vignette|Portrait de Philippe Pétain (affiche, 1940). vignette|Projet d'affiche conçu pour promouvoir la Révolution nationale et stigmatiser la Troisième République prétendument en proie au capitalisme, au communisme, à l'affairisme, aux Juifs et aux francs-maçons. Illustration de R. Vachet, Centre de propagande de la Révolution nationale d'Avignon. vignette|Loi du 16 août 1940 limitant l'exercice de la médecine.

La révolution nationale est l'idéologie officielle du régime de Vichy ( à ), pendant l'occupation de la France par l'Allemagne nazieAndré Kaspi, Ralph Schor, Nicole Piétri, La Deuxième Guerre mondiale, chronologie commentée, éditions Complexes, 1995, .. La devise républicaine « Liberté, Égalité, Fraternité » est remplacée par la devise « Travail, Famille, Patrie ».

La volonté de « révolutionner » la société française et l'État explique l'intense activité législative du régime, avec et décrets promulgués en quatre ansJean-Pierre Le Crom (historien, CNRS), « L'Avenir des lois de Vichy », 2005, in Le Droit sous Vichy, 2006, .. La législation du régime de Vichy se distingue par la rupture avec un certain nombre de principes républicains. Même si ces normes sont annulées durant la libération de la métropole par l’ordonnance du 9 août 1944, le régime de Vichy étant déclaré « illégitime, nul et non avenu », elle aura néanmoins une incidence sur la France d'après guerre et donc sur le régime républicain en lui même.

Révolution nationale Histoire de la notion La notion de « révolution nationale » apparaît pour la première fois dans le livre La Révolution nationale : philosophie de la victoire de Georges Valois, publié en 1924 :

Avant l'instauration du régime de Vichy, la transformation des institutions et des mentalités est prônée dans différents cénacles réunissant à la fois des intellectuels (comme Albert Rivaud ou René Gillouin), des chefs syndicalistes, des écrivains (comme René Benjamin et Henri Pourrat) et des clercs (comme le cardinal Gerlier). Le cercle Fustel de Coulanges rassemble ainsi le maréchal Hubert Lyautey, le général Maxime Weygand ou l'académicien Abel Bonnard.

Elle est annoncée dans l'exposé des motifs du projet de loi constitutionnelle du 10 juillet 1940 :

L’expression ne serait pas du maréchal Pétain lui-même mais il se l'approprie rapidementInformations générales, septembre 1942 (Discours du 30 août 1942 aux Légionnaires et volontaires de la Révolution nationale pour le anniversaire de la Légion françaises des combattants), Informations générales, 15 juillet 1941 (Discours du 8 juillet 1941 aux membres de la commission de la constitution du Conseil national)....

Largement promue par les gouvernements traditionalistes de Vichy de 1940 à 1942, la Révolution nationale n'est plus mise en avant à partir du retour au pouvoir de Pierre Laval, de formation républicaine, en . Cette de la Révolution nationale, qui est une .

Médiatisation vignette|Imagerie de propagande : sous la devise « Travail, Famille, Patrie », le portrait de Pétain en médaillon soutenu par une francisque au-dessus d'une scène représentant la France rurale et industrielle, 1942. Une affiche qui associe drapeau tricolore, portrait du maréchal et intitulé « Révolution nationale », fut imprimée et diffusée vers la fin , date à laquelle l'imprimeur Le Hénaff, à Saint-Étienne, recevait d'ultimes instructions de retouches. Le total des tirages des différentes éditions, sous divers formats, qui furent effectuées jusqu'en 1944, s'élève à plusieurs millionsPhilippe Delangle, Michel Wlassikoff, Signes de la collaboration et de la Résistance, Autrement, 2002, .. L'auteur, Philippe Noyer, faisait partie de l'« Équipe Alain-Fournier », « Affiches propagande du groupe Fournier », 10 mai 2008, sur le blog « MARECHAL NOUS VOILÀ? Un film de Jorge Amat et Denis Peschanski » : http://marechalnousvoila.blogspot.com/2008/05/blog-post_10.html..

