Une technique (du grec ancien Voir la section Étymologie, champ sémantique.) est une méthode ou un ensemble de méthodes, notamment dans les métiers manuels (menuiserie, art de la forge), où elle est souvent associée à un savoir-faire professionnel.
La technique couvre l'ensemble des procédés de fabrication, de maintenance et de gestion, qui utilisent des méthodes issues de connaissances scientifiques ou simplement des méthodes issues du savoir-faire artisanal et industriel ; c'est le produit de l'ensemble de l'histoire de l'humanité. On peut alors parler d'art, dans son sens de « métier », d'« habileté », et de science appliquée.
Elle est étudiée par la philosophie.
Étymologie, champ sémantique
Étymologiquement, le mot technique est issu du mot grec , « métier, art, habileté manuelle ou intellectuelle »...
Le mot technologie (du grec également, adjoint de , « discours, étude »), entré dans la langue française en 1657Petit Robert, 2009., signifie « étude des outils et des techniques ». La confusion entre « technique » et « technologie » est courante et probablement due à une mauvaise compréhension du terme anglais . Dans un sens dérivé, et par extension, les techniques dont l'ensemble crée un domaine industriel nouveau sont nommées « technologies ». Ainsi, quatre technologies au moins se sont succédé en informatique : première génération : tubes à vide et programmation par câblage ; deuxième génération : circuits imprimés, transistors et le langage assembleur ; troisième génération : circuits intégrés et langages dits évolués ; micro-informatique : microprocesseurs et dialogues par interfaces graphiques.
Histoire
thumb|Les expériences de Newton à l'aide de prismes sont célèbres. L'étude de la décomposition de la lumière visible en son spectre de différentes longueurs d'onde est à l'origine du développement des nombreuses méthodes spectroscopiques.
Au Moyen Âge, la n'était pas considérée comme un savoir noble, parce qu'elle ne s'intéressait qu'au . On s'intéressait bien davantage à la finalité des choses.
L'époque moderne va marquer une rupture très importante, avec la révolution scientifique du que l'on appelle quelquefois révolution copernicienne. Francis Bacon et René Descartes remettent en cause les fondements de la connaissance hérités de la scolastique médiévale, le premier en introduisant la notion de progrès, au sens technique s'entend, le second en définissant une nouvelle métaphysique fondée sur le sujet pensant (Cogito ergo sum), en rupture avec la philosophie du Moyen Âge. Pour Descartes, les conséquences d'une telle révolution sont résumées dans ce célèbre extrait de la sixième partie du Discours de la méthode : « il est possible de parvenir à des connaissances qui soient fort utiles à la vie ; et au lieu de cette philosophie spéculative qu'on enseigne dans les écoles, on en peut trouver une pratique, par laquelle, connaissant la force et les actions du feu, de l'eau, de l'air, des astres, des cieux, et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres, et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature ». La démarche de Descartes consistera alors à partir de la métaphysique pour aller vers la physique (et partant les techniques), contrairement à la démarche de l'Antiquité et du Moyen Âge qui consistait à partir de la physique pour aller vers la métaphysiqueHenri Gouhier, La pensée religieuse de Descartes. Cette démarche a conduit à un paradigme dans lequel le sujet pensant et la technique ont une puissance très importante, dans le monde occidental du moins.
Technique et économie Moteur de transformation sociale De nombreux économistes considèrent l'évolution de la technique (le progrès technique) comme le moteur de l'évolution de l'économie et de la société. Parmi les plus célèbres réflexions sur le rôle de la technique figurent celles de Karl Marx, qui considère que l'évolution technique entraîne celle de l'économie, ce qui forme l'« infrastructure » de la société. De cette infrastructure découlent des rapports de production et des rapports sociaux en général, ainsi que des systèmes de valeurs associés, qui forment la « superstructure » de la société.
L'économiste Schumpeter a également beaucoup travaillé sur le rôle de la technique en économie à travers, notamment, le processus de destruction créatrice.
Avancées techniques et avantage compétitif Pour les techniques fondées sur des percées scientifiques récentes, les expressions « haute technologie » ou « nouvelles technologies » sont employées. Ce domaine peut apporter un avantage compétitif aux entreprises et zones géographiques (pôle de compétence) qui ont su y acquérir une avance : tout dépend du rapport performances sur prix offert par l'avance en question, ainsi que de son triangle coûts-délais-qualité. Les exemples de sociétés ayant pris des faux-départs pour avoir eu trop d'avance sur le marché (Viatron, Exidy, Archimedes, AIXtron) semblent tout aussi spectaculaires que ceux de sociétés ayant acquis au cours du temps une position dominante sans être arrivées pour autant premières chronologiquement sur le marché (IBM face à UNIVAC, par exemple). Être la première procure des avantages mais expose à des risques importants.
Les avantages incluent : l'absence de concurrence, la reconnaissance envers le pionnier, développement de l'humanité (satisfactions de ses besoins fondamentaux), facilitation de la vie et rapidité. Les inconvénients incluent : techniques jeunes et mal connues (il faut « essuyer des plâtres », entreprendre un effort d'information des clients potentiels) ; standards non-établis, ce qui peut obliger ensuite à de coûteuses reconversions pour mettre sa production en conformité ; lorsque les règles d'évaluation du retour sur investissement ne sont pas claires, cela peut désavantager des solutions qui s'avéraient intéressantes en théorie ; la technologie nouvelle peut être à l'origine de pollutions ; certaines technologies peuvent être dangereuses pour l'humanité.
