Le déluge de la mer Noire est le plus connu des trois scénarios d'inondation hypothétique proposés depuis 1997 pour l'histoire de la mer Noire au Quaternaire récent. Un autre scénario envisage une montée rapide, voire catastrophique, du niveau de la mer Noire. La profondeur maximale du Bosphore et du détroit des Dardanelles est respectivement de et , ce qui les placerait au-dessus du niveau marin durant le dernier maximum glaciaire, qui était environ plus bas qu'aujourd'huiRichard Z. Poore, Richard S. Williams, Jr., and Christopher Tracey. "Sea Level and Climate". United States Geological Survey.. Cette hypothèse est controversée, des auteurs proposant une inondation de la mer Noire plus graduelle.
Histoire
En 1997, William Ryan, , et leurs collègues émettent pour la première fois l'hypothèse du déluge de la mer Noire (). Ils proposent qu'un afflux catastrophique d'eau de mer Méditerranée dans le lac d'eau douce de la mer Noire s'est produit il y a environ , soit vers 5600 avant notre ère...
Tel que proposé, le scénario du déluge de la mer Noire au début de l'Holocène décrit des événements qui auraient profondément affecté le peuplement préhistorique de l'Europe de l'Est et des régions limitrophes d'Asie, et qui pourraient être à l'origine de la tradition orale relative au mythe du déluge de Noé. Certains archéologues soutiennent cette théorie pour expliquer l'absence de sites néolithiques dans le nord de la Turquie....
En 2003, Ryan et ses coauteurs ont révisé la datation du déluge du début de l'Holocène, le situant il y a , soit vers 6800 avant notre ère..
Avant cette date, la fonte des glaciers avait transformé les mers Noire et Caspienne en vastes lacs d'eau douce se déversant dans la mer Égée. Avec le retrait des glaciers, le débit de certains fleuves se jetant dans la mer Noire a diminué et leur cours s'est modifié pour se jeter dans la mer du Nord. Le niveau des lacs a baissé par évaporation, tandis que les changements hydrologiques mondiaux ont entraîné une élévation du niveau global des mers.
La mer Méditerranée a fini par déborder par-dessus un sill au niveau du Bosphore. Cet événement a inondé et agrandi significativement la Mer Noire vers le nord et vers l'ouest. Selon ces chercheurs, d'eau arrivaient chaque jour. La vallée du Bosphore aurait été transformée en rapide pendant au moins . Ils suggèrent que cette entrée d'eau de mer catastrophique a été causée par une élévation du niveau de la mer accompagnant l'effondrement de l'inlandsis laurentidien et la rupture subséquente de la barrière rocheuse du détroit du Bosphore.
Impact médiatique La discussion populaire de ce scénario d'inondation de la mer Noire au début de l'Holocène a été lancée par le New York Times en décembre 1996 et plus tard repris dans un livre. Une série d'expéditions d'archéologistes marins dirigée par Robert Ballard, largement couverte par les médias, a identifié ce qui semble être d'anciennes lignes de côtes, des coquilles d'escargots d'eau douce, des vallées fluviales submergées, des troncs d'arbres coupés et des structures d'origine humaine à environ de profondeur au large des côtes turques de la mer Noire.
Hypothèse de l'inondation du Pléistocène supérieur En 2003 et 2007, le scénario d'une inondation catastrophique plus ancienne a été proposé par Andrei L. Chepalyga pour l'élévation du niveau de la mer Noire à la fin du Quaternaire. Cette hypothèse de envisage qu'un lac néo-euxinien saumâtre, qui occupait le bassin de la mer Noire, aurait été inondé rapidement par le débordement des eaux de fonte glaciaire de la mer Caspienne par le déversoir de Manytch-Kertch peu après le dernier maximum glaciaire, il y a environ -. Ces eaux de fontes auraient relié plusieurs lacs et mers, depuis le sud de la péninsule scandinave jusqu'à la région de Manytch-Kertch et au Bosphore, formant ce qui a été appelé la cascade des bassins eurasiens. Cet événement aurait provoqué une montée rapide, sinon catastrophique, des eaux de la mer Noire. Il aurait pu causer de graves soucis aux populations humaines contemporaines et être resté dans la mémoire culturelle comme la . Les auteurs suggèrent aussi qu'il pourrait avoir stimulé le début de la navigation et la domestication du cheval.
Hypothèse gradualiste
Outre le scénario du début de l'Holocène proposé par Ryan, Pitman, Dimitrov et leurs collègues et le scénario du débordement de la mer Caspienne de Chepalyga, un non-catastrophique (ou ) a été proposé pour expliquer l'histoire du niveau de la mer Noire à la fin du Quaternaire.
