royal-Champagne en qualité de sous-lieutenant, embrasse avec engouement la cause révolutionnaire. Sa sympathie pour les idées nouvelles le fait rapidement abandonner la particule ainsi qu’une pension de qu’il tient du roi depuis son entrée au collège d’Auxerre.. Devenu l'un des principaux fauteurs de troubles du régiment., Davout organise des banquets civiques, constitue un club politique et défie de manière systématique sa hiérarchie, comme le à Hesdin où en ameutant des troupes et des sous-officiers, il fait libérer un soldat emprisonné par un officier noble..
Cette attitude lui vaut d'être mis aux arrêts pendant six semaines à la citadelle d'Arras avant d’être libéré contre sa démission de l'armée..
Révolution française vignette|alt=Portrait en demi-figure, représentant le jeune Louis Nicolas Davout, aux cheveux bruns et aux yeux marron, portant un uniforme bleu à basques retroussées, plastron blanc et galons dorés.|Louis Nicolas Davout en uniforme de lieutenant-colonel des volontaires de l'Yonne, 1792. Huile sur toile d'Alexis-Nicolas Pérignon, 1834, château de Versailles.
Le , l’Assemblée constituante décrète la levée de 169 bataillons appelés à renforcer l’armée régulière affaiblie par les troubles internes et l’émigration des cadres.. La levée par le département de l’Yonne de quatre bataillons donne à Davout l’occasion de réintégrer l’armée. Il s’enrôle en tant que volontaire et est éluLes volontaires présentent la particularité, contrairement aux soldats de tradition, de pouvoir choisir leurs officiers et sous-officier par voie d’élection. le , par voix sur votants, lieutenant-colonel du bataillon de volontaires de l'Yonne.. Il se marie dans la foulée avec Marie de Séguenot — dont il divorce deux ans plus tard du fait de l'inconduite de cette dernière.
Affecté le à l'armée du Nord, après plusieurs mois de cantonnement à l'armée du Centre, Davout se voit chargé, avec son bataillon, de surveiller les mouvements de l'ennemi et de sécuriser les communications entre les garnisons de Condé et de Valenciennes.. Réputé pour la bonne tenue de ses troupes et pour l’énergie qu’il déploie à harceler l’ennemi, Davout se distingue rapidement.. Il parvient à prendre d’assaut le château de l'Hermitage dans le secteur de Péruwelz en ., poursuit vigoureusement les troupes du feld-maréchal Clerfayt après la bataille de Jemappes et se signale avec son bataillon, malgré la défaite, à la bataille de Neerwinden, en .. C'est toutefois un événement singulier, paradoxalement éloigné des champs de bataille, qui met en lumière les capacités du jeune Davout. Le , le général Dumouriez — alors commandant de l'armée du Nord — fait arrêter et livrer à l’ennemi le ministre de la Guerre Beurnonville ainsi que quatre commissaires envoyés par la Convention afin d'obtenir des éclaircissements sur sa conduite.. Les rumeurs de trahison se confirmant, Davout prend l'initiative — alors que la confusion est générale — de faire arrêter le général Dumouriez.. À leur rencontre, des coups de fusil sont tirés, mais le général parvient à s'enfuir et rejoint en fugitif le camp des coalisés.
Ce coup d'éclat vaut au bataillon de l'Yonne, ainsi qu'à son chef, d’être distingués par décret pour avoir « bien mérité de la patrie ».. Davout reçoit également, en récompense de ses actions, le grade de général de brigade en avec affectation provisoire à l'armée de l'Ouest.. Il n'a que 23 ans et est ainsi, de tous les futurs maréchaux de l'Empire, celui qui a été nommé le plus jeune au grade de brigadier.. Déployé sur le front vendéen, il participe en tant qu'officier de cavalerie à quelques combats mineurs, dont la bataille de Vihiers qui lui vaut d'être promu au grade de général de division., un avancement que Davout refuse cependant du fait de son manque d’expérience dans le commandant d'une grande unité combattante.. Toutefois ce refus, loin d'être pris pour un acte d'humilité, le rend au contraire suspect, en raison de son ascendance noble et du contexte de Terreur qui règne alors en FranceJoignant le geste au principe, une loi d'exception dite « Loi des suspects » sera voté, un mois plus tard le , afin de pouvoir purger la société ainsi que les armées des nobles, jugés comme étant des ennemis naturels de la révolution : « Sont réputés suspects les ci-devant nobles qui n'ont pas constamment manifesté leur attachement à la Révolution ».. Accusé d'être un ennemi de la Révolution, mis en disponibilité puis arrêté quelques heures avant d'être relâché, il est contraint de démissionner des armées le pour la seconde fois de sa carrière.
