Alexandre-Théodore Brongniart est un architecte français, né à Paris le et mort dans la même ville le Ibidem, .. Il est l'auteur de nombreux bâtiments néo-classiques parisiens, dont le palais de la Bourse des valeurs de Paris, dit aussi « Palais Brongniart », et divers hôtels particuliers ainsi que du cimetière du Père-Lachaise.

Biographie vignette|Palais Brongniart à Paris. Alexandre-Théodore Brongniart était issu d'une bonne famille originaire d'Arras. Plusieurs de ses ancêtres, échevins de la ville d'Arras, furent anoblis au début du par la maison d'Autriche, à l'époque où la ville faisait partie de ses possessions. Le père de Brongniart, Ignace-Théodore Brongniart (1707-1765), vint s'installer à Paris où il s'établit comme marchand-apothicaire-épicier à l'enseigne du Flambeau Royal, rue de la Harpe ; il épousa en 1737 une demoiselle de Fourcroy, également issue d'une famille d'apothicaires originaires du Boulonnais, dont est issu le chimiste et membre du Comité de salut public sous la Révolution française, Antoine-François Fourcroy (1755-1809).

Avant la Révolution française Théodore Brongniart, né en 1739, est l'aîné de deux garçons dont le cadet, Antoine-Louis (1742-1804) devient apothicaire et chimiste. Il fait d'excellentes études littéraires au Collège de Beauvais puis entreprend des études de médecine mais se réoriente bientôt vers l'architecture. Il s'inscrit à l'Académie royale d'architecture comme élève d'Hubert Pluyette, y suit l'enseignement de Jacques-François Blondel, qui l'estimait pour sa culture générale, ainsi que celui d'Étienne-Louis Boullée, architecte théoricien et visionnaire, avec qui il restera en relation et qui lui montrera toujours de l'attachement. Il remporte des prix d'émulation en 1763 pour la façade d'un théâtre et en 1764 pour l'entrée principale d'un arsenal mais échoue trois fois au Grand Prix de Rome.

En 1767, il épouse Louise d'Aigremont, qui tient alors boutique de lingerie dans le quartier du TempleSous le passage de la Trinité près la rue Bouny-Labbé. En 1770, elle prend une boutique plus grande, rue Greneta.. Ils ont trois enfants, un fils et deux filles :

Alexandre (né le - mort en 1847), qui devait devenir minéralogiste et épousa Cécile Coquebert de Montbret, petite-fille de l'architecte du roi Michel-Barthélemy Hazon ; Louise (née le ), par son mariage Naval de Saint-Aubin puis marquise Picot de Dampierre (belle-sœur du général Auguste Marie Henri Picot de Dampierre) ; Alexandrine Émilie (1780-1847), épouse de Louis-André, baron Pichon.

Premières constructions dans le quartier de la Chaussée d'Antin Les premiers travaux d'architecte de Brongniart ont pour théâtre le quartier de la Chaussée-d'Antin, alors en plein aménagement sur des terrains vendus par la communauté trinitaire des Mathurins. C'est là qu'associé d'abord avec l'entrepreneur Le TellierIls s'étaient associés dès 1767. Brongniart devait par la suite s'associer avec d'autres spéculateurs comme Sainte-Croix et Bouret de Vézelay., il se fait connaître et apprécier d'une riche clientèle aristocratique. En 1769, Voir, à ce sujet, les mémoires apocryphes de Madame de Créquy. On sait que le général de Valence était l'amant de Madame de Montesson et qu'il épousa une fille de Madame de Genlis : la première clientèle de Brongniart se recrute dans les entours de la maison d'Orléans. puis, en 1770, celui de Madame de Montesson, maîtresse du duc d'OrléansL'hôtel de Montesson se trouvait à l'emplacement de l'actuelle cité d'Antin. Un long passage voûté reliait la rue à la cour. Vers la rue Taitbout, la façade sur le jardin était rythmée de pilastres ioniques, à l'image des hôtels construits dans le quartier par Boullée. et, en 1773, en contiguïté avec le précédent, le vaste hôtel du duc d'OrléansEn collaboration avec Henri Piètre, architecte ordinaire du prince. Il communiqua d'abord avec l'hôtel de Montesson par une charmille, puis par un bâtiment bas.. Un peu plus loin, à l'angle de la Chaussée-d'Antin et du Boulevard, il élève en 1777 l'hôtel Radix de Sainte-Foix avec son jardin suspendu au-dessus de la rue Basse-du-RempartL'hôtel avait été construit pour Bouret de Vézelay qui en avait cédé l'usufruit à Radix de Sainte-Foix, personnage aussi fastueux que controversé. L'architecte avait dû composer avec le plan irrégulier de la parcelle et la dénivellation du sol. Il avait construit trois corps de bâtiment autour d'une terrasse surplombant le Boulevard. La façade sur le jardin était décorée d'un long bas-relief de Clodion qui a fait partie des collections de la famille Lebaudy., et construit rue de Richelieu l'hôtel Taillepied de Bondy (1771), rue Chantereine (aujourd'hui rue de la Victoire) l'hôtel de Dervieux (1778) et, à l'angle de la rue de Choiseul et du boulevard Montmartre, l'hôtel de la comtesse de La Massais (1778). Il bâtit également l'hôtel de Courcelles place Beauvau, un groupe de maisons rue Neuve-des-Mathurins (1776) et une maison pour M. Grisard de Baudry dans le cadre d'une spéculation réalisée entre la rue de l'Arcade et la Ferme des Mathurins.

