Les attentats de Madrid du sont l'acte terroriste le plus meurtrier en Europe depuis 1988. Plusieurs explosions de bombes, posées par des islamistes, se sont produites dans des cercanías (trains de banlieue) à Madrid le matin du jeudi , environ deux ans et demi après les attentats du , soit 911 jours.

Près de deux cents personnes périssent et mille neuf cents sont blessées, faisant de ces attaques l'attentat le plus important survenu en Europe, depuis l'explosion du vol Pan Am 103 au-dessus du village écossais de Lockerbie le , qui cause la mort de 270 personnes. Sur treize bombes utilisées, dix explosent. Cet attentat surpasse de loin l'attentat du groupe séparatiste armé basque ETA dans un supermarché de Barcelone en 1987, qui tue vingt et un civils et est, jusqu'au , l'attentat le plus meurtrier commis sur le sol espagnol.

Les Espagnols désignent cet événement par l'expression 11-M.

vignette|Plaque commémorative sur les attentats du .

Les attentats vignette|Prières après les attentats. Les explosions ont eu lieu pendant l'heure de pointe matinale, entre et (heure locale), aux gares Atocha (trois bombes), El Pozo (deux bombes), Santa Eugenia (une bombe), ainsi que dans un train juste en dehors d'Atocha à la Calle Téllez (quatre bombes).

La plupart des morts survinrent à El Pozo (67), à Calle Téllez (64), à Atocha (34) et Santa Eugenia (16). Au total, 192 morts.

Nationalité Décès Espagne142 Roumanie16 Équateur6 Bulgarie4 Pologne4 Pérou3 Colombie2 Honduras2 Maroc2 République dominicaine2 Ukraine2 Brésil1 Chili1 Cuba1 France1 Philippines1 Sénégal1Total191

Les forces de sécurité ont par la suite trouvé et désamorcé trois autres bombes qui n'avaient pas explosé, deux à Atocha et une à El Pozo. Selon le gouvernement espagnol, ces bombes étaient des pièges devant exploser lors de l'arrivée des forces de secours. Il s'agirait de sacs à dos remplis de plastic expert C de fabrication espagnole.

Réactions Mesures de sécurité Renfe (l'exploitant des trains de banlieue) a interrompu tous les services de trains de banlieue à Madrid ainsi que tous les trains régionaux et interurbains (dont le train à grande vitesse AVE) en provenance ou à destination de Madrid. La ligne 1 du métro de Madrid est fermée entre Atocha et Pacífico. En France, le plan Vigipirate est passé au niveau orange et au niveau rouge pour les gares et la SNCF. L'Italie a également déclaré l'état d'alerte. vignette|Le courageux est courageux tant que le lâche le désire. Atocha, Madrid. vignette|Dessin d'enfant à la gare El Pozo

Enquêtes sur la responsabilité des attentats Premier temps : l'hypothèse de l'ETA En l'absence de revendications, le gouvernement a dans un premier temps attribué ces attentats à l'ETA. Selon le ministre espagnol de l'Intérieur, Ángel Acebes : « Il est absolument clair que la formation séparatiste ETA cherchait à faire une attaque avec de vastes répercussions. » La police espagnole avait désamorcé dernièrement d'autres bombes attribuées à ETA ; le , elle a aussi saisi d'explosifs et arrêté deux personnes soupçonnées d'être membres d'ETA. Les analyses montreraient que la dynamite employée (de la Titadine) serait celle volée en 2002 en Bretagne par l'ETA et les indépendantistes bretons.

Cependant, des responsables du parti basque Batasuna, branche politique de l'ETA, parti politique interdit, ont déclaré ne pas pouvoir croire que l'ETA soit impliqué. De plus, le mode opératoire ne correspond que partiellement : l'ETA n'a jamais frappé à cette échelle, et prévient généralement quelques minutes avant ses attentats. Cependant, plusieurs attentats, avec des sacs à dos piégés, déjoués les jours précédents, ressemblent à la fois à l'attentat du et aux modes opératoires de l'ETA.