Principes Ses principes sont une adaptation des idées et valeurs de la droite nationaliste de l'époque à un régime de gouvernement « de crise » : confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du parlementarisme, de la démocratie représentative et du multipartisme ; condamnation du libéralisme, politique et économique ; culte de la personnalité : la soumission inconditionnelle au Chef et à la hiérarchie est exaltée. stigmatisation des responsables supposés de la défaite : la Troisième République, en particulier la politique du Front populaire, les communistes, les Juifs, les francs-maçons tous considérés comme des traitres à la Patrie ; antisémitisme d'État ; corporatisme et collaboration des classes sociales ; cohésion de la société, chaque classe sociale étant censée être solidaire des autres afin de maintenir l'ordre social (« organicisme ») ; apologie des valeurs traditionnelles : la devise républicaine « Liberté, Égalité, Fraternité » est remplacée par « Travail, Famille, Patrie » ; régionalisme politique, culturel ; rejet du modernisme culturel et des élites intellectuelles et urbaines (politique du « », qui convainc moins de de revenir aux champsRobert Paxton, La France de Vichy, Points-Seuil, 1974.Le monde rural et les traumatismes de 1940, sur le site cndp.fr, consulté le 30 octobre 2008.) ; principe communautaire : l'homme est encadré par des communautés qui le dépassent (patrie, famille, profession). Le terme de communauté est un mot-clé de la Révolution nationale. Les « Principes de la Communauté » sont proclamés par Pétain au début de l’année 1941Antonin Cohen, « Vichy et la troisième voie - « Vers la révolution communautaire » – Rencontres de la troisième voie au temps de l’ordre nouveau », Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine, 51-2, avril-juin 2004.

Des proches de Pétain tentent de définir les principes du nouveau régime, tel René Gillouin. Sa réflexion, dans ses articles et ses conférences sur la nature du nouvel État français, l’amène à le distinguer à la fois du , de la conception « démolibérale », et des , de la . Ce nouvel État et son pouvoir est . Limité car il , car . , ajoute-t-il. Limité aussi car il . Quant à l’égalité, notion chrétienne selon lui, s’il reconnaît que les hommes sont égaux à la fois devant Dieu et devant la loi, l’égalité . Car et explique . Ses réflexions visent à souligner la nécessité d’opérer de même que car ..

La Légion française des combattants a été en partie conçue en 1940 pour maintenir le culte de la patrie meurtrie et diffuser les principes de la Révolution nationale mais le régime de Vichy a contrarié cette dernière mission en se montrant incapable de définir une doctrine ferme et stableIsabel Boussard, Jean-Paul Cointet, La Légion française des combattants. Vers le parti unique. Vichy 1940-1944, compte-rendu, Revue d'histoire moderne et contemporaine, 39-3, 1992, 524-526..

