L’expressionnisme est un courant artistique figuratif apparu au début du , en Europe du Nord et en Europe Centrale, particulièrement en Allemagne. L'expressionnisme a touché de multiples domaines artistiques : la peinture, l'architecture, la littérature, le théâtre, le cinéma, la musique, la danse L'expressionnisme fut condamné par le régime nazi qui le considérait comme un « art dégénéré ».

Description L'expressionnisme est la projection d'une subjectivité qui tend à déformer la réalité pour inspirer au spectateur une réaction émotionnelle. Au départ, les oeuvres expressionnistes traitent principalement du côté animalier de l'humanité, de la sexualité et du conflit interne entre la religion et la science. Ainsi, on retrouve beaucoup de peintures d'animaux, de nus et de peintures religieuses. Plusieurs artistes cherchent aussi à s'éloigner de la peinture officielle conservatrice du Deuxième Reich, et vont donc tendre vers l'abstraction. Ces peintures expressionnistes reflètent la vision pessimiste de plusieurs artistes, qui vont utiliser la peinture comme moyen de lutter contre les institutions et les valeurs conservatrices de l'aristocratie allemande.

Les œuvres expressionnistes mettent souvent en scène des symboles, influencées par la psychanalyse naissante et le symbolisme. Similairement, on retrouve parfois des concepts philosophiques empruntés à Nietzsche, ainsi que des références aux théories de Charles Darwin.

L’expressionnisme se défait de la mimèsis aristotélicienne, qui se traduisait à cette époque par le naturalisme et l'impressionnisme et le postimpressionnisme. Alors que l'impressionnisme en est encore à décrire la réalité physique, l'expressionnisme, lui, impose une réalité subjective soumise aux états d'âme de l'artiste.

L'expressionnisme rompt aussi avec l'impressionnisme à travers une forme très agressive : des couleurs violentes, des lignes acérées. Il s'inscrit alors dans la continuité du fauvisme qui commence à s'épuiser et dont les principaux représentants s'éloignent plus ou moins : Matisse, Marquet, Van Dongen, Braque, Derain, Friesz et Vlaminck. Pour autant, l'expressionnisme n'est pas vraiment un mouvement ou une école, mais davantage une réaction contre l'académisme et la société. Les artistes expressionnistes resteront souvent isolés.

Le Cri, du peintre Edvard Munch, ou Les Grands Chevaux bleus de Franz Marc sont représentatifs du genre expressionniste en peinture. En musique, les symphonies de Dmitri Chostakovitch sont d'esprit expressionniste à partir de la fin des années 1920.

Origines vignette|La Vue de Tolède du Greco (1595-1610) entre rétrospectivement en résonance avec les œuvres expressionnistes du . vignette|Ernst Ludwig Kirchner. Gravure sur bois (graveur Erich Heckel), 1910, couverture du catalogue: exposition Die Brücke, Galerie Arnold, Dresde On peut rattacher les peintres des , Matthias Grünewald et Le Greco, à la tendance expressionniste, mais en pratique le terme s'applique essentiellement aux œuvres du .

Les premiers éléments annonciateurs de l'expressionnisme apparaissent à la fin du , en particulier dans la série d'Edvard Munch intitulée Le CriIl existe plusieurs versions., ainsi que dans l'évolution des travaux de Van Gogh et de James EnsorIl convient de citer encore Maurice Dumont, Gustave van de Woestijne, Katharine Schäffner…. Le critique d’art Wilhelm Worringer, en 1911, est un des premiers à parler d’« expressionnisme ».

