Après la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne fut occupée par les quatre puissances victorieuses, puis partagée en deux États, d’une part la République fédérale d’Allemagne (RFA), liée au bloc occidental, d’autre part la République démocratique allemande (RDA), sous influence soviétique et intégrée au bloc de l'Est. Le : chute du mur de Berlin et ouverture de la frontière entre les deux Allemagnes. Ce n’est qu’en 1990 que l’Allemagne fut réunifiée. thumb|L'Allemagne en 1945 : la zone britannique en vert, française en bleu (avec la Sarre en attente de plébiscite en bleu pâle), americaine en orange et soviétique en rouge.

L’Allemagne occupée 1945–1949

Bilan humain et matériel thumb|Cologne en 1945

Le , l’armée allemande (Wehrmacht) capitule, ce qui est perçu par les alliés, après la dictature nationale-socialiste et la Seconde Guerre mondiale, comme une libération et une victoire de la démocratie, tandis que la population allemande réagit de manière très variable, mais la majorité des Allemands y voient cependant une défaiteNorbert Frei, 1945 und wir. Das Dritte Reich im Bewußtsein der Deutschen, Munich, Beck, 2005, . On a souvent parlé de Stunde Null (littéralement « Heure zéro », voir par exemple Allemagne année zéro) pour évoquer soit la catastrophe absolue, soit le nouveau départ, une notion aujourd’hui remise en cause par les historiens qui repèrent un certain nombre de continuités après 1945Martin Broszat, Klaus-Dietmar Henke, Hans Woller (dir.), Von Stalingrad zur Währungsreform. Zur Sozialgeschichte des Umbruchs in Deutschland, Munich, Oldenbourg, () 1990, . Ainsi selon Heinrich August Winkler, il n'y a pas d’année zéro pour l'Allemagne de 1945, .

À la fin de la guerre, . Les bombardements et les incendies ont détruit les grandes villes et plusieurs régions industrielles comme la Ruhr (Ruhrgebiet). Le , les Alliés effectuent leur premier raid sur la ville de Cologne. Des raids destructeurs, dont le but est de briser le moral et le potentiel industriel de l’ennemi par des bombardements stratégiques massifs, et qui laissent Cologne dans un état de ruine totale. Seule la cathédrale reste debout. À l’arrivée des troupes américaines à Cologne, la ville ne compte plus que « habitants », contre en 1939. La ville portuaire de Hambourg connaît un sort encore pire lors de l’opération Gomorrhe en . Lors des bombardements de Dresde, bombes incendiaires tombent sur la ville, provoquant entre et dont seuls ont pu être identifiés. Un tiers de la ville est détruit du 13 au . thumb|Berlin en 1945. Photographie de . Les campagnes et l’Est de l’Allemagne sont relativement épargnés par les bombardements alliés. Néanmoins, 50 % du réseau de transports allemand est détruit, de même pour l’industrie allemande ; 1,86 million des logements sont inhabitables et 3,6 millions sont sérieusement endommagés. 20 millions d’Allemands n’ont plus de logements. Les villes ne sont plus approvisionnées en eau, en gaz et en électricité.

Un an après la fin de la guerre, seulement 8 millions de logements sont à nouveau habitables, alors que 14 millions de personnes sont encore sans abris. Les femmes doivent autant que possible amorcer le déblaiement des rues et reconstruire sans l’aide des machines, souvent détruites. On appelle ces femmes les Trümmerfrauen (les femmes des ruines)Franz Severin Berger, Christiane Holler, Trümmerfrauen. Alltag zwischen Hamstern und Hoffen, Vienne, Ueberreuter, 1994, .