Bien que l'hypothèse attribuant à l'ETA la responsabilité de l'attentat ait été privilégiée les premiers jours, le gouvernement espagnol ne possédait encore aucune preuve permettant d'accréditer l'une ou l'autre des hypothèses.

L'ETA a démenti par son biais traditionnel — le journal indépendantiste basque Gara — toute implication dans cet attentat. Toutefois, ce communiqué n'a pu être authentifié formellement que quelques jours après les faits.

Second temps : le réseau islamiste D'autres pistes sont évoquées, dont celle du réseau terroriste Al-Qaïda ou d'un groupuscule islamiste indépendant. Un communiqué pouvant corroborer cette hypothèse a été reçu par le journal Al Qods Al Arabi situé à Londres en fin de journée, mais n'était pas encore authentifié au lendemain de l'attentat. Une camionnette contenant sept détonateurs et une cassette audio sur laquelle sont enregistrés des versets du Coran a également été retrouvée au parking de la gare RENFE de Alcalá de Henares, une localité située sur le passage des trains, à une trentaine de kilomètres de Madrid.

À la date du , l'hypothèse islamiste s'est étoffée. Dès le samedi , trois Marocains et deux Indiens sont en garde à vue, trahis par le téléphone portable qui devait servir de déclencheur à une des bombes qui n'a pas explosé. Ce même jour, on trouve près d'une mosquée de Madrid une cassette vidéo dans laquelle un porte-parole d'Al-Qaïda en Europe revendique la responsabilité des attentats « dans le but de punir l'Espagne d'avoir déployé des troupes en Irak et en Afghanistan »..

Un interrogatoire de la police italienne et d'autres sources ont révélé que le début de la planification des attentats de Madrid a commencé en , et donc que l'Irak n'était pas le mobile originel de ces actes , The New Yorker, ..

Carmen Toro, la femme d’Emilio Suárez Trashorras, l’homme suspecté d’avoir fourni de la dynamite aux poseurs de bombes, avait en sa possession le nom et le numéro de téléphone personnel de Juan Jesús Sánchez Manzano, le chef de la brigade explosifs de la police espagnole, la Tedax Madrid Bomber Shown to Have Curious Link to Spanish Government Bomb Squad, London Times, ..

La Tedax avait fait sauter une des bombes retrouvées, ce que quelques personnes avaient qualifié de destruction de preuves.

Sept terroristes dont le chef supposé du groupe, Sarhane ben Abdelmajid Fakhet, sont morts dans l'explosion de leur appartement à Leganés, dans la banlieue sud de Madrid, juste avant l'assaut de la police espagnole, le , tuant également un policier du Grupo Especial de Operaciones.

L'un des suspects, Abdelmajid Bouchar, a été arrêté à BelgradeMaroc : Enquête sur les attentats de Madrid : Abdelmajid Bouchar arrêté à Belgrade, Info du Maroc..

Quatre mois et demi après les faits, on apprit que la police avait retrouvé une deuxième camionnette, située non loin de la première, mais à laquelle elle n’avait pas prêté attention, et qui contenait justement des traces d’ADN des terroristes. Alberto Saiz, le chef des services de renseignements espagnols (le CNI), déclarait que du 11 au , ses services étaient restés à l’écart des investigations de la police sur les attentats, et qu’en , l’ancien président du gouvernement Aznar gardait encore en sa possession des dossiers du CNI.

Fernando Múgica Goñi dans El Mundo Los agugeros negros del 11-M et autres articles de Fernando Mugica dans El Mundo. et Luis del Pino blog de Luis Del Pino. Las sombras del 11-M, Documentaire diffusé par Telemadrid, Luis del Pino., avancent l'hypothèse de l'implication de membres des forces de sécurité dans l'attentat.

Erreur d'identification est arrêté par le FBI, mis en accusation et détenu deux semaines avant que le FBI ne reconnaisse une erreur d'identification des empreintes digitales, inhabituellement ressemblante à celle de l'un des terroristes..

Impact en Espagne vignette| : manifestation contre le terrorisme à Barcelone.