L'expressionnisme éclot par ailleurs alors que la technique photographique se perfectionne et que le rapport de l'art à la réalité s'en trouve profondément modifié. L'art pictural perd sa fonction de moyen privilégié de reproduction de la réalité objective, ce qui renforce sa composante subjective et lui permet progressivement de s'affranchir des normes. De plus, la peinture expressionniste s'oppose à la peinture officielle du Deuxième Reich, qui prônait une représentation réaliste et détaillée d'évènements historiques, de textes connus et de légendes. Ainsi, le romantisme et l'idéalisme, autrefois privilégiés par les galleries d'art prestigieuses et les institutions officielles, sont remplacés par une nouvelle forme de peinture, qui est plus abstraite et plus subjective. L'expressionnisme devient donc un moyen pour les jeunes artistes de s'exprimer librement et lutter contre les valeurs et institutions conservatrices du passé. Malgré une réception plutôt négative des oeuvres expressionnistes à leur commencement, la juxtaposition d'oeuvres conservatrices et d'oeuvres expressionnistes encourage les débats et une révision des critères de qualité. Cela permet ensuite à l'expressionnisme de gagner en popularité et se manifester comme mouvement pictural légitime et respecté.

Filiations Plusieurs groupes peuvent être rattachés à l'expressionnisme, tels que la Nouvelle Association des artistes munichois (NKVM) et la Sécession de Berlin dont sont issus par rupture, respectivement Der blaue Reiter (Le Cavalier bleu) et (Le Pont). En 1918, la Novembergruppe en cristallise la portée politique. Après 1933, le mouvement, dans sa dimension formelle, a influencé nombre d'autres artistes, comme les expressionnistes abstraits aux États-Unis.

(Le Pont)

est fondé en 1905 par Ernst Ludwig Kirchner, Fritz Bleyl, Erich Heckel et Karl Schmidt-Rottluff à Dresde. Max Pechstein et Emil Nolde en 1906, Otto Müller en 1910, et Cuno Amiet les rejoignent. Le fauviste Van Dongen se joignit aussi à eux et fut l’intermédiaire avec ses compagnons français. L’intention du groupe était d’attirer tout élément révolutionnaire qui voudrait s’unir à eux, c’est ainsi qu’ils l’exprimèrent dans une lettre adressée à Nolde. Leur plus grand intérêt était de détruire les vieilles conventions, à l’identique de ce qui se passait en France.

Selon Kirchner, ils ne pouvaient s’imposer de règles et l’inspiration devait couler libre et donner expression immédiate aux pressions émotionnelles de l’artiste ; ils se préoccupent moins des aspects formels, position qui les séparait du fauvisme de Matisse et Braque avec des scènes très brutales et sanglantes.

Pour les Allemands, le contenu est plus important que la forme. La charge de critique sociale qu’ils imprimèrent à l’œuvre leur valut d'être blamés par les conservateurs qui les accusaient d’être un danger pour la jeunesse allemande.

Kirchner fut considéré comme le plus authentique représentant de . Il fut un artiste hypersensible qui peignait les rues et la vie urbaine de Berlin de manière nouvelle et originale. Ses formes décharnées et pointues, aux couleurs acides, sont caractéristiques, dans des œuvres comme L’École de danse de 1914.

Emil Nolde, même s’il quitta le groupe à la fin de l’année 1907, a aussi été considéré comme un des plus importants représentants du groupe. Influencé par le Belge Ensor et par Van Gogh, il se sentit fortement attiré par le primitivisme noir et par le mythe du sauvage. Sa recherche du paradis se centra plus sur la concrétion du primordial que sur les attitudes escapistes, façonnant son sentiment tragique de la nature et son inspiration de caractère psychologique et instinctif, éléments qui ont fait de lui le peintre expressionniste par excellence. Vers 1909, et après une grave maladie, il commença à peindre des tableaux à thème religieux, dans lesquels il exprima son inspiration mystique.

Edvard Munch, bien qu’il ne soit pas lié avec , est considéré comme le père de l’expressionnisme. Il était norvégien et, jusqu’en 1885, s'intéressa à l'impressionnisme et au symbolisme. À partir de 1892, son style est pleinement formé, courbes sinueuses, coloris arbitraires, obsession pour l’infirmité et la mort, êtres inquiétants qui fuient d’une masse de couleur, comme on l’observe dans son tableau le plus célèbre, Le Cri. Son séjour en Allemagne jusqu’en 1908 explique son influence au sein de . En 1913 se produisit la dissolution du groupe, conséquence des différences évidentes entre les composants du groupe et l’établissement d’un marché qui pour eux compliquait les exigences d’un front commun.

