, né le au château de Caernarfon et mort le au château de Berkeley, aussi appelé Édouard de Carnarvon avant son avènement au trône, est roi d'Angleterre et seigneur d'Irlande du jusqu'à sa déposition, le . Quatrième fils du roi , Édouard devient l'héritier apparent du trône après la mort de son frère aîné Alphonse, survenue peu après sa naissance. À partir de 1300, il accompagne son père dans ses campagnes d'Écosse et, en 1306, il est adoubé au cours d'une grande cérémonie tenue à l'abbaye de Westminster. accède au trône en 1307, à la mort de son père. L'année suivante, il épouse Isabelle de France, la fille du puissant roi de France , afin de résorber les tensions fréquentes entre les couronnes d'Angleterre et de France concernant le duché d'Aquitaine.
Édouard entretient une relation privilégiée – et controversée – avec Pierre Gaveston, qui rejoint sa suite en 1300. On ignore la nature précise de leur relation et s'ils ont été amis, amants ou encore frères de sang. L'arrogance et les pouvoirs de Gaveston en tant que favori royal déplaisent aux barons d'Angleterre ainsi qu'à la France, et Édouard est contraint de l'exiler. À son retour, les barons forcent le roi à accepter des réformes sur les prérogatives royales, connues sous le nom d'Ordonnances de 1311. Les barons, devenus désormais suffisamment puissants, bannissent une nouvelle fois Gaveston. Édouard répond à ces défiances en révoquant les réformes et en rappelant son favori. Conduit par le cousin d'Édouard, Thomas de Lancastre, un groupe de barons s'empare alors de Gaveston et le fait exécuter en 1312, commençant ainsi plusieurs années de confrontation avec le souverain.
Par la suite, les forces anglaises sont repoussées d'Écosse par Robert Bruce après une défaite retentissante à Bannockburn en 1314 et une grande famine apparaît : le mécontentement envers croît pendant les années qui suivent. Face à ces échecs, le roi doit céder quelque temps une partie de son pouvoir à l'opposition baronniale. La famille Despenser, en particulier Hugues le Despenser « le Jeune », devient proche d'Édouard, mais en 1321, Lancastre et ses alliés s'emparent des terres des Despenser et contraignent le roi à les exiler. En réponse, conduit une campagne militaire éclair, à l'issue de laquelle il fait capturer puis exécuter Lancastre. Le roi et les Despenser renforcent leur mainmise sur le pouvoir, en révoquant formellement les réformes de 1311, en faisant exécuter leurs ennemis politiques et en leur confisquant leurs possessions.
Incapable de reprendre l'avantage en Écosse et afin de mettre fin aux raids incessants dans le Nord de son royaume, Édouard doit signer une trêve avec Robert Bruce. Pourtant, l'opposition au régime ne cesse de croître, et quand Isabelle est envoyée en 1325 négocier un traité de paix avec la France, elle se retourne contre son époux et refuse de revenir en Angleterre. Isabelle s'allie avec le baron exilé Roger Mortimer, rassemble l'opposition à son époux et conduit une invasion de l'Angleterre avec une petite armée à l'. Le régime d' et des Despenser s'effondre immédiatement et le roi doit s'enfuir en Galles, où il est finalement capturé. Édouard est ensuite contraint de renoncer à la couronne en en faveur de son fils aîné, , et meurt le suivant au château de Berkeley, peut-être assassiné sur ordre du nouveau régime.
La relation d' avec Pierre Gaveston inspire en 1592 au dramaturge Christopher Marlowe la pièce , ainsi que d'autres pièces, ouvrages ou films dont l'opéra de Georges Benjamin, Lessons in Love and Violence, créé à Londres en 2018. Beaucoup se sont concentrés sur la possible relation sexuelle entre les deux hommes. Les contemporains d' ont critiqué son exercice de l'autorité royale, notant ses échecs en Écosse et le régime oppressif qu'il établit à la fin de son règne, bien que les académiciens du aient affirmé que la montée en puissance du Parlement qui a lieu sous son règne a par la suite eu des conséquences satisfaisantes pour l'Angleterre à long terme. Les spécialistes débattent toujours au sur le fait qu' ait été ou non un roi indifférent et incompétent, ou simplement un souverain réticent et finalement inefficace. Plus positivement, Édouard s'est intéressé de son vivant aux universités d'Oxford et de Cambridge.