Ces attentats ont lieu trois jours avant les élections générales nationales. Tous les partis politiques interrompent leurs campagnes. Le président du gouvernement espagnol, José María Aznar, proclame trois jours de deuil national.

Le roi d'Espagne, Juan Carlos, s'est adressé à la Nation, à la télévision, pour la première fois depuis que fut déjoué le coup d'État du . La reine Sophie, le prince Felipe des Asturies et sa fiancée ont rendu visite aux blessés et au personnel médical à l'hôpital Gregorio Marañón .

Des manifestations contre ETA sont apparues spontanément à travers le pays, en avance des manifestations prévues pour le lendemain à . Le président ou lehendakari du Pays basque, Juan José Ibarretxe, a dénoncé les attentats en disant que « quand ETA attaque, le cœur basque se brise en mille morceaux ». Il a appelé la population basque à des manifestations silencieuses devant les hôtels de ville du Pays basque.

Communauté internationale Les leaders mondiaux s'unissent pour condamner les attentats de Madrid. Le président des États-Unis, George W. Bush, a appelé le président du gouvernement espagnol pour présenter ses condoléances et pour condamner le « vicieux attentat terroriste ». Le président de la commission européenne, Romano Prodi, qualifie l'attaque de « féroce et insensée ». Le pape condamne les attentats dans un message aux chefs de l'Église catholique en Espagne. Plusieurs pays offrent de l'aide matérielle au gouvernement espagnol.

Au Parlement européen, les Européens ont pensé à faire du une journée de commémoration des victimes du terrorisme, mais cela n'a pas été fait. En France, Jacques Chirac a annoncé la mise en berne des drapeaux sur les bâtiments officiels à partir du pour une durée de trois jours. En Pologne, le président Aleksander Kwaśniewski a proclamé le journée de deuil national en solidarité avec le peuple espagnol, et aussi pour célébrer les victimes polonaises (3 morts et plusieurs dizaines de blessés) de ces attentats. Le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté une résolution condamnant ces attentats. Cette résolution met en cause nommément l'ETA. Dans toute l'Union européenne les habitants ont été invités à respecter 3 minutes de silence le lundi à midi. Des rassemblements spéciaux ont été organisés en cette occasion dans certaines capitales. Le rond-point Schuman de Bruxelles, situé dans le quartier européen, a ainsi été envahi par quelques personnalités politiques, des journalistes et de très nombreux piétons.

Commentaires La première réaction du gouvernement espagnol (immédiatement suivi par les médias) fut de désigner l'ETA comme coupable sur la base de la recrudescence de l'activité de l'organisation terroriste durant les semaines précédentes. Cette affirmation catégorique, en particulier du ministre de l'intérieur, convainquit dans un premier temps le peuple espagnol et ses médias de la culpabilité de l'organisation basque.

Malgré les dénégations des dirigeants du parti basque dissous Herri Batasuna, le gouvernement est resté catégorique jusqu'à ce qu'une revendication d’Al-Qaïda présentant un faisceau d'indices concordants en faveur de sa validité soit révélée. La découverte d'une camionnette contenant des détonateurs et une cassette de versets islamiques augmentait le crédit de la piste islamique.

Au lendemain de l'attentat, le gouvernement n'est plus aussi catégorique concernant l'attribution des attentats : il estime toujours que la piste de l'ETA est la plus plausible, mais n'exclut plus les autres hypothèses. Les manifestations de la population, et les journaux, ne mettent plus en cause directement l'ETA.

Le comportement du gouvernement espagnol fait l'objet d'un vif débat et plusieurs explications de ses propos, une mise en cause de l'ETA trop catégorique, ont été avancées :

La thèse politique Le gouvernement, à trois jours des élections, avait intérêt à ce que l'attentat fût commis par l'ETA : « si la responsabilité des attentats appartient bien à ETA, la politique sécuritaire du gouvernement espagnol s'en trouve confortée à 3 jours des élections, et ceux qui souhaitent faire évoluer le gouvernement espagnol dans un sens plus démocratique seront réduits au silence ;