Concernant les populations, selon Adam Tooze, à la fin de la guerre, dans la même période de temps, en Allemagne ou dans les régions ayant appartenu au Reich : 11 millions d'hommes de la Wehrmacht sont parqués dans des camps de prisonniers de guerre de fortune dont 3,3 millions en URSS. Un an après la fin de la guerre, la plupart des soldats rentrent chez eux, mais seulement 2 millions de soldats rentrent des goulags et autres camps de prisonniers russes. Dans les années d’après-guerre, 1,3 million de soldats allemands meurent au travail, de froid, de faim, ou disparaissent dans des camps soviétiques. Les derniers soldats rentrent d’URSS en 1956. 9 à 10 millions de personnes déplacées non allemandes sont en attente d'être rapatriées ou cherchent à regagner leurs foyers 9 millions d'Allemands évacués regagnent leurs villes 14,16 millions de personnes d'origine allemande sont expulsées de leurs foyers d'Europe centrale et orientale, migration forcée qui entraîne la mort de 1,71 million d'entre eux. Une grande partie est logée dans des camps de réfugiés avant d'être répartie sur le territoire. Au total, à la fin de la guerre, 12 millions de personnes sont en quête d’un nouveau foyerAxel Schildt, Die Sozialgeschichte der Bundesrepublik Deutschland bis 1989/90, Munich, Oldenbourg, 2007, .

La reconstruction économique de l’Allemagne après 1945

thumb|right|333px|Paysans allemands en récolte en 1946.

En 1945, l’Allemagne ruinée par la guerre est un pays dans lequel manquent la nourriture, les logements, les vêtements… La destruction du réseau de transports rend l’approvisionnement de certaines régions très compliqué. Malgré le maintien des cartes de rationnement par les Alliés, la population souffre, car la nourriture est insuffisante. Selon Alan S. Milward, la ration alimentaire moyenne des Allemands en 1946-1947 s’élève à par jour et par habitantAlan S. Milward, The Reconstruction of Western Europe. Le Sous-secrétaire d'État américain aux affaires économiques William Clayton (1880-1966), alerte Washington, D.C. et affirme que des « millions de personnes meurent lentement de faim » Gregory A. Fossedal, Our Finest Hour. Les Allemands doivent échanger des biens contre de la nourriture dans les campagnes et pratiquer le marché noir pour survivre. Les colis envoyés par l’organisation américaine « CARE », à partir de l’été 1946, auxquels viennent s’ajouter ceux de l’Église et ceux de l’ONU, ne suffisent pas à subvenir aux besoins de la population allemande. Des manifestations et des grèves contre la famine sont organisées, surtout dans le Nord de l’Allemagne, après le rude hiver de 1946/47. L'Allemagne de l'après-guerre connaît une importante inflation, si bien que la cigarette blonde américaine fait figure d'étalon monétaire, .

À la fin de la guerre, les Alliés s’accordent à dire que les grandes industries allemandes ont été un soutien de poids dans la montée en puissance d’Hitler. Lors de la conférence de Potsdam, ils décident donc de neutraliser le complexe militaro-industriel allemand pour empêcher une éventuelle nouvelle guerre. La décision est prise de démanteler les entreprises et de récupérer le matériel, comme dédommagement de la guerre. On prévoit alors le démontage de usines, pour revenir à la situation économique de 1932. Alors que la France et l’URSS pratiquent des démontages massifs dans l’industrie allemande, les États-Unis et le Royaume-Uni limitent cette pratique, préférant consolider l’économie allemande. Le démontage des usines provoque la colère et l’incompréhension des ouvriers allemands, privés de leur outil de travail.

Le , le ministre américain des Affaires étrangères, George C. Marshall propose le « European Recovery Program », appelé par la suite « Plan Marshall ». Ce programme a pour but de reconstruire l’Europe, mais aussi d’empêcher la propagation du communisme. En , seize pays participent à la conférence Marshall, mais certains pays d’Europe de l’Est sont obligés de refuser l’aide américaine sous la pression soviétique. Au total, les États-Unis dépensent plus de 12 milliards de dollars, dont 1,5 milliard en Allemagne de l'Ouest.