Contexte est le quatrième et dernier fils d' et de sa première épouse, Éléonore de Castille. Son père est roi d'Angleterre et a également hérité la Gascogne en France, qu'il détient en tant que vassal féodal du roi de France, ainsi que la seigneurie d'Irlande. Sa mère est issue de la famille royale castillane, et possède le comté de Ponthieu dans le nord de la France. est un chef militaire accompli, qui a notamment écrasé la révolte baronniale en 1265 et a également participé à la Neuvième croisade. En 1282, il conquiert le Pays de Galles et en 1291, il intervient dans la crise de succession écossaise, en revendiquant le titre de souverain de l'Écosse. Il est considéré comme un souverain extrêmement habile par ses contemporains, largement capable de contrôler les puissants barons d'Angleterre. L'historien Michael Prestwich décrit comme un roi inspirant crainte et respect, tandis que John Gillingham le dépeint comme un tyran efficace.
Lorsque décède (1307), il laisse à son fils, malgré ses succès, une série de défis à résoudre. Un des plus critiques est l'Écosse, où, peu avant sa mort, conduisait une longue mais inefficace campagne militaire. Le contrôle d'Édouard sur la Gascogne crée des tensions avec les rois de France. En effet, ceux-ci insistent pour que les rois d'Angleterre viennent rendre l'hommage pour leurs terres continentales. Les rois d'Angleterre ont toujours considéré cette demande comme une insulte à leur honneur et l'issue de cette rivalité reste, en 1307, non résolue. avait également dû faire face à une opposition grandissante de ses barons contre les taxes qu'il imposait pour ses guerres en Écosse. Il laisse à sa mort une dette de £Il est impossible de convertir avec précision des sommes d'argent médiévales dans les devises et prix modernes. En comparaison, il a coûté à environ pour construire le château de Conwy ainsi que son enceinte, alors que le revenu annuel d'un noble du , tel Richard le Scrope, s'élevait à ..
Jeunesse (1284-1307) Naissance
est né au château de Caernarfon au pays de Galles le , moins d'un an après qu' ait conquis la région, et soit appelé conséquemment Édouard de Caernarfon avant son avènement au trône. Le roi a probablement délibérément choisi le château comme lieu de naissance d'Édouard, car il s'agissait d'un lieu symbolique pour la nation galloise, associé à la période romaine, et il se situait par ailleurs au centre de la nouvelle administration royale au nord du pays de Galles. La naissance d'Édouard apporte des prédictions de grandeur selon les prophètes contemporains qui croyaient que la Fin des temps était imminente et qui ont affirmé que le jeune prince serait un nouveau roi Arthur qui conduirait l'Angleterre à la gloire. David Powel, un clerc du , a suggéré que le nourrisson fut offert aux Gallois comme leur prince, ceux-ci en ayant réclamé un qui soit né en Galles et ne parle jamais un mot d'anglais, mais il n'existe aucune preuve d'une telle cérémonie.
Le nom Édouard est d'origine anglo-saxonne, en souvenir du saint Édouard le Confesseur, et fut choisi par plutôt que les noms d'origine normande ou castillane adoptés pour les frères aînés d'Édouard de Caernarfon. Édouard avait trois frères : Jean et Henri, décédés avant sa naissance, et Alphonse, mort en . Le décès d'Alphonse fait d'Édouard l'héritier du trône à l'âge de quatre mois. Bien qu'Édouard soit un enfant en bonne santé, ses parents se font des soucis lors de son enfance, craignant qu'un décès subit ne laisse son père sans héritier mâle. Après sa naissance, Édouard est pris en soin par une nourrice nommée Mariota ou Mary Maunsel pendant quelques mois avant qu'elle ne tombe malade. C'est ensuite Alice de Leygrave qui le prend en charge. Édouard semble avoir à peine connu sa mère Éléonore, qui vécut avec en Gascogne pendant plusieurs années. Une suite placée sous la direction du clerc Giles de Oudenarde fut créée pour le jeune prince.
