Francesco Hayez (), né le à Venise et mort le à Milan, est un peintre italien.

Artiste majeur du romantisme italien du milieu du à Milan, il est reconnu pour ses grandes peintures d'histoire, inspirées du Moyen Âge et de la Renaissance, ses allégories politiques, et pour la grande finesse de ses portraitsGuillaume Faroult, « Marie Stuart mise en scène », dans Grande Galerie - Le Journal du Louvre, mars 2013, , ..

Francesco Hayez est un artiste innovant et aux multiples facettes, laissant une marque indélébile dans l'histoire de l'art en Italie pour Le Baiser et une série de portraits des personnalités les plus importantes de l'époque. Beaucoup de ses œuvres, généralement au décor médiéval, contiennent un message patriotique crypté du Risorgimento.

Après avoir passé sa jeunesse à Venise et à Rome, il s'installe à Milan, où il entre en contact avec Alessandro Manzoni, Giovanni Berchet, Silvio Pellico et Carlo Cattaneo, obtenant de nombreuses charges et honneurs dont, en 1850, la chaire de peinture de l'Académie des beaux-arts de Brera.

Biographie

Jeunesse et formation Francesco Hayez nait à Venise le dans la paroisse de l'église Santa Maria Mater Domini. Ses parents vivent à Venise et semblent connaître une certaine pauvreté. Sa mère, Chiara Torcellan, est originaire de Murano, et son père, Giovanni Hayez, dont la famille est originaire de Valenciennes en France, est pêcheur. Francesco a quatre frères. Pour des raisons économiques, il est confié à la garde d'une riche tante maternelle installée à Milan, épouse de Francesco Binasco, antiquaire occasionnel et collectionneur d'œuvres d'art.

Son oncle l'emploie comme assistant dans son commerce. Réalisant le talent artistique précoce de son neveu, il l'initie à la pratique de la peinture, avec l'espoir qu'il se dirige vers la restauration afin de l'employer. Lui détectant aussi un certain talent de dessinateur, il le confie à un certain Zanotti qui lui donne des cours de dessin, avant de le confier, à la mort de ce dernier, à l'artiste vénitien Francesco Maggiotto. Dans l'atelier du peintre, il reçoit un enseignement artistique complet, acquérant une vaste culture figurative et littéraire, dévorant de nombreux ouvrages mythologiques et historiques et ayant l'occasion d'étudier quelques-uns des grands maîtres vénitiens du , de Giambattista Tiepolo et Sebastiano Ricci à Francesco Fontebasso et Giovanni Battista Piazzetta. Gregorio Lazzarini est son artiste préféré, qui le marque profondément ; il fonde alors son propre style sur sa manière claire et lisse.

Après avoir terminé son apprentissage chez Maggiotto, son oncle décide d'exploiter davantage les talents picturaux de son neveu et le confie à Filippo Farsetti, également vénitien, qui a rassemblé une grande collection de moulages en plâtre de sculptures antiques dans son palais de Ca' Farsetti sur le Grand Canal. Francesco consacre alors une bonne partie de son temps à copier les modèles en plâtre de la riche collection de Farsetti, tandis que le soir il se rend aux cours de nu de l'ancienne Académie des beaux-arts de Venise où il se lie d'amitié avec le peintre Lattanzio Querena, de vingt ans son aîné, qui est un proche de Maggiotto et avec qui il s'intéresse à l'étude de la couleur en peinture. Le , il confirme sa notoriété naissante en remportant le premier prix de dessin de nu de l'Académie.

Rome vignette|redresse| Autoportrait avec un groupe d'amis. Hayez s'est ici peint au milieu d'amis artistes (Pelagi, Giovanni Migliara, Giuseppe Molteni et Tommaso Grossi) avec lunettes et casquette, toile inachevée, 1824-1826, musée Poldi Pezzoli, Milan. En 1806, Venise tombe aux mains de la France, devenant une province du nouveau royaume d'Italie (1805-1814). L'Académie doit déménager dans l'église Santa Maria della Carità (Venise). En 1808, un nouveau directeur est nommé, l'archéologue Leopoldo Cicognara, qui donne une impulsion à l'Académie qui s'avérera décisive pour le jeune Francesco Hayez. Celui-ci se passionne pour les cours de peinture d'histoire prodigués par Teodoro Matteini, au style marqué par le néo-classicisme. En 1809, il reçoit une première commande, une Adoration des mages, pour les pères Arméniens de la paroisse de Lussingrande.

