thumb|right|250px|L'ennui : tableau du peintre et illustrateur français Gaston de La Touche.

Dans l'usage habituel, l'ennui se présente sous la forme d'un état émotionnel ou psychologique vécu par une personne dont l'occupation quotidienne est dépourvue d’intérêt, voire monotone.

Cette sensation, généralement envahissante, souvent liée à une situation de désœuvrement peut quelquefois entraîner un état de détresse émotionnelle, telle que la tristesse. Mais elle peut aussi, de façon paradoxale, entraîner un désir de créativité, afin de combler cette sensation de vide et d'évacuer cette forme d'abattement.

Ce terme, quand il est écrit au pluriel, est également utilisé pour signifier une contrariété, voire une difficulté qui peuvent également révéler un certain degré de gravité. L'usage de l'expression courante « avoir des (ou de gros) ennuis » l'illustre d'ailleurs parfaitement.

Définition Selon le dictionnaire Larousse, le terme ennui, employé au singulier, est défini comme une . Employé au pluriel, ce terme est présenté comme un désagrément, un obstacle, voire ..

Selon le CNTRL, le mot ennui est défini, dans son sens moderne (et au singulier) comme un http://www.cnrtl.fr/definition/ennui Site du CNRTL, page sur la définition du mot ennui], consultée le 21 septembre 2018.

Le nouveau dictionnaire de la langue française conçu et élaboré par le grammairien français Jean-Charles Laveaux, a été publié en 1828. L'ouvrage présente l'ennui comme une « langueur d'esprit » et définit le terme dans le sens d'un désintérêt jusqu'à en éprouver un malaise ou un dégoût qualifié d'« insupportable »Google livre "Nouveau dictionnaire de la langue française de Jean-Charles Laveaux", tome premier, consulté le 25 septembre 2018. Étymologie En français, le terme ennui est lié au verbe « ennuyer », lui-même dérivé du bas latin inodiāre, formé sur l’expression in odio esse : « être un objet de haine » du latin classique..

Origine et formes de l'ennui L'inactivité, source principale ? vignette|150px|Cette vendeuse dans un magasin de souvenirs moscovite semble s'ennuyer en attendant le client. Dans les sociétés modernes, l'ennui, souvent associé au désœuvrement et à l'improductivité, est considéré comme un fléau. Il est souvent lié à des situations où l'individu n'a pas d'activité, notamment professionnelle. La retraite, période où le travailleur cesse d'exercer sa profession, est souvent décrite comme une période où l'ennui est ressenti comme le risque principalSite Cairn, article "Le passage à la retraite : craintes et espoirs", consultée le 21 septembre 2018.

Selon le psychologue Camillo Zacchia, la personne se retrouvant dans cette situation doit consacrer du temps pour développer des intérêts et c'est « dans ces moments creux » que les personnes a priori désœuvrées découvrent les plaisirs de nouvelles activités. Au-delà de cet exemple, toutes les personnes retraitées ou pas qui subissent une période d'inactivité chercheront quelque chose à faire pour combler le vide..

La captivité et l'isolement Des détenus, mais aussi des spécialistes du milieu carcéral, reconnaissent que l'ennui est un des risques majeurs de la vie en prison. En 2018, une coordinatrice culturelle du service pénitentiaire d'insertion et de probation, a organisé des ateliers à la maison d'arrêt de Villepinte, afin de lutter contre ce qu'elle nomme « l'ennui profond en détention ». Chaque année, cette spécialiste organise plus d'une vingtaine d'activités culturelles ou de loisirs destinées aux détenus afin de lutter contre leur désœuvrement..