Davout ne réintègre l'armée qu'après la chute de Robespierre pour prendre part, durant l’hiver 1794, au siège de Luxembourg sous les ordres du général Debrun.. Reversé à l'armée de Rhin-et-Moselle en 1795, il participe aux combats pour la prise puis la défense de Mannheim durant laquelle il est fait prisonnier avec toute la garnison, avant d'être relâché sur parole.. De retour en activité en , il rejoint l'armée du Rhin commandée par Moreau et participe à l'avance victorieuse à travers l'Allemagne. mais aussi à la retraite restée célèbre qui le ramène à Kehl.. C'est au cours du siège de cette ville que Davout se lie d'amitié avec Desaix, dont il reste le plus fidèle ami jusqu'à la mort de ce dernier..
Campagne d’Égypte
Davout parvient à rencontrer, grâce à l’entremise de Desaix, le général Bonaparte.. Ce dernier, auréolé de ses victoires contre les Autrichiens sur le front italien, est alors employé à former une nouvelle armée destinée à une expédition contre la Grande-Bretagne. Leur première rencontre, qui a lieu le à l’hôtel parisien de la rue Chantereine, est un échec.. La première impression est mauvaise : . Paroles de Napoléon à Bourrienne concernant Davout.. Toute l’influence du général Desaix est nécessaire pour permettre à Davout d’être intégré à la campagne d'Égypte à venir. Affecté à l’armée d’Orient en tant que général de cavalerie, Davout embarque à Marseille à bord de l’Alceste le à destination d'Alexandrie.. Il reçoit alors très vite le commandement de la cavalerie de Desaix (en remplacement du général de brigade Mireur tué par des Bédouins guettant le camp français, suite à un conseil de guerre réuni d'urgence par Bonaparte devant la situation critique de l'armée) et se dirige vers Le Caire. La marche de l'armée est signalée par la bataille de Chebreiss, le , et enfin par la bataille des Pyramides le , qui ouvre les portes du Caire aux Français..
vignette|gauche|upright=1.2|alt=Scène de combats représentant Davout, sur un cheval cabré blanc, menant l'assaut des fantassins français contre les soldats ottomans.|Gravure de François Louis Couché représentant Davout menant l'assaut d'une position mamelouk.
Davout, tombé malade, reste cantonné au Caire tandis que Desaix effectue plusieurs percées en Haute-Égypte.. Il s’acquitte néanmoins durant sa convalescence de la remonte complète de la cavalerie. Grâce aux réquisitions drastiques qu'il opère dans la région, la cavalerie ainsi que l’artillerie deviennent opérationnelles en quelques mois. Disposant dès décembre de cavaliers montés., il part rejoindre Desaix afin de poursuivre les troupes de Mourad Bey qui ne cessent d’échapper aux Français. Toutefois, le départ de Bonaparte pour la Syrie en finit par créer en Basse-Égypte un vide aspirant toutes les rébellions.. Arabes et mamelouks, traqués sans répit en Haute-Égypte par les troupes de Desaix, viennent chercher refuge plus bas dans la vallée. Davout est alors envoyé à la tête de sa colonne mobile pour réprimer durement tout acte de rébellion. Il y maintient l’ordre jusqu’au , date de retour au Caire de Bonaparte.