Par exemple : Pour s'être équipée avec retard en lignes téléphoniques, la France a pu se doter rapidement d'un réseau totalement temporel (multiplexé) sans être handicapée par le poids d'un trop important équipement spatial existant. La forte implantation du Minitel en France a pendant plusieurs années retardé l'arrivée massive d'Internet dans les foyers français. La nécessité d'amortir la très coûteuse technique à miroir tournant pour ses imprimantes à laser a fait perdre à IBM ce marché au profit de Canon et Xerox qui sont partis plus tard sur une idée de diodes laser fixes. Cette même compagnie dut abandonner en cours d'études son projet FS qui n'eut que quelques retombées ultérieures sur certains produits dans le cadre des technologies existantes (imprimantes à laser, mémoires de masse à changement automatique, usage généralisé des bases de données relationnelles au système de fichiers). L'avance de l'Angleterre et de la France dans le domaine du transport civil supersonique avec le superbe et performant Concorde, s'est révélée un échec commercial. Celle de l'Europe dans le domaine du transport aérien (Airbus) ou des lanceurs de satellites (Ariane) qui ont en revanche constitué de francs succès, peut être remise en cause avec les déboires des débuts de l'Airbus A380.
L'émergence d'attentes complexes de la société civile, concernant le développement durable et la responsabilité sociétale des entreprises, se traduit par des critères complexes sur trois piliers de performances : économiques, sociales et environnementales, auxquels il faut ajouter la gouvernance. Ces exigences de développement durable ont été transposées depuis une vingtaine d'années dans le concept de meilleure technique disponible. Le respect de ces critères permet d'assurer la durabilité des produits et services, qui est susceptible de procurer un avantage compétitif durable, à condition que les règles d'évaluation du retour sur investissement soient claires.
L'avance technologique ne peut donc en aucun cas être considérée comme la balle d'argent qui fait gagner à tous les coups. Elle ne constitue qu'un facteur d'appréciation parmi d'autres. L'important est moins de suivre une mode (coûteuse vu les investissements) que d'anticiper le moins mal possible les besoins actuels et à venir.
Histoire sommaire et philosophie
Propre de l'homme La technique s'est développée avec l'humanité et fait partie d'elle. Elle constitue d'abord pour l'homme un instrument de maîtrise car elle le libère d'un certain nombre de contraintes naturelles : loutil a pour vocation première d'être utile. Mais avec le temps, la technique est également vécue comme un instrument de puissance, voire de pouvoir. D'autant qu'elle procure au corps différents instruments qui en sont comme les prolongements. Destinées à augmenter ses capacités, ces prothèses finissent par relativiser la frontière entre la nature et l'artifice.
Au , la technique constitue l'application de la science et l'homme devient de plus en plus conscient de son impact sur le quotidien. Le projet cartésien d'une science universelle () a fait passer l'humanité dans une ère totalement nouvelle, l'homme se perçoit désormais Discours de la méthode, sixième partie. Au , avec la révolution industrielle, se produit un essor considérable des techniques qui se traduit par la naissance d'un métier nouveau : l'ingénieur. Celui-ci transforme littéralement le paysage de l'homme, et par conséquent sa façon de voir le monde. Au , le machinisme et l'urbanisme constituent les manifestations les plus spectaculaires de la technique. Karl Marx est le premier philosophe à pointer les effets pervers de la technique avec le concept d'aliénation. La formule « on n'arrête pas le progrès » signifie que la technique semble suivre son propre cours sans véritablement que l'homme en maîtrise tous les tenants et les aboutissants. Au , alors que le fordisme et le taylorisme transforment radicalement l'''American Way of Life, le cinéaste Charles Chaplin est le premier artiste à développer la thèse d'une aliénation de l'homme par la technique. Mais c'est surtout un élan totalement technophile qui l'emporte, notamment avec les livres et les films de science-fiction.
Un certain nombre d'intellectuels vont faire de la technique un objet d'étude à part entière. Parmi eux, aux États-Unis : l'historien Lewis Mumford ; en France : le sociologue Jacques Ellul. Par-delà la diversité de leurs approches, les questions communes qui les animent sont celle de la place du contrôle de la technique par l'homme et également celle de ses finalités : la technique se met-elle seulement au service de l'homme (utilité) ou bien n'est-elle pas instrumentalisée pour satisfaire sa volonté de puissance ? Ces questions d'ordre éthique deviennent cruciales à l'orée du alors qu'aux États-Unis le courant philosophique transhumaniste prend ouvertement position en faveur du remplacement de l'homme par une espèce toujours plus améliorée par les moyens techniques : le cyborg.
En Allemagne, le philosophe Martin Heidegger, élargissant le débat, comprend la technique comme un moment de l'histoire de la métaphysique. Ici, il n'est plus question de débattre du contrôle de la technique qui embrasse tous les aspects du monde moderne jusques et y compris la compréhension de l'homme par lui-même (voir sur ce sujet un article de Wikipédia qui en fait son sujet exclusif : Heidegger et la question de la technique).
Éthique La complexité échappe aux hommes pris individuellement. Nous ne connaissons pas, pour la majorité d'entre nous, le fonctionnement interne des instruments que nous utilisons dans notre quotidien (voiture, four à micro-ondes, ordinateur).
Des questions d'ordre moral surgissent :
Quel est notre degré de dépendance envers les techniques ?