Les différentes catégories de l'ennui En 2006, Thomas Goetz et Anne Frenzel, chercheurs en psychologie de l'université allemande de Constance. ont classé l’ennui en cinq catégories : quatre étaient déjà connues précédemment, la dernière étant présentée comme une nouveauté.. L’ennui indifférent : état dont le ressenti est plutôt positif, basé sur une totale indifférence au monde extérieur accompagné d'une certaine béatitude. L’ennui de calibrage : état dont le ressenti est plutôt négatif, basé sur un certain désœuvrement, mais sans que la personne, pourtant moins indifférente à son environnement que l'état précédent, cherche à lutter activement contre cet état. L’ennui de recherche : état dont le ressenti est nettement plus négatif, car la personne concernée recherche activement une activité à accomplir afin de s’extraire de son sentiment d'ennui. L’ennui réactif : état dont le ressenti est considéré comme le plus négatif ; la personne concernée cherche à sortir de sa situation d’ennui, considérée comme très déplaisante, de façon assez désespérée. L’ennui apathique : état dont le ressenti, là aussi considéré comme extrêmement négatif, s'allie avec une certaine forme d'indifférence mais sans que la personne ne ressente aucune satisfaction. Elle ne sait que faire et elle ne parvient pas à lutter contre son ennui. Cette nouvelle catégorie, plus aiguë, peut être un des symptômes d'une dépression majeure.

Selon cette étude, l'état que produit l'ennui n'est pas nécessairement négatif et peut même précéder un important processus créatif. Cependant, selon l'état psychologique de la personne concernée, l'ennui peut être vécu comme une véritable souffrance.

Philosophie de l'ennui Visions de l'ennui à travers les époques et les auteurs Avant le vignette|120px|Jean de La Bruyère. Le moraliste français Jean de La Bruyère, auteur du texte Les Caractères, donne une représentation de l'ennui dans son chapitre XII, De l'Homme au travers de ce passage. L'ennui est entré dans le monde par la paresse, elle a beaucoup de part dans la recherche que font les hommes des plaisirs, du jeu, de la société; celui qui aime le travail a assez de soi-même. Son propos associe clairement l'ennui à l'oisiveté, sentiment partagé par de nombreux auteurs, moralistes et philosophes tout au long des , , voire du et du , même si l'argument s'est fortement nuancé au cours du temps. vignette|120px|Voltaire. L'écrivain et philosophe Voltaire écrit, d'ailleurs dans le même sens que son aîné, dans la conclusion de son livre Candide ou l'optimiste : Le travail éloigne de nous trois grands maux : l'ennui, le vice et le besoin

Il y associe, là encore, le vice et l'ennui. Seul le travail reste salutaire pour éloigner l'homme de bien de ces états considérés comme contraires à la morale.

Durant la même période, l'Encyclopédie de Diderot et D'Alembert publiée en 1751 définit l'ennui en ces termes : espèce de déplaisir qu’on ne sauroit définir : ce n’est ni chagrin, ni tristesse ; c’est une privation de tout plaisir, causée par je ne sai quoi dans nos organes ou dans les objets du dehors, qui au lieu d’occuper notre âme, produit un mal-aise ou dégoût, auquel on ne peut s’accoutumer. L’ennui est le plus dangereux ennemi de notre être, & le tombeau des passions ; la douleur a quelque chose de moins accablant, parce que dans les intervalles elle ramène le bonheur & l’espérance d’un meilleur état : en un mot l’ennui est un mal si singulier, si cruel, que l’homme entreprend souvent les travaux les plus pénibles, afin de s’épargner la peine d’en être tourmenté.

Le philosophe genevois Jean-Jacques Rousseau évoquera l'ennui dans une lettre destinée à Monsieur d'Alembert, où l'on relèvera cette simple citation incluant le mot ennui : Ah ! dignité, fille de l'orgueil et mère de l'ennui.

vignette|120px|Arthur Schopenhauer. Au siècle suivant, le philosophe allemand Arthur Schopenhauer, dans son ouvrage Le Monde comme volonté et comme représentation, considère toujours l'ennui comme un drame humain : La vie oscille comme un pendule, de droite à gauche, de la souffrance à l’ennui : ce sont là les deux éléments dont elle est faite.