La même année, il compose un portrait de groupe représentant sa famille, puis remporte le concours pour une bourse d'études de trois ans à Rome avec la note maximale. Il arrive à Rome en octobre accompagné de son collègue Odorico Politi, recommandé par son oncle et, surtout, aves des lettres élogieuses écrites par le comte Cicognara, louant chaleureusement le talent de son jeune protégé, destinées à Antonio Canova et au cardinal et mécène Ercole Consalvi. Le , Cicognara, dans une lettre transmise à son ami Canova, fait part de son ambition de voir en Hayez un interprète des inspirations nationales, capable de donner un nouveau souffle à la grande peinture italienne : « Oh par Dieu nous aussi nous aurons un peintre ; mais nous devons le garder encore quelque temps à Rome, et je ferai tout pour qu'il y reste ».

S'installant à Rome après s'être arrêté à Bologne, Florence et Sienne, Francesco a immédiatement l'occasion de se présenter à Antonio Canova, titulaire de nombreuses charges à l'époquePar bulle de 1802, le pape Pie VII nomma Canova inspecteur général de tous les Beaux-Arts pour Rome et les États pontificaux, avec surintendance des musées du Vatican et des musées du Capitole et de l’Académie de Saint-Luc. Pour plus d’informations sur les dignités détenues par le Canova, lire ., qui l'accueille très chaleureusement. Selon toute vraisemblance, sa relation avec Canova et son collaborateur Antonio D'Este contribue à lui ouvrir les portes des grandes collections romaines : il a accès aux musées du Capitole et au musée Chiaramonti, où il peut étudier Le Greco et la statuaire romaine qui y est conservée. De plus, grâce à Vincenzo Camuccini, il obtient la permission d'aller également dans les Chambres de Raphaël, où il peut se comparer directement au pictorialisme plastique des figures de Raphaël. Il alterne cette activité de perfectionnement artistique avec les distractions et fréquentations offertes par la vie citadine. Les personnalités artistiques les plus éminentes de l'époque figurent parmi ses amis romains : Pelagio Palagi, Tommaso Minardi, Jean-Auguste-Dominique Ingres, Bartolomeo Pinelli et Johann Friedrich Overbeck, expressément mentionnés dans ses Mémoires. Le peintre avouera plus tard : « Je dirai que celui qui m'a vu à l'atelier puis en compagnie aurait trouvé deux hommes très différents ».

Premiers succès

En 1812, encouragé par Canova, Francesco Hayez participe au concours de l'Académie des beaux-arts de Brera pour la création d'une œuvre d'art sur le thème classique exigeant du Laocoon. Bien qu'il réalise une toile montrant de solides qualités picturales,, le jury lui décerne le premier prix ex aequo avec une œuvre beaucoup plus modeste d'Antonio De Antoni, un protégé de l'influent Andrea Appiani, membre de l'Académie milanaise et premier peintre de Napoléon Bonaparte. C'est une déception brûlante, mais surtout la « première affirmation publique réelle et importante de Hayez sur la scène nationale, qui fut suivie d'autres succès en l'espace de quelques années ».

Durant l'été 1813, il envoie à l'Académie de Venise comme travail d'études final, la grande toile Renaud et Armide (Rinaldo e Armida), imprégnée de l'esprit romantique et coloriste. L'œuvre, qui présente une refonte intime de la leçon vénitienne de Titien épurée par le classicisme de Canova, est très appréciée par les universitaires vénitiens et plaît beaucoup à Leopoldo Cicognara qui accorde au boursier une quatrième année d'apprentissage et une aide substantielle.