Courants La Révolution nationale a particulièrement attiré trois groupes de personnes : les réactionnaires, au sens propre du terme, c'est-à-dire tous ceux qui rêvaient d'un retour à un système politique et social préexistant, que cela soit avant 1936 ; avant 1870 et la République ; avant 1789 et la Révolution française (voir contre-révolution) ; on retrouve là notamment des partisans de l'Action française particulièrement chez ses dirigeants mais aussi des tenants de la droite catholique ou/et conservatrice. Charles Maurras salue ainsi « L'esprit de la Révolution nationale » dès Ch. Maurras, « L'esprit de la Révolution nationale », Candide, 24 juillet 1940. ; les réformateurs impatients de la république et les partisans de solutions politiques et sociales nouvelles, très nombreux à la fin de la République ; on trouve parmi eux des non-conformistes des années 1930, des personnalistes démocrates-chrétiens, des néo-socialistes, des planistes, des « Jeunes-Turcs » radicaux, des technocrates, etc. Beaucoup ne sont pas anti-démocrates dans l'âme et veulent profiter de la table rase de et de la loi constitutionnelle pour entamer des réformes ; les partisans d'une forme de fascisme à la française, qui pouvaient être rebutés par certains aspects traditionalistes du régime (cléricalisme, scoutisme naïf, etc.) mais soutenaient la politique collaborationniste ; parmi eux les partisans du Mouvement social révolutionnaire (MSR), du Parti populaire français (PPF) de Jacques Doriot, et du Rassemblement national populaire (RNP) de Marcel Déat, etc. Ils ont pu tenir un discours pétainiste à leurs débuts avant de se tourner vers le collaborationnisme hostile au gouvernement de Vichy jugé trop modéré ou trop nationaliste. L'éditorial de Déat publié dans L'Œuvre du 10 juillet 1940 (date de naissance du régime de Vichy) est intitulé « Révolution nationale ».. L'organe bordelais du PPF, L'Assaut, est sous-titré « organe de la révolution nationale » dans son premier numéro, en septembre 1940. Le sous-titre devient « organe de la révolution nationale et sociale » deux mois plus tard, avant de disparaitre en novembre 1941L'Assaut, 15 septembre 1940, Ibid., 10 novembre 1940. Le périodique du MSR, lancé en octobre 1941, s'appelle Révolution nationaleChristophe Bourseiller, Ombre invaincue, la survie de la Collaboration dans la France de l'après-guerre, 1944-1954, Perrin, 2021..

Tous ont en commun de penser que la chute de la République et la disparition de blocages « libéraux » ou « bourgeois » laissent la place à de nouvelles expériences. Leurs solutions sont diverses et parfois contradictoires : vie en petites communautés, coopératives ou corporations, corporatisme à base syndicale (René Belin) ou corporatisme traditionaliste hostile aux syndicats, retour à la terre, économie planifiée, pouvoir aux ingénieurs, etc. Ils ont pu utiliser le thème de la « révolution nationale » comme un slogan, en lui attribuant des significations différentes et en lui accolant parfois d'autres mots (« communautaire », « sociale », « socialiste »).

La Révolution nationale et communautaire a eu ses artisans et ses partisans, qui ont diffusé ses mots d'ordre et ses thèmes dans des revues (Idées, Demain), des journaux, des écoles (école des cadres d'Uriage), des instituts (Institut d'études corporatives et sociales), des journées d'études (Journées du Mont-Dore en ), des associations (Économie et humanisme, Compagnons de France), des organisations liées au régime (Légion française des combattants, Corporation paysanne, Chantiers de la jeunesse française). La Légion est la principale promotrice de la Révolution nationale en zone libre (ou zone sud) ; elle est interdite en zone nord par les Allemands.

En , un éphémère mouvement politique patronné par le maréchal Pétain s'est appelé le Rassemblement pour la Révolution nationale. Organisme concurrent de la Légion française des combattants, fondé aussi pour contrecarrer les ambitions de Marcel Déat, il devait officiellement être un mouvement de masse visant à « assurer au nouveau régime ses assises et briser l’activité renaissante de certaines organisations [le PCF] ». Son comité provisoire est désigné à cette date. Henry du Moulin de Labarthète, directeur du cabinet civil de Pétain, est son secrétaire général et son initiateurLe Temps, 31 janvier 1941, Sur le comité de rassemblement, cf. Jean-Paul Cointet, La Légion française des combattants, Albin Michel, 1995, , et Jérôme Cotillon, « Un homme d'influence à Vichy : Henry du Moulin de Labarthète », Revue historique, 2002/2, n° 622.. La même année, la loi du rebaptise la Légion française des combattants en « Légion française des combattants et des volontaires de la Révolution nationale », ce qui permet d'y inclure les partisans du régime qui n'étaient pas des anciens combattantsInformations générales, 25 novembre 1941. Juste après la loi, Pétain adresse à François Valentin, le chef de la Légion, une lettre le , qui est un constat d'échec de l'action de la Légion, ainsi qu'un appel à la .