Dans la zone d’occupation soviétique, la reconstruction se fait beaucoup plus lentement que dans les zones d’occupation occidentales. L’Union soviétique s’octroie des réparations sous la forme de machines-outils et d’infrastructures comme les locomotives et les rails de chemins de fer. L’Allemagne verse 20 milliards de dollars à l’URSS à titre de réparation, p.468. C’est pour cela que la situation jusqu’en 1948 ne s’améliore pas. Puis l’URSS reconstruit la RDA sur le modèle économique soviétique. Dès la fin de la guerre, le gouvernement soviétique met fin à l’économie de marché et au libéralisme. La première réforme industrielle de 1945 supprime le patronat. Les grandes industries privées sont saisies par le gouvernement et transformées en entreprises d’État ou sociétés anonymes publiques. Seuls l’artisanat et les métiers de la gastronomie comptent encore des entreprises privées. Dans les années 1950, l’État oblige les petites entreprises agricoles à s’associer en coopérative. La collectivisation et la planification des productions mettent fin à l’existence des petites entreprises privées. La reconstruction économique est donc très compliquée à l’Est, car le plan économique s’avère peu efficace et la population mécontente peine à survivre.

La dénazification

La dénazification (en allemand ) est un ensemble de mesures prises par les Alliés après leur victoire sur le Troisième Reich en 1945. Cette tâche a consisté à punir les principaux responsables, à traduire en justice ceux qui avaient adhéré au parti nazi et à épurer le pays de l’idéologie nationale-socialiste. Si la question de la démilitarisation de l’Allemagne s’est réglée de façon relativement simple, il n’en a pas été de même pour celle de la dénazification. En effet, on ne pouvait se contenter d’une épuration simplement politique, puisque le nazisme était ancré dans l’esprit de la population. Aussi en plus des mesures purement répressives, il fallait procéder à une mission plus complexe, la rééducation (Umerziehung) des Allemands, visant au-delà de l’épuration des enseignants et des enseignements dans le système scolaire et universitaire, à éduquer à la démocratie.

Décidée lors de la conférence de Potsdam et approuvée par les quatre puissances vainqueurs, la dénazification a néanmoins été menée de façon différente suivant les zones d’occupation. Le but principal et commun des Alliés était d’empêcher la réapparition d’une Allemagne totalitaire et criminelle. Dans un premier temps, ils ont établi le « Tribunal militaire international de Nuremberg » (Internationales Militärtribunal in Nürnberg) créé en exécution de l’accord signé le par le Gouvernement provisoire de la République française, les gouvernements des États-Unis, du Royaume-Uni et de l’URSS, pour juger et punir les plus hauts dirigeants du Troisième Reich et instruire le procès du parti nazi et de ses organisations annexes (SS, SA, SD, Gestapo etc.).

Les principaux représentants du régime national-socialiste sont punis pour crime contre la paix, crime de guerre et crime contre l'humanité. Vingt-deux verdicts sont prononcés : douze condamnations à mort, trois prisons à vie, quatre peines allant de dix à vingt ans et trois acquittements. Le but était de mettre des noms et des visages sur les principaux responsables des crimes commis, mais la responsabilité de la population est laissée à l’arrière-plan. C’est pourquoi de nombreux procès ont suivi concernant les médecins, les juristes, les industriels, les officiers etc. : 5000 arrestations, 668 condamnations à mort, environ 500 exécutions.

En zone d’occupation américaine, la dénazification comprend deux phases : au cours de la première, les Américains, conformément à leur directive JCS 1067 du , pratiquent une politique systématique et rigoureuse de dénazification sur la base du questionnaire, le fameux Fragebogen (131 questions), afin de classer les Allemands de leur zone en cinq catégories allant des principaux coupables (Hauptschuldige) aux disculpés (Entlastete) en passant par le groupe de ceux qui avaient suivi sans s’être réellement impliqués (Mitläufer). À cause de sa complexité et des injustices qu’il entraîne, le questionnaire est finalement abandonné au profit d’une politique plus souple.