Francesco Hayez couronne les espoirs de son mentor en remportant le , le premier prix convoité du concours Mecenate Anonimo remis par l'Accademia di San Luca pour L'Athlète triomphant. Les références à la statuaire classique et canovienne y sont encore plus marquées, prouvant que l'artiste est capable de « sélectionner avec soin ses propres référents figuratifs et de calibrer des inflexions stylistiques spécifiques également en fonction de circonstances particulières ».

Il vit à cette époque dans une demeure romaine prestigieuse, le palais de Venise, hébergé par l'archéologue et consul au service du royaume d'Italie, Giuseppe Tambroni. Il y connaît sa première histoire d'amour avec l'épouse du majordome de ce dernier avec laquelle il noue une relation clandestine ; l'affaire s'ébruite et provoque un scandale. Pour apaiser ces désaccords, Canova ordonne à son protégé de quitter Rome et de se rendre à Florence où il reste très peu. Le , Joachim Murat, mandaté par le ministre de l’Intérieur, Giuseppe Zurlo, le charge de créer un tableau, avec prix et soumis à la discrétion de Cicognara, et lui alloue tout de même une bourse annuelle de 50 scudos pontificaux mensuels pendant un an, une somme assez modeste. Un an plus tard, avec l'accord de Canova, il retrouve Rome, reprenant un thème qu'il a déjà travaillé auparavant, Ulysse à la cour d'Alcinoos ; la chute de Murat en 1815, alors que la toile n'est pas encore achevée, n'empêche pas Ferdinand Ier (roi des Deux-Siciles) d'acheter la toile et de l'exposer au musée de Capodimonte, redevenu un musée dès 1816 Ulisse alla corte di Alcinoo, Musée de Capodimento, sur archive.org..

Intermède vénitien

vignette|redresse|Pietro Rossi prisonnier des Scaligeri (1820), collection San Fiorano, Milan. Francesco Hayez a alors commencé à fréquenter la maison de la famille Scaccia. Il tombe éperdument amoureux d'un des membres de cette excellente famille bourgeoise, Vincenza, une gentille fille aux bonnes mœurs. Le mariage est célébré le dans l'église Santa Maria in Via. Aussitôt après le mariage, les jeunes mariés quittent Rome pour se rendre à Venise, obéissant à la promesse faite à Cicognara qui veut que son protégé peigne un portrait du souverain François Ier (empereur d'Autriche) qui vient d'épouser Caroline-Auguste de Bavière. Hayez peint ainsi la Pietà d'Ézéchias, retraçant l'épisode biblique bien connu, en l'honneur de la nouvelle impératrice d'Autriche. Cette œuvre (maintenant perdue) est exposée avec le Portrait de la famille Cicognara, un tableau de groupe représentant la famille de son protecteur.

Lors de leur séjour dans la cité lagunaire, Hayez et sa femme trouvent un refuge temporaire chez les oncles Binasco, puis s'installent chez la sœur du peintre, dans la perspective d'un éventuel retour à Rome qui n'a pas lieu : Hayez décide d'accepter la proposition que lui avait faite son ami Giuseppe Borsato, peintre d'ornementation bien connu, de se joindre aux vastes entreprises décoratives à mener dans les plus prestigieuses résidences vénitiennes et padouanes. L'artiste accepte avec un enthousiasme particulier car qu'il y voit la possibilité d'améliorer sa situation économique. De 1818 à 1821, il est absorbé par le métier de décorateur. Bientôt, cependant, il renonce à cette activité lucrative, ayant le sentiment de s'éloigner de son art : « ce travail était tel que je n'étais pas content car n'étant qu'un décor je ne pouvais pas faire les études nécessaires pour avancer dans l'art », écrit-il.

Sa première composition historico-médiévale, d'inspiration romantique, Pietro Rossi prisonnier des Scaligeri (Collection San Fiorano, Milan), date de cette époque. S'éloignant des sujets mythologiques et classiques en vogue à l'époque, il aborde le filon, qui lui convient le mieux, de la peinture d'histoire.

Exode milanais vignette|redresse| Le Dernier Baiser de Roméo et Juliette (1823), Tremezzo, Villa Carlotta. vignette|redresse|Portrait de Carolina Zucchi (1825), musée des arts anciens de Turin.