Il y a environ , le niveau de la mer de Marmara aurait assez monté pour que s'enclenche un mouvement dans les deux sens. Les preuves avancées pour ce scénario comprennent les âges disparates des dépôts de sapropèles dans l'Est de la Méditerranée et de la Mer Noire, les îles barrières enfouies sur le plateau de la mer Noire et un delta sous-marin dans la mer de Marmara, près du détroit du Bosphore, constitué de sédiments de la Mer Noire.
Arguments contraires
La critique de l'hypothèse du déluge repose sur deux types d'arguments principaux. Le premier se concentre sur le niveau de la mer Noire : si l'ampleur et le rythme de la montée des eaux était assez modéré, ou s'il dépassait celui de la montée dans la mer Égée (avec l'eau coulant comme aujourd'hui de la mer Noire vers celle-ci), ou si les détroits étaient déjà ouverts (à un niveau plus bas qu'aujourd'hui) et que les deux bassins communiquaient déjà à l'époque, l'hypothèse d'une catastrophe s'effondre. Le second est le manque de traces archéologiques qu'on attendrait d'une inondation, que ce soit sur la géologie, la faune sauvage ou les populations humaines.
Depuis la fin de la dernière période glaciaire, le niveau global des eaux a monté de . L'hypothèse de l'inondation repose sur la géomorphologie du Bosphore depuis la fin de l'âge glaciaire. La mer Noire a été isolée et reconnectée plusieurs fois durant les derniers
Les opposants à l'hypothèse du déluge font valoir des indices que l'eau sortait du bassin de la mer Noire il y a déjà .
Dans ce scénario alternatif, l'évolution du Bosphore est un facteur majeur. Selon une étude de 2001, le sill actuel se trouve 32 à en dessous du niveau de la mer et est constitué de sable quaternaire recouvrant un substrat du Paléozoique, où on trouve trois sills à 80- en dessous du niveau de la mer. La sédimentation de ces trois sills a commencé avant et duré jusqu'il y a .
Une grande partie de la communauté géologique continue aussi à rejeter l'idée qu'il pourrait y avoir eu assez de pression d'eau du côté de la mer Égée pour creuser à travers un isthme supposé au niveau du Bosphore actuel ou assez de différence de niveau, éventuellement, entre les deux bassins.
En 2007, une anthologie de la recherche sur le sujet a rendu pour la première fois publique en anglais les recherches russes plus anciennes et les a combinées avec des découvertes plus récentes.
Le niveau de la mer Noire avant sa reconnexion a été estimé à en dessous du niveau actuel, plutôt que ou plus bas, comme dans les hypothèses catastrophiques ; si jamais l'inondation s'était produite, l'élévation du niveau de la mer et la surface inondée à ce moment-là auraient été significativement moindres que celles proposées auparavant. Comme la profondeur du sillon médian du Bosphore varie actuellement de 36 à , avec une moyenne de , une ligne de côte de la mer Noire à l'âge de pierre calculée plus bas qu'aujourd'hui implique que le contact avec la Méditerranée aurait pu ne jamais être rompu à l'Holocène, si bien qu'il n'y aurait jamais eu de transgression marine de type cataracte. L'inondation a bien pu n'être .
En 2011, plusieurs auteurs ont conclu qu'
Une étude de 2012 basée sur les variations de longueur des processus des dinokystes de l'algue Lingulodinium machaerophorum ne montre pas de traces d'une inondation catastrophique. Des traces géophysiques, géochronologiques et géochimiques vont cependant dans le sens d'une durant entre 10 et 200 ans.
En 2022, une revue de la littérature scientifique a conclu que les preuves d'une inondation catastrophique étaient insuffisantes. Il est plus probable que les eaux de la mer Noire elle-même se sont déversées progressivement dans la Méditerranée. Il n'existe pas non plus de preuves archéologiques d'évacuation de communautés humaines de la zone concernée à l'époque.
Notes et références
Bibliographie en anglais
Lippsett, Lonny (14 August 14, 2009). "Noah's Not-so-big Flood" Oceanus. National Geographic News. 2009-02-06. "Noah's Flood" Not Rooted in Reality, After All? "Ballard and the Black Sea". National Geographic Society.
The late glacial Great Flood in the Ponto-Caspian basin (). paleogeo.org.
Shopov Y. Y., Т. Yalamov, P. Dimitrov, D. Dimitrov and B. Shkodrov (2009b) Initiation of the Migration of Vedic Aryans to India by a Catastrophic Flooding of the Black Sea by Mediterranean Sea during the Holocene". Extended Abstracts of LIMPACS-3 International Conference of IGBP, PAGES, 5–8 March 2009, Chandigarh, India, pp. 126–127.*
Voir aussi Déluge Transgression zancléenne
Catégorie:Histoire de la mer Noire Déluge Catégorie:Nouveauté en 1997