Signe de son succès et de sa réputation, Brongniart est admis dès 1777 à l'Académie royale d'architecture, alors qu'il n'est âgé que de 38 ans. Il est l'ami du sculpteur Houdon qui, en cette même année 1777, donne les bustes de ses deux premiers enfants, Alexandre et Louise, alors âgé de 7 et de 5 ansParis, musée du Louvre. tandis que Hall peint leurs miniatures. En 1778, Madame Vigée-Lebrun fait leurs portraitsElle fera en 1788 celui d'Émilie, dont le buste fut également sculpté par Couasnon en 1784 et un portrait exécuté en 1795 par Gérard.. Il a pour collaborateurs habituels les sculpteurs Clodion et Chaudet. Il est l'intime du peintre Hubert RobertLes mémoires de Vigée-Lebrun évoquent Brongniart et sa femme amenant Hubert Robert à une pièce du Vaudeville où l'auteur l'a figuré peignant Marie-Antoinette ce qui vaut au peintre une véritable ovation. Ailleurs, elle parle des réceptions données par le financier Louis Le Peletier de Morfontaine dans son domaine de Mortefontaine (Oise), où Brongniart et Robert faisaient assaut de plaisanteries et de charades avec le poète Ponce-Denis Écouchard-Lebrun, le chevalier de Coigny, le comte de Vaudreuil et Rivière, chargé d'affaires de Saxe..

En 1780, il reçoit une commande considérable puisqu'il est chargé d'édifier le nouveau couvent des capucins dans le quartier de la Chaussée d'Antin, sur la rue de Caumartin qui est prolongée à cet effet. Bâtis entre 1780 et 1782, le couvent des capucins d'Antin (aujourd'hui Lycée Condorcet) et l'église Saint-Louis-d'Antin constituent un remarquable exemple d'un néo-classicisme sévère, proche des conceptions de Ledoux et de Boullée et qui convient parfaitement à un ordre mendiant. Au centre de la composition, l'architecte a inscrit un cloître orné d'un ordre dorique sans base supportant une corniche plate sans triglyphes. Le cloître est bordé sur trois côtés par des bâtiments tandis que le quatrième côté n'était primitivement séparé du jardin que par une colonnade. Chacun des trois corps de bâtiment a une façade sur la rue Caumartin puisque le corps central, sur lequel se trouve l'entrée principale, se trouve entre les extrémités des deux autres corps. La façade est à l'origine dépourvue de fenêtresLes fenêtres du corps central que l'on voit aujourd'hui ont été percées au ; les fenêtres du premier niveau ont remplacé les huit niches originales, qui devaient être ornées de statues dans le goût de l'Antique qui ne furent jamais exécutées, et celles du second ont pris la place de deux longs bas-reliefs de Clodion (représentant Saint Louis rendant la justice et La mort de saint Louis devant Carthage) : cette disposition est parfaitement représentée par la gravure de Krafft et Ransonnette dans Plans, coupes, élévations des plus belles maisons et hôtels (1771-1802).. Le corps de gauche est l'église, également d'ordre dorique, qui ne comporte qu'un seul collatéral, comme il est courant dans les églises de l'ordre des capucins, et dont le vaisseau central n'était primitivement éclairé que par les lunettes de la voûte à droite et par le second jour du collatéral et très sobrement décoré d'une grisaille de GébelinLors de la transformation du couvent en lycée en 1804, des travaux importants furent réalisés dont les premiers furent dirigés par Brongniart lui-même (1805-1808), notamment la construction d'un quatrième corps de bâtiment pour fermer le cloître et le percement de la façade..