(Le Cavalier bleu)

En 1912, un autre groupe d'artistes dont Wassily Kandinsky, Franz Marc, August Macke, Alexeï Jawlensky, Gabriele Münter et Marianne von Werefkin se rassemblent à Murnau, à côté de Munich, sous la dénomination de . À la différence de , les artistes de Der blaue Reiter ressentaient le besoin de créer un langage plus contrôlé pour promouvoir leurs messages. Ils publièrent des livres et organisèrent des expositions. Ils développèrent un art spirituel dans lequel ils réduisirent le naturalisme au point d'arriver à l'abstraction. Ils partagèrent certaines idées avec les expressionnistes de , mais ils possédaient une purification plus importante des instincts et ils voulaient également capter l'essence spirituelle de la réalité. Sur ce point, leurs idées étaient plus recherchées et spéculatives. Les plus grands représentants étaient Kandinsky et Franz Marc, accompagnés de Macke, Jawlensky et Klee.

Kandinsky, originaire de Moscou, arriva à Munich en 1896. En 1909, il fonde la Nouvelle Association d'artistes de Munich et organisa les expositions de 1909 et 1910 pour présenter le travail des fauvistes et des premiers cubistes. Dans le catalogue réalisé lors de la seconde exposition, il commença à introduire sa théorie de l'art qui s'acheva, deux ans plus tard, lors de la publication de son livre Du spirituel dans l'art. En 1912, après avoir donné sa démission de l'association, il fonda avec Franz Marc Der blaue Reiter. Ce nom dérive de l'amour de Kandinsky pour les cavaliers et de celui de Franz Marc pour les chevaux. Le groupe se dispersa avec la guerre à laquelle Macke et Marc moururent. Les deux premières expositions de Der blaue Reiter montraient des œuvres graphiques et des dessins.

En 1913, ils seront invités à participer à une exposition internationale à Berlin nommée « Le Salon d'automne berlinois ». Sa poétique se définissait comme un expressionnisme lyrique dans lequel l'échappatoire tendait non pas vers le monde sauvage mais vers la spiritualité de la nature et du monde intérieur. Pour Kandinsky, la peinture devait s'étendre de la pesante réalité matérielle jusqu'à l'abstraction de la vision pure, avec la couleur comme moyen, d'où le développement d'une théorie complexe de la couleur. Dans La Peinture comme art pur, livre de 1913, il soutient que la peinture est déjà une réalité séparée, un monde en soi, une nouvelle forme d'être, qui agit sur le spectateur à travers la vue et qui provoque en lui de profondes expériences spirituelles. Auparavant, en 1910, Kandinsky avait réalisé les premières aquarelles abstraites.

Pour Klee, l'artiste devait se mêler aux forces de la nature et agir comme milieu afin que ses créations soient acceptées de la même manière que l'on accepte les phénomènes naturels. À la différence de Kandinsky, Klee était convaincu que l'art pouvait capter le sens créatif de la nature et c'est pour cela qu'il rejetait l'abstraction absolue. Concrètement, Klee se laissa influencer au début, comme Macke, par le simultanéisme des Delaunay. En même temps, il fut le premier artiste à pénétrer dans les domaines de l'inconscient alors que Freud et Jung commençaient à les étudier.

Après la dissolution du groupe en 1919, Walter Gropius fonde le Bauhaus à Weimar, école de dessin et d'architecture, dont les professeurs étaient les plus grands maîtres de l'expressionnisme constructif, et qui réunit des hommes comme Feininger, Klee ou Kandinsky.

En Allemagne, après la Première Guerre mondiale, le « réalisme expressionniste » apparut, mouvement dans lequel les artistes se séparèrent de l'abstraction, réfléchissant sur l'art figuratif et rejetant toute activité qui ne s'occupait pas des problèmes de l'urgente réalité de l'après-guerre. Ce mouvement regroupa Otto Dix, George Grosz, Max Beckmann et le sculpteur Barlach.

Extensions

droite|vignette|Alvar Cawén, Sokea soittoniekka (Le Musicien aveugle, 1922).