Enfance, personnalité et physique
Les dépenses pour la suite personnelle du jeune Édouard augmentèrent avec l'âge et en 1293, William de Blyborough en devint l'administrateur. Édouard a probablement reçu une éducation religieuse des Dominicains, que sa mère Éléonore avait invités en 1290 à rejoindre le jeune prince. Édouard fut ensuite éduqué par un des employés de sa grand-mère paternelle Éléonore de Provence, Guy Ferre. Celui-ci fut son magister et ainsi responsable de sa discipline et de son entraînement à l'équitation et aux arts militaires. On ne sait pas si l'éducation d'Édouard était approfondie : on a peu de preuves qu'il ait su lire et écrire à un jeune âge, bien que sa mère ait pris soin de l'éducation de ses autres enfants et que Ferre ait été un homme assez érudit pour l'époqueLes biographies anciennes d' le considéraient comme peu éduqué, principalement parce qu'il prononça son serment de fidélité lors de son couronnement en français, plutôt qu'en latin, et qu'il accordait beaucoup d'intérêt à l'artisanat et à l'agriculture. Son emploi du français à son couronnement n'est désormais plus interprété de cette façon mais les historiens n'en savent toujours pas plus sur son niveau d'éducation. Mettre en lien son intérêt pour l'artisanat et une supposée faible intelligence semble injuste.. Édouard parlait sans doute principalement anglo-normand, ainsi que des notions d'anglais et peut-être de latinL'historien Seymour Philips considère qu'il est probable que Édouard parlât un peu latin. Roy Haines en est moins convaincu..
Édouard a reçu une éducation normale pour un membre d'une famille royaleLes premières chroniques à propos d' suggèrent que son enfance fut marquée par un manque de contact avec sa famille ainsi qu'une absence d'affection de la part de ses parents, ce qui aurait influencé plus tard son comportement. Bien que son père soit toujours considéré comme une personnalité irascible et exigeante, l'enfance d' ne semble pas avoir été différente de celle des autres enfants royaux de l'époque.. Le jeune prince était intéressé par les chevaux et leur reproduction et devint un bon cavalier. Il appréciait également les chiens, en particulier les lévriers. Dans ses lettres, il montrait un sens de l'humour excentrique, s'amusant à envoyer des animaux inexpérimentés à ses amis, tels des chevaux n'appréciant pas de se faire conduire ou des chiens de chasse trop lents pour attraper du gibier. Édouard n'était pas particulièrement intéressé par la chasse et la fauconnerie, des activités pourtant populaires au . Il aimait la musique, notamment galloise, et le nouvel instrument qu'était le crwth, ainsi que les orgues. Il ne prenait pas part aux joutes, soit à cause d'un manque d'aptitude soit parce que cela lui avait été interdit en raison de son statut princier, mais il devait certainement les apprécier.
Au fil du temps, Édouard devint grand et musclé. Aussi impressionnant que son père du point de vue physique, il était considéré par ses contemporains comme un bel homme. Il avait également la réputation d'être un bon orateur et d'être particulièrement généreux envers son personnel. Étonnamment, Édouard appréciait de ramer, ainsi que de tailler des haies ou creuser des fossés, des activités fermières et unanimement considérées indignes d'un roi au L'historien Seymour Philips note pourtant qu'il y a peu de preuves montrant l'engouement d'Édouard pour les activités rurales.. Ce comportement lui attire de son vivant de nombreuses critiques de la part de ses contemporains.