Constructions dans le quartier des Invalides Sur la rive gauche, Brongniart est chargé, en 1774, de construire à l'extrémité de la rue Saint-Dominique, sur un terrain vendu par le banquier Laborde, l'hôtel de Monaco destiné à Marie-Catherine Brignole-Sale, épouse divorcée du prince Honoré III de Monaco. La construction est achevée en 1777. Brongniart a abandonné le plan classique de l'hôtel particulier parisien pour édifier un palais de plan rectangulaire entre cour et jardin. Le logis, double en profondeur, ménage une double enfilade de pièces de réception. La façade sur la cour est animée en son centre par une rotonde et ornée d'un ordre toscan tandis qu'un ordre ionique colossal décorait la façade sur jardinIl ne reste rien de visible de la construction de Brongniart. L'hôtel de Monaco (actuellement ambassade de Pologne) est une reconstruction effectuée au pour le banquier William Hope par l'architecte Achille-Jacques Fédel..

C'est la princesse de Monaco qui recommande Brongniart à son amant, le prince de Condé, lorsque celui-ci cherche un architecte pour bâtir, à proximité de sa résidence du Palais Bourbon, l'hôtel qu'il destine à sa fille, Louise-Adélaïde de Bourbon-Condé (1757-1824), dite « de Condé », abbesse de Remiremont, puis abbesse du Temple, fondatrice en 1816 d'une communauté issue de l'ordre des Bénédictines de l'Adoration perpétuelle du Très Saint Sacrement. L'hôtel est édifié en 1781-1782 sur ce qui est aujourd'hui la rue Monsieur sur un terrain appartenant à Brongniart et sa femmeL'architecte s'était engagé à livrer l'hôtel clés en mains pour la somme de livres. Les comptes de l'opération montrent qu'il fit une opération blanche..

Ceux-ci ont en effet acquis de la famille de Maupeou un vaste ensemble de terrainsEntre le boulevard des Invalides, la rue de Babylone et la rue Plumet sur lesquels un arrêt du Conseil ne va pas tarder à autoriser l'ouverture de la rue devenue la rue Monsieur, puisque c'est le long de cette rue que Brongniart va construire les écuries du comte de Provence, frère du roi Louis XVI, ainsi que l'hôtel de Montesquiou (1781) pour le personnage-clé de cette opération de spéculation immobilière, le marquis de Montesquiou, Premier écuyer de Monsieur. Sur les mêmes terrains, Brongniart bâtit également le Pavillon des Archives de l'Ordre de Saint-Lazare (détruit), l'hôtel de Masseran (1787), qui subsiste parfaitement conservé rue Masseran, l'hôtel de Richepanse (1787-1788), rue Masseran, ainsi qu'une maison pour lui-même qu'on peut encore voir, quoique dénaturée, à l'angle du boulevard des Invalides et de la rue Oudinot.

En 1782, Brongniart est chargé de réaménager l'hôtel Chanac de Pompadour, rue de Grenelle, pour le baron de Besenval. Il bâtit en sous-sol une somptueuse mais glaciale salle de bains à l'antique, ornée de bas-reliefs de ClodionAujourd'hui au musée du Louvre., dont on affirme qu'elle ne servit qu'une fois.

Pour le marquis de Montesquiou, il dessine également le parc de Mauperthuis, dans la Brie, l'un des premiers parcs à l'anglaise en France. Dans le vallon de l'Aubetin, en contrebas du coteau sur lequel le château avait été entièrement rebâti à l'antique par Claude Nicolas Ledoux, il conçoit un jardin peuplé de fabriques, l'Élysée, où voisinent la Chaumière, le Pavillon de la princesse de Clèves, le Tombeau de Coligny et la Pyramide, le seul de ces édicules à avoir traversé la tourmente révolutionnaire.