Ce philosophe va donc plus loin que ses prédécesseurs dans son rejet et dans la vision négative de l'ennui. Schopenhauer écrit aussi que le Paradis, censé récompenser les plus méritants, ne propose pas les turpitudes de l'Enfer, et par conséquent, présente le risque de « l'ennui éternel »Google livre "Michel Houellebecq sous la loupe", études réunies par Murielle Lucie Clément, consulté le 21 septembre 2018.

De son côté, l'écrivain allemand Johann Wolfgang von Goethe écrit dans son recueil de pensées La seconde venue du Christ, une réflexion qui tempère la vision négative de l'ennui. : L'ennui est une mauvaise herbe, mais aussi une épice qui fait digérer bien des choses.

Le Dans son ouvrage Propos sur le bonheur, publié en 1925 le philosophe français Alain remarque : Qui n'a point de ressources en lui-même, l'ennui le guette et bientôt le tient.

La notion de « ressources » est plus large que la notion de travail ou d'activités. À notre époque, ces ressources peuvent recouvrir de nombreuses notions autant physiques qu'intellectuelles, aussi bien matérielles qu'abstraites. La sensation de vide intérieur et donc de désœuvrement reste tout de même sous-jacente et l'ennui peut s'associer à une forme d'angoisse, voire de désespoirgoogle livre "Le boulot qui cache la forêt" de Mickaël Mangot, chapitre 6, consulté le 21 septembre 2018 vignette|120px|Alberto Moravia. En 1960, l'auteur italien Alberto Moravia, dans son roman L'Ennui, y ajoute la notion d'incommunicabilité. Dès le prologue, Dino nous donne sa propre définition de l'ennui : « L'ennui est pour moi véritablement une sorte d'insuffisance, de disproportion ou d'absence de réalité. » Il emploie alors trois métaphores pour illustrer son propos : une couverture trop courte, une panne d'électricité, une fleur flétrissant soudainement. Ce qui caractérise cet ennui consiste, en définitive, en une perte de croyance en la réalité. Prenant ensuite l'exemple d'un verre, il nous présente une expérience-limite : « Mais faites que ce verre se décompose et perde sa consistance de la façon que j'imagine, ou bien qu'il se présente à mes yeux comme quelque chose d'étranger, avec lequel je n'ai aucun rapport, en un mot s'il m'apparaît un objet absurde, alors de cette absurdité jaillira l'ennui, lequel est en fin de compte l'incommunicabilité et l'incapacité d'en sortir. »Google livre "L'Ennui: de Sénèque à Moravia" par Madeleine Bouchez, édition Bordas, consulté le 21 septembre 2018.

Trois ans plus tard (1963), le philosophe et musicologue français Vladimir Jankélévitch signe un essai philosophique dénommé L'Aventure, l'Ennui, le Sérieux. Cet ouvrage est considéré comme une première synthèse de sa pensée, où l’auteur donne sa vision sur la dimension temporelle de l'action, l'ennui représentant le présent., mais aussi comme un intervalle angoissant..

Le vignette|120px|Lars Svendsen. Au début des années 2000, la première publication du livre du philosophe Petite Philosophie de l'ennui en 1999 (en norvégien) a donné lieu à diverses interrogations dans la presse .

En France, en 2003, le magazine L'Express publie un article dans lequel est détaillé ce rapport contemporain à l'ennui. Extraits :

L'Ennui

Dans on ouvrage intitulé Petit éloge de l'ennui, publié en 2011, la psychanalyste Odile Chabriac reprend la définition de l'ennui qu'elle présente comme une pour préciser ensuite qu'il et considère qu'il ne faut pas lier l'ennui à la mélancolie ou la dépression. Cet état serait donc lié à un simple état d'esprit, d'où le titre assez optimiste de son livreGoogle livre Petit éloge de l'ennui d'Odile Chabrillac, psycho pratique, consulté le 21 septembre 2018.

Les indicateurs de l'ennui Le désintérêt et le désœuvrement